‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 135 sur 158 · APPLICATION · texte numérisé non relu

APPLICATION

l'a appliquée à d'autres cas, il en a môme fait abus, mais il est innocent des ampulalions par écrasement linéaire.

L'opération de l'écrasement est semblable à celle de la ligature en masse jusqu'au moment où la chaîne est placée. Lorsque la tumeur n'a pas de pédicule, il faut lui en faire un, par des procédés divers, par traction, par transfixion, etc. Pour attirer à l'extérieur et pédiculiser les tumeurs de l'extrémité inférieure du rectum, M. Chassaignac a fait construire une érigne particulière en forme de parapluie. Lorsque la chaîne est appliquée sur le pédicule, on fait agir rapidement la double crémaillère jusqu'à ce que le pédicule soit bien étreint, puis on commence la section par les mouvements alternatifs du levier qui fait mouvoir les crémaillères. Chaque pas qu'on fait est annoncé par un bruit sec. On fait d'abord un pas toutes les demi-minutes, puis toutes les minutes; à mesure que la résistance augmente on ralentit l'opération; on porte quelquefois, suivant le degré de vascularité du pédicule, la durée des intervalles à deux, trois et môme cinq ou six minutes. La plupart des opérations sont terminées en un quart d'heure ; mais elles durent quelquefois une demi-heure, trois quarts d'heure, une heure même. La douleur, dans un temps donne, n'est pas aussi vive que sous le bistouri, mais il ne faut pas oublier qu'elle dure beaucoup plus longtemps ; on peut d'ailleurs maintenir les malades sous le chloroforme pendant tout ce temps, en agissant avec les précautions usitées par les accoucheurs. Lorsqu'on procède avec une lenteur suffisante, la perte de sang est insignifiante, au moins dans la plupart des cas. Toutefois, sous le rapport de l'hémorrhagie, la sécurité n'est pas aussi complète qu'on l'avait d'abord espéré. Ce n'est pas seulement au moment de l'opération que le sang peut couler, mais encore quelques heures, et même quelques jours après. Ainsi, un malade opéré par M. Chassaignac pour une tumeur hémorrhoïdale eut une hémorrhagie consécutive provoquée sans doute parle frottement des matières fécales. Somme toute, cependant, la méthode de l'écrasement linéaire expose fort peu aux hémorrhagies, et c'est même son principal avantage. Quantà la plaie elle-même, elle présente des caractères tout spéciaux. Les tissus, sciés et écrasés, sont tassés et comme feutres dans une épaisseur d'environ un millimètre ; ils forment une couche exsangue qui constitue sur les tissus subjacents une sorte de pansement par occlusion. Cette couche, qu'on pourrait croire inévitablement condamnée à la gangrène, ne se sphacèle point; elle fournit d'abord un léger suintement séro-purulent, puis du pus véritable ; c'est sur elle que naissent les bourgeons charnus, et elle

ÉCRASEMENT LINÉAIllE.

fait partie de la cicalrice. M. Chassaignac pense que, grâce à celte enveloppe protectrice, la plaie expose beaucoup moins que les plaies simples à l'érysipèle, au phlegmon diffus, h la phlébite, à l'infection l)urulente et à l'hcmorrhagie consécutive. Je crois que ces avantages sont réels, mais il ne faut pourtant pas les exagérer. L'immunité la plus remarquable est celle qui concerne la phlébite et l'infection purulente. On sait combien cet accident est fréquent k la suite des opérations sanglantes pratiquées sur les tumeurs veineuses. L'extirpation des tumeurs hémorrboïdales par l'instrument tranchant était une opération tellement désastreuse que tous les chirurgiens, on peut le dire, y avaient renoncé, à cause précisément du danger de la phlébite. Depuis que M. Chassaignac a inventé l'écrasement linéaire, un très-grand nombre de tumeurs hémorrboïdales ont été extirpées par cette méthode, et l'infection purulente, à ma connaissance, ne s'est produite que sur un seul opéré. Je reviendrai plus loin sur ce cas qui s'est présenté dans ma pratique.

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