‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 107 sur 158 · TUMEURS MALIGNES · texte numérisé non relu

TUMEURS MALIGNES

minuer assez pour devenir accessible à l'extirpation; mais, au moment où cet espoir paraissait sur le point de se réaliser, le mal fit de nouveaux progrès, et le malade mourut peu de temps après.

M. Jobert a publié, dans le Bulletin de thérapeutique, deux observations de cancers de la lèvre inférieure, traités par la méthode de Harvey. Chez le premier malade, il lia à la fois les deux artères faciales, et l'une des coronaires labiales inférieures. L'ulcération diminua considérablement dans les quatre premiers jours; mais cette amélioration ne fut que passagère, ét, deux ou trois semaines plus tard, il fallut en venir à l'extirpation. Dans le second cas, M. Jobert lia d'abord, le même jour, les deux artères faciales et les deux coronaires inférieures : amélioration; l'ulcère se cicatrisa en partie, mais il s'accrut dans une autre direction. Au bout de trois semaines, ligature des deux artères sous-mentales; amélioration moindre que la première fois; la tumeur fut enlevée un mois plus lard (d).

J'ajoute, pour mémoire, que chez un troisième malade, M. Jobert essaya, sans aucun résultat, de traiter un cancer de la lèvre inférieure par la ligature des deux veines faciales et de l'une des veines coronaires inférieures. Une autre fois, enfin, il pratiqua infructueusement la section des nerfs mentonniers. Dans les deux cas, le chirurgien se décida promptement à extirper les tumeurs (2).

Je cite ces faits pour prouver combien M. Walshe était mal renseigné, lorsqu'il a dit que M. Jobert avait guéri, par la ligature simultanée des artères et des nerfs, quatre cancers de la lèvre (3). Il n'a pas été plus heureux en ajoutant que Weinhold avait guéri, en 1812, une volumineuse tumeur du testicule, par la ligature de l'artère spermatique. Weinhold, opérant une hernie plus ou moins étranglée, trouva l'épiploon adhérent au cordon spermatique, et, pour abréger l'opération, pour faciliter la réduction, il se permit de couper le cordon en travers. Le malade survécut, et naturellement, son testicule s'atrophia. Mais ce testicule n'était pas malade avant l'opération, et l'auteur ajoute : « Si le testicule avait été squirrheux, « je l'aurais, pour plus de sûreté, enlevé pendant l'opération (4). »

(1) Jobert, Considérations thérapeutiques sur le cancer et sur un nouveau traitement à appliquer ù cette maladie, dans Bull, de thérapeutique, 1839, t. XVII, p. 33, Observ. I et H.

(2) Loc. cit., Observ. III-IV.

(3) Walshe, On Nature and Treatment of Cancer. Lond., 184G, in-8, p. 204.

(4) M. Walshe renvoie à la page 112 du X» numéro du journal de Hufeland et Himly pour 1812. A cette page il n'est question que de la section du nerf sous-orbitaire ; c'est un peu plus haut que se trouve l'observation de herniotomie de Wein-

LIGATURE DES ARTÈRES AFFÉRENTES

Dans le cas de M. Jobeii et dans celui de Roux, la ligature des artères a du moins produit une amélioration passagère. Chez les malades déjà cités d'A. Cooper et de Lucas, l'opération produisit un accident qui aurait pu, à la rigueur, devenir avantageux, mais qui fut plutôt nuisible. Je veux parler de la gangrène. Dans le cas d'A. Cooper, une partie de la tumeur se sphacéla et fut éliminée; puis le reste se développa rapidement, et la mort suivit de près. J'ai déjà dit qu'un accident de môme nature contraignit Lucas à pratiquer l'amputation de la cuisse peu de jours après la ligature.

Je rangerai dans une seconde catégorie les cas où la méthode de Harvey a eu pour conséquence de rendre stationnaire une tumeur qui jusqu'alors avait fait des progrès continus. La plus remarquable des observations de ce groupe est celle que Magendie a publiée dans ses Leçons sur les phénomènes physiques de la vie. Une énorme tumeur, désignée sous le nom de squirrhe, occupait tout un côté de la lèvre chez une jeune fille. Dupuytren essaya d'en pratiquer l'extirpation; mais il ne put en venir à bout, et la malade fut admise comme incurable à la Salpêtrière, où Magendie la reçut dans son service. La tumeur croissait toujours ; déjà l'écartement des mâchoires était devenu impossible; la mort paraissait prochaine, et Magendie, sans se laisser décourager par l'insuccès de Dupuytren, essaya à son tour d'extirper la tumeur; mais il ne put en atteindre les limites, et dut se borner à en enlever « plusieurs livres. » Les incisions qu'il pratiqua dans le tissu accidentel saignèrent à peine. « La tumeur était consti- (( tuée par un épanchement de matière squirrheuse et encéphaloïde « dans les alvéoles du tissu osseux; mais je ne pus trouver aucune « trace de vaisseaux sanguins. » Quoique cette opération incomplète eût laissé le tissu accidentel à nu dans une grande étendue, la plaie se cicatrisa rapidement, mais la tumeur continua à s'accroître. Ce fut alors que Magendie « se hasarda » à lier l'artère carotide. A partir de ce moment, la tumeur resta stationnaire, et elle l'était encore sept ans après, lorsque l'observation fut publiée (1).

Enfin, dans une troisième catégorie, je rangerai les cas où la méthode de Harvey a été réellement curative, où la ligature des artères a fait atrophier la tumeur d'une manière complète ou à peu près

hold. Weinhold, Herniotomie und Castration mit Zurikklassung des Hodcns, dans llufeland, Journal der pracklischen IleilJamde. M VIII, 1812, st. x. s. 10M08.

(1) Magendie, Leçons sur les phénomènes physiques de la nie. Paris, 183G, in-8, t. 1, p. 119-120. m] Cruveilhier m'a dit avoir vu plusieurs fois l'opérée à la Salpêtrière. Par suite de la ligature de la carotide primitive, elle était devenue hémiplégique et épileptique.

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