TRAITEMENT. — CAUTÉRISATION FILIFORME
juste de dire que M. Velpeau avait étudié depuis 1830 l'oblitération des artères et des veines par l'acupuncture ; mais 11 n'y a aucune parité à établir entre les phénomènes décrits par M. Velpeau et ceux qui ont servi de base au procédé de Lallemand. M. Velpeau se proposait de faire déposer un caillot sur la pointe de l'aiguille introduite dans la cavité d'un gros vaisseau, tandis que Lallemand cherchait seulement à faire naître une inflammalion curative.
Lorsqu'on traite une tumeur érectile par l'acupuncture, il n'est pas nécessaire de l'attaquer tout entière en une seule fois. Si elle est volumineuse, il vaut mieux, à l'exemple de Lallemand, introduire les épingles en plusieurs séances. Les épingles doivent en général séjourner 7 à 8 jours dans les tissus. Toutefois, Imtensité de la réaction inflammatoire peut obliger le chirurgien à les retirer plus tôt. ^
Au lieu de larder la tumeur d'un grand nombre d'épingles, on peut se borner, à en introduire quelques-unes, et s'en servir pour établir une suture entortillée par-dessus la peau. Au bout de quatre jours, on enlève le fil et les épingles. J'ai déjà décrit le procédé de M. Fayolle, de Guéret, qui se sert de cette suture entortillée, tantôt pour faire tomber les tumeurs érectiles par ligature, et tantôt pour les guérir par simple oblitération (1).
Auguste Bérard, pour augmenter l'efficacité de l'acupuncture mtrodmsait d'abord dans la tumeur un certain nombre d'épin-les quil laissait en place pendant 5 à 6 jours. Puis il les retirait'' et poussait dans leur trajet, avec une petite seringue à siphon de platme, une injection de nitrate acide de mercure. Mais il ne tarda pas a renoncer à ce procédé, qui avait provoqué plusieurs fois des accidents fâcheux (2).
La cautérisation linéaire, ou filiforme, a été emplovée par Lushe (3) et par Garron du Villards. Le premier introduisalE succèssivement dans la tumeur un certain nombre d'aiguilles rouo-ies au feu. Garron du Villards mettait d'abord en place toutes les épindes qm étaient fort longues., et dont les têtes, réunies à quelque dis^ tance de la peau par un petit nœud métallique, étaient chauffées par la flamme d'une petite bougie. La surface de la peau était pro tegee par une petite couche d'huile. La chaleur se propageait le
(i) Voy. t. I, p. 621.
t„°r°""""' "«^--S-f^'-î-, .. I,P. 042, Paris,
DES TUMEURS ÉRECTILES
long tics épingles, et la caulérisalion s'cflectuait ainsi sur leur Irajet (1).
La cautérisation filiforme peut ôtre pratiquée aujourd'hui avec beaucoup plus de précision, grâce à la méthode galvano-caustique. Un ou plusieurs fils de platine sont passés à travers la tumeur, et mis en communication avec une pile galvano-caustique. Ce moyen, employé en 1852 à Londres, par M. Hilton, et à Paris, par M. Nélaton, avec le concours de M. Regnault, a été singulièrement pcrl'ectionncparM. Middeldorpf, quilui a dû un grand nombre de succès. M. Middeldorpf se sert tantôt û\i selon incandescent dont nous venons de parler, tantôt du petit cautère très-aigu qui sert à cautériser la pulpe dentaire; ce cautère, chaulfé au rouge vif, est introduit plusieurs fois de suite dans les diverses parties de la tumeur (2).
Le procédé du séton ou des sétons multiples, bien différent de celui qui précède, se pratique avec une aiguille à coudre enfilée d'un fil qu'on passe une ou plusieurs fois à travers la tumeur, et qu'on y laisse séjourner plusieurs jours, plusieurs semaines, et même plusieurs mois. Employés d'abord par Macihvain (3), Lawrence et Fawdington, les sétons étaient à peu près abandonnes, lorsqu'ils furent remis en usage par Aug. Bérard, qui, pour les rendre plus efficaces, imagina de se servir des fils de manière à pratiquer une sorte de ligature sous-cutanée {A), mais qui ne réussit pas à faire pénétrer ce procédé dans la pratique.
(t) Carron du Villards, Maladies des yeux, t. I, p. 357, Paris, 1847, in-S", et Bull, de thérapeutique, 1837, t. XII, p. 71.
(2)Albr. Theod. Middeldorpf, Die Galvanocaustik, eiriBeitrag zur operativen Medicin. Breslau, 1854. in-8'', p. 108-126. - Voyez aussi plus haut t. J, p. 532. Depuis 1854 M. Middeldorpf a recueilli soit par lui-môme, soit par ses élèves, un grand nombre de faits favorables, et la cautérisation filiforme est le procédé qu'il emploie de préférence dans le traitement des tumeurs érectiles. C'est ici le lieu de dire que M Sédillot dans son Traité de médecine opératoire, publié en 1853 (1. I, p. IH>, parle d'une tumeur éreclile qu'il aurait guérie en 1849 au moyen de la cautérisation électrique. Le texte étant assez obscur, je me suis demandé si l'auteur avait employé le fil de platine comme séton ou comme moyen d'ablation ou de destruction J'ai donc cherché cette observation dans les thèses et les journaux de 1849, époque où M. Sédillot dit l'avoir publiée; mes recherches ayant été vaines, je me Buis adressé, il y a cinq ans, à M. Sédillot lui-même, qui m'a répondu, au bout de quelques mois, qu'il n'avait pu retrouver son observation. D'après cela et jusquà nouvel ordre, je dois laisser à M- Hilton la priorité de l'application de la galvanocaustie au traitement des tumeurs érectiles.
'(3)Macilwain,«^ Account oftwo Cases of deep seated Nœvus, treaiedby thelntroduction of Selon dans Med. Chir. Transactions, vol. XVIil, p. 189 (1833). L'auteur nnnonce lui-mGme qu'il a été précédé par Lawrence et par Fawdington. (4) Compendium de chirurgie. Loc. cit.