LOI D ANALOGIE DE FORMATION
ter du pigment. Mais cette préférence n'est pas exclusive, car la plupart, peut-être la totalité des parties vasculaires du corps, peuvent devenir le siège de cancers mélaniques.
L'influence locale des tissus normaux environnants a plus de prise sur les productions homœomorphes; il y a souvent analogie de structure entre ces productions et les parties au sein desquelles elles se développent. C'est ainsi que les tumeurs graisseuses se forment le plus souvent au milieu du tissu adipeux, les tumeurs osseuses ou cartilagineuses au sein ou à la surface du tissu osseux, les tumeurs de structure glandulaire au voisinage ou dans l'épaisseur des glandes, etc. Ces faits, depuis longtemps connus, ingénieusement rapprochés des phénomènes de la nutrition normale, de l'accroissement des tissus, de leur régénération et de leur hypertrophie, ont conduit M. Julius Vogel à formuler la loi d'analogie déformation (I), loi déjà entrevue par Meckel, et devenue trop importante pour que nous puissions nous dispenser de l'examiner sommairement.
La nutrition est un travail simultané de destruction et de recomposition qui, pendant toute la vie, renouvelle incessamment et graduellement la substance des tissus, sans en altérer la structure. Les éléments nouveaux qui prennent chaque jour la place des éléments détruits, se forment aux dépens d'une matière organique amorphe, émanée du sang par voie d'exhalation, désignée autrefois sous le nom de SMC nutritif, et aujourd'hui sous le nom de blastème. M. Vogel, cherchant à se rendre compte de la permanence de la structure, malgré le changement continuel de la substance, pense qu'il faut choisir entre les deux suppositions suivantes : Ou bien l'organisme produit un blastème particulier pour la nutrition de chaque tissu, et la nature des éléments qui y prennent naissance dépend des propriétés spéciales inhérentes à ce blastème ; ~ ou bien il n'y a qu'un seul blastème nutritif, commun à toutes les parties du corps et ayant la propriété imitative de s'organiser en éléments semblables à ceux des tissus respectifs au sein desquels il est épanché. Dans la première hypothèse, le travail de la nutrition serait aussi compliqué, aussi mystérieux que celui de la première formation; dans la deuxième hypothèse, au contraire, ce travail serait d'une simplicité absolue, car il suffirait pour l'expliquer d'admettre un phénomène général, la sécrétion du blastème nutritif, et une loi générale, la loi d'analogie de formation. C'est à cette dernière théorie que M. Vogel a attaché son nom.
(t) Vogel, Anaiomie pathologique générale, chap. IV, art. I B, § 3. trad. franc •'ans, 1847, iu-8, p. I0:j. a . v-
Pour le dire tout de suite, j'accepte la loi d'analogie de formation comme une des plus belles et des plus générales de l'organisme, et celui qui l'a découverte est l'auteur d'un grand progrès. Je ferai cependant quelques réserves sur la théorie de M. Vogel. Je suis moins convaincu que lui de l'uniformité du blastème nutritif. Si tous les tissus avaient la môme composition chimique , si seulement ils n'étaient formés que de substances isomériques, ou môme si tous renfermaient les mômes corps simples combinés en différentes proportions, l'unité de composition du blastème nutritif, sans être démontrée ni démontrable, ne rencontrerait, du moins pour ce qui concerne la nutrition normale, aucune objection insurmontable. Mais il n'en est pas ainsi. Certains tissus, tels que les os et les dents, renferment des corps simples, métaux ou métalloïdes, qui ne se trouvent pas dans les autres : or, l'évolution d'un blastème, quelque active qu'on la suppose, peut tout au plus modifier les combinaisons des corps ; mais elle ne peut opérer ni transmutation ni création de matière. Par exemple, le phosphate de chaux, qui fait partie intégrante du tissu osseux, ne peut se former dans le blastème, à moins que celui-ci ne renferme du calcium sous une combinaison quelconque. Il faut donc que le blastème qui nourrit chaque tissu contienne, en plus ou moins grande quantité, tous les corps simples qui entrent dans la composition chimique de ce tissu ; et s'il n'y avait qu'un seul blastème, il faudrait qu'il renfermât tous les métalloïdes et tous les métaux qui prennent part à la composition de tous les tissus de l'économie. Ce serait une complication bien grande. Pour ma part, j'aime mieux croire que la nature a accordé à chaque tissu la propriété d'attirer le blastème nutritif qui lui convient. J'aime mieux admettre dans les blastèmes des différences de qualité en rapport avec la fonction qui leur est dévolue. M. Vogel reconnaît lui-même, ainsi que je le dirai tout à l'heure, que ces différences de qualité existent dans les blastèmes pathologiques hétéromorphes. Il faut bien admettre aussi qu'elles existent dans les blastèmes primordiaux de l'embryon, puisque dans ces formations initiales aucun tissu préexistant ne sert de modèle à l'organisation des éléments.
Les belles expériences de M. Ollier sur la transplantation du périoste fournissent un argument décisif en laveur de la multiplicité des blastèmes. Le périoste ne pourvoit pas seulement à sa propre nutri tion, ses vaisseaux sont la source principale (mais non exclusive, quoi qu'on en ait dit) du blastème ossifique qui fait les frais .de l'accroissement des os en épaisseur, et de toutes les ossifications extérieures, dites périoslales. Cette propriété a été dévolue au périoste;