ÉPANCHEMENTS SANGUINS
dans la cavitéorbitaire,et il était très-rationnel, l'exorbitisme étant survenu subitement et peu de temps après un travail pénible dans lequel le malade était exposé à l'ardeur du feu, et ensuite à cause de l'absence de symptômes inflammatoires, de le considérer comme dû à un épanchement sanguin placé en arrière du globe, et déterminant la compression des nerfs indiqués plus haut. La nature delà douleur semblait d'ailleurs militer en faveur de cette opinion. Sous l'influence du repos de l'organe malade, des émissions sanguines générales et locales, des purgatifs, etc., la douleur déterminée par la compression diminua au bout de deux jours, et disparut bientôt totalement, ainsi que la forte proéminence de l'œil gauche. Il n'était pas sans intérêt, pendant les quinze jours que dura le traitement, de voir comment les différentes parties reprendraient leurs fonctions normales. Ce fut d'abord le nerf optique qui récupéra ses fonctions, de sorte qu'au bout de six jours à peine la vision avait repris presque toute sa netteté. La faculté de mouvoir l'œil en dedans et en dehors commença alors à reparaître graduellement, et le muscle droit supérieur jouit aussi d'une certaine mobilité. Quand cette dernière fonction fut complètement rétablie, la diplopie en haut disparut entièrement et n'exista plus que pour les objets placés de côté.
Telles sont les principales circonstances dans lesquelles peut se produire l'hémorrhagie intraorbitaire. Quelle que soit la cause qui ait donné lieu à répanchement sanguin, il y a indication de donner issue au sang extravasé si répanchement est considérable ; si celui-ci n'est pas évacué, outre
les accidents inflammatoires et l'étranglement qui peuvent occasionner la fonte de l'œil, il peut se faire que le caillot s'organise et devienne la cause d'un exorbitisme permanent. Ce caillot peut même devenir le point de départ de la formation d'une tumeur fibro-sanguine qui prend de l'accroissement et nécessite plus tard l'extirpation de l'œil, comme M. Carron du Villards en rapporte un exemple !; ou bien il pourra se former un abcès, ou plutôt une sorte de kyste purulent, comme l'avait déjà signalé Maitrejean 2.
Traitement.
Le traitement d'une pareille affection serait celui de toutes les tumeurs sanguines par épanchement : les résolutifs appliqués sur ia partie malade, les dérivatifs sur le tube digestif et la saignée; le plus souvent il y aura indication d'ouvrir le foyer sanguin pour donner issue au liquide épanché, surtout si l'on est appelé peu de temps
1 Carron du Villards, Mémoire sur l'exophlhalrnie, dans les Annales d'oculistique, 1858, t. LX, p. 120.
2 Maitrejean, Traité des maladies de Vœil, 1740, p. 400, partie 111, chap. ier. « Il s'amasse quelquefois du pus ou autre matière entre le globe de l'œil et l'orbite, ou par voie de fluxion, ou de congestion, ou par le séjour d'un sang extravasè, en suite de quelque violence extérieur 'e, qui n'a pu se résoudre. »
290 TUMEURS ANÉVRYSMALES.
après le début du mal. Pour cela on divisera largement la paupière inférieure au niveau du bord orbitaire. Si l'on ne peut faire sortir le sang de cette manière, parce qu'il est réuni en caillots, on tachera de l'extraire avec la curette. Dans tous les cas on aura une route tout ouverte, si la suppuration éliminatrice vient à s'établir.