‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 23 sur 158 · BLASTÈMES TRAUMATIQUE ET INFLAMMATOIRE · texte numérisé non relu

BLASTÈMES TRAUMATIQUE ET INFLAMMATOIRE

exemple prouve déjà que tous les tissus ne possèdent pas au même degré la propriété de s'assimiler les blastèmes; le tissu osseux et le tissu conjonctif sont sous ce rapport beaucoup plus favorisés que les autres, qui le sont d'ailleurs inégalement, ainsi que le montre l'étude des cicatrices et des régénérations.

La lymphe plastique des plaies, que je désignerai volontiers sous le nom de blastème traumatique et qui diffère à plusieurs égards du blastème inflammatoire, a, comme ce dernier, de la tendance à s'organiser en tissu conjonctif ou fibreux. C'est effectivement ce tissu qui, sous l'une ou l'autre de ses formes, constitue la plupart des cicatrices. Mais quelques cicatrices ont une structure particulière en rapport avec celle des parties qui sont le siège de la solution de continuité ou de la perte de substance. Les cicatrices des ulcères intestinaux peuvent se recouvrir de villosités et se creuser de cavités glandulaires ; la muqueuse utérine, expulsée à chaque accouchement, se régénère chaque fois avec ses innombrables glandes; des tubes nerveux se forment quelquefois, mais non toujours, dans les cicatrices des nerfs coupés ou même excisés dans une certaine étendue; enfin les solutions de continuité des os se réparent au moyen d'une cicatrice osseuse, et tous ceux qui ont étudié la nécrose connaissent les régénérations surprenantes qui peuvent remplacer entièrement un os détruit. Dans tous ces cas, la loi d'analogie de formation l'emporte sur la tendance à l'organisation fibreuse qui appartient au blastème traumatique; mais cette dernière tendance, quoique surmontée, n'en existe pas moins, et elle reprend le dessus toutes les fois que, par une cause quelconque, l'action de la loi d'analogie de formation se trouve entravée. En effet, à l'exception de la régénération de la muqueuse utérine, qui est physiologique et non accidentelle, toutes les autres régénérations dont je viens de parler peuvent faire défaut, et alors la substance réparatrice est simplement fibreuse. Les fractures qui ne se consolident pas se réunissent par un cal fibreux ; la cicatrice des nerfs est le plus souvent fibreuse ; la régénération de la membrane muqueuse intestinale est exceptionnelle; le plus souvent les pertes de substance de cette muqueuse sont comblées, comme celles de la peau, par le tissu ordinaire des cicatrices. Enfin, certains tissus, comme le tissu musculaire rouge et le tissu cartilagineux paraissent ne jamais se régénérer. Leurs plaies et leurs pertes de substances sont réparées exclusivement par du tissu fibreux, chose bien connue pour les muscles, et pour les cartilages de l'oreille et du nez, et démontrée aujourd'hui pour tous les cartilages, môme pour les cartilages articulaires. Les pièces que

j'ai présentées à la Société analomiquc en mars 4851, et les expériences publiées au mois de septembre suivant par M. lledfern dans le Montidy Journal d'Edimbourg, ne laissent à cet égard aucun doute (1).

Donc, tous les tissus n'exercent pas sur le'blastôme traumatique la môme influence assimilatrice, tous ne possèdent pas au môme degré la propriété exprimée par la loi d'analogie de formation. Cette propriété, très-développée dans le tissu osseux, l'est beaucoup moins dans les muscles rouges et dans les cartilages; les cordons nerveux la possèdent à un degré intermédiaire, etc. Ainsi, tandis que, dans les solutions de continuité des os, la lymphe plastique, môme celle qui vient de la moelle (2), s'ossifie presque constamment, sa tendance à l'organisation fibreuse étant surmontée par la loi d'analogie, dans les solutions de continuité des muscles au contraire, la propriété spécifique du blastème l'emporte sur l'influence du milieu. Dans les plaies des nerfs, ces deux tendances opposées sont à peu près égales ; c'est tantôt l'une, tantôt l'autre qui l'emporte, et la cicatrice suivant les cas est exclusivement fibreuse ou mélangée de tubes nerveux. Enfin, la plus parfaite et la plus constante des régénérations est celle qui répare les plaies du tissu conjonctif et du tissu fibreux, parce qu'alors la tendance propre du blastème et la loi d'analogie de formation agissent dans le même sens, comme cela a lieu dans la nutrition régulière. A la suite de la ténotomie, malgré un écartement de plusieurs centimètres, il se forme, entre les deux bouts du tendon, une substance fibreuse intermédiaire, tellement semblable à la substance normale, sous le rapport de la structure comme sous le rapport delà forme, qu'il est quelquefois difficile, au bout de quelques années, de retrouver à l'autopsie les traces de l'opération.

Ces exemples nous ont écarté un instant de la question des tumeurs proprement dites, mais ils ne nous en ont pas éloigné. Toutes les productions accidentelles, en effet, sont soumises aux deux influences distinctes que je viens d'indiquer, et pour démontrer la réalité de ces deux ordres d'influence j'ai dû commencer par les faits les plus simples et les plus connus.

(1) Bull, de la Soc. anal., mars et juin 1851, t. XXVI, p. 126 et 182. Voyez aussi les expériences conQrmalives de M. Redfern, publiées dans le numéro de septembre de la même année du Monthly Journal d Édimbourg, p. 201.

(2) On a prétendu que le bouchon osseux qui remplit le canal médullaire au niveau des fractures ou des moignons d'amputation, était formé aux dépens d un blastème émané du périoste. J'ai réfuté ceUe erreur dans un travail que j ai lu a la Société anatomique le 24 juin 1869. {Bail, de la Soc. anal.. 2« série, t. IV , page 148- 159.)

NÉOPLASMES SIMPLES ET PSEUDOPLASMES. 95

J'ai parlé jusqu'ici des blaslèmes normaux qui font les frais de la nutrition, de l'accroissement et de l'hypertrophie ; puis, parmi les blastèmes pathologiques, j'en ai étudié deux dont l'origine est parfaitement connue, et dont on connaît tout aussi bien la nature et les propriétés. La lymphe plastique inflariimatoire et la lymphe plastique des plaies sont sécrétées l'une et l'autre sous l'influence d'une cause locale évidente ; leur évolution, toujours homœomorphe, est assez régulière pour que, dans la plupart des cas particuliers, on puisse la prévoir à l'avance; on peut même à volonté provoquer la sécrétion de ces blastèmes et tirer parti de leurs propriétés pour remphr d'importantes indications thérapeutiques. Mais il est d'autres blastèmes pathologiques, naissant sous l'influence de causes locales ou générales beaucoup plus obscures et souvent même tout à fait inconnues. Ce sont ceux qui produisent les pseudoplasmes , c'est-à-dire les tumeurs proprement dites.

Lorsqu'on compare ces pseudoplasmes , aux simples néoplasmes d'origine traumatique ou inflammatoire, on trouve entre eux, dès le premier coup d'oeil, une différence considérable. Ceux-ci, sauf des cas tout à fait exceptionnels, n'ont aucune tendance à s'accroître ; loin de là, car les néoplasmes d'origine inflammatoire sont plutôt disposés à se laisser résorber; beaucoup diminuent de volume, beaucoup môme disparaissent à la longue plus ou moins complètement. Quant aux tissus cicatriciels, ils sont permanents ; mais la plupart d'entre eux, avant d'arriver à l'état stationnaire, subissent un affaissement ou une rétraction plus ou moins prononcée, après quoi, définitivement associés à l'organisme, ils vivent à la manière des tissus normaux et se nourrissent au moyen de blastèmes qui n'ont plus rien de pathologique. Les pseudoplasmes, au contraire, tendent presque toujours à s'accroître, au moins pendant les premiers temps, et beaucoup d'entre eux s'accroissent d'une manière continue et indéfinie. Cette tendance ne peut s'expliquer que par la nature spéciale de leurs blastèmes. Elle ne dépend ni de la structure anatomique de la production accidentelle, ni de celle des parties environnantes, puisque le môme tissu pathologique, le tissu fibreux par exemple, développé dans le même organe, se comporte tout autrement lorsqu'il est dû à une cause simplement traumatique ou inflammatoire. C'est ainsi qu'une tumeur fibreuse développée dans un muscle peut prendre un accroissement sans limites, tandis que le tissu fibreux des cicatrices musculaires s'affaisse, se rétracte et reste ensuite stationnaire. La cause de cette différence ne résidant ni dans le tissu nouveau, ni dans le milieu où il se développe, doit être cherchée plus haut, c'est-

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à-dire dans le blaslèmc, dont la composition ou plutôt les propriétés varient suivant les conditions morbides, locales ou générales, qui déterminent la formation des diverses productions accidentelles.

Les blastômcs pathologiques des pseudoplasmes possèdent chacun une tendance propre à s'organiser d'une certaine manière; mais cette tendance n'est pas toujours également prononcée. Lorsqu'elle est à son maximum, elle l'emporte sur toute autre influence et le blastème échappe en tout ou en partie à la loi d'analogie de formation.

M. Vogel a reconnu lui-môme qu'il en est ainsi dans le développement des pseudoplasmes hétéromorplies. Quel que soit le tissu oii ils se développent, les éléments globulaires du cancer, noyaux ou cellules, conservent leur identité et leur caractère hétéromorphe. Lorsque les propriétés spécifiques du blastème cancéreux sont trèsprononcées, la production accidentelle se compose presque exclusivement d'éléments globulaires hétéTomorphes. Les faibles traînées du tissu conjonctif qu'on y rencontre peuvent môme souvent ôtre considérées comme appartenant à l'organe envahi par le cancer. La tumeur a peu de consistance; elle revêt la forme encéphaloïde, qui nous montre le cancer à l'état de pureté. Lorsque le blastème cancéreux possède des propriétés moins énergiques, il obéit en partie à la loi d'analogie de formation ; la tumeur se compose alors d'un mélange d'éléments homœomorphes et d'éléments hétéromorphes, et ceux-ci sont analogues à ceux des tissus voisins. Ce phénomène se produit surtout lorsque le blastème cancéreux s'épanche au contact du tissu conjonctif (ou fibreux) et du tissu osseux, parce que ces deux tissus sont ceux qui possèdent la plus grande puissance assimilatrice; c'est ainsi qu'on trouve fréquemment, dans le cancer des os et du périoste, des productions osseuses très-abondantes, disposées en forme d'aiguilles ou de madrépores, et plongées au sein de la substance cancéreuse proprement dite. Le cancer des organes riches en tissu conjonctif (ou fibreux) comme la mamelle, renferme souvent un squelette fibreux plus ou moins dense; c'est ce qui constitue la forme squirrheuse, moins pure et ordinairement moins grave que la forme encéphaloïde. Ces exemples prouvent que le blastème peut ôtre en partie et môme en grande partie détourné de sa destination hétéromorphe par l'influence de la loi d'analogie. Peut-il en ôtre détourné en totalité? Y a-t-il des tumeurs d'origine cancéreuse, sans élément cancéreux proprement dit? Il a été un temps où j'aurais répondu résolument à cette question par la négative. Aujourd'hui je serai plus réservé, car j'ai vu plusieurs fois des

LE BLASTÈME CANCÉREUX ET LA LOI d' ANALOGIE. 97

tumeurs homœomorphes qui paraissaient s'être développées sous l'influence de la diathèse cancéreuse. Le premier fait que j'ai observé i m'avait paru pouvoir être expliqué par une pure coïncidence. Mais, I depuis lors, plusieurs faits semblables se sont présentés à moi, et, sans oser rien affirmer, je suis disposé à les interpréter aujourd'hui d'une autre manière. On me pardonnera d'insister sur ce point fort important de l'histoire des productions accidentelles.

M. Daubeuf présenta, en août ^830, à la Société auatomique, le fémur d'une jeune femme qui avait succombé à une affection cancéreuse (1). Trois cancers encéphaloïdes volumineux des mieux caractérisés, parcourus par des lamelles et des filaments osseux, occupaient le sacrum et les deux os iliaques. Une quatrième tumeur dure, plate, épaisse de i centim., longue de 6, large de 3, s'était développée entre le périoste et le corps du fémur du côté gauche. Cette tumeur ne paraissait pas cancéreuse et ressemblait plutôt à une exostose récente ; quoique adhérente à l'os, elle put en être séparée sans grand effort; il devint évident qu'elle était d'origine périostale, et cependant elle était très-nettement circonscrite. Elle ne présentait donc ni les caractères des exostoses périostales, ni ceux des exostoses parenchymateuses. Je crus d'abord qu'il s'agissait d'une production cancéreuse; toutefois, ayant emporté la tumeur pourTexaminer, je la trouvai formée d'un tissu spongieux serré, dont les mailles étroites emprisonnaient une substance fibroïde de couleur rosée que je pris, au premier abord, pour du cancer. Mais je ne pus y découvrir au microscope aucune trace d'éléments cancéreux. L'arrivée des vacances ne me permit pas de communiquer à la Société le résultat de cette observation, et je restai convaincu qu'il s'agissait d'une espèce particulière d'exostose périostale développée par hasard sur un sujet cancéreux.

Un an après, j'eus l'occasion d'étudier, avec M. Follin les os des membres postérieurs d'un chien qui avait succombé à des cancers multiples des viscères. Ces os n'étaient pas cancéreux, mais ils étaient le siège de plusieurs exostoses périostales qui me présentèrent les mêmes caractères que la précédente. Depuis lors j'ai recueilli chez l'homme deux nouveaux faits semblables à celui de M. Daubeuf. Les tumeurs osseuses sous-périoslales occupaient une fois la diaphyse du fémur, une autre fois la fosse iliaque interne, et dans les deux cas il y avait ,dans le reste de l'économie, des cancers multiples bien caractérisés. Je ne possède que ces quatre faits; il y

(I) Bull, de la Soc. anal., t. XXV, p. 258, 1850.

en a d'caulrcs sans doute; mais, somme toute, la chose est fort rare eu égard h la fréquence excessive du cancer, et il serait permis de n'y voir qu'une coïncidence, s'il n'y avait des faits intermédiaires qui autorisent une autre interprétation. On trouve, en effet, quelquefois, chezdes individus atteints, en outre, de tumeurs primitives ou consécutives bien manifestement cancéreuses, des tumeurs sous-périostales i^resque entièrement osseuses, mais renfermant pourtant çk et là de rares éléments cancéreux. Une partie des faits qui ont servi de base à la description du cancer dit ostéoïde rentrent dans cette catégorie. La présence, d'un petit nombre de globules hétéromorphes démontre la nature cancéreuse de la production accidentelle, et cependant la structure de la tumeur prouve que la plus grande partie du blastème a obéi à la loi d'analogie de formation. La prédominance des parties homœomorphes sur les parties hétéromorphes est quelquefois tellement considérable, que celles-ci ne se retrouvent que difficilement, soit k l'œil nu, soit au microscope. Il faut donc admettre que le blastème cancéreux n'a pas toujours la même énergie et que sa tendance hétéromorphe, ordinairement supérieure k toutes les autres influences, peut, par exception, devenir assez faible pour être presque entièrement vaincue par la loi d'analogie. De Ik k admettre la possibilité d'une organisation complètement homœomorphe, il n'y a qu'un pas, et les quatre faits que je viens de rapporter me paraissent pouvoir s'expliquer ainsi plutôt que par une simple coïncidence

Je ne donne cette interprétation qu'avec la plus grande réserve, et ie sais tout le parti que les unitaires en tireront. Ils nieront la spécificité du blastème cancéreux et de tous les autres blastèmes ; ils diron crue le blastème est un, et que les formes qu'il revêt en s'orgamsant dépendent exclusivement du milieu où il est exhalé. Mais comme dans l'immense majorité des cas de cancer, cette organisation est hétéromorphe, comme la substance propre de l'encéphaloïde, examinée k l'œil nu et au microscope, est la même dans le foie, dans les os dans le tissu cellulaire, dans les ganglions, dans la mamelle, dans r uicrus etc. , c'est-k-dire dans les organes et les tissus les plus dissembab es 'comme enfin l'influence du siège est ordinairement k peu p S nulle que les cas où elle se fait sentir d'une manière notab c son les moins communs et que ceux où elle devient prépondéranU. soft excessivement rares, il est impossible de méconnaître la profité spécifique dévolue au blastème cancéreux, propriété situe e^dehors des lois normales, qui ne cessent pas pour cela d agu;

ur m ièr 0 ganique dans la limite de leur force. La lutte qu.

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