CHOIX DE LA PILE
meurs. Le fil, au commencement de l'opération, a, je suppose, une longueur de 10 centimètres. Le pile a été choisie et disposée de manière à le chauffer au rouge, et bientôt les tissus qu'il embrasse sont divisés circulairement dans une épaisseur de quelques millimètres. Mais alors l'anse métallique, se trouvant plus large que le pédicule qu'elle entoure, cesse d'agir sur ce pédicule; il faut donc la resserrer à l'aide d'un .serre-nœud. Dans l'origine elle avait 10 centimètres, et le courant la chauffait au rouge; maintenant elle n'a plus que 7 à 8 centimètres , et elle sera chauffée à blanc. Puis il faudra la resserrer de nouveau, la réduire à 6, à 5 centimètres, et ainsi de suite, et le fil, de plus en plus incandescent, finira souvent par se fondre avant que la section du pédicule soit achevée.
Disons tout de suite que cette fusion de l'anse coupante est restée jusqu'ici le côté le plus défectueux de la galvanocaustie. On ne peut obvier à cet inconvénient que par des moyens d'une application difficile, qui absorbent l'aftention du chirurgien, et qui exigent une surveillance continuelle. Ce n'est pas seulement la fusion du fil qu'il faut craindre; lorsqu'il dépasse la température du rouge, il coupe les tissus trop rapidement, et donne lieu à des hémorrhagies. Il faudrait pouvoir en quelque sorte changer de pile à chaque instant, afin de diminuer l'écoulement de l'électricité à mesure que le fil devient plus court.
Ceci nous conduit à étudier l'influence de la constitution de la pile sur la production des effets calorifiques. Ceux-ci étant, toutes choses égales d'ailleurs, proportionnels à la quantité d'électricité qui passe par le point que l'on considère, une pile galvanocaustique doit, avant tout, fournir une source abondante d'électricité. 11 faut donc qu'elle possède une grande intensité, c'est-à-dire qu'elle soit composée d'éléments à larges surfaces. •
Le volume du fil qu'une pile peut chauffer est subordonné exclusivement à l'intensité de la pile. Celle-ci, par exemple, chauffe dans une certaine longueur un fil d'un certain volume; pour produire la môme élévation de température dans un fil plus gros et de môme longueur, il faudra augmenter l'intensité de la pile, c'est-à-dire la surface de chacun des éléments.
La longueur du fil qu'une pile peut chauffer dépend en partie aussi de l'intensité; ainsi, de deux piles tout à fait semblables, différentes seulement par la surface de leurs éléments, c'est la plus intense qui peut chauffer la plus grande longueur de fil; mais celte longueur est loin de s'accroître en proportion de l'intensité de la
GALVANOCAUSTIE
pile. C'est suiiouL la Imsion de la ])ile qui influe sur la longueur du fil qu'elle penl cliaufrer.
La tension, c'est-à-dire la force qui sollicite l'électricité à se dégager au niveau de chaque pôle, est proportionnelle au nombre des éléments. C'est par la tension qu'une pile surmonte la résistance des mauvais conducteurs. Étant donnée une pile composée, par exemple, de deux éléments, et capable de vaincre la résistance d'un fil d'une longueur et d'un volume déterminés, il suffira d'ajouter deux éléments de plus pour que le même fil puisse être chauffé dans une longueur presque double.
Deux piles d'égale tension, et d'inégale intensité, se comporteront donc de deux manières bien différentes; toutes deux pourront chauffer des fils de môme longueur, mais non de môme volume. La pile la plus intense sera celle qui chauffera le plus gros fil; et elle le chauffera môme plus aisément que le fil fin. Une pile possédant une grande intensité et une faible tension, pourra rougir à blanc un fil de platine, tandis qu'elle chaufferait seulement au rouge sombre, ou môme moins encore, un fil de platine plus petit, et de même longueur . C'est parce que, à longueur égale, le fil fin est plus résistant que l'autre, et qu'il ne laisse pas passer une quantité suffisante d'électricité. Il faudrait donc, pour chauffer ce fil, augmenter la tension de la pile.
Deux piles d'égale intensité et d'inégale tension, produisent des eflets tout aussi différents. Toutes deux pourront chauffer au môme degré des fils de môme volume, mais non de môme longueur. La pile la plus tendue sera celle qui chauffera le fil le plus long. Mais si, à longueur égale, on voulait chauffer un fil plus gros, ce serait en vain qu'on augmenterait la tension. Dès le moment qu'un fil est assez gros pour laisser passer, sans s'échauffer, l'électricité d'un seul couple, il laissera passer tout aussi aisément l'électricité de plusieurs couples égaux au premier, attendu que la quantité d'électricité dégagée par la pile est exactement la même dans les deux cas. L'accroissement de tension ne peut servir à rien, là où il n'y a pas de résistance à surmonter. Ce n'est donc pas en faisant varier la tension, mais en accroissant l'intensité de la pile, qu'on peut chauffer des fils de plus en plus gros.
Or, les conducteurs de platine qu'on se propose de chauffer pour pratiquer les opérations galvanocausliques , et qui constiluent ce que j'ai appelé Vannature des cautères, sont très-divers par leur longueur et par leur volume. Ce sont des fils longs ou courts, des lames larges ou étroites, des olives creuses, des becs-d'oiseaux. 11 semble
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donc, au premier abord, qu'il faudrait avoir autant de piles distinctes que d'espèces de cautères, des piles grandes, moyennes, et petites quant à la surface; fortes, modérées, et faibles quant à la tension. S'il en était ainsi, la méthode galvanocaustique exigerait l'emploi d'un grand nombre d'appareils, parmi lesquels il faudrait faire un choix dans chaque cas particulier; et celui-là seul pourrait faire ce choix sans erreur, qui connaîtrait à fond toutes les lois de la chaleur électrique. Dans de pareilles conditions, la galvanocaustie ne pourrait êlre appliquée, pour ainsi dire, que par des physiciens de profession.
Pour lever cette difficulté, pour simplifier la méthode dans ses applications et pour la rendre pratique, M. Middeldorpf a imaginé un appareil qui est, il est vrai, coûteux, volumineux et compliqué, mais qui permet du moins de remplir toutes les indications, en changeant par un moyen simple et rapide kt combinaison des éléments de la pile. C'est par lui que la galvanocaustie est devenue une méthode chirurgicale régulière.
Quoique ayant considérablement diminué les difficultés de cette méthode, M. Middeldorpf cependant ne les a pas fait disparaître. Il a construit tous ses instruments galvanocaustiques de telle sorte qu'il a pu réduire à trois le nombre des combinaisons de la pile dont il se sert. Tous les cautères, longs ou courts, gros ou petits, peuvent être chauffés par l'une ou l'autre de ces trois combinaisons. Mais il serait bien plus simple encore de pouvoir chauffer tous les cautères indistinctement avec la môme pile, sans être obligé de changer chaque fois la combinaison des éléments. C'est ce que je me suis efforcé de faire. Je me suis attaché à uniformiser autant que possible la r(?sistance électrique des armatures de platine, et je crois avoir réussi h. remplir toutes les indications avec une seule et même pile, construite et disposée une fois pour toutes.
L'appareil instrumental de M. Middeldorpf se compose de trois parties : 1° Une batterie électrique renfermée dans une grande boîte, et munie de deux rhéophores gros, longs et flexibles; 2° un manche en bois ou en ivoire, traversé dans sa longueur par deux tiges de cuivre isolées, qui dépassent le manche par leurs deux extrémités, et s'adaptent d'une part aux deux rhéophores, d'une autre part à l'armature de platine; 3" enfin, une armature de platine, qui constitue le cautère proprement dit, et qui se compose d'une seule pièce de platine, diversement disposée ou contournée, mais formant toujours une anse dont les deux extrémités s'adaptent sur celles des deux tiges de cuivre.
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L'une des liges que traverse le manche est coupée dans un point de sa longueur, et l'on peut à volonté, au moyen d'un coulant, ouvrir ou interrompre le courant. Lorsqu'on pousse le coulant, le passage est ouvert, et l'armature de platine, qui est la partie la plus résistante du circuit, s'échauffe instantanément. On peut donc placer l'instrument à froid, le faire pénétrer lentement, tranquillement au fond des cavités; puis, lorsqu'on s'est assuré, par la vue ou par le toucher, qu'il est exactement en place, on exerce sur le coulant une pression légère, et la cautérisation commence aussitôt. De mOme, lorsqu'on veut retirer l'instrument, sans brûler l'entrée de la cavité, on pousse le coulant en sens inverse, et au bout de quelques secondes le cautère est suffisamment refroidi.
L'armature de platine est une lame ou un fil. Le fil sert tantôt à couper les tissus, et alors il faut qu'il soit long ou court, suivant le volume des tumeurs dont il entoure la base; tantôt à chauffer une boule de porcelaine sur laquelle il s'enroule en spirale, et alors il n'a pas besoin d'être bien long, mais il faut qu'il soit passablement gros; d'autres fois enfin, le cautère, terminé en pointe, se compose d'une anse de fil assez courte et brusquement i*ecourbée, et il faut que ce fil soit gros ou fin, suivant que la pointe-est mousse ou aiguë. Quant aux lames, elles servent à construire deux cautères d'un type tout différent. Dans le galvanocautère, la lame, épaisse et courte, est recourbée dans un même plan, comme un fer à cheval. Dans le cautère en coupole, la lame, plus large et plus mince, est recourbée sur le plat.
Pour chauffer ces divers cautères, M. Middeldorpf se sert de quatre couples de Grove (zinc et platine), hauts de dix-sept centimètres, larges de douze, et disposés dans une boîte à quatre compartiments. Les deux pôles de chaque couple viennent aboutir à un petit appareil situé au centre de la boîte, et désigné sous le nom de commviateur. Il suffit de manier le couvercle du commutateur pour obtenir à volonté l'une des trois combinaisons suivantes :
N° \. Les quatre zincs sont mariés ensemble, ainsi que les quatre platines. Les quatre éléments de la pile ne forment alors qu'un seul couple, dont la tension est représentée par 1, et l'intensité par 4.
IN° 2. Les zincs sont mariés deux à deux, ainsi que les platines. Les quatre éléments fonctionnent alors comme deux couples. La tension est représentée par !2, l'intensité par 2.
N° 3. Les zincs et les platines se succèdent alternativement, et les quatre éléments forment une pile à quatre couples, dont la tension est portée à 4, mais dont l'inlensité est réduite à t.
APPAREIL DE MIDDELDORPF.
C'est donc en augmentant la tension aux dépens de l'intensité, et réciproquement, que M. Middeldorpf approprie sa batterie électrique à ses divers cautères. Avec la combinaison n" i, il cbauffe les lames et les fils gros et courts; avec la combinaison n" 2, les fils de volume et de longueur moyenne; avec la combinaison n" 3, il chauffe le long fil de l'anse coupante; mais l'intensité étant réduite au minimum, il est obligé de ne donner à ce fil quun très-petit diamètre.
J'ai dû indiquer la nature des divers cautères de M. Middeldorpf, pour faire comprendre la différence des indications qui résultent de la forme ou du volume de leur armature de platine; mais je ne m'arrêterai pas à la description de ces instruments, renvoyant pour cela aux planches qui accompagnent l'intéressant ouvrage du chirurgien de Breslau. L'auteur, fertile en inventions mécaniques, a fait construire pour chaque cautère un manche particulier, tantôt fort simple, tantôt fort compliqué. Le manche de l'anse coupante est le plus compliqué de tous. La multiplicité des manches, commode à un point de vue, a le désavantage d'élever considérablement le prix de l'appareil, et il m'a paru avantageux de faire monter tous les cautères sur un seul manche.
M. Middeldorpf, ayant trouve, comme on vient de le voir, le moyen de manier à son gré la chaleur électrique, a fait de la galvanocaustie une méthode générale à l'aide de laquelle il pratique, nonseulement toîltes les cautérisations qu'on fait ordinairement avec le fer rouge, mais encore la plupart des opérations de diérèse et d'exérèse. Je n'aurai à mentionner parmi ces nombreuses applications que celles qui sont relatives au traitement des tumeurs.
Les cautères qu'il emploie dans ce but sont au nombre de trois : le séton incandescent, le galvanocautère et l'anse coupante.
Le séton incandescent est un mince fil de platine qu'on passe à travers les tumeurs érectiles, et qu'on met ensuite en communication avec les deux pôles de la pile n" 3. Une eschare linéaire se forme sur le trajet du fil. On peut ainsi traverser la môme tumeur de plusieurs sétons qui produisent chacun une eschare. Ce procédé a pour but de modifier la tumeur et non de la détruire.
Le galvanocautère et l'anse coupante sont au contraire des instruments d'extirpation. Le premier se manie comme un bistouri. L'anse coupante se place sur la base des tumeurs, comme une ligature en masse, ou comme la chaîne de l'écraseur. On l'applique tantôt sur un pédicule naturel, tantôt, par transfixion, sur un pédicule artificiel. Puis on met le manche de l'instrument en communication avec la pile n. 3, et on tourne peu k peu la vis du serre.-nœud, pour di-
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minuer la longuour du fil, k mesure que la section s'opère. Quelques minutes siiffisent pour enlever sans hémorrhagie des tumeurs volumineuses. M. Middcldorpra extirpé par ce moyen plusieurs cancers de la verge, un grand nombre de tumeurs hémorrhoïdales, et des polypes de toute sorte implantés sur l'utérus, dans les fosses nasales, dans l'arrière-gorge; il a môme enlevé heureusement un polype de la partie supérieure du larynx. Cette tumeur faisait saillie dans le pharynx, et pesait plus de 8 grammes (1).
Les faits remarquables publiés dans l'ouvrage de M. Middeldorpf étaient de nature à fixer toute l'attention des praticiens. Chargé par la Société de chirurgie de faire un rapport sur cet ouvrage (2), j'entrai en relation avec l'auteur, qui passa quelques semaines à Paris; je répétai avec lui quelques expériences sur les animaux, et nous fimes ensemble plusieurs petites opérations à la Charité, où je faisais le service par intérim; sans partager toutes ses convictions sur l'innocuité de sa méthode, je pus m'assurer du moins que les cautères galvaniques, convenablement maniés, peuvent couper sans hémorrhagie des artères assez grosses, et que, ne rayonnant presque pas dans les tissus, limitant leur action à la couche qu'ils divisent, ils ne provoquent qu'une réaction modérée. Il me paraissait dès lors que la galvanocaustie pouvait rendre des services dans la pratique, et qu'il y avait lieu de l'admettre au nombre des méthodes régulières de la chirurgie. '
Il y avait pourtant une circonstance qui s'opposait à la vulgarisation de cette méthode. C'était le prix élevé des piles de Grove. Les quatre couples dont se compose la batterie de M. Middeldorpf fournissent une surface de platine qui n'a pas moins de 1,760 centimètres carrés. Or, quelque minces que soient les lames de platine, le prix élevé et le poids considérable de ce métal ne permettent guère de se procurer l'appareil complet de M. Middeldorpf à moins de mille à douze cents francs. La boîte qui renferme la batterie est lourde, très-volumineuse, et peu portative, ce qui est un inconvénient sérieux dans la pratique civile. Les piles de Bunsen, qu'on pourrait substituer à celles de Grove, ne coûtent presque rien : mais pour porter les métaux jusqu'à l'incandescence, il faudrait un assez grand nombre de couples, et l'appareil serait extrêmement difficile à manier. Il faudrait être physicien pour choisir chaque fois les combinaisons de couples propres à chauffer ni trop ni trop peu
(1) Middeldorpf, Die Galvanocausfik. Breslau, 1854, in-8, p. 212-230
(2) Droca, De la cautérisation électrique, ou galvanocaustique, dans Bulletins de la Société de chirurgie, 5 nov. 185G, t. VH, p. 205-213.