ÉCRASEMENT ET BROIEMENT SOUS-CUTANÉ
Les effets de Vécrasement des tissus n'étaient pas tout à fait inconnus aux anciens. Paul d'Égine a décrit, sous le nom de 6>.a(jiç, qui veut dire écrasement, un procédé de castration qui consistait à placer les enfants dans un bain chaud et à presser leurs testicules entre les doigts jusqu'à ce qu'ils fussent réduits en bouillie (1). Le traitement des kystes du poignet par l'écrasement remonte également à l'antiquité. Philagrius, auteur du chapitre du ganglion, de la compilation d'Aétius, pratiquait cette opération avec les pouces (2). Ce procédé est encore en usage. Lorsque la tumeur était trop dure pour céder sous la pression des doigts, Job à Meekren l'écrasait d'un coup de poing (3), et Jean Muys d'un coup de maillet (4).
C'est M. Malgaigne qui, le premier, a appliqué l'écrasement au traitement des tumeurs solides, c'est par lui que cette méthode a pris rang parmi les méthodes régulières. Il s'en est servi avec succès pour faire résoudre les engorgements chroniques des ganglions lymphatiques et, en particulier, des ganglions inguinaux (5).
Le érozmen/, appliqué au traitement de la cataracte, est nettement indiqué par Celse, pour les cas où le cristallin abaissé remonte immédiatement (6). Cette méthode, longtemps oubliée, reprise par Maître Jean, Barbette, Ware, et surtout par Pott, est aujourd'hui usuelle.
Le traitement des tumeurs par le broiement sous-cutané a été institué par Marshall Hall en 1831. D'après les indications de ce savant, et en sa présence, Hening pratiqua le broiement sous-cu-
(1) Paul d'Égine, livre \I, cliap. lviii, édlt. Briau. Paris, 1855, in-8% p. 289.
(2) Aétius, Tetrab. IV, serm. m, cap. ix, dans Artis medicœ principes d'Henri EsUenne, !5(i7, in-foL, col. 745.
(3) Job à Meekren, Observ. med. chir., cap. LXiii, p. 29G. Amsterdam, 1G82, m- 12.
(4) Muysius, Praxis chirurgica, dec. II, obs. vin. Leyde, 1683, in-i2, p. 3G.
(5) Velpeau, Médecine opératoire. Paris, 1839, in-8°, t. 111, p. 70.
(G) Celse, De medicinû, lib. Vil, cap. vu, § i4, édit. Targa. Strasbourg, 180b, in-8°, p. 394.
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lané d'une tumeur ércctile. Les effets de cette opération furent lents, mais enfin la guérison fut complète au bout de six mois (1). Les autres applications de cette méthode seront indiquées plus loin.
Sans se rendre compte du principe sur lequel repose la méthode du broiement, Récamier a cru faire une application de cette méthode en déchirant avec les doigts et avec des érignes le pédicule des polypes utérins. Tantôt la tumeur dilacérée se détachait pendant l'opération, et le broiement prétendu n'était en définitive qu'un mauvais procédé d'arrachement. D'autres fois la séparation n'était pas immédiate, et c'était seulement au bout de quelques jours que la gangrène faisait tomber la tumeur. C'était encore un procédé d'extirpation, dont M. Velpeau a pu dire : « Les avantages de ce pro- « cédé m'échappent (2); » j'avoue que je ne les saisis pas mieux que lui.
Le broiement et l'écrasement ne sont pas des moyens d'extirpation. Ils agissent l'un et l'autre en faisant résoudre les tumeurs.
Ces deux procédés, quoique bien distincts, ne constituent en réalité qu'une seule et môme méthode. L'écrasement se pratique à travers la peau, à l'aide d'une pression assez violente pour produire des ruptures dans le tissu de la tumeur; le broiement sous-cutané se pratique à l'aide d'un ténotome, introduit obliquement sous la peau et dirigé de manière à diviser en tous sens la masse morbide. Ces deux procédés ont pour but l'un et l'autre de détruire la continuité de la substance de la tumeur, d'y faire épancher une certaine quantité de lymphe plastique; on espère que cette lymphe plastique se résorbera, et que le travail de résorption, une fois commencé, entraînera les éléments pathologiques au milieu desquels la lymphe plastique est infiltrée.
Au surplus, le mode d'action de cette méthode est loin d'être toujours le môme. Elle a été appliquée au traitement de certains kystes, et alors elle agit, d'une part, en donnant issue au contenu, qui s'infiltre dans les tissus environnants, et ne tarde pas à s'y résorber, — d'une autre part, en produisant sur les parois une irritation traumatique qui permet ensuite d'en obtenir l'adhésion au moyen d'une compression méthodique. Le broiement des tumeurs érectiles a principalement pour but de produire l'oblitération des vaisseaux divisés. Enfin, je n'ai pas à m'occuper ici du mode de guérison de la cataracte, traitée par la méthode du broiement. C'est un cas particulier qui ne rentre pas dans mon sujet.
(1) Lonrl. Médical Gazette, 1831, col. vu, p. 677.
(2) Velpeau, Médecine opératoire. Paris, 1839, in-8", t. III, p. 387.