‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 110 sur 158 · INDICATIONS · texte numérisé non relu

INDICATIONS

gangrène. On doit plutôt les considérer comme des exemples extrêmes de l'application du principe sur lequel repose la méthode de Harvey, et qui consiste à diminuer l'abord du sang dans les tumeurs. Mais ils montrent que, pour guérir par cette méthode les productions accidentelles douées d'une grande malignité, il faut réduire la circulation au point de rendre la gangrène imminente. Et cela même est très-incerlain, puisqu'on a vu un cancer du radius continuer à s'accroître après une gangrène partielle consécutive à la ligature de l'artère humérale (cas d'A. Gooper). Il est clair que, dans ce cas, les parties de la tumeur qui ne furent pas mortifiées n'avaient survécu qu'à grand'peine; la diminution des matériaux nutritifs y avait été poussée jusqu'à l'extrême limite de l'inanition; et cependant, cela n'avait pas suffi pour faire perdre au tissu accidentel sa propriété d'accroissement, qui se manifesta de nouveau dès que le cours du sang fut rétabli dans ce membre.

Nous pouvons conclure de ce qui précède que le succès de la méthode de Harvey dépend principalement de la nature des tumeurs. La ligature des artères afférentes est, sans contredit, un puissant moyen de résolution, et elle peut rendre slalionnaires, faire rétrograder ou môme guérir les tumeurs qui n'ont pas une grande tendance à l'accroissement; mais elle devient de plus en plus incertaine à mesure que l'on considère des tumeurs douées d'une plus grande malignité locale. 11 est douteux qu'elle ait jamais guéri un véritable cancer. Les deux tumeurs de la langue qui ont été guéries, sinon par cette méthode proprement dite, du moins par un procédé qui en est l'exagération, étaient probablement des épithéliômes. En interprétant aujourd'hui les autres faits, d'après les conjectures que nous suggère l'état actuel de nos connaissances en diagnostic, nous pouvons présumer que la méthode de Harvey a guéri un éléphantiasis des bourses, deux sarcocèles tuberculeux, deux myéloïdes du tibia, plusieurs adénomes de la parotide; quant aux tumeurs opérées par Magendie et par Flaubert, nous ne pouvons pas même en conjecturer la nature.

Avec des éléments aussi peu nombreux et aussi peu certains, il est difficile de préciser les indications de la méthode de Harvey. Ces indications, assez restreintes aujourd'hui, pourront s'étendre plus tard, lorsque le diagnostic des tumeurs, et spécialement des tumeurs du squelette, sera plus avancé; car elle paraît offrir d'assez bonnes chances de succès dans le traitement des tumeurs hématodes et non cancéreuses des os.

Elle mérite peut-être plus d'attention que ne lui en accordent au-

LIGATURE DES ARTÈRES AFFÉRENTES

jourd'hui les chirurgiens. Il est permis de croire qu'elle est fort incertaine dans ses résultats, quelle que soit la nature des tumeurs, et, d'une manière générale, on fait bien de donner la préférence à l'extirpation, dont les efl'ets sont connus et certains. Toutefois il y a une circonstance qui permet de tenter l'application d'une méthode infidèle; c'est lorsqu'il y a, sous le rapport de la gravilé, une très-grande disproportion entre cette méthode et celle qui lui est supérieure en efficacité. Ainsi l'extirpation d'un goitre volumineux est une opération radicale sans doute, mais excessivement grave. La ligature des artères thyroïdiennes, quoique beaucoup moins efficace, est incomparablement moins dangereuse, et doit par conséquent recevoir la préférence.

De môme la ligature de l'artère fémorale est beaucoup moins grave que l'amputation de la cuisse; et quand môme elle ne devrait guérir qu'une fois sur trois les tumeurs hématodes non cancéreuses du tibia, elle mériterait d'être appliquée avant l'opération radicale qui entraîne la perte du membre. Mais cette indication, je le répète, ne pourra être formulée que lorsque le diagnostic de ces tumeurs, aujourd'hui fort obscur, aura acquis plus de précision.

En appliquant le même principe, je me demande si, avant d'enlever les testicules tuberculeux, on ne pourrait pas essayer de lier l'artère spermatique; opération presque insignifiante en elle-même, et beaucoup moins grave évidemment que la castration.

La ligature des deux artères linguales, opération peu grave, et rendue facile aujourd'hui par l'élégant procédé de M. Malgaigne, pourrait de môme être tentée avant l'excision, dans les cas singuliers désignés sous le nom de prolongement chronique de la langue.

Enfin, s'il est vrai que Harvey ait guéri un éléphantiasis très-volumineux'des bourses par la ligature de l'artère spermatique, pourquoi ne courrait-on pas la chance de faire résorber, par le môme moyen, ces énormes tumeurs dont l'extirpation , toujours très-laborieuse, laisse une plaie énorme, et expose l'opéré à une foule d'accidents? Et s'il était reconnu que la méthode de Harvey offre quelque chance de succès dans le traitement de l'éléphantiasis, ne pourrait-on pas songer à lier l'artère fémorale pour arrêter les progrès de l'éléphantiasis du membre abdominal? Mais ce ne sont que de simples suggestions sur lesquelles je ne dois pas insister.

Si maintenant nous laissons de côté les tumeurs accessibles aiu autres méthodes, nous dirons que la méthode de Harvey offre quelquefois une ressource précieuse pour arrêter les progrès d une tumeur inopérable, compliquée ou non d'hémorrhagie.

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