CHAPITRE XI
DES PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
Dans le paragraphe que j'ai consacré à la classification des odontômes (p. 300), j'ai indiqué sommairement les caractères les plus essentiels de chacune des variétés que j'ai admises. Cela m'a permis de procéder ensuite à une étude générale, et d'éviter ainsi de continuelles répétitions. Mais le lecteur n'a jusqu'ici qu'une idée très-incomplète des groupes que j'ai établis, et le moment est venu d'en donner une plus ample description.
Je devrais peut-être, vu la nouveauté du sujet, publier en détail les observations sur lesquelles je m'appuie; mais il faudrait, à cause de cette nouveauté même, discuter longuement l'interprétation de chaque fait, et cela m'entraînerait bien au delà des limites que comporte le plan de cet ouvrage. J'aurai donc le regret de ne pouvoir joindre à mes descriptions toutes les pièces justificatives qui seraient nécessaires pour en démontrer l'exactitude. Ceux de mes lecteurs qui désireront un complément de preuves le trouveront dans un Mémoire spécial sur les odontômes, mémoire dont la rédaction est terminée, et dont la publication suivra de près celle de ce volume.
Je vais maintenant passer en revue les principales variétés d'odontômes en suivant l'ordre indiqué sur le tableau de la page 300.
§ 1. — Odontômes embryoplastiqu(S.
Ces tumeurs ont été décrites sous le nom de corps fibreux ou fihrocellulaires des mâchoires, par Dupuytren, qui les a comparées aux corps fibreux de l'utérus. Elles présentent, sous le rapport de leur densité, de leur couleur, de leur vascularité, des variations considérables, mais l'élude microscopique montre qu'en définitive leur tissu est toujours constitué par l'agencement ou par l'évolution des éléments embryoplastiques du bulbe dentaire.
332 PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
Les unes, et ce sont en général les plus molles et les plus vasculaires, sont formées principalement, ou même exclusivement de noyaux fibroplasliques, de corps fusiformes et d'une petite quantité de fibres fibroplastiques. D'autres renferment en outre une forte proportion de fibres de tissu conjonclif ou fibreux. D'autres enfui sont entièrement ou presque entièrement fibreuses. Ces dernières sont très-dures, blanchâtres ou grisâtres, et c'est à peine si l'on y aperçoit çà et là quelques vaisseaux très-déliés.
Ces caractères et ces transitions sont précisément ceux que l'on observe dans la série des fibromes et des fibroïdcs,- et qui seront décrits dans la suite de cet ouvrage. Il importe toutefois de distinguer les odontômes embryoplastiques des autres productions accidentelles fibreuses ou fibroplastiques, attendu qu'ils ne sont pas autogènes. Ils sont de la nature des hypertrophies et non de la nature des pseudoplasmes. Ils ont la même structure élémentaire que les fibromes ou les fibroïdes parce que, à l'époque où ils débutent, les bulbes dentaires possèdent en fait la structure des fibroïdes, et en puissance celle des fibromes ; mais ils sont le résultat d'un trouble de nutrition beaucoup moins grave que celui qui fait naître un tissu anormal dans un lieu anormal, et la clinique, s'accordant de tout point avec la physiologie pathologique, nous montre, en effet, qu'ils ne se comportent jamais à la manière des tumeurs plus ou moins entachées de malignité.
Les odontômes embryoplastiques peuvent être ramenés à deux sous-variétés principales, que nous désignerons sous les noms d'odontômes fibroplastiques et d'odontômes fibreux. Cette division correspond assez bien à celle qu'admettait Dupuytren. Il appelait corps fibreux des mâchoires nos odontômes fibreux, et corps fibro-cellulaires des mâchoires nos odontômes fibroplastiques.
Il est probable que toutes ces tumeurs, à l'époque de leur début, fcont exclusivement fibroplasliques comme le tissu du bulbe luimême. On n'a pas oublié que, dans le développement normal, une partie des éléments du bulbe passent à l'état de tissu conjonctif ou fibreux. Suivant que le travail d'hypergénèse est plus ou moins précoce, plus ou moins actif, et qu'il modifie plus ou moins les propriétés du tissu bulbaire, les éléments fibroplastiques en excès peuvent perdre , conserver ou exagérer leur tendance naturelle à l'évolution fibreuse : ainsi s'expliquent les variations de structure des odontômes embryoplastiques. 'v|
Nous avons dit, en parlant des odontômes en général, que ces |B tumeurs sont enkystées dans un sac fibreux qu'elles remplissent ^
ODONTOMES EMBRYOPLASTIQUES. 333
entièrement, et auquel elles n'adhèrent cependant que par une base plus ou moins large. Cette règle souffre ici quelques exceptions. Les odontônies fibreux peuvent à la longue contracter, dans toute leur étendue, des adhérences solides avec la paroi du kyste, et finir même par se fusionner presque entièrement avec elle. Les tumeurs qui présentent ce caractère sont en général anciennes et volumineuses, mais sont d'ailleurs tout à fait semblables aux odontômes nettement enkystés, dont l'origine folliculaire est évidente.
D'un autre côté, les odontômes fibroplastiques peuvent ne remplir qu'incomplètement le sac fibreux, dont la partie libre de leur surface est alors séparée par une nappe de liquide. C'est tantôt une sérosité limpide ou sanguinolente, tantôt du sang presque , pur, tantôt une sorte de mucus filant avec ou sans cristaux de cholestérine , tantôt enfin une substance plus épaisse et jaunâtre, renfermant des cellules épithéliales et des matières grasses , et assez analogue à celle qui remplit certains kystes sébacés. Lorsqu'on pratique en pareil cas une incision sur la paroi du kyste, le contenu de la poche s'écoule et on aperçoit alors l'odontôme, constitué par une masse solide, arrondie, à large base, molle et friable, qui se laisse détacher sans difficulté, soit avec la spatule, soit môme avec les doigts.
Une tumeur n'est pas nécessairement un odontôme par cela seul quelle est fibreuse ou fibroplastique , et qu'elle occupe la région alvéolaire des mâchoires. Les os maxillaires peuvent, comme tous les autres os qui renferment du tissu spongieux, devenir le siège de productions fibreuses ou fibroplastiques, étrangères aux organes de la dentition. Mais celles-ci diffèrent de nos odontômes par plusieurs caractères. Elles peuvent débuter à tout âge, tandis que les odontômes embryoplastiques ne se forment que chez les jeunes sujets, avant l'époque où le dernier germ^e dentaire est parvenu à la période de dentification. Elles ne sont pas enkystées, tandis que les odontômes sont entourés d'un sac fibreux. Ce caractère n'est pas absolu , parce que quelques odontômes fibreux finissent, comme on l'a vu plus haut, par se fusionner avec leur enveloppe membraneuse ; mais il reste alors un autre caractère, tiré de la forme et des connexions de la tumeur. L'odontôme, toujours parfaitement circonscrit, n'a que des rapports de contiguïté avec le tissu' osseux environnant, qui lui forme comme un second kyste. Le fibrôme né dans le tissu spongieux des mâchoires est au contraire en continuité , dans une partie notable de son étendue, avec la substance de l'os, et le plus souvent
d.J4 PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
môme des fibres et des lamelles osseuses de formation nouvelle résultant de l'ossification de la tumeur, la relient étroitement avec le tissu osseux adjacent. Les conséquences de cette disposition sont faciles ù prévoir. L'odontôme embryoplastique se laisse énucléer sans peine; mais l'énucléation complète des fibrômes et des fibroïdes autogènes des mâchoires est presque toujours impossible de sorte que ces tumeurs ne peuvent être entièrement enlevées par une résection.
§ ?. — Odontômes odontoplastiques.
A l'époque où débutent ces tumeurs, les follicules dentaires renferment déjà les tissus spéciaux qui doivent devenir plus tard les agents de la denlification. Ces tissus odontogéniques, en s'hypertrophiant ensemble ou isolément, peuvent perdre sans doute leur propriété d'évolution, mais ils peuvent aussi la conserver en tout ou en partie ; de sorte que les odontômes odontoplastiques ont en général une tendance plus ou moins forte à se dentifier.
Chez l'homme, pendant la période odontoplastique, le follicule dentaire ne renferme que deux organes : l'organe de l'émail, et le bulbe, ou organe de l'ivoire. Ce dernier seul est vasculaire, et s'est dans son tissu que débute toujours le travail d'hypertrophie qui engendre les odontômes. Tous les odontômes odontoplastiques de l'homme sont donc des odontômes bulbaires, quoique l'organe de l'émail puisse , dans certains cas, jouer un rôle important dans l'évolution de ces tumeurs.
Mais chez les herbivores pachydermes, outre les deux organes précédents, le follicule dentaire renferme un troisième organe, l'organe du cément, qui est vasculaire comnie le bulbe, et qui est susceptible, comme lui, de devenir le siège d'un travail d'hypertrophie; il en résulte une variété d'odontômes qui ne s'observe que chez ces animaux et que nous appellerons les odontômes odontoplastiques cémentaires .
Nous aurons donc à étudier successivement deux types d'odontômes odontoplastiques, les bulbaires et les cémentaires. Nous commencerons par ces derniers.
A. — Odontômes odontoplastiques cémentaires.
Il en existe deux pièces dans le musée de l'École d'Alfort. Une troisième pièce, appartenant à M. Leblanc, s'est malheureusement
ODONTOMES ODONTOPLASTIQUES" CÉMENTAIRES. 335
égarée , mais les descriptions et les dessins publiés en 1859, par M. Forget, permettent de la rapporter à la variété que nous décrivons ici.
J'ai obtenu l'autorisation de pratiquer une coupe sur l'une des pièces d'Alfort, que j'ai pu ainsi soumettre à l'examen microscopique. Une coupe de la pièce de M. Leblanc a été également étudiée par M. Robin. — C'est avec ces documents, quelque restreints qu'ils soient, que j'essayerai de faire connaître les odontômes odonplastiques cémentaires.
L'odontôme d'Alfort tient la place de la quatrième molaire de la mâchoire inférieure d'un vieux cheval. Cette tumeur, très-irrégulière dans ses contours, a environ 5 centimètres de diamètre en tous sens (fîg. 13). Après avoir dilaté l'alvéole oii elle a pris naissance, elle a fait éruption comme une dent normale, et a pris rang entre la troisième et la cinquième molaire. Solidement fixée dans son alvéole, elle a pu, comme une dent ordinaire, servir à la mastication, et sa partie extra-alvéolaire a été profondément usée par les dents correspondantes de la mâchoire supérieure. L'usure est plus profonde sur cette tumeur que sur les dents adjacentes. Cela indique que le tissu de notre odontôme était un peu moins dur que celui d'une dent normale. Si l'on songe, en outre, que l'animal était vieux, et que l'usure générale des dents est assez avancée, on est conduit à reconnaître que la tumeur a dû présenter autrefois des dimensions verticales bien supérieures à celles qu'elle présente aujourd'hui.
Cette tumeur remplit entièrement la cavité alvéolaire; pour l'en extraire, il a môme fallu abattre une partie du bord de l'alvéole. J'ai constaté alors qu'une cavité irrégulière, conique, dont l'ouverture, large de près de 2 centimètres, correspond à la face profonde de l'odontôme, pénètre dans la masse dentaire jusqu'à une profondeur de plus de 3 centimètres. Cette cavité, maintenant tout à fait vide, a renfermé évidemment dans l'origine une substance molle, plus ou moins analogue à la pulpe dentaire ; mais, la pièce ayant macéré avant d'être desséchée, on ne peut affirmer que la pulpe en question existât encore lorsque le cheval a été sacrifié. Cela est assez probable, toutefois, puisque la tumeur n'a provoqué autour d'elle aucune inflammation, aucun travail éliminatoire. Elle ne s'est pas comportée comme un corps étranger ; elle a fonctionné comme une dent normale ; il y a donc lieu de croire que la cavité qu'elle recèle a été remplie, jusqu'au moment de la mort, par une substance molle et vasculaire, jouant le rôle de la pulpe dentaire.
IMUNCIPALIÎS VARIÉTÉS DODONTOMES ,
La coupe, examinée à l'œil nu, présente des marbrures linéaires irrégulières, sinueuses; plusieurs marbrures sont à peu près parallèles à la surface correspondante de la tumeur. La plus grande partie de la masse morbide offre une couleur légèrement jaunâtre, sur
laquelle se détachent nettement quelques lignes un peu plus claires, et d'autres lignes d'un blanc d'émail.
Au microscope, on trouve que ces lignes blanches sont constituées les unes par de l'ivoire, les autres par de l'é- «. mail. L'émail est un peu plus abondant que l'ivoire; ces deux tissus, distribués sans aucun ordre, sont rarement en contact l'un avec l'autre ; ils sont en quelque sorte noyés dans une masse de tissu cémentaire qui forme, je le répète, la plus grande partie de la tumeur.
Il serait superflu de prouver qu'il s'agit d'un odon-
Fig. 13.
OdoDtôme odontoplaslique cémenlaire de 13 4° molaire inférieure d'un cheval.
Coupe verticîfte antéro-postérieure de l'odoalôme. ao, l'entrée de la cavité de l'odoiilôme. — b, autre ouverture, faisant communiquer avec l'extérieur la cavité de l'odontônie, — 'ce, le fond de cette cavité.
tome. Mais il faut chercher à quelle époque du développement des dents cette tumeur a dilaté.
La période embryoplastique était déjà dépassée : la formation des trois tissus définitifs des dents prouve effectivement que les trois organes générateurs du cément, de l'ivoire et de l'émail, étaient déjà développés.
La période de la formation de la couronne n'était pas encore atteinte, puisque nulle part on ne trouve les tissus dentaires disposés régulièrement comme ils le sont, soit sur une couronne complète, soit sur une simple cuspide.
La tumeur est donc un odontôme de la seconde période, c'està-dire un odontôme odontoplastique.
Quel est maintenant, des trois organes qui existaient dans le follicule dentaire à cette époque, celui qui a été le point de départ de l'odontôme? Il me paraît certain que c'est l'organe du cément. L'hypertrophie de cet organe a eu pour conséquence de gêner le développement des deux autres, probablement môme de les faire
ODONTOMES ODONTOPIASTIQUK S CÉMENTAIRES. 337
atrophier en partie. Il en est résulté, d'une part, que laproduc- Uon ultérieure du cément a été exagérée, d'une autre part, que celle des deux autres tissus a été rendue très-imparfaite et très-irrégulière. L'organe du cément hypertrophié a pour ainsi dire dissocié les deux organes voisins, les a pénétrés par places, s'est interposé entre eux, s'est prolongé même jusqu'au-dessous de la rangée des cellules dentinaires, et, de la sorte, l'ivoire et l'émail n'ont pu se développer que sous la forme de lignes minces, onduleuses et discontinues, dans les points où les éléments générateurs de ces tissus n'avaient pas encore été détruits.
La tumeur mérite donc d'être appelée un odontôme odontoplaslique cémentaire.
Dans ce cas, l'hypertrophie de l'organe du cément n'a fait que gêner et perturber l'évolution du bulbe proprement dit. Mais on conçoit très-bien que cette hypertrophie puisse aller plus loin encore, et déterminer l'atrophie complète de l'organe de l'émail et de la couche corticale du bulbe, de manière à rendre tout à fait impossible la production de l'émail et celle de l'ivoire et à constituer finalemsnt une tumeur exclusivement cémentaire. Cette variété existe probablement; mais je n'en connais pas encore d'exemple.
On conçoit encore que l'organe du cément puisse se développer sous forme de tumeur sans se mettre en communication avec les deux autres organes odontogènes; et que ceux-ci, simplement refoulés vers le fond du follicule, puissent, quoique gênés dans leur évolution, donner naissance à une dentification plus ou moins régulière. En effet, l'organe du cément reçoit directement ses vaisseaux de la paroi folliculaire et n'affecte que des rapports de contiguïté avec l'organe de l'émail, qui le sépare de l'organe de l'ivoire; il semble donc possible qu'en s'hypertrophiant, il s'isole de plus en plus des deux autres organes, et que, la dentitication une fois terminée, on trouve, dans la même cavité, dans le même kyste, d'une part, une masse cémentaire provenant de l'organe du cément, d'une autre part, une dent figurée plus ou moins rudimentaire. provenant à la fois' de l'organe de l'émail et de l'organe du cément. .\insi s'explique, sans doute, la disposition qui existait sur la pièce de M. Leblanc.
Il s'agissait d'un kyste osseux volumineux situé au niveau de l'une des canines de la mâchoire supérieure d'un cheval. Un abcès se forma ù. l'intérieur du kyste, s'ouvrit spontanément dans la bouche, et resta fistulcux. En ouvrant la tumeur après la mort de
338 PUINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
l'animal, M. Leblanc trouva d'abord dans le kyste une masse ossi forme du volume d'un œuf, formée de deux lobes arrondis, et d'un troisième lobe irréyulier et anfractucux. Cette masse, compUHement libre dans la cavité du kyste, paraissait la remplir presque entièrement; mais, après l'avoir enlevée, on aperçut, tout au fond de cette cavité, dans le point le plus éloigné du bord alvéolaire, une dent canine très-rudimentaire implantée par sa base sur la paroi du kyste. Je décris ici la pièce d'après le dessin très- soigné que xM. Foi get a publié (I). On lit, il est vrai, dans le texte, qui est extrêmement court, que cette dent canine « otlVait scn développement na- «turel (2) ; » mais je pense que M. Forget a voulu dire seulement par là qu'elle présentait l'apparence d'une dent, par opposition avec la tumeur ossiforme, qui ne ressemblait à aucun organe connu. Il suffit, en effet, de jeter un coup d'oeil sur la planche pour voir que cette dent, loin d'ôtre normalement développée, est tout à fait rudimentaire, qu'elle est incomparablement plus petite que les couronnes des incisives représentées sur le même dessin, qu'elle n a pas de racine, qu'elle n'a ni la forme d'une canine complète, ni celle d'une canine en voie de formation, ni celle d'aucune autre dent complètement ou incomplètement développée. Disons donc que le kyste en question renfermait une masse ossiforme volumineuse, et un petit rudiment de dent, qui, d'après le siège de la tumeur, a dû être considéré comme représentant la dent canine.
La masse ossiforme a été examinée au microscope, et M. Robin a constaté que c'était une production exclusivement cémentaire. Quant à la dent adjacente, elle n'a pas été étudiée. M. Forget, considérant qu'elle était complètement isolée de la masse cémentaire. a admis que cette dernière était tout à fait indépendante de la dent, . et que « sa formation et son accroissement étaient entièrement ^ I (( étrangers aux opérations organiques auxquelles la dent doit son « développement (S)» , et il en a conclu qu'elle était due à une sécrétion de la membrane al véolo- dentaire. Mais il n'a pas tenu compte delà différence qui existe entre l'odontogénie de l'homme et celle du cheval ; et s'il avait connu l'existence de l'organe du cément des herbivores pachydermes, c'est à cet organe, je n'en doute pas, qu'il aurait attribué, comme je le fais ici, la formation de la tumeur cémentaire.
(1; Forget, Des anomalies dentaires, etc., Paris, 1859, in-40, planche ll^fig. 5 et (J.
(2) Loc. cit., p. 28.
(3) Loc. cit., p. 29.
ODONTOMES ODONTOPLASTIQUES BULBAIRES. 339
J'aurais bien voulu pouvoir étudier moi-même cette pièce remarquable, que M. Forget avait rendue à M. Leblanc. Malheureusement M.Leblanc n'a pu la retrouver, et il est à craindre qu'elle ne soit perdue. Dans les cas analogues qui pourront se présenter plus tard, il sera important d'étudier avec soin la dent rudimentaire adjacente à l'odontôme cémentaire; j'ai lieu de croire, en efl'et, que cette dent, développée aux dépens d'un bulbe séparé de l'organe du cément, doit être privée de l'écorce cémentaire qui entoure normalement les couronnes dentaires du cheval.
B. — Odoniômes odoniopîastiques bulbaires.
Je décrirai ces tumeurs d'après les pièces qui ont été recueillies chez l'homme (I). A l'époque où elles débutent, la couche corticale du bulbe possède déjà une rangée de cellules dentinaires qui tendent à produire de l'ivoire; et on trouve en outre, dans la couche la plus profonde de l'émail, une rangée continue de cellules spéciales qui tendent à produire de l'émail. La pulpe, très-vasculaire ne présente encore que des éléments fibroplasliques avec une petite quantité de tissu conjonctif, mais elle tend à produire ces petits amas globuleux de phosphate de chaux que*nous désignons sous le nom de grains dentinaires, et qui s'y forment normalement lorsque la dentiPication s'effectue dans la couche corticale du bulbe.
Ainsi, quoiqu'il n'y ait encore dans le follicule que des parties tout à fait molles, les tissus qui doivent donner naissance à l'émail, à l'ivoire et aux grains dentinaires, sont déjà formés, et disposés à subir l'évolution qui produira les parties dures de la dent.
Cela posé, on conçoit que le travail d'hypertrophie qui enfante les odontômes puisse modiGer, ensemble ou isolément, les propriétés respectives des tissus que renferme le follicule dentaire. L'une ou l'autre de ces propriétés peut être augmentée, amoindrie, ou •anéantie; et, suivant que la lésion affecte plus particulièrement telle ou telle partie du bulbe, certains phénomènes de l'évolution ultérieure peuvent être accélérés ou exagérés, pendant que d'autres sont ralentis, atténués ou supprimés. Il en résulte que la production accidentelle, quoique toujours la môme dans sa constitution primitive ou essentielle, peut présenter, dans son évolution ullé-
(l) Cette variété d'odontômcs existe aussi chez les herbivores, et j'ai déjà cité, p. 320 dans le texte, et dans la note 3, un cas d'odontôme odontopiastiquo bulbaire' avec multiplication des bulbes chez le cheval. Mais on conçoit que j'aie dû emprunter de préfûrcnce à la pathologie humaine la description des viiriétcs d'odontomes qui s'observent chez l'honn-nc.
J40 PlUNCIPALES VARIÉTÉS DOUONTOMES.
ricui-e, des combinaisons Ircs-diverses, cl revêtir des formes trèsdissemblables.
Je ne connais aucune variété d'odontômcs que l'on puisse attribuer à une maladie primitive de l'organe de l'émail, lequel, d'ailleurs, n'étant pas vasculairc, ne semble pas susceptible de s'hypertropbier isolément. J'en dirai autant de la rangée de cellules dentinaires qui caractérise la couche corticale du bulbe. Le.', troubles de nutrition dont cette couche et la précédente peuvent devenir le siège, ne sont que les effets consécutifs des maladies de la pulpe, qui est la seule partie vasculaire du bulbe.
Les odontômes bulbaires sont donc constitués essentiellement par l'hypertrophie de la pulpe. La pulpe, en s'hypertrophiant, refoule et comprime à la fois la couche corticale, qui engendre l'ivoire, et l'organe de l'émail, qui produit l'émail. Cette compression peut aller jusqu'à l'atrophie complète des deux agents principaux de la dentification. L'organe de l'émail, n'ayant qu'une consistance gélatineuse, s'atrophie toujours le premier. La couche corticale du bulbe, douée d'une consistance et d'une vitalité plus grandes, résiste mieux que lui à la pression excentrique de la pulpe hypertrophiée. Toutes les fois qu'elle est détruite ou altérée au point de perdre sa propriété de dentification, l'organe de l'émail périt avec elle, ou même aVant elle, tandis qu'elle peut conserver sa structure et ses propriétés, dans beaucoup de cas où l'organe de l'émail est détruit. Il en résulte qu'on ne trouve jamais d'émail sans ivoire dans les odontômes dentiliés, et qu'il existe, au contraire, des odontômcs composés d'unegrande quantité d'ivoire sans aucune trace d'émail.
Lorsque l'organe de l'émail et la couche corticale du bulbe sonl entièrement atrophiés, la tumeur ne peut devenir le siège d'une dentification véritable. Mais la pulpe peut conserver encore la propriété de produire des grains dentinaires, et cette propriété peut même être exagérée. Ainsi s'explique la formation d'une variété toute spéciale d'odontômiis odontoplastiques, variété qui a été découverte et parfaitement décrite par M. flobin. La tumeur alors présente la consistance d'un fibrome très-dur. Au microscope, on y découvre une trame fondamentale, fibreuse et fibro-plastique, tout à fait semblable au tissu normal de la pulpe, mais de plus ou trouve, en quantité innombrable, au milieu de cette trame, des grains dentinaires tellement rapprochés les uns des autres, que la coupe de la tumeur présente la couleur et l'aspect finement granuleux de la coupe d'une pom;iie de terre. Cette ressemblance est dm' h la présence des grains dentinaires qui sont disposés comme le
odonto.ml:s odontoplastiques a grains dentinaires. 341 ont les -rain« de fécule clans le lissu de la pomme de terre. La description de M. Rubin repose sur l'élude de deux tumeurs enle-
\éc< par ]\f. Nélaton.
L'une de ces pièces est conservée dans le musée Dupuytren, n" 384 E. Je l'ai étudiée récemment au microscope. La macération prolongée dans l'alcool n'en a nullement modifié la structure et j'ai pu y constater tons les caractères indiques par M. Robm. J'ajouterai'seulement qu'il y a, au centre de cette tumeur, une cavité assez régulière, du volume d'une noisette, qui a été ouverte par la coupe et qui devait renfermer un liquide. La présence d'un kyste interstitiel, au centre d'une tumeur hypertrophique, n'a rien que de très-ordinaire, mais je signale ce fait, qui permet d'expliquer l'existence de certaines cavités qu'on rencontre quelquefois au milieu des odontômcs dentifiés.
Les odontômes odontoplastiques, caractérisés par la prédominance des grains dentinaires, peuvent-ils devenir le siège d'une dentification véritable? Je puis dire que celui que j'ai étudié dans le musée Dupuytien ne présente à sa surface aucune trace des cellules dentinaires, ni des cellules de l'émail; celte tumeur ne pouvait donc pas se denlifier. J'ajoute que la multiplication des grains dentinaires donne à la tumeur une dureté très-grande, qui paraît de nature à déterminer constamment l'atrophie de la couche corticale du bulbe, et, à plus forte raison, celle de l'organe de l'émail.
Lorsque les grains dentinaires ne sont pas plus nombreux dans la pulpe hypertrophiée qu'ils ne le sont dans une pulpe normale, la tumeur ne présente plus l'aspect solanoïde, et ressemble soit à un fibrome, soit à une tumeur fibroplastique. Dans le premier cas, elle peut encore devenir assez dure pour déterminer l'atrophie des couches odontogènes, et pour rendre la dentification impossible. Mais, dans le second cas, la masse morbide, beaucoup, plus molle, respecte ordinairement, en tout ou en partie, les cellules dentinaires de la couche corticale du bulbe, et souvent même la rangée plus molle et plus superficielle des cellules de l'organe de l'émail, conditions qui permettent à la tumeur de se denlifier plus tard plus ou moins complètement, enconstituantune ou plusieurs masses composé(^s, suivant les cas, d'ivoire seulement, ou d'ivoire et d'émail.
Les phénomènes de cette dentification ne difi'èrent pas essentiellement de ceux de la dentificalion normale. L'ivoire se produit aux dépens des cellules dentinaires, en constiluant d'abord de petits chapeaux de dentine, qui gagnent ensuite en surface et en épaisseur, comme cela a lieu sur les bulbes sains. L'émail se forme ;\
Ot^ PRINCIPALES VARIÉTÉS DODONTOMKS.
son tour peu à peu, partout où les chapeaux de dcnline sont recouverts d'une couche de cellules de l'émail. Mais les conditions créées par l'état pathologique donnent à ces productions dentaires des formes et des dispositions qui s'écartent considérablement du type des dents normales.
La pulpe, en s'hypertrophiant, peut conserver des contours arrondis et une surface presque lisse ; si un pareil odontôme venait à se dentifier, il en résulterait sans doute une boule dentaire unie et môme polie, dont l'ccorce serait constituée, comme celle de la couronne d'une dent, par une couche d'émail plus ou moins régulièrement appliquée sur une masse centrale d'ivoire. Ce résultat paraît possible, mais je ne l'ai pas encore observé. Il y a même quelque raison de croire que, lorsque la pulpe se développe sous la forme d'une tumeur globuleuse, la dentification doit être fort compromise : l'expérience prouve, en effet, que les odontômes de cette forme sont en général plus durs que les autres, ce qui expose les couches odontogènes à s'atrophier sous la compression.
Tous les odontômes odonloplastiques bulbaires que j'ai pu étudier pendant ou après la dentification, présentaient une surface irrégulière, inégale, mamelonnée, muriforme ou même végétante. Il est permis d'en conclure que la tumeur, avant la dentification, présentait la même forme irrégulière. C'est ce qui était parfaitement évident sur l'odontôme en voie de dentification que j'ai eu l'occasion d'étudier 14). L'hypertrophie de la pulpe, s'effectuant d'une manière inégale, donne lieu à des saillies, à des mamelons, à des végétations, que séparent de profonds sillons, et qui peuvent devenir le siège de végétations secondaires, en donnant lieu à une apparence plus ou moins analogue à celle d'un chou-fleur. Cette disposition compliquée se produit d'autant plus facilement que le tissu de la tumeur est plus mou et plus vasculaire. Sur la pièce dont je viens de parler, les végétations étroites, cylindro-coniques, trèsnombreuses, très-serrées les unes contre les autres, ressemblaienl assez bien aux villosités d'une tumeur papillaire et se retrouvaient dans toute l'épaisseur de la tumeur. Ces espèces de papilles, libres dans la plus grande partie de leur surface, qui était régulière cl lisse, s'implantaient par leur base, qui était leur partie la plus large, sur une masse commune dont les embranchements se répandaient et s'irradiaient dans toute la tumeur (J). Chaque papille
(1) Cette disposition des papilles, peu apparente a'.i moment où la pièce a été dessinée, ne s'aperçoit ue très-confusément sur la ligure. Mais elle a été rendue évidente par une disseff 'on pratiquée à l'aide d'une aiguille.
ODONTOMES ODONTOPLÂSTIQUES BULBAIRES. 343
présentait tous les éléments d'un petit bulbe normal : une couche corticale , formée d'une lame extérieure de matière amorphe et d'une rangée de cellules dentinaires, entourait une petite masse centrale, \°isculaire et fibroplastique, dont le tissu était tout à fait
Lcvoué.oa
Fig. 14.
Odontome odonloplaslique en voie de dentificalion, occupant la moitié dioile du maxillaire inférieur chez une petite fille de 2 ans 9 mois.
Li tumeur, après avoir été enlevée par résection, a été sounvse à une coupe verticale et loi gitudinale qui commeoce sur le bord iuférieur du maxillaire AB, et qui s' étend de bas en haut jusqu'au voisinage du bord supérieur CC. Ainsi divisée en deux moitiés presque entièrement séparées CC'AB, CC'A'B', elle a été déployée-, ces deux moitiés ne sont pas symctriques, parce i|u'une partie de la tumeur s'est énucléée au moment cjù l'on a fait la coupe, de sorte que la niasse C'B', restée indivise, a suivi le se;;ment externe, laissant à nu sur l'autre srgment la paroi du kyste osseux. D, cavité de la petite molaire de remplacement. ER, coupe du corps de la mâchoire en avant de l'ocloniôme. C, première petite molaire de lait, ayant achevé son éruption. Toutes les autres molaires sont ennlobées dans la tumeur et n'ont piis de racines, a, secon e petite molaire de lait, b, secomle grosse molaire, d, Iroisième grosse molaire relournée. La première grosse molaire ne se retrouve pas; c'est aux dépens de son bulbe que l'odontôme s'est développé. Les nombreuses saillies qu'on aperçoit sur la coupe de la tumeur sont des bulbes secondaires. Plusieurs d'enire eux e,^ g, /i, i, j, k, I, sont déjà surmontés de grands chapeaux de dentine qui Ont levètu la forme de couronnes dentaires. Ailleurs, en h, h, par exemple, des bulbes secondaires, beaucoup plus petits, Irès-nombreux et très-rapprochés, sont eutourés de petits étuis de dentine, <lont la seciion présente sur la coupe un aspect madréporique. La tumeur est encore molle dans le reste de son étendue.
semblable à celui de la pulpe pendant la période odontoplastique, et où l'on retrouvait même parfois un petit nombre de grains dentinaires. Enfin, beaucoup de ces papilles étaient revêtues d'une mince couche de consistance gélatineuse, où le microscope retrouvait la rangée des cellules de l'émail. On peut dire, par con-
344 pniiNciPALi^s VARIÉTÉS d'odontomes.
séquent,quc l'hypcilrophic bulbaire avait eu pour conséquence de décomposer le bulbe primitif en un très-grand nombre de secondam's, (jui présenlaicnl toutes les conditions requises p.,,,,faire les frais de lu deuLification.
Ce phénomène remarquable de la multiplication dos baUm expliquait tous les détails de la dentiflcation, qui était commencée en un grand nombre de points, soit stu- les bulbes secondaires superficiels, soit sur les bulbes profonds de la tumeur. Là où elle était à son début, ou voyait de petits étuis coniques d'ivoire constituant de véritables chapeaux de denline, qui, nés sur le sommet de chaque bulbe, s'étendaient peu à peu jusqu'à sa base. Là où elle était plus avancée, les étuis plus épais et n'ayant plus qu'une étroite cavité centrale, se fusionnaient par leurs bases, se soudaient on outre par leur surface, en constituant, par leur réunion, une mas>f assez dure, dont la coupe présentait un aspect madréporique. Ailleurs enfin, et cela seul suffirait pour démontrer la réalité de la multiplication des bulbes, des saillies bulbaires plus volum ueuses avaient donné naissance à des masses d'ivoire, figurées n\ forme de dents. On pouvait mt me se demander si ce n'étaient pa-^ des dents véritables, gcnécs dans leur développement et défoimées, mais provenant de bulbes normaux englobés dans la mas-e de l'odontôme (Voy. la {ig. 14). Déjà, pourtant, en présentant la pièce à la Société de chirurgie, je pus montrer huit de ces dents, apparentes sur la coupe de la tumeur; et, comme le mal occupait une région où il ne peut y avoir en tout que sept bulbes dentaires savoir deux pour les petites molaires de lait, et cinq pour les molaires définitives, grosses ou petites, comme en outre l'une des petites molaires permanentes avait fait régulièrement son éruption et était indépendante de la tumeur, il était clair que celle-ci renfermait au moins deux dents supplémentaires. Bientôt, en préparant la pièce pour le dessinateur, il me suffit d'exciser quelques fragments de la pulpe, pour faire apparaître sur la surface de la coupo deux autres couronnes dentaires unicuspidées, sans compter deux petites cuspides isolées qui étaient sur le point de revêtir la forme des précédentes. 11 est clair, par conséquent, que la pulpe hypertrophiée a donné naissance, dans ce cas, non-seulement à un grand nombre de petits bulbes, caractérisés par leur structure microscopique et par les petits étuis de dentine qui les embrassent, mais encore à un certain nombre de bulbes assez volumineux pour engendrer de véritables couronnes dentaires.
Que serait-il arrivé si la tumeur n'av ait pas été enlevée? On ne |)cul
ODONTOMES ODONTOPLASTIQUES BULBAIRES. 345
douter que ladcntificaLion, déjà commencée sur un très-grand nombre de points, se serait étendue à toute la masse, que tous les bulbes sccondairesse seraicntentourésd'ctuis de dentine, qui se seraient ensuite soudés à leurs voisins, et que l'odontôme aurait fini par se transformeren une tumeur principalement composée d ivoire. Gomme en outre on retrouvait presque partout, soit à la surface de la tumeur, soit dans les sillons profonds qui pénci raient entre ces bulbes, une couche gélatineuse caractérisée par la présence des cellules de l'émail, tout permet de croire que l'odontôme dcutifié aurait renfermé une certaine quantité d'émail disposée irrégulièrement à sa surface, et se prolongeant dans son épaisseur sous forme de traînées étroites.
Or, toutes ces particularités, que permettait de prévoir l'étude de cet odontôme en voie de dentification, se sont trouvées réunies sur l'odontôme odontoplastique dentifié queM.Forget a déposé dans le musée Dupuytren sous len° 384 C, et dont il m'a été permis d'étudier les coupes microscopiques. La tumeur, entièrement dentifiée, offre une surface mamelonnée, muriforme, couverte de très-petites végétations arrondies, entre lesquelles existent des sillons, des dépressions étroites et profondes. Sur la coupe, on aperçoit à l'œil nu deux substances bien distinctes : l'ime extrêmement dure, d'un blanc éclatant, formant à la surface de la tumeur une couche irrégulière, et constituant en outre des traînées linéaires qui font suite aux sillons de la surface; cette substance examinée au microscope offre la structure de l'émail. — L'autre substance, beaucoup plus abondante, est d'un blanc plus terne, et même légèrement jaunâtre ; sa consistance, quoique très-dure encore, Test beaucoup moins que celle de l'émail; sa coupe offre un grand nombre de petites taches arrondies qui lui donnent un aspect comme granuleux; au microscope, elle est presque entièrement composée d'ivoire; mais un grand nombre de petits anneaux ronds ou ovales, résultant de la section transversale ou oblique de petits canaux h peu près cylindriques, et remplis de grains denlinaires ou de dépôts calcaires amorphes, représentent les cavités oblitérées des anciens étuis de dentine, développés sur les bulbes secondaires de la pulpe hypertrophiée. L'étude comparative de cette pièce et de la précédente ne peut laisser aucun doute sur l'origine et les progrès du travail de dentification des odontômes bulbaires (i).
(I) J'ai omis à regret dans La description do ces deux pièces un grand nombro de dOtails curieux qu'il serait trop long d'exposer ici, et que j'ai consignas da js mon mémoire sur les odoniômes. La pièce do M. Forget est u-ès-bicn rcpréî-oniL'e sur la pl. I do son mémoire déjà cité Sur les unomulie-i dentaires.
340 PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMIîS .
Ce travail, considéré dans son essence, ne difl'ére pas de celui de la dentilication normale, mais on vient de voir que les conditions au milieu desquelles il s'cfleclue sont tout à fait spéciales, et que les tissus dentaires qui en résultent offrent une disposition des plus insolites. Ces conditions ne permettent pas à l'odontôme de revêtir la forme d'une couronne dentaire, et s'opposent presque toujours î\ la formation des racines. Celles-ci, en effet, ne peuvent se développer que lorsque la coque d'ivoire qui entoure le bulbe s'étend régulièrement et circulairement jusqu'à la base de la pulpe ; si la dentilication gagne l'un des côtés de cette base avant que la coque soit achevée sur les autres points, ou si elle se produit à la fois au centre et à la surface de la tumeur, comme cela avait lieu sur la pièce que j'ai décrite, ou si, enfin, toute autre perturbation retarde on accélère en quoi que ce soit la marche graduelle de la formation de l'ivoire, la formation des racines devient impossible. Mais, lorsque l'hypertrophie de la pulpe n'est pas très-considérable, lorsque l'odontôme est peu volumineux, lorsque tous les bulbes secondaires sont superficiels, et que tous entrent simultanément en denlification, il peut arriver, par exception, que, malgré la grave perturbation que subit l'évolution du bulbe, l'enveloppe d'ivoire descende assez régulièrement sur la base de la pulpe pour réaliser des conditions analogues à celles qui, sur les couronnes normales, amènent la formation du collet dentaire, et, par suite, celle des racines . C'est ce qui a eu lieu probablement dans un cas fort remarquable et peut-être unique, observé, en 1809, à l'Hôtel-Dieu, par M. Oudet, dans le service de Pelletan.J'ai déjà mentionné ce fait (Voy.p. 3]!>). La pièce fut réclamée par Pelletan, qui la donna plus tard au dentiste Miel. J'ignore ce qu'elle est devenue. Mais, avant de s'en dessaisir, M. Oudet en lira un moule en plomb qu'il possède encore et qu'il a bien voulu me confier; il m'a ren)is en outre un excellent dessin original exécuté par Miel lui-même, dessin que Ét. GeoCfroy- Saint-Hilaire a reproduit dans son mémoire Y\^\^. tléjà cité (1), et que je reproduis à mon tour
{fîg. 15). L'étude de ce dessin permet déj;\ de constater qu'il s'agit d'un odontôme odontoplastique; c'est i o que confirme pleinement l'examen du moule, car, en l'étudiant sm
(l) Et. Geoffroy Siiint-Hilaire, S(/i-/è??2e dentaire des mammifères et des oiseaur. Paris, 1824, gr. ia-8" de 82 pages, pl. I, fig. 18. Ce dessin a été reproduit par M. Forget dans son mémoire Sur /es anomalies dentaires, pl. II, fig. 3,
ODONTOMES BULBAIRES DENTIFIÉS. 347
uutes ses faces, on ne trouve nulle part la moindre apparence d'une , irtie de couronne régulièrement formée. Tous les mamelons denl lires qui la surmontent sont informes et évidemment développés sur des bulbes secondaires. Or, cet odonlôme odontoplastique se continue à sa base avec une masse conique, qui donne immédiatement l'idée d'une racine, mais d'une racine tout à fait anormale, énorme, irrégulière, sur laquelle j'ai compté une dizaine de sillons longitudinaux plus ou moins complets. Dans ce cas, la formation d'un prolongement radiculaire avait réalisé les conditions qui amènent l'éruption des dents. L'odontôme avait donc pu percer la gencive, et prendre rang sur l'arcade dentaire, à la place des deux petites molaires. Le développement de cette racine irrégulière avait ans doute été favorisé par le peu de volume de l'odontôme, et il ( st probable qu'à mesure qu'elle se formait, une mince couche de cément s'était déposée à sa surface. Mais il me paraît certain que le cément ne participait en rien à la constitution de l'odontôme i)roprement dit. Quoi qu'il en soit, ce fait paraît unique jusqu'ici. D'une manière très-générale, on peut dire que les odontômes bulbaires n'ont pas de racines. Or, on n'a pas oublié que, chez les animaux qui n'ont pas d'organe du cément, le cément ne se produit (|ue sur les racines. Il en résulte que, chez Vliomme, les odontômes bulbaires dentifiésne renferment pas de cément (1).
Lorsque la dentification est achevée, la tumeur provoque ordinairement autour d'elle une réaction inflammatoire suivie de suppuration, et, si l'on vient alors ;\ ouvrir le kyste osseux, on trouve que la masse dentaire y est entièrement libre. On peut se demander si cet isolement, qui permet d'en pratiquer aisément l'extraction, est la cause ou l'effet de l'inflammation suppurative. Il est clair qu'elle pourrait en être l'effet, et que la suppuration qui se produit dans l'intérieur du kyste osseux est dénature à amener la destruction des adhérences fibreuses ou vasculaires qui pourraient exister encore entre la paroi delà cavité et la base de la tumeur; c'est ainsi que toute inflammation, née au fond des alvéoles, peut amener la chute des dents, c'est-à-dire la destruction de leur pédicule vasculaire et nerveux. Il est probable toutefois que, dans beaucoup de cas, l'isolement de la tumeur précède et produit l'inflammation. Il s'y passe alors un phénomène semblable à celui qui
(1) Cette proposilion semble infirmée par l;i description que M. Forget a donnée de son odontôme bulbaire dentifié. Mais j'ai étudié la pièce aveclc plus grand soin, tt je me suis assuré qu'elle ne renlerme pas de cément. J'ai discuté ce fait plus amplement dans mon mémoire sur les odontômes. Voy. aussi plus haut, p. 3^2, note 2.
348 PIUNCIPAI.ES VARIÉTÉS DODONTOMES.
amène quelquefois, chez le vieillard, la chute sponlance des û,nls La denlificalion qui, dans les dents les plus saines, continue à sVf iectuer à l'intérieur de leur cavité pendant toute la vie, et qui a nom conséquence d'augmenter lepaisseur de la paroi d'ivoire aux dépéri du volume de la pulpe, finit souvent, dans un âge avancé, par coni blcr toute la cavité dentaire, et par faire entièrement disparaitn la pulpe. La dent, alors, devient un corps étranger, et est expiiLé, graduellement par le retrait de l'alvéole. Or, la dentification ,leodontômes bulbaires amène une disposition tout à fait comparahl, à celle-là. En examinant la base de ces tumeurs, après leur expulsion ou leur extraction, on n'y aperçoit aucune ouverture vas „laire, aucun orifice pouvant donner passage au moindre filament de la pulpe; celle-ci s'est donc entièrement dentifice, comme Mules dents des vieillards, et on conçoit très-bien que cette circonstance soit de nature à transformer la tumeur en un véritable corp^ étranger, qui, privé de toutes ses connexions, et devenu libre dans la cavité du Icyste, a toute chance de provoquer autour de lui .1.accidents d'inflammation et de suppuration.
Dans l'exposé qui précède, j'ai supposé que l'odontôme bulbaire se dentifiait en une seule masse. C'est le cas le plus ordinaire et le plus simple. La continuité de la masse dentifiée indique que l'odontôme, avant la dentification, était revêtu sur toute sa surftice dune couche de cellules dentinaires, ou que, si cette couche pou\ lit manquer en certains points plus comprimés que les autres, die «tait, du moins, partout continue avec elle-même. Mais cette C( itinuité de la couche corticale peut très-bien faire défaut. Dans le développement irrégulier et inégal du bulbe qui s'hypertrophie. la couche corticale, partout plus ou moins comprimée, peut résislci très-inégalement sur les divers points de son étendue. Par exemple, les plis correspondant aux sillons qui séparent les bulbes secondaires, peuvent être soumis par les bulbes adjacents à des pression^ capables de faire atrophier la couche de cellules dentinaires, et lors, il peut se faire que les bulbes secondaires, après leur dentification, ne se fusionnent pas les uns avec les autres. C'est ainsi, je pense, que doit s'expliquer la formation de ces kystes osseux des mâchoires, où l'on trouve plusieurs, ou même un très-grand nombre de masses très-dures plus ou moins arrondies, mamelonnco'-. irrégulières, inégales en volume. Je n'ai pas eu l'occasion de les observer, mais il y a une observation de Dupuytren qui ne peut ^uère être interprétée autrement. Ce chirurgien retira d'un énorme kyste osseux du maxillaire supérieur « une quantité étonnante de
ODOI^TOMES COnONAlRIiS. 349
^•orps cli-angers ajaiiL la forme de globes iné^-aux, irréguliers, tiès durs formés de matière osseuse ou crétacée, et dont on ne ^aurait donner une meilleure idée qu'en les comparant, quant - î la forme, à ces fragments volumineux de mâchefer qu'on ré- \ nand sur les routes (1). » Cette comparaison des ostéides en question avec les morceaux de mâchefer, c'est-à-dire avec les scories •crrugineuscs d'une forge, est très-significative, car elle est parfaicment applicable â plusieurs pièces d^odontômcs dentifiés que j'ai Mies entre les mainj^. Dupuytren ne fit pas analyser ces ostéides ; à ilus forte raison ne les fit-il pas examiner au microscope. Je n'ai lonc pas le droit d'affirmer que c'étaient des amas d'ivoire; mais eur siège, leur nombre, leur complet isolcm.ent, la jeunesse du naïade, tout dépose en faveur de cette interprétation.
Duval a publié, en 1811, dans les Bulletins de la Faculté de médecine n° 8, p. 168), une note très-abrégée sur un lait qui n'est pas sans anaogie avecle précédent. Ce fait lui avait été communiqué parGirard, jrofesseur à Alfort. On trouva, dans le « sinus maxillaire» d'un che- ■al, une dent molaire qui « avait pris un développement si irrégulier, a qu'on avait de la peine à reconnaître une dent dans la masse ronde « et informe qu'elle présentait.» Cette dent, ajoute l'auteur, «était ï logée, aÏ7isi que plusieurs autres, dans le sinus maxillaire. » On a ioiivent pris, chez l'homme, des kystes dentaires pour des kystes ;lu sinus maxillaire; il n'est donc pas étonnant que la même erreur lit pu être commise par Girard. La description de la masse dentaire principale s'accorde si bien avec celle des odontômes, que le diagnostic ne peut être douteux pour nous. Or, à côté de cette masse lentaire, et dans la même cavité, il y en avait plusieurs autres; cela lemble indiquer qu'il s'agissait d'un odontôme dentifié en plusieurss masses distinctes.
§ 3. — Odontôiiies coronaires.
Je donne le nom d'oJontômes coronaires à ceux qui naissent pendant la troisième période de l'évolution des follicules dentaires, c'està-dire pendant la formation de la couronne. Leur début est donc postérieur à l'apparition normale des chapeaux de dentine et antérieur h la formation des racines. Ce qui caractérise ces odontômes, c'est la présence d'une couronne bien figurée, incomplète, mais parfai-
(1) Dupuytren, Leçons orales publiées pur Brierre dd Boismont et Marx. 2'^ édit., 1839, i. 11, p. Mb. Observ. 111, du cliap. des kystes osseux. Cette observation mise trouve pas dans la 1" édition des Lcr'-ns orales.
OOU PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
tement normale par sa configuralion, son volume et sa slruclure et qui se retrouve quelque part à la surface de la tumeur (ou môme dans son épaisseur lorsque l'odontôme existe chez un animal pourvu de l'organe du cément). Personne n'i-nore que l'ivoire et l'émail, une fois formés, ne sont susceptibles ni de s'hypertrophicr, ni de se résorber.ni de se laisser distendre. L'hypertrophie desparties molles adjacentes ne peut donc faire subir aucune modificatioa à la portion de couronne qui était déjà développée avant le début du travail pathologique. II en résulte que la tumeur, à quelque époque de son évolution qu'on la considère, présente toujours quelque part une portion de couronne dont la conformation et le volume correspondent à l'une des phases normales de la période coronaire.
Chez l'homme, et en général chez tous les animaux qui ne possèdent pas l'organe du cément, les odontômes coronaires sont Ionjours dus à l'hypertrophie de la pulpe. Chez les herbivores pachydermes, ils peuvent, sans doute, avoir le même point de départ ; mais ils sont, en général, la conséquence de l'hypertrophie de l'organe du cément.
Nous décrirons donc successivement les odontômes coronaires rvmentaires qui ne s'observent que chez les herbivores, et les odontômes coronaires pulpaires, les seuls que Ton rencontre chez l'homme.
Cette division correspond exactement à celle que nous avons admise pour les odontômes odontoplastiques. Si nous substituons l'épithète depulpaire à celle de bulbaire, c'est parce que la couche corticale du bulbe, déjà dentifiée dans une partie de son étendue, est devenue parfaitement distincte de la pulpe, et reste étrangère, dans toute cette partie dentifiée, aux accidents de nutrition dont la pulpe est le point de départ.
A. — Odontômes coronaires cémentai res .
L'organe du cément des herbivores enveloppe l'organe de l'émiiil, qui enveloppe à son tour l'organe de l'ivoire. Le cément coronaire est donc toujours en réalité appliqué sur la ?>m[2ice, extérieure del émail. On divise cependant ce cément en deux parties, désignées sons les noms de cément extérieur et de cément intérieur. Cette distinction, très-importante pour nous, nécessite quelques mots d'explication.
Lorsqu'on ouvre, sur un fœtus humain, le follicule d'une dent incisive, le bulbe se présente sous la forme d'une papille convexe, et môme conique. Mais, chez le cheval, celte papille de l'incisive présente à son sommet une dépression profonde, étroite et conique.
ODONTOMES CORONAERES CÉMÉNTAIRES.
Fig. IG.
Coupe schématique montrant le développement du cornet deulaire chez li cheval (*).
sorte de calice sur la paroi duquel on retrouve l'organe de l'émail étalé en mince membrane, et au-dessous de lui la rangée de cellules dentinaires qui caractérise la couche corticale du bulbe.
Celte dépression, ce calice, qui constituera plus tard le cornet dentaire, n'est pas vide. Il est occupé par un prolongement de l'organe du cément, qui y pénètre sous la forme d'une papille conique : c'est la papille ccmentaire. Là coupe schématique ci-contre rendra compte de cette disposition. Lorsque la dentification s'effectue, elle débute d'abord sur la partie la plus saillante du bulbe, tout autour delà base du cornet; puis, s'étendant peu à peu au reste de la surface du bulbe, elle descend à la fois sur la partie extérieure de cette surface, en dessinant les contours de la couronne, et sur sa partie déprimée ou invaginée, en formant autour de la papille cémenlaire un cornet de dcntine, plus tard tapissé d'émail. Ce cornet est d'abord ouvert, en I, du côté de la base du bulbe; mais, la dentifîcation faisant des progrès, il se referme complètement, et dès lors la papille cémentaire est séparée définitivement de la pulpe par une lame plus ou moins épaisse d'ivoire recouverte d'une couche d'émail.
Bientôt le cément se forme à son tour au-dessus de l'émail; il se iorme partout oîi existait l'organe du cément, c'est-à-dire que, d'une part, il constitue autour de la couronne une enveloppe complète, et que, d'une autre part, il se prolonge jusqu'au fond du cornet, qu'il finit par remplir entièrement.
Telle est la disposition du cément lorsque la dent sort de son alvéole; mais la dent ne tarde pas à s'user. La couche de cément ([ui recouvrait la surface triturante s'use la première ; l'émail, mis ù nu, s'use à son tour, et enfin l'ivoire. Dès lors, la continuité qui existait entre le cément extérieur et le cément intérieur, qui remplit le cornet, se trouve interrompue; le cément intérieur se montre ■^•u- la surface triturante sous la forme d'une marbrure centrale,
(*) A, paroi du f jUicule, B la pulpe, C Torgane du cément, D la papille cémentuire pénétrant ilans une dépression centrale de la pulpe, EE partie de la pulpe qui eatoure la papille cémen taire, F la rangée des cellules de rémail séparant le bulbe de l'organe du cément G ran-ée «les cellules dentinairei, séparée de la précédente par une couche d'ivoire H qui se prolon"e 'i" haut en bas autour de k papille ccmeutaire, en constituaut h paroi du cornet dentaire ' .^lu.-c. n est pas encore complet ; il forme seulement uu tube, ouvert en I, où le sommet de la Minlle cemcnla.re nest séparé de la pulpe que par la double rangée des cellules de l'émail d
352 PRINCIPALES VARIÉTÉS DODONTOMES.
encadrée d'une ligne d'émail, qui la sépare de l'ivoire. La forme et le volume de celle marbrure vai'icnt naturellcmenL, suivanl que la dent esl plus ou moins usée, el permellenl de délerminer approximalivemenl l'âge des chevaux qui onl déjà toutes leurs dents.
Pour simplilier la description, j'ai supposé qu'il s'agissait d'une dent à un seul cornet. Sur les molaires, l'existence de plusieurs cornets complique singulièrement la disposition des parties constituantes de la dent, mais, en délînitive, les phénomènes sont toujours les mêmes.
Cela posé, les odonlômcs coronaires cémentaires peuvent être dus à l'hypertrophie de la partie de l'organe du cément qui entoure la couronne, ou à l'hypertrophie de la partie de cet organe qui s'enfonce dans les cornets, ou enfin à l'hypertrophie de tout l'organe du cément.
De là trois variétés que j'appellerai les odontômes cémentaire^ extérieurs , les odontômes cémentaires intra-coronaires, el If odontômes cémentaires mixtes.
La pièce, représentée sur la figure 17, nous offre un exemple de
la première variété; on y aperçoit en aab \î coupe de la couronne d'une dent molaire ,] couronne dont le dé^ veloppement ne s'est pas achevé, mais dont la partie formée est parfaitement régulière. Avant toute préparation, la surface triturante de cette couronne aa et l'unf de ses faces latérales] ab s'apercevaient à lî surface de la tumeur.] Le reste est englobé dans une masse volumineuse, bosselée, irrégulière , ccdcc, massf très-dure el homogène
qui, sur la coupe, présente tout à fait l'apparence de l'ivoire, mais qui, examinée au microscope, esl exclusivement composée d(
Fig. 17.
Coupe verticale d'un odoiitôiue cêmeiitaire extra-corouaire Dent iiiolaiic du cheval. (Musée d'A fort.)
ODONTOMES CÉMENTAIRES INTftA-CORONAIRES. 353
cément. L'origine de cet odontôme est inconnue ; mais, la surface Irituranle de la couronne étant usée, nous savons que la dent avait fait son éruption, et avait servi à la mastication.
Il est clair que la couronne était déjà en grande partie formée lorsque la maladie a débuté sur l'organe du cément extérieur. Cet organe, en s'iiypertrophiant, a constitué une tumeur qui a comprimé de toutes parts la hase de la pulpe, qui en a déterminé l'a- Iropliie, et qui a ainsi arrêté la croissance de la couronne. La parlie inférieure de celleci s'est donc trouvée plus tard emprisonnée dans une volumineuse masse de cément, et la formation des racines a été rendue impossible.
Une autre pièce du même musée , représentée sur la figure 18, est un exemple d'odontôme cémentaire intra-coronaire. Cette dent monstrueuse avait, comme la précédente, fait son éruption, et sa surface triturante aa est usée.
La partie aabb est la couronne à peu près
normale de la 4" molaire supérieure d'un cheval. An-dessous (1) de cette partie, qui n'est nullement déformée, la couronne s'élargit et se dilate, pour loger une énorme masse dure et d'un blanc légèrement jaunâtre, qui adhère intimement à la face profonde des couches de la couronne dilatée^ et qui, supérieurement, en 0, se continue dans
Fig. 18.
Coupe verticale d'un odontôme cémentaire intra-coronaire de la 4i-' molaire supérieure d'un cheval. (Musée d'Alfort.)
(1) Quoique la dent provienne de la mâchoire supérieure, j'ui cru devoir, dans ma description, me conformer à l'usage qui consiste à désigner les diverses parties des dents d'après la situation qu'elles occupent sur les dents de la mâclicire inférieure. J'appelle dune partie supérieure celle qui correspond à l'arcade dentaire, et partie inférieure celle qui correspond au foud de l'alvéole.