‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 106 sur 158 · TUMEURS HÉMATODES DES OS · texte numérisé non relu

TUMEURS HÉMATODES DES OS

ques mois, et un médecin avait constaté, en janvier 1845, que la guérison ne s'était pas démentie (1). L'autre lait a été publié par M. Lagout, dans les Bulletins de la Société de chirurgie (2). Il s'agissait encore d'une tumeur pulsatile de l'extrémité supérieure du tibia; la ligature de la fémorale avait été pratiquée le 26 novembre 1855, par M. Fleury, de Glermont; la tumeur, ayant d'abord cessé de battre, avait ensuite rétrogradé; puis elle était restée stationnaire sous un petit volume. Trois ans après l'opération, les choses étaient encore dans le môme état; on sentait à travers la peau une dépression creusée dans le tibia, et, sur les parois de cette dépression, une masse morbide, dont la consistance était semblable à celle du placenta.

La nature de cette tumeur ne peut être déterminée; mais il y a dans l'observation plusieurs détails qui prouvent qu'il ne s'agissait pas d'un anévrysme. C'était donc une tumeur hématode. Était-elle cancéreuse, fibro-plastique, cartilagineuse, myéloïde? J'incline à croire qu'elle était myéloïde; mais je ne chercherai pas à le prouver.

On voit que les succès de la ligature, dans le traitement des tumeurs hématodes des os, se réduisent à fort peu de chose. Je ne me permettrai pas cependant de proscrire cette méthode. Elle a amélioré l'élat de plusieurs malades; elle en a guéri deux (au moins pour un temps assez long). Le plus souvent, il est vrai, le mal a promptement repris sa marche, et a nécessité l'amputation; mais on ne saurait blâmer les chirurgiens qui, avant de se décider à faire le sacrifice d'un membre, tentent l'application d'une méthode moins grave, d'une méthode conservatrice, dont le succès, quoique peu probable, est au moins possible. J'ajoute que le jour viendra probablement oii les progrès du diagnostic permettront de choisir, parmi les tumeurs hématodes, celles qui ne sont pas cancéreuses ; et ce jour-là, sans doute, la méthode de la ligature, appliquée à des tumeurs locales et peu malignes, aux tumeurs myéloïdes par exemple, pourra se montrer plus efficace qu'elle ne l'a été jusqu'ici.

4° Je viens d'étudier les efTets de la ligature des artères afférentes sur les tumeurs érectiles, sur les goitres, et sur les tumeurs hématodes du squelette, et j'ai pu, dans les trois cas, faire reposer mes appréciations sur des faits pratiques qui, sans être très-nombreux, peuvent donner lieu du moins à des rapprochements utiles. Mais, dans ces trois séries d'applications de la méthode deHarvey, on s'est proposé de remplir des indications spéciales. Faire atrophier, par la

(1) Bulletins de l'Acad. roy. de médecine, t. X, p. 381. Paris, 1846, in-8.

(2) ire série, t. IX, p. 258. Séance du r, janvier 1859.

LIGATURE DES ARTÈRES AFFÉRENTES

ligature des artères, une glande hypertrophiée, empôcher l'abord du sang dans une tumeur sanguine ou réputée telle, ce sont là des buts particuliers, et, de l'expérience acquise à ce sujet, il ne résulte rien qui soit applicable au traitement des tumeurs en général.

La ligature des artères afférentes peut-elle amener la résolution d'un pseudoplasme de nature cancéreuse, épithéliale, myéloïdc, tuberculeuse, ou autre? A défaut d'une guérison radicale, peut-elle faire rétrograder ces diverses tumeurs, ou seulement en arrêter les progrès? Telles sont les questions que nous devrions examiner maintenant. Malheureusement les faits, très-peu nombreux, qui existent dans la science, sont antérieurs, pour la plupart, aux découvertes modernes qui ont permis de donner quelque précision au diagnostic des tumeurs; et ces faits perdent dès lors une grande partie de leur signification.

Ceux qui les ont publiés ont pu croire que la ligature des artères afférentes avait guéri des cancers; mais il n'est pas démontré que ces tumeurs fussent cancéreuses; et les détails de certaines observations permettent môme de rectifier le diagnostic porté par les chirurgiens. Ainsi, j'ai déjà, dit que les deux sarcocèles mentionnés dans le mémoire de Maunoir, étaient, selon toute probabilité, de nature tuberculeuse. J'ajoute que, selon toute probabilité encore, la hernie charnue, guérie par Harvey, n'était autre chose qu'un éléphantiasis des bourses. Cette énorme tumeur, qui descendait jusqu'au genou, et qui empiétait de quatre travers de doigt sur l'abdomen, n'était certainement pas ulcérée, car l'auteur n'eûtpas manqué de mentionner ce symptôme important; il est môme probable qu'elle n'occupait que les enveloppes du testicule {excrescentia testiculum in niedio ejus obvolvens), et je ne vois guère que l'éléphantiasis des bourses qui puisse correspondre à cette description.

Les résultats fournis par la méthode de Harvey, dans le traitement des tumeurs réputées cancéreuses, peuvent être répartis en trois catégories.

La plus nombreuse comprend les cas oîi la tumeur, peu ou point améliorée pendant les premiers jours , a repris promptement sa marche croissante. J'ai vu à l'Hôtel-Dieu, dans le service de Roux, un malade à qui ce chirurgien avait lié les deux artères linguales pour arrêter les progrès d'un épithéliôme ulcéré de la langue. Je n'ai pas recueilli l'observation, qui remonte, je crois, à 1851; mais je me souviens parfaitement que la tumeur suivit pendant quelques jours une marche rétrograde. Elle s'étendait jusqu'à la base de la langue, et paraissait inopérable; Roux espérait qu'elle pourrait di-

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