CHAPITRE XI
Les éléments que nous avons pu réunir sur ce sujet ne sont pas bien concluants. Il n?est pas rare, à en juger parles faits que nous avons recueillis, de voir Fexophthalmos être le résultat d'affections syphilitiques sévissant sur l'orbite; mais, dans ce cas, il est difficile de dire si ce sont les os qui sont pris ou bien le périoste ; et bien que le traitement confirme la nature de l'affection, la question du siège n'en reste pas moins difficile à déterminer. C'est ce que l'on peut voir, par exemple, dans l'observation d'exostose que nous devons à M. Ricord '.
En pareil cas, le signe qui pourrait servira distinguer une tumeur gommeuse d'une affection des parois de l'orbite, c'est que les maladies syphilitiques des os ou du périoste sont toujours précédées ou accompagnées de douleurs ostéocopes
1 Voir p. 5£. — Voir encore (p. 45; la mention d'un fait de peno^tose gommeuse, également observé par M. Ricord.
caractéristiques, tandis que les tumeurs gommeuses se développent ordinairement sans produire aucune sensation morbide.
Cette considération, jointe à la rapidité comparative avec laquelle l'exophthalmos s'est amélioré, en même temps que des gommes siégeant aux membres, nous porte à ranger parmi les tumeurs gommeuses l'observation suivante, dont nous devons la communication à l'amicale obligeance de M. Cullerier.
Observation. — Il s'agit d'un malade âgé de trente-cinq ans, Espagnol, habitant Malaga, dont le commencement de l'affection syphilitique remonte à six ans. Voici comment il raconte son histoire : il eut à cette époque un chancre avec adénites multiples, pour lesquels il fît un traitement mercuriel. Pendant la durée de ce traitement apparut une roséole qui dura une quinzaine de jours. Huit mois de santé parfaite; puis, à la suite d'une vive émotion moraie, nouvelle éruption de roséole, mais cette lois accompagnée de croûtes du cuir chevelu et de plaques muqueuses dans la gorge. Nouveau traitement mercuriel prolongé pendant quatre mois. Trois ans de bonne santé, au bout desquels il se fait sur diverses parties du corps, notamment sur les extrémités inférieures, une éruption de tubercules cutanés (autant du moins qu'on en put juger par les cicatrices). Troisième traitement mercuriel suivi pendant près de six mois. Nouvelle apparence de santé.
Il y a quatre mois, sans cause, violentes douleurs de tète, sentiment de lassitude générale, endolorissement des membres, insomnie. On combat cet état par des bains sulfureux,
500 TUMEURS G03IMEUSES.
mais les douleurs persistent ; celles de la tête se localisent dans les régions pariétales. Une douleur vive se fait sentir sur une des clavicules et sur les deux tibias. Deux petites tumeurs se font voir sur la cuisse ; deux autres sur chaque avant-bras. Elles roulent d'abord sous la peau, deviennent adhérentes et finissent par s'ulcérer.
Le malade est de nouveau, et pour la quatrième fois, remis au mercure; mais, après trois semaines, son état s'aggrave : il éprouve une douleur sourde dans l'orbite du côté droit. C'est alors qu'il se décide à venir en France, et il se met entre les mains de M. Cullerier.
Lorsque celui-ci le vit pour la première fois (mai 1857), il constata un état cachectique très-prononcé ; le teint est terreux ; le malade n'a pas d'appétit, dort mal, se sent trèsfaible. La bouche est le siège d'une inflammation mercurielle assez intense. On trouve une périostose sur la face interne des deux tibias, une exostose de la clavicule gauche, un empâtement du cuir chevelu des deux pariétaux, que le malade dit avoir été plus considérable. On voit aussi sur les cuisses et sur les avant-bras des plaies qui sont, à n'en pas douter, des gommes ulcérées. Enfin l'œil gauche, nullement déformé, non douloureux, avec un peu de trouble de la vision, un peu de paresse de la pupille, fait une saillie assez considérable pour que les paupières aient peine à se fermer. Il est impossible de reconnaître à quoi tient cet exorbitisme : ce peut être une périostose ou une exostose des parois de l'orbite; ce peut être une gomme du tissu cellulaire orbitaire. L'extrémité du doigt promené au pourtour de la base ne donne aucun renseignement.
Le malade est soumis, pour tout traitement, à l'usage de l'iodure de potassium à dose croissante. Au bout de trèspeu de jours un mieux sensible se déclare. La résolution marche simultanément et dans les accidents osseux et dans ceux du tissu cellulaire, et presque jour par jour on voit la
saillie de l'œil diminuer, jusqu'à ce qu'il soit revenu à son état normal.
Au bout de trois mois de traitement, tous les symptômes ont disparu, mais les périostoses tibiales et l'exostose de la clavicule plus lentement que les gommes et que Pexorbitisme.