‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 16 sur 158 · HISTORIQUE. M. LEBERT · texte numérisé non relu

HISTORIQUE. M. LEBERT

liomœomorphes il les divisa en espèces correspondant h la nature des éléments qui les composent. Il admit ainsi des tumeurs graisseuses, fibreuses, fîbroplastiques, mélaniques, épithéliales, cartilagineuses, osseuses, glandulaires hypertrophiques, érectiles, fibrineuses et kystiques. Cette classification laissait quelque cbose à désirer: il y avait quelques imperfections de détail et môme quelques erreurs. Sous ce rapport, la division donnée la même année par M. Vogel était plus régulière, plus complète, plus conforme aux prin- ' Cipes de l'anatomie générale. Mais ce qui constituait la partie la plus nouvelle et la plus remarquable de l'œuvre de M. Lebert, c'était l'élude cliniquedes tumeurs comparéeàleur composition anatomique et microscopique. Pour M. Vogel, comme autrefois pour Laennec, les tumeurs homologues étaient bénignes, les tumeurs hétérologues étaient malignes. M. Lebert protesta contre cette division qui attribuait un caractère absolu aux phénomènes si importants d'ailleurs delà bénignité et de la malignité. «Nous verrons, dit-il, dans l'introduction de son second volume, que des tumeurs éminemment bénignes peuvent se ramollir et s'ulcérer, que des tumeurs graisseuses, enkystées, mélaniques peuvent être constitutionnelles, et parfois même héréditaires. » Malgré cette profession de foi, M. Lebert s'est laissé aller plus d'une fois à exagérer la bénignité relative des tumeurs homœomorphes. Il a subi à son insu l'influence d'une doctrine qui existait avant lui, contre laquelle il avait môme réagi, et dont ses adversaires ont pourtant, faute d'y regarder d'assez près, fait peser sur lui la responsabilité. Je ne puis ici analyser toute son œuvre, ni exposer toutes les opinions qui, basées alors sur une observation encore trop restreinte, ont dû depuis subir, au contact de nouveaux faits, des modifications plus ou moins grandes. Si quelque chose a lieu de nous surprendre, c'est que M. Lebert ne se soit pas plus souvent trompé sur une question si confuse avant lui, si vaste et si compliquée. Je me bornerai à signaler, parmi les découvertes de ce savant, celle des tumeurs épithéliales, qu'il partage avec M. Isaac Mayor, et celle des tumeurs fibro-plastiques. Je mentionne aussi, non comme une découverte clinique, mais comme une découverte microscopique, la démonstration de la nature glandulaire des tumeurs mammaires chroniques d'A. Cooper, sur lesquelles venait de rouler la discussion si bruyante et si stérile de l'Académie de médecine.

L'apparition de l'ouvrage de M. Lebert fut le signal d'une division plus profonde et plus grave que jamais, entre les chirurgiens exclusifs, et ceux qui accordaient une importance légitime aux

DES TUMEURS EN GÉNÉRAL

résultais de l'analomie pathologique, devenue désormais inséparable des études microscopiques. Tant que la micrographie était restée à l'état de science spéculative, les chirurgiens l'avaient accueillie avec une curiosité bienveillante. Ils avaient même accepté avec satisfaction la théorie unitaire de Muller, qui paraissait confirmer leurs idées traditionnelles sur le cancer. Mais lorsque les applications pratiques se dressèrent devant eux, lorsqu'ils virent paraître des espèces nouvelles qu'il devenait nécessaire de distinguer au lit du malade, lorsqu'ils virent leurs diagnostics infirmés chaque jour par le témoignage du microscope; alors la résistance commença.

On voulut d'abord contester l'exactitude des observations microscopiques. On entendit des professeurs éminents (qui, à coup sûr, n'étaient pas des professeurs de physique), prétendre que le microscope était un instrument infidèle, et qu'avec un peu d'imagination on y voyait tout ce qu'on voulait y voir. Je fus môme obligé de consacrer une partie de ma thèse inaugurale (1849) à la réfutation de ce singulier non-sens. Bientôt pourtant il fallut changer de langage. On voulut bien reconnaître que les observations microscopiques étaient exactes, mais on ajouta qu'elles étaient inutiles; que les tissus pathologiques étaient caractérisés par leur couleur, leur consistance, leur structure extérieure, en un mot par les caractères que constate l'étude faite à l'œil nu, et non point par les apparences moléculaires des atomes que montre le microscope. L'objection n'était pas entièrement sans valeur, car il est certain que la spécificité des formes s'arrête à un certain degré de petitesse, et qu'à côté des éléments anatomiques proprement dits on trouve, dans la plupart des tissus et des blastèmes, des granulations moléculaires beaucoup plus petites qui n'ont aucune fixité et aucune signification. On pouvait donc se demander, jusqu'à un certain point, si les noyaux et les cellules étaient situés en deçà ou au delà de la ligne de démarcation qui sépare l'organisation proprement dite, des ébauches plus inférieures oîi la matière organique n'a pas encore de formes caractéristiques.

Pour répondre à cette objection spécieuse, l'auteur de cet ouvrage s'attacha à démontrer que des différences anatomiques appréciables à l'oeil nu, coïncident le plus souvent avec les différences élémentaires que révèle le microscope. Il consii;na le résultat de ses recherches dans un long mémoire qui remporta en 1850 le prix d'anatomic pathologique, à l'Académie de médecine (i).

(1) Mémoires in-i de l'Acad., t. XYI, p. 423 à 820.

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