LES ODONTOMES ET LES TUMEURS DES DENTS
leur évolution. L'odontôme est le résultat d'une maladie de l'appareil odontù^ènc et non de la dent elle-même ; cette maladie consiste en un excès de formation des tissus odontogéniques ou des tissus dentaires, en un travail d'ampliation ou d'expansion, tantôt général et tantôt partiel, qui a le plus souvent pour conséquence une augmentation très-considérable du volume du bulbe, et qui, dans les cas les plus légers, amène au moins une déformation notable de cet organe. Et lorsque les lésions de structure qui ; accompagnent ce travail d'hypergénèse ne sont pas assez profondes 1 pour porter atteinte aux propriétés des tissus générateurs de la dent, lorsque ceux-ci- deviennent le siège d'une dentification plus ou moins régulière, la masse dentaire qui leur succède offre presque toujours un très-grand volume et une forme qui n'a rien de commun avec celle d'une dent ; quelquefois, il est vrai, la maladie du bulbe n'étant que partielle, la dent se forme dans toutes ses parties et peut ne pas excéder beaucoup son volume normal ; mais elle est toujours rendue plus ou moins difforme par la présence d'une tubérosité irrégulière, qui correspond au point oii le bulbe a été malade. L'odontôme le plus simple, le plus circonscrit, entraîne donc toujours l'existence d'une difformité, ou plutôt d'une malformation de la dent ; tandis que les tumeurs des dents, quels qu'en soient le siège et la nature, laissent toujours subsister la conformation normale de la couronne et des racines.
Il résulte, de ce qui précède, que l'odontôme est essentiellement constitué par un trouble du développement de la dent, et ne peut naître que pendant les périodes de formation. Chez l'homme, chez ■1 beaucoup d'autres mammifères, la dent une fois formée, une fois ' sortie de son alvéole, n'est plus exposée à cette affection. Mais dans 1 certaines espèces animales la période de formation des dents se ') prolonge bien au delà de l'époque de leur éruption. Les incisives des i rongeurs, n'ayant jamais de véritables racines, croissent pendant ( toute la vie ; les molaires du cheval, sans posséder au même degré ! cette propriété de croissance continue, s'allongent d'une manière notable, malgré l'usure de leur couronne, pendant un temps qui n'a pas été rigoureusement déterminé, mais qui est certainement de plus d'une année après leur éruption (1). Il serait facile de citer d'autres exemples. Si donc, au lieu de considérer seulement les dents humaines, nous considérons les dents en général, l'époque de
(i) On ne confondra pas cet accroissement réel avec l'accroissement apparent qui résulte de l'issue progressive de la dent hors de son alvéole.
-'o DES ODONTOMI-S EN GÉNÉRAL.
l'éruption d'une dent ne pourra plus être indiquée comme la dernière limite de la période pendant laquelle elle pourra devenir le siège d'un odontôme, et nous dirons dès lors que cette limite est, pour chaque dent, l'époque où la pulpe, emprisonnée dans une racine, ne peut plus se développer ni en longueur ni en largeur.
La nature des odontômes a été méconnue jusqu'à une époque toute récente. Cela tient sans doute en partie au peu de fréquence de ces tumeurs, et à la grande diversité des formes qu'elles peuvent revêtir; mais ce qui a surtout empêché les chirurgiens de les reconnaître, c'est l'incertitude des notions qu'ils possédaient sur les phénomènes intimes de l'évolution des bulbes dentaires. Aujourd'hui encore, quoique les recherches des micrographes aient répandu le plus grand jour sur ces questions délicates, les connaissances qu'ils ont acquises sont loin d'être vulgarisées. Je pourrais donc craindre de n'être pas compris de la majorité de mes lecteurs, si je ne faisais précéder l'histoire des odontômes d'une étude détaillée de l'anatomie et de la physiologie des bulbes dentaires.
§ 2. — Anatomie et pliysiologic des bulbes dentaires.
Les follicules dentaires de l'homme se composent d'une paroi membraneuse en forme de poche, et d'un contenu solide qui consiste en deux petits corps, savoir :
1° le bulbe ou organe de l ivoire ; 2° Y organe de V émail, ou germe de l'émail^ appelé aussi V organe adamantin.
La paroi folliculaire (Tig. 5, /, /) ne forme pas un sac complet; c'est une espèce de bourse dont le fond correspond à la muqueuse gingivale, et dont le goulot ou col, c, c, situé à l'opposite, au fond de l'alvéole ou de la gouttière alvéolaire, s'insère circulairement sur la base du bulbe. Celuici occupe donc l'extrémité profonde du follicule; par sa base, qui est dans l'origine sa partie la plus large, il se continue, à travers le col du follicule, avec les tissus vasculaires subjacents.
Le reste de sa surface, libre d'adhérence, fait saillie dans l'intérieur du follicule, et tout l'intervalle qui est compris entre celte
Cojpe schématique J'uu follicule dentaire chez l'emljryoïi huniain. MM, muqueuse gingivale. FF, paroi du follicule, ce, col du follicule, embrassant la base du bulbe. B, le bulbe, dont la base se continue avec les tissus vasculaires subjacents. A, organe de l'émail.
surface intra-folliculaire et la paroi du bulbe, est rempli, chez l'homme, par l'organe de l'émail a. Chez les herbivores pachydermes, tels que les ruminants, les solipèdes, etc., un troisième corps, appelé V organe du cément, s'interpose entre la paroi du follicule et l'organe de l'émail, qu'il enveloppe comme celui-ci enveloppe le bulbe.
Je diviserai le développement des dents en quatre périodes. Cette division, qui rendra ma description plus facile, aura en outre l'avantage de servir de base à la classification des odontômes.
Je désignerai ces quatre périodes sous les noms suivants : \ ° période embryoplastique ; 2° période odontoplastique ; 'è° période coroluiire; A° période 7'adiculav^e.
1° Période embr y oplasiique. Le bulbe fait saillie dans la cavité du follicule comme une sorte de papille, dont la forme annonce déjà ^ celle de la future couronne dentaire, et dont le sommet est sur- I monté d'un nombre de mamelons égal à celui des cuspides de cette couronne. A cette époque le bulbe ne renferme ni vaisseaux ni ^libres. Il se compose d'une gangue amorphe légèrement grenue, oîi sont dispersés des noyaux ovoïdeS;, longs de 0""°,007 à O^^jOOS, un peu moins larges, grisâtres et semblables aux noyaux fibro-plastiques du tissu conjonctif en voie de formation (V. fig. 6, c).La pluipart de ces noyaux toutefois n'ont pas de nucléoles, mais vers la jbase du bulbe le nombre des noyaux nucléolés devient plus considérable, et ils ont déjà de la tendance à s'allonger en corps fibroplastiques fusiformes ouétoilés, tendance qui se manifestera surtout dans la période suivante.
[ L'organe de l'émail, beaucoup plus mou quele bulbe, se compose comme lui d'une gangue amorphe, renfermant des éléments fibroplastiques. Privé de fibres et de vaisseaux, ne devant sa continuité qu'à une matière amorphe gélatineuse, l'organe de l'émail se dissociepromptement aprèsja mort, et devient tout à fait liquide. C'est ce qui a fait croire qu'il y avait dans les follicules dentaires une couche de liquide interposée entre le bulbe et la paroi ; mais ce n'est qu'un effet cadavérique. On conçoit toutefois qu'un organe aussi mou, aussi fragile, qui n'a ni vaisseaux ni fibres, soit exposé à se ramollir et à se fondre sous l'influence des maladies du bulbe ou du follicule, et que, résorbé plus tard par les vaisseaux du follicule, il laisse à sa place une cavité close, susceptible de se développer en kyste. Telle est l'origine des kystes dentaires dont il a été question plus haut (p. 33).
Les éléments fibro-plasliques de l'organe de l'émail consistent
DES ODONTOMES EN GÉNÉRAL
en des corps fiisiformes ou étoilés dont les angles se terminent en prolongements filiformes (voy. fig. 7, o). En outre, la l'ace superlicielle de cet organe est recouverte d'une couche unique de cellules épithéliales pavimenteuses, qui l;ipisse la face interne de la membrane du follicule, et qui se retrouve constamment sur les parois des kystes dentaires.
Dans la période que je viens de décrire, les tissus odontogéniques possèdent déjà, sans aucun doute, des caractères qui permettent de les reconnaître aisément sous le microscope. Mais leurs éléments n'offrent pas encore de types spéciaux. Ils ne diffèrent pas d'une manière absolue de ceux que l'on rencontre dans beaucoup d'autres organes embryonnaires, et ils peuvent être considérés comme n'étant que des variétés des cléments fibro-plastiques ou embryoplastiques ordinaires. Voilà pourquoi j'ai cru pouvoir désigner cette première période sous le nom de période embryoplastique.
Les éléments spéciaux qui feront les frais de la dentificatioii n'étant pas encore formés, une maladie survenant à cette époque peut faire perdreaux tissus odontogéniques la propriété d'évolution qui leur est normalement dévolue. Aussi les odontômes dont le début remonte à la période embryoplastique n'ont-ils aucune tendance à la dentification. Leur tissu ne subit que l'évolution commune des tissus embryoplastiques ordinaires. Il peut rester à l'élat fibro-plastique ou passer à l'état fibreux; et telle est l'origine de la 'première variété d'odontômes, à laquelle je rattache les tumeurs des mâchoires décrites par Dupuytren sous les noms de corps fibreux et de tumeurs fibro-celluleuses des mâchoires. Je les décrirai soule nom iVodontômes embryoplastiques.
2° Période odontoplastique. Elle est caractérisée par la naissance des deux éléments spéciaux qui précèdent et amènent la formaliun des tissus définitifs de la dent. C'est alors, en effet, que l'on vuil apparaître, en deux rangées distinctes, \ei cellules dent inaires
cellules de l'émail.
Les cellules dentinaires, dites encore cellules de la dentine ou de l'ivoire, constituent dans la couche superficielle du bulbe une rangée unique, continue, et parfaitement régulière. Ce sont des cellules allongées, cylindriques ou prismaliques, longues de 0,"""02à 0""°,04, larges de 0""" ,007 à 0"^"',01 , et pourvues d'un noyaupeuapparent qu on
rend visible parl'action de la glycérine. Cenoyau ovoïde ousphérique est presque aussi large que les cellules. Les cellules dentinaires, parallèles entre elles et dirigées perpendiculairement à la surface du bulbe, affectent une disposition qui rappelle celle des bâtonnets de
la rétine ou des cellules de l'épithélium cylindrique {fig. Q,b).
La rangée des cellules dentinaires forme une couche continue à la surface du bulbe; toutefois elle reste séparée de celte surface par une couche mince de matière amorphe, qui forme l'enveloppe la plus extérieure du bulbe et qu'on a désignée, à tort ou à raison, sous le nom de membrane pré formative («).
La membrane préformative et la rangée des cellules dentinaires constituent ensemble la couche co7Hicale du bulbe. Le reste du bulbe prend dès lors le nom de pulpe dentaire, en subissant des modifications de structure, dont la principale est la vascularisation. De petits vaisseaux capillaires pénètrent dans la base du bulbe, et se prolongent dans la pulpe, dont ils n'atteignent oependant pas la surface. En même temps le nombre des noyaux embryoplastiques qui passent à l'état de corps fusiformes ou étoilés continue à s'accroître, surtout vers la base du bulbe, et déjà ces corps tibro-plastiqaes, pourvus de prolongemements filiformes, commencent à s'agencer de manière à donner naissance à une petite quantité de tissu conjonctif, qui se montre surtout autour des vaissèaux.
Enfin, quoique la dentification proprement dite ne soit pas encore commencée, et quoique les dépôts de matière minérale ne doivent s'effectuer avec régularité que dans la période suivante, on trouve déjà quelquefois, dans les parties de la pulpe qui avoisinent ja couche corticale, de petits grains dentinaires, sur lesquels nous Reviendrons tout à l'heure.
\ Pendant que s'elTectue le développement des cellules dentinaires, ta voit naître à la face profonde de l'émail une couche de cellules béciales qui reposent sur la face externe dje la membrane préforiative, et qu'on appelle les cellules de rémail. Larges seulement
Fig;. (i.
structure du bulbe dentaire dans la période odontoplastique ( seconde molaire inférieure d'uu enfant né avant terme], 400 diamètres.
a, couche externe amorphe ou membrane préformative.
b, rangée des cellules dentinaires.
c, pulpe dentaire formée de noyaux embryoplasliques.
d, une autre partie de la pulpe, près de la base du bulbe. Les noyaux embiyoplastiques se sont allongés en corps fusiforformes. Quelques-uns sont étoilés.
DES OrJONTOMES EN GÉNÉRAL.
de O-^^.OOS à 0""",005, cL six à huit fois plus longues, rectilignes, à peu près prismaliques, assez régulières, et étroitement serrées les unes contre les autres, elles rappellent bien mieux encore que les cellules dentinaires la disposition des bâtonnets de la rétine.
L'appareil odontcgénique possède dès lors tous les éléments qui concourent à la formation des tissus définitifs de la dent. A partir
du moment où existent les deux couches des cellules de la dentine et de l'émail, la dentification est virtuellement commencée. Elle peut être retardée par des circonstances pathologiques, mais, à moins que les couches en question ne soient détruites ou profondément désorganisées, elle doit s'effectuer tôt ou tard. Les odontômes qui débutent pendant la période odontoplastique, et que j'appellerai odontômes odontoplastiques, diffèrentdonc de ceux de la période précédente par la propriété qu'ils possédait de se prêter avec plus ou moins de régularité aux phénomènes de la dentification, celle-ci pouvant d'ailleurs survenir à des époques extrêmement variables. Il y a dans leur évolution deux périodes : l'une constante, pendant laquelle ils constituent des tumeurs molles qu'on a longtemps décrites sous le nom d'ostéosarcômes des mâchoires, et l'autre éventuelle, pendant laquelle ils deviennent le siège d'une dentification qui finit ordinairement par les envahir en totalité. Les seuls tissus dentaires qui puissent se former dans ces tumeurs sont lïvoire, qui est constant, et l'émail, qui, toujours bien moins abondant que l'ivoire, peut faire entièrement défaut. Quant au cément, ou tissu osseux dentaire, les conditions à la faveur desquelles il se développe ne se réalisent que dans la quatrième période de l'évolution du bulbe; il ne peut donc pas se montrer, chez l'homme du moins , dans les odontômes odontoplastiques Mais il n'en est plus de même chez les herbivores. J'ai déjà dit ei . effet que les follicules dentaires de ces animaux renferment dè leur origine un organe particulier qui enveloppe l'organe d l'émail, et qu'on appelle l'organe du cément. Ce corps, qui reço
Fig. T.
D'après Hcbiii et Magitot, dans Journal de P/iysiologie de Brown Séquard, 1860 pl. XII (ig. S et S.
L'org.-ine (le l'éinail elles cellules de l'émnild'unembi'vori humain rie Irois mois environ ; 500 diamètres.
a, corps embryoplastiques étoiles coiiiposaiit la trame du tissu propre de l'organe de l'émail.
è, rangée des cellules de l'émail.
c, les cellules de l'émail isolées.
directement ses vaisseaux de la membrane du follicule, peut s'hyperlrophier soit isolément, soit en môme temps que le bulbe, et, lorsque ces odontômes entrent en dentification, ils peuvent renfermer une grande quantité de cément; ils peuvent môme en être exclusivement composés. Nous les nommerons odontômes odonto- , plastiques cément aires .
3° Période coronaire. — Cette période est caractérisée par la formation de la couronne. Elle commence avec la dentification, qui s'effectue dans l'épaisseur de la couche corticale du bulbe. On voit alors apparaître, entre la membrane préformative et la rangée des cellules dentinaires, une couche d'ivoire ou de dentine qui ne tarde pas à être recouverte d'une mince couche d'émail.
La dentine ne naît pas simultanément sur toute la surface du bulbe. On n'a pas oublié que le bulbe supporte une ou plusieurs saillies mamelonnées, en nombre égal à celui des cuspides de la dent future. La formation de la dentine débute exactement au sommet de chacun de ces mamelons, oii apparaît d'abord une toute , petite écaille circulaire, tellement mince qu'on ne l'aperçoit qu'au microscope, et qu'elle est flexible et pliable, quoique ayant déjà la structure et la composition chimique de l'ivoire. Cette écaille, dont l'épaisseur croît en raison de son ancienneté, devient bientôt visible à l'œil nu, et en môme temps elle s'étend circulairement de manière à recouvrir peu à peu, et à coiffer pour ainsi dire tout le sommet du mamelon, en constituant ce qu'on appelle un chapeau ■de dentine. Le chapeau de dentine, convexe en dessus, concave en dessous, offre sa plus grande épaisseur à sa partie centrale, qui est I la plus anciennement formée, et de là il va en s'amincissant graduel- 1 lement jusque sur ses bords, où il est tellement mince qu'on cesse I de l'apercevoir à l'œil nu. Par sa face concave, il adhère à la couche : des cellules dentinaires. Par sa face convexe, il correspond d'abord f à la membrane préformative ; mais dès qu'il a acquis une étendue de J quelques millimètres, il en est séparé par la couche naissante de \ l'émail. (Chez certains herbivores, la formation de l'émail estbeaucoup plus tardive.)
La dentine ou V ivoire ne tarde pas à acquérir une dureté supérieure à celle de l'os le plus compacte. Sa structure est trop connue pour qu'il soit nécessaire de la décrire. Il suffira de rappeler <jueson tissu est caractérisé par la présence d'innombrables canalicules presque rectilignes, toutefois légèrement sinueux, très-rapprochés les uns des autres, unis çà et là par. des anastomoses obliques, parallèles entre eux, perpendiculaires à la surface de la pulpe,
DES ODONTOMES EN GÉNÉRAL
el aussi à la surface de la couronne. Pour apprendre à le reconnaître, il faut l'étudier successivement sur des tranches transversales et sur des tranches longitudinales, car les canalicules présentent des aspects entièrement dillerents suivant que la coupe est perpendiculaire ou parallèle à leur direction. Lorsqu'on veut se borner à constater l'existence de la dentine, il suffit d'employer des grossissements de 100 à 150 diamètres ; mais les grossissements plus forts sont indispensables pour déterminer certains caractères, et pour éviter certaines erreurs, qui pourraient devenir fâcheuses dans l'étude des odontômes. Il importe surtout de connaître deux dispositions, qui peuvent affecter plus ou moins de ressemblance avec les corpuscules osseux :
i° Sur les coupes transversales, les canalicules se présentent sous l'aspect de petits trous ronds, comparables à ceux d'un crible ; mais lorsqu'on examine la terminaison de ces tubes à la surface des chapeaux de dentine, surtout du côté de la pulpe, on voit que leurs orifices terminaux, au lieu d'être régulièrement ronds, sont plus ou moins fendillés, anguleux, étoilés {fig. 8), et cet aspect, suivant l'expression de MM. Robin et Magitot , « n'est pas sans analogie avec celui que présentent les ostéog plastes sur les prépara-
Face inférieure du bord d'un chapeau de dentine-pro- tiO^S d OS IraiS )) (f).
venant d'un embryon de porc de trois mois, 500 2° Sur ICS COUpCS lOUgldiamèlres.On aperçoit les or.fices étoilés des canal!- , , j (jOm-
cules de l'ivnire. Les globules sphériques Ires-refrin- tUUmaieS SCS ULllU uum gents, que l'on voit dans la zone a, sont les globules p],^tementforméeS,l'extrérie rfeiid'ne (Hobin et Magitot). ^ .
mité externe des canalicules de l'ivoire aboutit à une zone qui est située sous l'émail de la couronne (fig. 9, D), ou sous le cément des racines (^<7. 12, B, p. 293), et qui imite encore jusqu'à un certain point l'apparence du tissu osseux. Dans cette zone, en effet, sont creusées des cavités noirâtres,
(1) Robin et Magitot, Mém. sur la genèse et le développement des follicules dentaires dans Journal de physiologie de Brown-Séquard, 1860, p. 6G5 et pl. XI. fig. K
4 et ,
irrégulières, étoilées, quelquefois branchues, oh les canalicules s'ouvrent probablement, et dont la nature n'est pas encore suffisamment déterminée. Lorsqu'on a à la fois sous les yeux, dans une mômepréparation , comme sur la figure 12, ces cavités irrégulières et les osléoplastesdu cément, la distinction est facile à faire. Il n'en est plus de même lorsqu'on examine certaines pièces pathologiques, où, d'une part, les lacunes terminales P g g
<Je l'ivoire peuvent L'ivoire et i' émail. Coupe longitudinale d'une molaire d'homme
■occuper une zone adulte. SOO diamètres. .
' A, l'email forme par la juxtaposition de prismes parallèles, et
très-épaisse, et où, présentant des stries transversales marquées par des ombres
., , légèremenlflexueuses. Ces stries sont souvent beaucoup plus on-
û une autre part, duieuses.
OnestSOUVentprivé b, les canalicules de l'ivoire, parallèles entre eux, et présentant
. quelques bifurcations et anastomoses obliques,
du terme de COm- ^one des globules de démine.
naraison crue four- D, les lacunes terminales des canalicules de l'ivoire, situées im-
. médiatement au-dessous de l'émail.
. nit , sur les dents
normales , l'étude du cément voisin. Ces remarques expliquent -comment d'habiles observateurs ont pu admettre l'existence d'élé- ■ments cémentaires, dans un odontôme exclusivement composé d'ivoire et d'émail (1).
(1) Comparer notie figure 12 avec la figure 194 des Éléments d'histologie de Kôlliker^ trad. fr. Paris, 1856, in-8°, p. 424. La lettre 6, dans cette dernière figure, désigne les lacunes terminales que Kôlliker désigne sous le nom à'espaces interglobuluires. On lit dans la légende explicative : « 6, espaces interglobulaires ressemblant à des cavités osseuses. » Wedl signale la facilité avec laquelle certaines stries • longitudinales de l'ivoire peuvent être confondues, sur les coupes transversales, avec les corpuscules osseux, et rappelle que Czermak, après avoir mûrement étudié ces diverses causes d'erreur, a déclaré n'avoir jamais vu de véritables corpuscules osseux dansl'ivoire. iWedI, HistologischePalhologie,Xv&A.mg\vLhQ,'Loné. 1865, in-S", p. 511.) ■Je cite ces passages pour montrer que la détermination respective des éléments de l'ivoire et du cément n'est pas toujours exempte de difficultés.
DES ODONTOMES EN GÉNÉRAL
On trouve en outre dans l'ivoire, au voisinage de l'émail, des corps globuleux, très-inégaux en volume, et groupés d'une façon fort irrégulière ; ce sont les gloùules de dentine. Il y a une époque du développement de l'ivoire, où ils occupent la surface interne du chapeau de dentine, et oii il se dessinent sur cette surface comme de petites perles (/?(7. 8, a). Ils sont alors en contact avec la pulpe dentaire. Les rapports qu'ils affectent avec les canalicules de l'ivoire sont difficiles à constater. On admet assez généralement que les canalicules transpercent les globales d'outre en outre, ou même que ceux-ci ne sont que des renflements des parois des canalicules. Quoi qu^il en soit, lorsque la couche de dentine croît en épaisseur, la zone qui renferme les globules s'éloigne de plus en plus de la pulpe; cette zone, traversée par les canalicules de l'ivoire et toujours assez rapprochée de leur extrémité périphérique, se présente alors sous l'aspect figuré en c {fig. 9). Nous n'aborderons pas les discussions relatives à l'origine et à l'évolution des globules de dentine. Nous nous bornons à les représenter et à dire qu'ils s'observent quelquefois en grand nombre dans les odontômes dentifiés.
L'émail, bien plus dur encore que la dentine, paraît formé, sous de faibles grossissements, de fibrilles parallèles, à peu près perpendiculaires à la surface de la dentine subjacente; mais, sous des grossissements plus forts, on voit que ces fibrilles sont des corps prismatiques, larges de O^^.OOS à 0"'",00o : es sont les prismes de l'émail {fig. 9). Sur les dents en voie de formation, ces prismes se laissent aisément isoler (/«^. 10). Lorsque la couche d'émail est déjà constituée, ils sont si solidement soudés les uns aux autres qu'aucun moyen mécanique ne peut plus les séparer, mais on les met en liberté en faisant macérer l'émail dans l'acide chlorhydrique trèsétendu d'eau. Les prismes de l'émail ne sont jamais absolument rectilignes, mais leurs inflexions sont très-légères, excepté toutefois au niveau de la surface triturante de la dent, où ils décrivent quelquefois des méandres assez rapides. Cette dernière forme s'observe également dans l'émail de certains odontômes.
L'émail et la dentine augmentent d'épaisseur par suite de l'allongement des éléments qui les composent. Cet allongement n'est pas
Fig. 10.
Prismes de l'émail obtenus en grattant la surface de l'ivoire, sur l'uue des molaires d'un veau de deux mois, 300 diamètres.
le résultat de l'expansion des cléments déjà formés : les prismes de l'émail s'allongent par leur extrémité périphérique, les canalicules de l'ivoire, au contraire, s'allongent par leur extrémité centrale.
Le mécanisme de la formation des tubes de l'ivoire et des prismes de l'émail, et les relations histogéniques qui existent entre ces éléments et les couches odontogéniques du bulbe, ont donné lieu à des discussions qu'il serait trop long de reproduire. Mais ce qui est parfaitement démontré, c'est que la formation des tubes dentinaires est sous la dépendance directe de la rangée des cellules dentinaires, et que celle des prismes de l'émail est subordonnée à l'existence préalable de la rangée des cellules de l'émail.
Pendant que les phénomènes précédents se passent dans la couche corticale du bulbe, la pulpe devient le siége de petits dépôts globuleux, arrondis ou elliptiques, dont le volume, le nombre et la répartition ne sont soumis à aucune règle . Les pluspetits n'ont que 0"", 01 , les plus gros peuvent aller jusqu'à O^^jOS et même au delà. A l'état pathologique, leur volume peut devenir bien plus considérable encore. Ces corps, déjà signalés par Purkinje et Raschkow chez le lièvre, le porc et le cerf, puis par Henle, chez l'homme, et bien décrits surtout par MM. Robin et Magitot, qui en ont étudié la composition chimique (1), n'ont pas reçu jusqu'ici de nom particulier. Je propose de leur donner le nom de grains dentinaires. Le rôle important qu'ils jouent dans l'histoire de certains odontômes m'oblige à donner quelques détails sur cet élément peu connu de l'évolution dentaire.
Les grains dentinaires peuvent se former dans la pulpe vers la fin de la période odontoplastique et précéder, par conséquent, l'apparition du chapeau de dentine ; mais ils sont alors peu nombreux. Leur présence indique, en tout cas, que la dentification est prochaine, et on peut dire que leur formation est à peu près contemporaine de celle de l'ivoire. L'époque où il y en a le plus est la période coronaire ; lorsque la couronne est achevée, ils deviennent bien moins nombreux, mais ils ne disparaissent pas, et on les retrouve, pendant toute la vie, dans les couches les plus externes de la pulpe.
Les grains dentinaires ont une forme globuleuse ou ovalaire ; ils sont quelquefois légèrement déprimés sur une de leurs faces,
(i)Henle, Anatomic générale, trad, fr., Paris, 1843, in-8o,t. II, p. 446 en note. — Robin et Magitot, Mém. sur la genèse et le développement des follicules dentaires dan3 Journ. de physiologieyViw'û 18G0, p. 312.
DES ODONTOMES EN GÉNÉRAL
mais ils conservent toujours des contours assez doucement arrondis (voy. //^. 11). Comme ils sont, en outre, très-réfringents, ils peuvent quelquefois offrir, au premier coup d'œil, une certaine r,. l'cssemblance avec des gouttes
f)-^--i''^'à''''-'^'6-i huileuses. Mais ils sont tout à
if-^'^M-M0/ insolubles dans l'éther, l'ai.
'^'^ffij^¥]>-T^ - ^ ^ sulfure de carbone,
tandis qu'ils sont fortement at-
'^^i^f-'- 'f'^^^ ^^^"^^ l'acide chlorhydri-
't^^\'::^[-Q;]i(i.\::}:^ quequi,sans les dissoudre com-
■0^'' plétement, les pâlit et les rend
""^"""Fi-* li''' granuleux. De l'étude des ca-
Pulpe de la premièré°niolaire d'uu enfant nou- ^actères ChimiqueS Ct pliySl-
veau-né. 27ii diamètres. qUCS, MM. Robiu Ct MagitOt tia.a, les éléments libi oplastiques de la pulpe. , i , . ,
6,6, les trains dentiuaires. ^'^nt la COUCluSlOn qUB IcS grams
dentinaires sont constitués par du phosphate de chaux, combiné à une matière azotée qui s'oppose à la dissolution complète dans Tacide chlorhydrique. « Celle production de masses calcaires, ajoutent-ils, paraît due à une exagération du mouvement nutritif dont la pulpe devient le siège pendant la dentification, à un afflux considérable de matériaux calcaires dont une partie, dépassant les besoins de la formation dentaire, '^e dépose dans l'épaisseur du bulbe sous forme de masses amorphes. )> Cela suffit déjà pour légitimer la dénomination de grains dentinaires^ mais mes recherches d'anatomie comparée et d'anatomie pathologique me permettent de donner quelques développements de plus à l'opinion de MM. Robin et Magitot. Chez certains animaux tels que le morse, les grains dentinaires font partie de la dentification régulière, et prennent une part importante à la formation et à la constitution définitive d'une substance dentaire spéciale, demi-transparente et comme vitreuse, qui se développe en abondance dans la cavité dentaire et qui forme le tiers environ du volume total de la dent. Cette substance découverte, depuis longtemps déjà, par M. Emmanuel Rousseau, et décrite par lui comme une quatrième substance dentaire (1), avait été négligée jusqu'ici par les anatomisles. J'ai pu l'étudier au microscope sur une dent que M. E. Rousseau a bien voulu me confier, et j'ai constaté qu'elle est principalement formée de grains dentinaires, soudés entre eux par une sorte de gangue amorphe, et constituant des amas arrondis qu'entourent et séparent des traînées flexueuses d'ivoire. Les tubes
(1) Dict. classique d'histoire naturelle, t. Y, p. 402, Art. Dents. P;ir;s, 182i, in-8.
de dentine, formant des sortes d'éclicveaux, s'enroulent autour des amas de grains dentinaires, mais la substance au sein de laquelle cheminent ces tubes est en continuité absolue avec la gangue qui cimente les grains, si bien que l'on aperçoit quelquefois un ou plusieurs tubes, dont l'extrémité égarée vient se terminer dans cette gangue. J'ai eu l'occasion de constater une disposition entièrement semblable dans un odontôme dentifié.
Chez la plupart des autres mammifères, chez l'homme en particulier, les grains dentinaires ne font pas essentiellement partie du travail de la dentification normale, et on pourrait les supprimer par la pensée sans que ce travail fût troublé d'une manière sensible. Toutefois, les conditions au milieu desquelles ils se forment ne permettent pas de les attribuer seulement, comme l'ont fait MM. Robin et Magitot, à l'exagération du mouvement nutritif, car leur présence est constante dans la pulpe à partir d'une certaine époque, et il est bien difficile d'admettre qu'un excès de nutrition puisse être constant. D'un autre côté, ainsi que je l'ai déjà dit, l'apparition des grains dentinaires peut précéder celle des premiers linéaments du chapeau de dentine : c'est ainsi qu'on en trouve souvent, chez l'enfant nouveau-né, dans la pulpe de la seconde petite molaire, quoique la couche corticale du bulbe de cette dent soit encore entièrement molle. Il est bien certain que les grains dentinaires deviennent constants et plus nombreux pendant la période de dentification, mais il suffit qu'ils puissent exister avant la dentine elle-même, pour qu'on ne puisse pas les considérer seulement comme des dépôts constitués par l'excédant des matériaux inorganiques qui n'ont pu trouver place dans la zone où se forme l'ivoire. Les grains dentinaires, les globules de dentine et la dentine proprement dite ne sont que les formes diverses d'une même substance minérale, que les vaisseaux de la pulpe ont la propriété de séparer du sang, et qui, à son tour, a la propriété de se combiner avec la matière azotée des éléments organiques. Cette substance minérale a une affinité particulière pour la couche corticale du bulbe, oii la matière organique, soumise par les cellules dentinaires à une élaboration préalable, la fixe en lui imposant la structure caractéristique de l'ivoire; mais elle n'y peut parvenir que par imbibition, puisque les vaisseaux ne s'étendent pas jusqu'à la couche corticale, et, en s'infiltrant ainsi à travers la pulpe, elle y forme çà et là des dépôts dentinaires, qui se combinent avec une matière azotée amorphe, et qui prennent seulement la forme globulaire, sans revêtir la forme spéciale du tissu de la dentine. Voilà pourquoi le
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nombre et le volume de ces dépôts ne sont assujettis à aucune règle. Cette propriété, que possède la pulpe, de sécréter la substance minérale de la dentinc, est la cause déterminante de la dentification, et l'époque où elle se manifeste coïncide en général, dans l'évolution régulière du bulbe, avec celle où le travail d'élaboration eflectué par la rangée des cellules de l'ivoire a préparé le sol où l'ivoire doit se former. Mais ces deux phénomènes, savoir, l'élaboration de la base organique de la denline, et celle de sa base inorganique, ne sont pas nécessairement solidaires l'un de l'autre. Lorsque la sécrétion de la substance minérale s'effectue avant que la rangée des cellules de l'ivoire ait rempli safonction préalable, la formation des grains dentinaires précède celle du chapeau de dentine. Celui-ci ne tarde pas à paraître à son tour; mais à l'état pathologique il peut se faire que l'évolution des cellules de l'ivoire soit retardée ou empêchée, sans que la pulpe perde pour cela la propriété de produire de la matière dentinaire. Dans le premier cas, de nombreux grains dentinaires ont le temps de se former et de constituer des amas plus ou moins volumineux avant l'apparition de l'ivoire, qui vient ensuite entourer et emprisonner ces amas, comme cela a lieu dans la substance centrale des dents du morse; dans le second cas, il ne se forme pas d'ivoire, et il n'y a pas, dès lors, de dentification véritable, mais la pulpe peut être plus ou moins durcie parle dépôt des grains dentinaires; elle peut même revêtir jusqu'à un certain point l'apparence grossière d'une dent figurée, ainsi que je l'ai dit dans un cas précédemment cité (voy.-plus haut, p. 36, en note).
Cette étude des grains dentinaires permet, je pense, d'expliquer la formation des globules de dentine. J'ai lieu de croire, en effet, que les globules de dentine ne sont que des grains dentinaires qui, au lieu de se déposer dans l'épaisseur même de la pulpe, se déposent dans la couche corticale, entre la dentine déjà formée et la rangée des cellules de l'ivoire. Ils y constituent une couche incomplète au milieu de laquelle les tubes de la dentine ne tardent pas à se prolonger, et se trouvent ainsi étroitement combinés à la substance de l'ivoire.
J'ai cru devoir donner quelques détails sur l'histoire, jusqu'ici trop négligée, des grains dentinaires, à cause de l'importance qu'ils jouent dans l'évolution de certains odontôraes.
On vient de voir que la période coronaire de l'évolution du bulbe dentaire donne naissance à quatre sortes d'éléments solides et incrustés de matière minérale, savoir : les tubes de l'ivoire, les glo-
bules de dentine et les grains denlinaires, d'une part; et, d'une autre part, les prismes de l'émail. 11 n'est pas encore question du cément, qui ne paraîtra que dans la période suivante. Les odontômes nés chez l'homme pendant la période coronaire ne peuvent donc pas renfermer de cément; mais il n'en est pas de môme chez les herbivores, dont les couronnes dentaires commencent déjà à se recouvrir d'une couche cémentaire, fournie par l'organe spécial du cément.
Quelques mots maintenant sur la marche et les progrès de la 'dentificution. La couronne des dents unicuspidées est formée d'un seul chapefiu de dentine, qui s'étale graduellement à toute la sur- I face du bulbe. Sur les dents multicuspidées, les chapeaux de den- ! tine, dont le nombre est égal à celui des cuspides, naissent d'abord ■ isolément, puis, en s'élargissant, ils se rencontrent par leurs bords et ne tardent pas à se fusionner en une seule coque. Le bulbe continue à croître, mais la coque dentinaire, croissant plus rapidement que lui, contourne ses bords, puis ses faces latérales, et parvient enfin jusqu'à sa base, au niveau du sillon circulaire qui donne I insertion à la paroi du follicule. A partir de ce moment, la cowonne est complète, et la formation des racines va commencer. L'organe de l'émail se dissocie et se dissout, et l'émail cesse de croître. Quant à la pulpe, la coque inextensible qui l'entoure ne lui permet tplus de s'élargir ; toutefois cette coque est encore largement ouverte du côté de la base du bulbe. La pulpe n'est donc pas emprisonnée; elle peut continuer à s'accroître, mais seulement dans le sens de la hauteur, et de là résulte la formation des racines.
Des odonlômes peuvent se former pendant toute la durée de la période coronaire, mais l'hypertrophie du bulbe ne peut se produire que dans les parties qui ne sont pas encore entourées d'une couche dentifiée. Là oii la couche corticale est déjà durcie, l'expansion de la pulpe est arrêtée, de sorte que l'hypergénèse, au lieu, d'être générale, comme elle l'est ordinairement dans la période précédente, ne peut être ici que partielle. Quelquefois même elle est limitée à une partie très-circonscrite : la surface de la pulpe donne naissance seulement à de petites végétations, pendant que la dentification continue partout ailleurs à s'ellectuer d'une manière régulière. Les odontômes coronaires peuvent donc être circonscrits eu diffus, et présenter dès lors des formes très-variables ; mais ce qui les caractérise toujours, c'est l'existence d'une masse morbide irrégulière qui, une fois dentifiée, se trouve en continuité directe de
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substance avec des tissus dentaires réguliers et constituant une partie déterminée d'une dent normale.
4° Période radiculaire. — Cette quatrième et dernière période de l'évolution des follicules dentaires est caractérisée par la formation des racines.
Au moment oh s'ouvre cette période, toute la surface intra-folliculaire du bulbe est entourée d'une couche de dentine, que recouvre une couche d'émail. La couronne est complète; elle s'étend jusqu'à la base de la pulpe, et atteint par conséquent le niveau de l'insertion circulaire du col du follicule sur cette base. C'est une limite que la couronne ne peut pas dépasser, et qui constitue le collet de la dent. Par conséquent, la base de la pulpe, le collet de la dent et le col du follicule sont situés exactement sur le môme niveau. Mais cette disposition ne va durer que fort peu de temps. A mesure que la racine se formera, le collet de la dent s'élèvera au-dessus du col du follicule, qui d'ailleurs ne cessera pas d'embrasser étroitement la base de la pulpe.
C'est au niveau de cette base que se passent tous les phénomènes de la formation des racines. Pour simplifier la description, je prendrai le cas où la dent n'a qu'une seule racine. La pulpe, ne pouvant plus désormais s'accroître en largeur, grandit exclusivement dans le sens de la hauteur, par une sorte de bourgeonnement qui s'effectue dans le plan même de sa base. En s'accroissant, elle soulève nécessairement la couronne, et le collet s'écarte, par conséquent, du col du follicule. Il semble, dès lurs, que la partie de pulpe nouvellement formée devrait se trouver à nu dans le fond du follicule. Il n'en est rien cependant : l'ivoire de la couronne s'étend continuellement à sa surface et la recouvre complétement.^Ainsi, d'une part, la pulpe monte, mais d'une autre part la coque d'ivoire descend, de sorte que la base de cette coque correspond toujours exactement à la base de la pulpe, et que la dentine naissante est en contact avec le col du follicule.
C'est à ce niveau que se forme le cément, qui, chez l'homme, n^existe que sur la partie radiculaire de la dent. Le cément radiculaire n est pas produit par un organe spécial, com.me le cément coronaire qui forme l'enveloppe extérieure de la couronne chez beaucoup d'animaux. Ce sont les vaisseaux du col du follicule qui fournissent le blastème au sein duquel il s'organise. A mesure que la racine se développe, le col du follicule dépose à sa surface le suc ossifique. Celui-ci passant promptement à l'état osseux, l'ivoire de formation récente se trouve aussitôt recouvert d'une
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couche de cément qui lui adhère intimement, et qui constitue ainsi sur la racine une écorce de tissu osseux.
La production du cément s'effectue donc pendant toute la durée de la période radiculaire. Aussi trouve-t-on une grande quantité de cément dans les odontômes nés pendant cette période. Ils peuvent môme en être exclusivement composés.
Le cément est caractérisé par la présence d'ostéoplastes (voyez fig. 12, C), qui ne diffèrent pas sensiblement de ceux du tissu osseux. Chez certains animaux, il forme une couche épaisse, creusée de canalicules vasculaires; mais, chez l'homme, il ne renferme ni canalicules ni vaisseaux.
On vient de voir que la formation de la racine est un phénomène progressif, qui s'effectue au niveau du col du follicule. C'est là que se produisent simultanément, au fur et à mesure que la racine s'accroît, l'ivoire fourni par la pulpe, et le cément fourni par le col du follicule. La racine se développe donc sous la forme d'un tube, dont l'ouverture embrasse toujours exactement la base de la pulpe. Cette ouverture est d'abord presque aussi large que la cavité même de la couronne; en d'autres termes, la pulpe a à peu près la forme d'un cylindre, à peine renflé au niveau de la couronne. Si les choses restaient toujours dans cet état, rien n'empêcherait la pulpe de grandir indéfiniment et la dent pourrait prendre dès lors un accroissement sans limites. L'anatomie comparée en offre quelques exemples. Mais le plus souvent la racine, en s'allongeant, se rétrécit; le tube radiculaire se resserre de plus en plus sur la base de la pulpe; cette base n'est plus qu'un pédicule, dont la largeur diminue progressivement, et qui se réduit enfin à un très-mince cordon vasculaire et nerveux. La racine est alors complète ; désormais, sa longueur et celle de la dent ne changeront plus.
Tant que le tube radiculaire reste largement ouvert, la pulpe est susceptible de se prêter à un travail d'hypertrophie; elle ne peut vamcre l'étui inextensible qui l'entoure, mais, comme la moelle
Fig. 12.
Le cément et l'ivoire (coupe verticale de la racine d'une incisive de l'homme adulte), 400diamètres.
A, les tubes de l'ivoire.
B, les lacunes terminales des tubes de l'ivoire.
C, le cément, caractérisé par la présence des ostéoplastes.
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enflammée d'un os, elle peut former, à l'extrémité du tube radiculaire, une sorte de hernie, qui pourra ensuite se développer librement en largeur.
D'un autre côté, le col du follicule peut produire en excès le suc ossifique où naît le cément, et il en résulte une production accidentelle qui, se trouvant en continuité avec la base de la pulpe, peut la comprimer, la refouler, et troubler ainsi, ou môme arrêter tout à fait la formation de la racine. Ces odontômns radiculaires sont caractérisés par la présence d'une couronne complète, et se distinguent par là des odontômes coronaires dont la couronne n'est pas achevée. On y trouve môme des parties dentaires où il est facile de reconnaître l'ébauche d'une racine. Enfin, ces tumeurs, après leur dentiflcation, renferment du cément, et diffèrent par là de tous les odontômes qui se forment chez l'homme pendant les périodes précédentes.
Mais, à partir du moment où la pulpe est pédiculée, et où l'ouverture du tube radiculaire est notablement rétrécie, la formation de ces odontômes n'est plus possible; la pulpe est suffisamment emprisonnée pour n'être plus exposée à s'hypertrophier. Alors ■ môme que la production du cément serait ensuite exagérée, de manière à constituer une tumeur, celle-ci ne pourrait faire subir aucune déformation à la racine déjà formée : ce ne serait plus un odontôme, mais seulement une exostose cémentaire, lésion bien différente, ainsi qu'on l'a vu plus haut (voy. p. 276).
J'ai jusqu'ici supposé que la dent n'avait qu'une seule racine. Lorsqu'il y a plusieurs racines, les phénomènes essentiels sont identiquement les mêmes. Un tube radiculaire unique commence d'abord à se former autour de la pulpe; puis la base de la pulpe se divise en autant de faisceaux qu'il doit y avoir de racines, et le tube radiculaire, se prolongeant sur chacun de ces faisceaux, se divise en plusieurs racines qui croissent et s'achèvent comme dans le ca précédent. Chacune de ces racines peut devenir isolément le siég d'un odontôme radiculaire.
Chez l'homme, les odontômes radiculaires se forment toujour . avant l'époque de l'éruption, car celle-ci ne commence que lorsqu' le développement de la racine est assez avancé pour que le pédicule de la pulpe soit fort rétréci. On conçoit dès lors que l'éruptio de la dent correspondante doive être le plus souvent troublée ou même empêchée par le développement de la tumeur, qui dilate l'alvéole, qui creuse dans l'épaisseur de l'os maxillaire une vaste cavité, et qui même, le plus souvent, change la direction de la cou-
ronne. L'éruption peut s'effectuer toutefois, lorsque la tumeur se développe, de manière à ne pas dévier la dent d'une manière notable. Celle-ci prend alors son rang et sa place, quoiqu'elle fasse corps avec une tumeur volumineuse, contenue dans l'épaisseur du maxillaire.
Je le répète, chez l'homme, et chez tous les animaux dont les dents se développent comme les siennes, l'odontôme le plus tardii est toujours antérieur à l'époque de l'éruption de la dent correspondante. On peut même ériger en principe invariable, que les odontômes ne peuvent naître que pendant les périodes de la formation et de la croissance des dents. Si cette règle paraît souffrir i des exceptions, c'est parce que, chez certains animaux, la croissance, ou, si l'on veut, la formation des dents, peut se prolonger bien au delà du terme de l'éruption. C'est ce qui a lieu chez beaucoup d'herbivores ; ainsi, par exemple, les racines des molaires du I cheval sont encore largement ouvertes, alors même que la couronne est tout entière hors de l'alvéole. Quant aux incisives des rongeurs, elles n'ont jamais de véritable racine. Elles se composent d'un fût sans étranglement, surmontant une pulpe conique et sessile, dont la surface produit sans cesse de nouvelles couches d'ivoire ; et c'est ainsi qu'elles croissent pendant toute la vie (1).
Nous venons de suivre l'évolution des dents, depuis l'époque de la formation du bulbe jusqu'au moment où l'achèvement de leur racine met un terme à leur croissance. Les phénomènes de la dentification ne sont pas encore pour cela parvenus à leur terme. Ils continuent à s'effectuer dansla cavité dentaire jusque dans un âge avancé. L'épaisseur de la couche d'ivoire, s'accroissant de plus en plus, réduit proportionnellement l'espace réservé à la pulpe; il peut même se faire que la pulpe finisse par s'atrophier ainsi d'une manière \ complète, et que la chute spontanée delà dent en soit la conséquence. C'est ce qu'on observe souvent chez les vieillards. Cette dentification tardivepeut, sansdoute, présenter des anomalies ; ellepeut donner naissance à des tumeurs intra-dentaires, mais celles-ci ne modifient en rien la forme extérieure de la dent, et, par là, elles diffèrent entièrement des odontômes. Loin qu'on puisse les attribuer à l'hypertrophie de la pulpe, elles ont, au contraire, cela de particulier
(1) Voy. Oaàet, Expériences sur l'accroissement co-niinu et la reproduction des dents chez les lapins. Paris, 1823, gr. in -8. — De l'accroissement continu des incisives chez les Rongeurs. Paris, 1850, gr. in-8 (J.-B. Baillère). On trouvera des détails plus complets sur ce sujet et sur plusieurs autres questions d'odontogénie dans un important ouvrage publié plus récemment par le môme auteur et intitulé : Recherches anatomiques, physiologiques et microscopiques sur les dents et sur leurs maladies. Paris, 1862, I vol. in-8.
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qu'elles ne peuvent se développer sans déterminer l'atrophie de cette pulpe, c'est-à-dire sans porter atteinte à leur propre croissance. Elles ne peuvent donc jamais remplir entièrement la cavité denlaire, ni, à plus forte raison, exercer sur les parois de cette cavité une pression tendant à les refouler.
Je n'ai établi, dans les considérations précédentes, aucune distinction entre les dents de la première et celles de la seconde dentition. Les unes et les autres présentent en effet dans leur développement les mêmes phases, et sont sujettes de la môme manière aux accidents d'hypergénèse qui font naître les odontômes. J'en dirai autant des dents surnuméraires ou supplémentaires qui se développent quelquefois dans les mâchoires, et qui peuvent môme, par une de ces aberrations qu'on désigne sous le nom à'hétérotopies, se former en dehors des mâchoires. Je ne parle pas des kystes congénitaux dentifères qui, chez l'homme, se rencontrent quelquefois au milieu des parties molles, et qui diffèrent notablement des follicules des dents normales, par leur origine et leur développement, autant que par leurs connexions; il ne paraît pas qu'ils puissent devenir le siège du travail qui produit les odontômes; jusqu'ici, du moins, je n'en connais pas d'exemple. Mais on trouve quelquefois chez les herbivores, dans la région du crâne, et particulièrement au niveau ou au voisinage de l'os temporal, de véritables follicules dentaires, qui reposentsurlesquelette,quisubissentexactementlamôme évolution que ceux des dents normales, et dont les bulbes peuvent, en s'hypertrophiant, constituer une variété remarquable d'odontômes. Je donnerai à ces tumeurs singulières, qui jusqu'ici n'ont été observées que sur le cheval, le nom à'odontômes hétérotopiqv.es .
§ 3. — Division et classification des odoniômes.
Les détails minutieux et peut-être fastidieux que j'ai cru devoir placer sous les yeux du lecteur étaient nécessaires, pour faire comprendre l'origine et le mode de formation des odontômes, et pour expliquer les diverses phases de l'évolution du tissu de ces tumeurs. Déjà, dans la description précédente, on a pu voir que les odontômes, considérés sous le rapport de leur structure, de leur forme, de leurs propriétés, présentent de grandes différences suivant l'époque où ils prennent naissance, et constituent autant de variétés qu'il y a de périodes dans l'évolution des follicules dentaires. Plusieurs de ces variétés peuvent, à leur tour, se subdiviser en variétés secondaires. Enfin, le tissu des odontômes conservant le plus sou-