‹ Traité des tumeurs [electronic resource] (volume 2)Chapitre 86 sur 92 · TRAITEMENT DES ADÉNOMES IRRITABLES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES ADÉNOMES IRRITABLES

chez laquelle on vit disparaître la névralgie et diminuer la tumeur peu de jours après une fracture de côte qui avait nécessité l'application d'un bandage roulé autour de la poitrine. Ce fait est bon à rappeler; mais on a vu que le chirurgien n'avait pas même soupçonné que son bandage compressif eût exercé quelque influence sur la marche de la maladie .

J'ai lieu de croire que M. Rufz est le premier praticien qui ait eu recours sciemment à la compression, dans le cas de tumeur irritable. Il a appliqué deux fois cette méthode avec un succès qui n'a été que temporaire. La première malade, âgée de dix-sept ans, avait déjà, depuis dix mois, essayé inutilement toutes sortes de remèdes, lorsqu'il la décida à se soumettre à la compression. Au bout de six semaines, les douleurs disparurent, le sein devint plus souple ; la malade, paraissant entièrement guérie, retourna chez elle; mais M. Rufz apprit ultérieurement que les douleurs avaient reparu au bout de deux mois (1). La seconde malade était celle dont j'ai déjà parlé, et qui était atteinte d'un kyste uniloculaire de la mamelle. On avait déjà appliqué trois cents sangsues et toutes sortes de remèdes, lorsque M. Rufz fut consulté. Cette fois, la compression, appliquée pendant un mois seulement, fît entièrement disparaître la douleur, qui ne revint qu'au bout de dix-huit mois (2). Les kystes n'étant pas de nature à se résoudre sous l'influence de la compression, il n'est pas étonnant que la tumeur ait persisté et que de nouveaux accidents se soient manifestés à une époque ultérieure. Il est probable que cette récidive aurait pu être traitée par le même moyen et avec le même succès que la première névralgie ; mais on n'en fit pas la tentative, et j'ai déjà dit que le chirurgien eut recours avec succès à l'opération sanglante.

Je ne connaissais pas encore ces trois faits lorsque j'eus pour la première fois, en 18S8, l'occasion de traiter une tumeur irritable de la mamelle. La tutneur étant évidemment un adénome, je pensai que la compression, dont j'avais déjà éprouvé l'efficacité dans les cas d'adénôme simple, pourrait amener, avec la résolution de la tumeur^ la cessation des douleurs. J'obtins un succès immédiat très-satisfaisant ; mais la malade ayant quitté l*hôpital et ne m'ayant plus donné de ses nouvelles, le résultat définitif est resté inconnu. Depuis lors, j'ai traité de la même manière quatre autres cas d'adénomes irritables, et ces quatre malades ont été entièrement déli-

(1) Arcliivcs générales, 1843, série iv, t. III, p. 75.

(2) Rufz, loi:, cit., p. 82» Voyez plus haut, p. 489.

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vrées de leur névralgie, quoique chez deux d'entre elles un petit noyau d'engorgement dur et indolent, dernier vestige de l'adénome, ait persisté dans la mamelle. Dans l'un de ces cas, la tumeur était tellement irritable, et la malade éprouvait de telles douleurs au moindre attouchement, que je crus devoir recourir à l'inhalation du chloroforme pour l'application du premier bandage. Je n'insisterai pas plus longtemps sur ces observations, que j'ai publiées extenso dans un mémoire spécial (1), à l'exception toutelois de la dernière, qui ne date que du mois de mai 4867. Dans ce dernier cas, l'adénôme a été réduit, en six semaines, du volume d'une noix à celui d'une très-petite noisette. Les douleurs, notablement atténuées dès la première semaine, se sont éteintes au bout d'un mois, et elles n'avaient pas reparu en janvier 1868, époque où j'ai eu pour la dernière fois des nouvelles de la malade.

Je ne prétends pas que la compression doive toujours réussir aussi bien. Je puis avoir rencontré une série heureuse ; et d'ailleurs je n'ai eu à traiter que des cas où l'affection était peu ancienne , puisque chez aucune de mes malades elle ne datait de plus de deux ans. Les cas invétérés seraient peut-être plus rebelles ; c'est ce que l'expérience nous apprendra plus tard. Quoi qu'il en soit, il me semble bien établi qu'il est toujours indiqué de recourir avec persévérance à la compression avant de se décider à traiter les adénomes irritables par l'opération sanglante. Quant aux tumeurs mammaires irritables qui ne sont pas des adénomes, et il y en a beaucoup, sans aucun doute, la compression ne pourra probablement pas les guérir aussi bien, et on a vu effectivement que je n'ai pu réussir par ce moyen, dans un cas où le gonflement du sein m'a paru la conséquence d'une congestion générale de la glande. Il me paraît probable néanmoins que la compression méthodique est de nature à déterminer l'atrophie des parties qui sont le point de départ de l'irritation, et à diminuer la sensibilité de la glande. Je n'hésiterais donc pas à en faire l'essai, alors môme que je n'espérerais pas obtenir la résolution de la tumeur.

Si la compression échoue, on est autorisé, je pense, à proposer l'extirpation de la tumeur, car les autres moyens qui ont été proposés sont peu efficaces. Je ne parle pas des calmants locaux ou généraux qui ne sont que des palliatifs tout à fait insuffisants. Les vésicatoires volants préconisés par Velpeau, les saignées locales.

(l) Broca, Sur le traitement des adénomes et des tumeurs irritables de In mamelle par la compression, dans Bulletin de thérapeutique, 18C2, t. LXIJ, p. 209 et 24G.

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