CLASSIFICATION
vent la propriété de dentiflcation qui caractérise les bulbes dentaires, il arrive fréquemment que la même tumeur parcourt, en se développant, des phases successives qui en changent entièrement l'aspect, la consistance et la structure. Il n'est donc pas surprenant que des tumeurs aussi dissemblables aient été jusqu'ici décrites comme autant d'espèces distinctes, et qu'on ait méconnu le lien commun qui nous permet de les réunir aujourd'hui en un même groupe. Pour établir entre elles un rapprochement, pour constater leur parenté, il est indispensable non-seulement de recourir à l'analyse microscopique, mais encore de connaître, jusque dans leurs moindres détails, l'évolution des tissus odontogéniques, et la formation des tissus dentaires. C'est la seule excuse que je puisse invoquer pour me faire pardonner la longueur de l'exposé qu'on vient de lire.
Quoique je connaisse dès aujourd'hui un assez grand nombre de variétés d'odontômes, il est probable, il est même à peu près certain qu'il en existe plusieurs autres. Lorsque l'attention des observateurs sera attirée sur cet ordre de faits, on découvrira sans doute chez l'homme, et surtout chez les animaux dont l'évolution dentaire diffère de la nôtre, des formes nouvelles qui permettront de compléter la série des odontômes. La description que j'essaye de donner ici, avec les matériaux insuffisants que j'ai pu réunir, ne peut être évidemment qu'une ébauche. Mais j'espère que les faits ultérieurs pourront facilement trouver place dans le cadre que je me propose de tracer.
On a vu dans le paragraphe précédent que les caractères anatomiques et physiologiques des odontômes dépendent de l'époque de l'évolution dentaire, oh débute le travail d'hypergénèse qui leur donne naissance. Nous sommes donc naturellement conduit à diviser les odontômes en quatre groupes, correspondant aux quatre périodes du développement des dents.
1" Le premier groupe comprend les odontômes embnjoplastigues. Il peut se subdiviser en deux variétés principales, selon que le tissu delà tumeur reste à l'état purement fibro-plastique, ou que, subissant une évolution plus avancée, il passe à l'état de tissu fibreux. Nous désignerons ces variétés sous les noms d'odontômes fibroplastiques et d'odontômes fibreux. Elles sont d'ailleurs reliées entre elles par diverses formes intermédiaires.
'2" Les odontômes odontoplastiques, nés pendant la seconde période de l'évolution des dents, constituent notre second groupe, où nous établirons d'abord deux subdivisions principales : chez l'homme,
298 DES ODONTOMES EN GÉNÉRAL
le follicule dentaire, à celte période, ne renferme qu'un seul organe vasculaire ; c'est le bulbe, — et il en résulte que tous lesodontômes odontoplastiques de l'bomnie sont bulbaires ; mais chez les herbivores un second organe vasculaire, l'organe du cément, existe déjà entre la paroi du follicule et l'organe de l'émail, et peut devenir le siège d'un travail d'hypertrophie, qui donne naissance à des odontômes cémentaires.
Les odontômes bulbaires se présentent sous des formes trèsdiverses, dont plusieurs ne sont, du reste, que les étapes successives de l'évolution d'un même produit pathologique. Les uns sont seulement fibreux ou fibroplastiques, et ne diffèrent des odontômes embryoplastiques que par la rangée de cellules dentinaires que le microscope démontre dans leur couche corticale; d'autres renferment en outre dans leur trame une quantité variable, quelquefois très-considérable, de grains dentinaires ; d'autres sont en voie de dentification véritable, et sont composés à la fois de tissus odontogéniques et de tissus dentaires définitifs, mêlés en proportions variables ; d'autres enfin sont denlifiés dans toute leur étendue, et constituent des masses extrêmement dures, composées tantôt seulement d'ivoire, tantôt d'ivoire et d'émail, mais ne renfermant jamais de cément, si ce n'est chez les herbivores.
En résumé, les odontômes bulbaires se subdivisent chez l'homme en odontômes non dentifîés (avec ou sans grains dentinaires), odontômes en voie de dentification, et odontômes dentifî.és (avec ou sans émail). Ces derniers peuvent être dentifiés en une seule masse ov en plusieurs masses distinctes et indépendantes.
3° Les odontômes coronaires, nés pendant la période de formation de la couronne, sont toujours plus ou moins dentifiés, puisqu'ils débutent à un moment où la dentification est déjà commencée. La partie de la couronne qui est formée avant le début du travail pathologique ne subit aucune altération, et se retrouve, parfaitement reconnaissable, en un point de la surface delà tumeur. Celle-ci, chez l'homme, est constituée par l'hypertrophie delà pulpe, et ne renferme après la dentification que de la dentine et de l'émail. Mais chez les herbivores elle peut dépendre de l'hypertrophie de l'organe du cément, et se transformer ensuite en une masse de cément. Ce groupe, comme le précédent, peut donc se subdiviser en deux groupes secondaires, les odontômes coronaires cémentaires qui ne s'observent que chez les herbivores, et les odontômes coronaires pulpaires ou dentinaires, les seuls qui puissent se former chez l'homme.
Les premiers présentent deux variétés, ou plutôt deux formes,