ÉCRASEMENT ET BROIEMENT SOUS-CUTANÉ
Il est clair que, dans les tumeurs douées d'une certaine tendance à l'accroissement, celte méthode serait désastreuse, puisqu'il y aurait toute chance pour que le hlaslômc tranmalicjue s'organisât en éléments semblables à ceux de la production accidentelle.
Parmi les tumeurs qui ont été soumises avec plus ou moins de succès à la méthode du broiement ou de l'écrasement, je citerai les hypertrophies ou engorgements chroniques simples des ganglions lymphatiques, les tumeurs irritables de la mamelle, les lipômes, les tumeurs érectiles, et enfin les kystes synoviaux.
M. Rufz a traité par les incisions sous-cutanées multiples deux mulâtresses atteintes de tumeurs irritables de la mamelle. L'une des malades, qui avait déjà été soumise, sans Succès durable, à l'acupuncture et à l'application d'un séton, fut grandement soulagée par le broiement; mais l'auteur ne nous apprend pas si les noyaux d'induration qui existaient dans la mamelle avant le traitement, se résorbèrent; et il est permis de se demander si le résultat obtenu n'était pas dû simplement à la section des filets nerveux de la glande (1). L'autre observation de M. Rufz est plus concluante. La tumeur se résorba, et les douleurs disparurent (2). Je pense que les tumeurs irritables des mamelles doivent être traitées de préférence par la compression; cette méthode jusqu'ici m'a toujours réussi; mais si je rencontrais un cas oii elle fût inefficace ou intolérable, je n'hésiterais pas à imiter la pratique de M. Rufz.
Les tumeurs irritables de la mamelle étant presque toujours des adénômes, le succès de M. Rufz, dans un cas de tumeur irritable, permet de supposer que certains adénômes pourraient être guéris par le broiement. Mais la compression est bien préférable à ce moyen dont l'efficacité serait sans doute assez restreinte.
L'incision sous-cutanée, employée quatre fois, par M. Tanchou, chez des femmes atteintes de tumeur du sein, n'est qu'un diminutif de la méthode du broiement. Les résultats qu'il a obtenus sont insignifiants, si ce n'est que l'une des malades a été délivrée des douleurs qu'elle éprouvait (3).
Le broiement des tumeurs érectiles, pratiqué, soit avec un ténotome, soit avec une simple aiguille à cataracte, et suivi d'une compression maintenue pendant plusieurs jours, a donné quelques suc-
(1) Archives générales de médecine, 4« série, t. IH, p. 77 (1843).
(2) Loc. cit., p. 75.
(3) Tanchou, Recherches sur le traitement médical des tumeurs cancéreuses du sein. Paris, 1844, in-8, p. 277.
cès; mais les faits ne sont pas assez nombreux pour permettre d'en apprécier exactement la valeur.
Le broiement des lipômes, imaginé par Bonnet, de Lyon (1), peut guérir quelques tumeurs peu volumineuses; mais c'est une méthode très-incertaine. J'ai vu cependant Thierry traiter de la sorte, avec succès, un lipome situé entre l'angle de la mâchoire et l'apophyse mastoïde, chez un banquier de Paris qui ne voulait pas garder de cicatrice apparente. La tumeur était grosse comme un petit œuf de poule; il fallut faire, à plusieurs semaines d'intervalle, trois séances de broiement; finalement la tumeur entra en résolution, et au bout de six mois elle avait presque complètement disparu. Mais je sais que Thierry a échoué complètement dans un autre cas. Ces deux faits sont les seuls qui se soient produits, à ma connaissance, dans la chirurgie parisienne, et je ne pense pas que le traitement des lipômes par le broiement soit appelé à survivre à son inventeur. Bonnet, de Lyon.
Cette méthode me paraît au contraire devoir être appliquée quelquefois au traitement des ganglions lymphatiques engorgés d'une manière chronique, et persistant depuis très-longtemps sans aucune tendance à la suppuration. J'y ai eu recours plusieurs fois, soit par simple écrasement, lorsque la tumeur n'était pas très-dure (ce qui du reste est toujours assez douloureux), soit par section sous-cutanée, avec l'aiguille h cataracte. J'ai obtenu trois succès, et j'ai échoué dans les autres cas. .Une seule fois j'ai provoqué la formation d'un abcès qui a laissé une cicatrice apparente. Du reste, je n'ai eu à regretter aucun autre accident. "
L'écrasement des kystes synoviaux qui sont connus sous le nom suranné de ganglions, et qui sont si communs à la face dorsale du poignet, est depuis longtemps admis dans la pratique. On n'ignorait pas que ces tumeurs communiquent quelquefois avec la synoviale adjacente, et on avait sagement compris qu'il n'était pas prudent de les traiter alors par les méthodes ordinaires, telles que l'extirpation, l'incision, l'injection irritante, etc. On croyait, il est vrai, qu'elles étaient souvent indépendantes de l'articulation; mais les travaux de M. Gosselin ont démontré définitivement qu'elles se forment toujours dans de petits cryptes synoviaux, dont le goulot, d'abord simplement rétréci, peut finir par s'oblitérer. Or, ces kystes renferment une matière gélatineuse qui n'est pas assez fluide pour passer à travers une ouverture capillaire, de telle sorte qu'ils peuvent être irréductibles
(I) Bulletin de ihérapeufigue, t. XXXV, p. 61. Paris, 18'i8, in-8°.
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môme sous une forte pression, alors môme que leur goulot n'est pas encore complélemenl oblitéré. II est donc impossible, sur le vivant, d'avoir la certitude que la communication n'existe plus, et la crainte de provoquer une arthrite dangereuse est devenue bien plus pressante qu'elle ne l'était autrefois. La méthode des injections, ordinairement si inofl'ensive, exposerait h. faire pénétrer une partie du liquide irritant dans la cavité articulaire. La méthode de l'écrasement, qui met à l'abri de toute crainte, constitue donc une ressource précieuse. Elle est d'une application facile lorsque la tumeur est superficielle, comme cela a lieu dans la région du poignet. Une pression croissante, faite avec les pouces, suffit ordinairement pour faire éclater la paroi du kyste, dont le contenu s'épanche sous la peau, et ne tarde pas à être résorbé. On maintient pendant quelques jours une compression assez forte, à l'aide d'une pièce de monnaie entourée de linge, et fixée avec une bandelette de sparadrap, et on réussit presque toujours ainsi à produire l'adhésion des parois de la poche.
Lorsque la membrane du kyste est trop résistante pour céder à la pression des doigts, on pourrait à la rigueur employer des moyens mécaniques plus énergiques; mais il est bien plus simple, et tout aussi inolîensif, de recourir au procédé du broiement sous-cutané. Un petit ténotome, introduit obliquement sous la peau, est poussé jusque dans le kyste, dont on divise les parois, suivant plusieurs directions difl'érentes. Le ténotome étant alors retiré, on applique le petit bandage compressif. Je pratique ordinairement cette opération avec une aiguille à cataracte.
Jusqu'ici j'ai toujours traité les kystes synoviaux du poignet, soit par l'écrasement, soit par le broiement, Je n'ai vu survenir ni accident, ni récidive; mais les récidives seraient fréquentes, si l'on se dispensait de maintenir après l'opération , pendant au moins une semaine, une compression exacte sur les parois du kyste.