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HISTORIQUE. — CONCLUSIONS

Je dois m'accuser d'avoir plus d'une fois, dans ce travail, partagé les illusions de M. Lebert sur la bénignité de certaines tumeurs homœomorphes, mais il me sera peut-être permis d'ajouter que les caractères anatomiques distinctifs que j'ai décrits alors ont été démontrés exacts par l'observation ultérieure. Il m'est rarement arrivé de trouver, à l'examen microscopique des tumeurs, une structure différente de celle qu#j'avais cru reconnaître à l'œil nu; et je puis aujourd'hui répéter sans restriction ce que j'ai dit dans mon mémoire de 1830, p. 817: a Le microscope, qui nous a rendu de si grands services dans cette étude, a presque cessé de nous être nécessaire : il nous a enseigné à nous servir de l'œil nu. »

En faisant rentrer les distinctions microscopiques dans la catégorie des faits de l'anatomie pathologique ordinaire, j'espérais aplanir les difficultés et faire cesser les malentendus. Cette espérance ne se réalisa pas. Les soupçons qui planaient sur le microscope, loin de se dissiper, ne firent que prendre des proportions plus générales; ne pouvant plus séparer la structure élémentaire de la structure visible à l'œil nu, on en vint, par une conséquence forcée et que pourtant je n'avais pas prévue, à nier la valeur de l'anatomie pathologique tout entière dans la classification des tumeurs. On vit alors des chirurgiens célèbres, des professeurs éminents déserter le drapeau de l'anatomie pathologique, sous lequel ils avaient combattu toute leur vie, et dans la mémorable discussion du cancer qui, en 1854, remplit entièrement treize séances à l'Académie de médecine, on entendit plusieurs orateurs nier l'existence d'une relation constante entre les lésions et les symptômes, pendant que M, Velpeau, rejetant au dernier rang une science qui avait jusqu'alors servi de base à ses travaux, déguisait habilement sa défection sous cette phrase aphoristique : « On ne part pas de l'anatomie pathologique; on y arrive ! »

L'expression était heureuse, mais l'idée était entièrement inexacte. L'anatomie pathologique ne doit être ni un point de départ, m un but; c'est un des moyens que l'on emploie pour arriver à la connaissance des maladies; il ne doit passer ni avant ni après les autres; il doit marcher de front avec eux. C'est pour avoir méconnu cette vérité que les théoriciens et les praticiens ont vu pendant tant de siècles tous leurs efforts échouer devant la question des tumeurs. Pour réussir dans une étude si vaste et si compliquée, ce n'est pas trop de puiser à la fois à toutes les sources de nos connaissances, d'interroger simultanément les lésions et les symptômes, sans négliger les origines et les terminaisons naturelles ou provoquées par

DES TUMEURS EN GÉNÉRAL

l'art. Toules ces branches, qu'on désigne sous les noms d'étiologie, de symptomatologie, d'anatomie pathologique, de pronostic, de thérapeutique, ne sont que les rameaux d'un môme tronc, et s'attacher exclusivement à un seul d'entre eux, en dédaignant les autres, c'est retomber dans les erreurs du passé, c'est s'exposer, comme Pénélope, à recommencer sa toile tous les matins. Lorsqu'on veut grouper les phénomènes si complexes de la nature autour d'une seule idée ou d'un seul ordre d'idées, on fait un système qui s'écroule tôt ou tard.

Si j'ai si longuement insisté sur l'histoire des tumeurs, ce n'est pas pour me donner le plaisir de faire une promenade au milieu des ruines. Il m'eût été facile d'exhumer des archives de la science bien des détails piquants, bien des idées singulières, bien des anecdotes curieuses, de les raconter sans commentaires et de rendre ainsi ma narration plus courte, plus complète et plus attrayante. Mais je suis de ceux qui pensent que l'histoire est faite pour instruire et non pour amuser. J'ai donc préféré suivre une autre voie et concentrer toute mon attention sur l'origine des idées et des systèmes, sur les obstacles qui ont arrêté nos devanciers, sur les erreurs de méthode qui les ont égarés. Le galénisme, le cartésianisme, le broussaisisrae nous ont montré l'impuissance des hypothèses et du raisonnement substitué à l'observation ; l'exemple de Laennec et d'Abernethy nous a appris l'insuffisance des recherches anatomiques faites sans le secours du microscope ; celui de Muller et de ses élèves nous a fait voir où conduit l'anatomie pathologique pure qui ne s'appuie pas sur l'observation cHnique ; enfin la stérilité des efforts des praticiens exclusifs, ~ obligés dans tous les temps, pour masquer leur ignorance, de se réfugier dans l'hypothèse de la dégénérescence, — nous a donné la mesure de ce que peut faire la clinique pure, quand elle ne s'éclaire pas au flambeau de l'anatomie pathologique. Que toutes ces leçons du passé nous profitent aujourd'hui ! Apprenons à ne jamais séparer l'étude des lésions de celle des symptômes. Évitons ces spécialisations qui ont été si nuisibles au progrès, et, pour suivre la méthode naturelle, qui classe les choses et les phénomènes non d'après un seul de leurs caractères, mais d'après l'ensemble de tous leurs caractères, faisons concourir vers un but commun tous les moyens d'observation dont nous pouvons disposer, la clinique aussi bien que l'anatomie pathologique, le scalpel aussi bien que le microscope, l'étude des malades aussi bien que l'étude des tumeurs. .

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