‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 134 sur 158 · ÉCRASEMENT LINÉAIRE · texte numérisé non relu

ÉCRASEMENT LINÉAIRE

action. On a fait subir à cet instrument deux espèces de simplifications. M. Charriôre a fixé l'extrémité de la chaîne sur l'étui métallique, de sorte que la chaîne ne rentre plus que d'un seul côté; le mouvement de va-et-vient se trouve supprimé; l'instrument ne scie presque plus, il ne fait qu'écraser, et il y a moins de sécurité contre les hémorrhagies. Je me suis servi un jour de cet instrument à l'hôpital de la Charité, pour enlever une tumeur du rectum dont le pédicule, étreint par l'anse métallique avant l'action de l'instrument, n'avait que deux centimètres de diamètre; j'ai procédé très-lentement, puisque j'ai mis cinquante-cinq minutes à faire la section, et cependant j'ai eu une perte de sang assez considérable. La seconde simplification est celle qui appartient à M. Maisonneuve ; il a remplacé la chaîne articulée par un gros fil continu, qui ne rentre que d'un seul côté. Le mouvement de scie est à peu près réduit à zéro. Le fil se casse souvent. Il s'est cassé deux fois pendant la première moitié d'une amputation de verge pratiquée par M. Verneuil, et ce chirurgien a dû terminer l'opération au moyen de l'écraseur ordinaire. Une hémorrhagie s'est produite immédiatement après l'opération, elle était fournie non par une artère importante, mais par une artériole, qu'il a fallu lier, et par les cellules du corps caverneux qu'il a fallu cautériser au fer rouge. Chose remarquable, M. Verneuil reconnut très-nettement que le sang n'était fourni que par la partie de la verge coupée au moyen du fil ; celle qui avait été coupée par la chaîne ne fournissait pas de sang (1).

M. Maisonneuve n'a pas pour cela renoncé à son idée. Il a'obvié à la rupture du fil en prenant des fils plus gros, puis comme ceux-ci, en grossissant, perdaient leur flexibilité, il a pris le parti de réunir plusieurs fils en un faisceau et de les tordre en forme de corde. Cette corde agit mieux qu'un fil lisse ; les rugosités qu'elle présente remplacent en partie les articulations de la chaîne. Mais alors l'instrument n'est plus une simple ligature. De fil en fil, M. Maisonneuve est allé jusqu'à douze, et il a obtenu ainsi un câble assez fort pour couper la cuisse. Cet instrument s'appelle le grand consti^icteur. Jamais nom ne fut mieux mérité. Je suis heureux de n'avoir pas à me prononcer sur ces amputations, que l'auteur a pratiquées chez l'homme vivant et sur tous les membres. Je ne dois pas oublier qu'il ne s'agit ici que du traitement des tumeurs. C'est pour l'extirpation des tumeurs que la méthode de M. Chassaignac a été créée ; l'auteur

(1) Bulletins de la Société de chirurgie, t. VII, p. 249, décembre 185G.

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