CHAPITRE X
De même que pour les névromes, nous nous abstiendrons de détails qui seraient purement théoriques; nous nous bornerons à enregistrer les deux observations suivantes, pierre d'attente des matériaux que l'expérience clinique pourra fournir un jour sur ce point. L'une est empruntée aux Bulletins de la Société anatomique, l'autre nous a été communiquée par M. Jules Roux, chirurgien en chef de la marine à Toulon.
Observation '. — Une petite fille de quatre ans mourut le vingt-quatrième jour dune méningite tuberculeuse. Cette enfant était depuis trois mois atteinte d'une exophîhalmie à gauche, qui était survenue peu à peu. Elle présenta des convulsions, des vomissements, de la fièvre, un peu d'hémiplégie a gauche, s'affaiblit et tomba dans le coma. Le deuxième jour, il survint du strabisme du côté droit ; l'œil gauche était très-saillant. On remarqua dans les derniers jours que, lorsqu'on l'exposait à une lumière vive, sa pupille se dilatait, au lieu de se contracter.
A l'autopsie, on trouva sous la paupière supérieure gauche un trajet fistuleux communiquant avec une masse tubercu-
! Bulletins de la Société anatomique, 1840, p. 335; observation présentée par M. Boudet.
leuse qui avait rongé la paroi supérieure de l'orbite et pénétrait dans la cavité du crâne, où elle s'étendait sur toute la fosse sphénoïdale et sur la selle turcique, d'où la glande pituitaire avait complètement disparu. Le nerf optique gauche était légèrement comprimé ; le nerf olfactif droit un peu déjeté en dedans. La tumeur avait perforé la dure-mère et pénétré jusque sous la pie-mère. On trouva des masses tuberculeuses qui avaient creusé à leur niveau les os du crâne. Il y avait de la matière tuberculeuse inliltrée dans le corps du sphénoïde. Le cerveau était sain. On ne trouva pas la moindre trace de tubercules dans les poumons ; seulement de petites granulations dans deux ganglions bronchiques et dans un ganglion mésentérique.
Observai ion. — Cancroidc des paupières de C œil gauche et tumeur tuberculeuse de l'orbite. — Extirpation. — Gucrison. — M. G***, d'un tempérament lymphatique et d'une constitution assez forte, était maître d'équipage sur les vaisseaux de ia flotte. Depuis deux ans environ, il avait éprouvé à l'angle interne de l'œil gauche une rougeur bientôt suivie d'ulcérations superficielles. Longtemps ces ulcérations à bord renversé, à fond rouge, allaient en se cicatrisant à mesure qu'elles faisaient des progrès.
A peu près en méjne temps, M. G*** éprouva dans l'orbite des douleurs profondes et sentit se développer une tumeur qui grandit du plancher vers la voûte de cette cavité.
Il fut soumis, à l'hôpital de la marine de Toulon, à un traitement méthodique : localement on employa des topiques divers et de légères cautérisations avec la pâte de Vienne; à l'intérieur on administra du fer, des préparations de ciguë, de l'huile de foie de morue, enfin l'iodure potassique. L'affection parut guérie, mais elle revint ensuite, et cette fois le malade se mit entre les mains d'empiriques qui cautérisèrent à fond les paupières, la tumeur, l'œil.
If. Jules Roux vit le malade pour la première ibis au commencement de janvier 1860; il était dans l'état suivant : ulcérations peu profondes à l'angle interne de l'œil gaucbe, au tiers interne des deux paupières du même œil, à la racine du nez et à la partie correspondante du sourcil. Sur plus d'un endroit on aperçoit des points cicatrisés, blanchâtres, minces, adhérents. L'orbite présente, au fond d'une excavation, une tumeur dure, rougeâtre, saignante, exhalant du pus fétide. L'œi!, chassé en haut et en arrière dans le fond de sa cavité, comprimé, envahi par la tumeur, a, depuis longtemps, perdu la faculté de voir.
L'ablation de tout le contenu de l'orbite paraissant indispensable, M. Jules Roux la pratiqua le 21 janvier 1860, dans l'éthérisme le plus complet.
Les suites de cette opération furent des plus heureuses; les ulcérations, presque entièrement emportées par le bistouri, ont guéri sous l'influence de la pommade à la suie. La guérison est complète aujourd'hui, plus de trois mois après l'opération.
Examen de la tumeur. — L'œil atrophié est en partie confondu dans une masse tuberculeuse qui pénètre la sclérotique et le nerf optique ; tumeur dure à l'extérieur, ramollie au centre, où il existe du pus verdâtre qui suinte à l'extérieur par un trajet fistuleux. Intégrité des parois de l'orbite, mais impossibilité de reconnaître les muscles et les nerfs, dans la masse qui les a envahis tous.