PANSEMENTS
réunit la plaie quand on le peut, en lolalité ou en partie; mais si l'écarlement des bords est trop grand, on laisse la plaie se cicatriser par suppuration. Le choix des procédés de réunion n'est pas indif- J'érent, mais ne présente ici rien de particulier. Lorsque l'ablation de la tumeur a laissé une plaie large et profonde, sans perte de substance de la peau, comme cela a lieu fréquemment dans la région mammaire, rien n'est facile comme de rapprocher les bords de la peau; mais il est rare qu'on obtienne une réunion parfaite par première intention. Pendant que la plaie cutanée s'agglutine, la plaie profonde suppure presque toujours, et il en résulte un abcès qui doit se faire jour inévitablement, en détruisant en totalité ou en partie les adhérences déjà établies entre les bords de la plaie superficielle. Quelquefois môme celte suppuration profonde, avant de s'ouvrir un passage, s'infiltre dans le tissu cellulaire, et donne lieu à des phlegmons diffus plus ou moins graves. C'est pour éviter cet inconvénient que beaucoup de chirurgiens ont l'habitude de ne réunir la plaie que dans les trois quarts environ de son étendue, et de laisser dans le point le plus déclive une ouverture qui permet aux liquides sécrétés dans les parties profondes de se porter directement vers l'extérieur. Cette pratique est avantageuse, et doit être adoptée dans les cas où l'expérience a démontré que la réunion complète, sans aucune suppuration, est sinon impossible, du moins presque impossible, comme cela a lieu lorsqu'on a enlevé, avec une tumeur du sein, plusieurs ganglions axillaires. Mais lorsque la plaie est plus simple, lorsque, par exemple, elle est limitée à la région mammaire proprement dite, il n'y a pas lieu de renoncer aux chances favorables de la réunion immédiate. J'ai adopté pour ma part la pratique suivante, instituée par mon maître, Blandin. On réunit complètement la plaie, une demi-heure ou une heure après l'opération; le lendemain et les jours suivants, s'il n'y a ni gonflement ni douleur, on se garde bien de déranger le travail d'adhésion; et il arrive quelquefois que la guérison est parfaite en quatre ou cinq jours ; cela n'est pas rare en province, mais c'est plus rare à Paris, et surtout dans les hôpitaux, où je n'en ai vu que deux exemples, sur plus de cent opérations dont j'ai observé les suites. Le plus souvent donc, la réunion échouerait, et on pourrait môme regretter de l'avoir essayée, si l'on ne suivait pas le précepte de Blandin. Dès le lendemain de l'opération, la peau est soulevée par une collection plus ou moins abondante d'un liquide séro-sanguinolent (quelquefois presque séreux), exhalé dans la plaie profonde par les vaisseaux divisés; si l'on n'évacuait pas ce liquide, il s'y joindrait bientôt des globules de pus, et enfin ce serait un vé-
b02 EXTIRPATION PAR l'iNSTRUMENT TRANCHANT.
l'itablo abcès, emprisonné sous la peau réunie. C'est pourquoi Blandin, dès le second jour, explorait attentivement la région opérée; et s'il trouvait le moindre empâtement, il introduisait, dans un point de la plaie, une sonde cannelée qui pénétrait sans difficulté jusque dans le foyer, à travers les molles adhérences des lèvres agglutinées; puis de légères pressions permettaient d'expulser, le long de la cannelure, tout le liquide épanché. Cette petite opération n'est nullement douloureuse; la sonde est retirée immédiatement, et la petite ouverture se referme presque aussitôt. Si le liquide se reproduit dans la journée, on l'évacué de la môme manière le jour suivant. La quantité de liquide qu'on retire ainsi est quelquefois considérable; je l'ai vue s'élever à plus de trente grammes, chez une malade qui fut guérie entièrement cinq jours après l'opération. Lorsque le liquide se reproduit plusieurs jours de suite, on lui donne issue chaque matin au moyen de la sonde, en passant toujours dans le même point; on peut ainsi obtenir la réunion de la plaie profonde dans la plus grande partie, et même dans la totalité de son étendue; mais lorsqu'on est obligé de recommencer l'évacuation plus de deux ou trois fois, on voit le liquide devenir purulent vers le quatrième jour; alors l'ouverture faite par la sonde ne se referme pas, elle s'élargit même naturellement, et il est bien certain que la réunion par première intention n'a pas été complète. Toutefois, dans la plupart des cas, cet insuccès n'est que partiel; la plus grande partie du grand foyer sous-cutané se recolle par adhésion immédiate, et il ne reste plus qu'un petit trajet de suppuration qui aboutit à l'ouverture faite par la sonde, et qui s'oblitère en général assez promptement. Il est bien entendu que, pour adopter cette pratique, il faut renoncer à l'usage inutile, et même nuisible, de laisser un grand fil attaché à l'extrémité de chaque artère liée. Il faut couper les deux bouts de la ligature au ras du noeud, et employer des ligatures très-fines; j'ai môme l'habitude d'arrêter le sang par torsion, toutes les fois que cela est possible, afin de ne pas laisser de corps étranger dans la plaie. Blandin pratiquait en général la réunion au moyen de bandelettes de sparadrap. Les bandes de toile trempées dans le collodion sont moins irritantes, et me semblent préférables. Mais j'aime mieux encore la suture entortillée, qui se prête parfaitement à la pratique de l'évacuation. Il suffit d'enlever une des épingles le second jour et d'exciser les anses de fil correspondantes. J'enlève en général les antres épingles dès le troisième jour, en laissant le fil en place, et en appliquant par-dessus quelques bandelettes de collodion. Les résultats de cette pratique, dont tout le mérite revient à Blan-