‹ Traité des tumeurs [electronic resource] (volume 2)Chapitre 50 sur 92 · TRAITEMENT. VACCINATION · texte numérisé non relu

TRAITEMENT. VACCINATION

face dorsale de la main et de l'avant-bras une tumeur érectile artérielle longue de plus de 6 centimètres, large de 3, et faisant une saillie irrcgulière de plus de 1 centimètre. Cette tumeur avait paru un mois après la naissance, et faisait des progrès rapides. Je prali- ,.quai en une seule séance 25 inoculations avec la lancette. Toutes les piqûres saignèrent, quelques-unes très-abondamment. Quatre jours après, je comptai, ni plus ni moins, 25 petits boutons qui ne tardèrent pas à former une éruption confluente. La tumeur se tuméfia notablement; l'enfant eut de la fièvre pendant quelques jours, puis tout rentra dans l'ordre, et h la chute des croûtes j'eus la satisfaction de voir que la tumeur avait presque entièrement disparu. Il restait encore, il est vrai, à la partie supérieure, une petite tache large comme une pièce de vingt-cinq centimes et légèrement saillante. J'espérais qu'elle disparaîtrait à son tour; au lieu de cela elle fit des progrès; je me décidai alors à la toucher avec le caustique de Filhos, et cette fois, la guérison fut complète et définitive.

Pour empêcher le sang qui s'écoule d'entraîner avec lui le virus, M. Nélaton a imaginé d'enfoncer dans la tumeur plusieurs épingles fines chargées de vaccin, et de les laisser en place pendant 3 ou 4 minutes avant de les retirer. Cette précaution me paraît tout à fait inutile au point de vue du succès de l'inoculation ; mais, lorsque la tumeur est volumineuse, il y a avantage à faire pénétrer directement le virus jusqu'à une certaine profondeur , et l'acupuncture vaccinale remplit cette indication. Dans le même but, M. Nélaton a combiné l'inoculation du vaccin avec le procédé des sétons filiformes. Il traverse la tumeur de plusieurs fils qu'il laisse en place pendant une semaine, et dont il se sert alors pour faire pénétrer le virus dans toute la longueur de leur trajet (1). Ces divers moyens permettent de graduer, suivant le volume de la tumeur, l'intensité etl'étendue de.la réaction infiammatoire qui suit l'inoculation, et qui est l'agent de la guérison. Ils permettent en outre d'agir non-seulement sur les tumeurs cutanées, mais encore sur les tumeurs souscutanées qui ne seraient pas modifiées par l'inoculation ordinaire.

L'inoculation de l'huile de croton, proposée par M. Lafargue de Saint-Émilion, doit être réservée pour les sujets déjà vaccinés. Je me demande, toutefois, si là circonstance d'une vaccination antérieure doit faire renoncer à l'espoir de guérir les tumeurs érectiles par l'inoculation du vaccin. On sait que les revaccinations réussissent souvent chez les adolescents et les adultes, et que plus souvent en-

(1) nu/ktin fj'inéral de thérapeutique, t. LUI, p, 143, Paris, 1857, in -S».

DES TUMEURS ÉRECTILES

core, dans ces conditions, les piqûres donnent naissance à des boutons de faux vaccin. Or, l'action de la vaccination sur les tumeurs érectiles n'est nullement spécifique: ce n'est pas le virus, mais l'inflammation provoquée par le virus qui fait oblitérer les vaisseaux. Et comme le faux vaccin produit quelquefois plus d'inflammation que le vaccin véritable, il est permis de croire que la vaccination peut guérir quelquefois les tumeurs érectiles, même chez les individus déjà vaccinés.

La vaccination des tumeurs érectiles est un procédé en général inoffensif. Je l'ai vue cependant donner lieu à un érysipèle de la face chez un enfant que j'ai traité à Balignolles avec le docteur Morpain, et qui fut fort malade pendant quelques jours. M. Dubrueilh a cité, d'après M. Victor Gautier, un autre cas d'érysipèle qui aurait été suivi de mort (1). Mais, lorsqu'on étudie ce fait dans la thèse de M. Gautier, on voit que la vaccination a été faite avec succès et sans accidents sur une tumeur de l'oreille, et que l'érysipèle a été provoqué par une cautérisation pratiquée un mois plus tard sur une tumeur de la paupière supérieure (2).

Arrivons aux procédés qui agissent directement sur la trame même de la tumeur.

J'ai déjà parlé du broiement sous-cutané, imaginé en 1831 par Marshall Hall (3). Je n'y reviendrai pas ici. Maisj'aurai à parler des incisions, de la suture, de l'acupuncture, de la cautérisation filiforme, du séton incandescent, du séton, et de l'ulcération artificielle.

Le procédé des incisions et celui de l'acupuncture appartiennent à Lallemand, de Montpellier. Ce professeur pratiqua, en 1832, dans une tumeur érectile, plusieurs incisions qu'il réunit aussitôt par la suture entortillée, et obtint un succès complet. Ayant répété cette opération avec le même succès en 1834, il reconnut que l'oblitération vasculaire s'effectuait aussi bien sur le trajet des épingles que sur les bords des incisions. Il fut ainsi conduit à renoncer aux incisions, qui laissent des cicatrices disgracieuses, et à se contenter de larder la tumeur avec des aiguilles. Il mit ce projet à exécution en décembre 1834. Il osa introduire en plusieurs fois jusqu'à 120 aiguilles dans une énorme tumeur érectile de l'épaule; il les laissa séjourner plusieurs jours, et obtint une guérison complète (4). Il est

(1) Dubrueilh, Des tumeurs érectiles. Tl). de Paris, 1855, p. 26.

(2) V. Gautier, Considérations, etc...., sur les tumeurs érectiles cutanées. Th. Paris, 1860, p. 26.

(3) Voy. t. I, p. 424-426.

(4) Archives générales, m\i 1835, sér. JI, t. VIIF, p. 5-26.

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