ÉLÉMENTS AUTOGÈNES ET ÉLÉMENTS ADVENTICES
L'anatomie doit donc s'incliner ici devant la physiologie pathologi-
I que. L'observation clinique démontre que les squirrhes les plus i fibreux se comportent comme des cancers et non comme des fibrô-
mes. Par conséquent, les globules cancéreux, malgré leur infériorité numérique, sont l'élément autogène de ces tumeurs, et on peut dire d'une manière générale que l'élément autogène est celui dont les pr^opriétés prédominent dans la production accidentelle.
Cette distinction des éléments autogènes et des éléments adventices est assez importante pour que nous jugions utile de la présenter sous un autre point de vue. Une tumeur à proprement parler n'est il jamais idiopathique. Elle est le résultat d'un travail morbide dont la cause peut être générale ou locale, et dont le premier acte est la sécrétion d'un blaslème pathologique doué d'une tendance particui lière. C'est la nature de ce blastème, et de la tendance dont il est ij animé, qui constitue la nature du travail morbide et qui détermine par conséquent la nature des tumeurs. Mais nous avons déjà dit que l'organisation des blastèmes pathologiques ne dépend pas seulement
II de leur tendance propre; plusieurs influences connues, la loi d'analogie, par exemple, et vraisemblablement aussi d'autres influences inconnues jusqu'ici, peuvent détourner une partie du blastème de sa destination primitive. Nous n'avons pas besoin de reproduire à l'appui de cette propriété les faits et les exemples que nous avons rassemblés dans le précédent chapitre. Cela posé, les éléments autogènes
^ sont ceux qui se foi^ment en vertu de la tendance propre du blastème; les éléments adventices sont ceux qui se forment là où celte tendance est surmontée par les influences dont nous venons de parler. Les premiers ont une signification précise ; c'est en eux que s'incarne, en quelque sorte, l'individualité de la maladie, ou, pour parler plus
I scientifiquement, ils en constituent la lésion propre; ils sont le résultat constant, direct et naturel du travail morbide particulier qui la caractérise. Les éléments adventices , au contraire, sont le résultat variable des circonstances éventuelles qui en modifient l'évolution. C'est pourquoi, dans la classification des tumeurs, la distinction des
\ espèces repose sur la nature des éléments autogènes, tandis que les éléments adventices servent seulement à établir les variétés.
Il ne faut pas croire toutefois que les éléments adventices n'aient aucune signification. Les cancers encéphaloïdes, squirrheux, colloïde, mélanique, qui ne diffèrent anatomiquement que par leurs éléments adventices, présentent, sous le rapport de leur marche clinique, des difl'érences notables, quoique restreintes. La présence des éléments adventices a une double importance. Au point de vue prati-
que, elle peut modifier considérablcmenl la consistance de la tumeur, sa vascularité, sa marche, sa tendance à l'accroissement, k la propagation, à l'ulcération, aux hémorrhagies, etc., et on peut dire qu'elle tient jusqu'à un certain point sous sa dépendance un grand nombre de phénomènes locaux. Le parallèle clinique du squirrhe et de l'encéphaloïde pourrait à la rigueur se déduire de cette seule proposition : que l'encéphaloïde est presque exclusivement composé d'éléments cancéreux, tandis que le squirrhe renferme une grande quantité de tissu fibreux adventice. Si nous nous plaçons maintenant au point de vue étiologique et théorique, nous sommes conduits à penser qu'un blastème qui se laisse en partie détourner de sa destination morphologique par les influences étrangères, est doué d'une activité propre moins puissante, d'une tendance moins prononcée, que celui qui, surmontant toutes ces influences, s'organise entièrement en éléments autogènes ; et comme c'est d'après les propriétés des blastèmes que nous jugeons des causes morbides qui les enfantent, nous sommes disposés à croire qu'il y a un rapport direct entre le degré de pureté d'une tumeur, et le degré de spécificité de sa cause locale ou générale. Nous disons spécificité et non intensité, parce que ces deux choses, quoique marchant habituellement de front, ne sont pas corrélatives ; la première se rapporte à la qualité du blastème, et la seconde à sa quantité; celle-ci détermine le volume total de la tumeur et son accroissement dans un temps donné; celle-là détermine seulement la proportion relative des éléments autogènes et des éléments adventices. Il est bien entendu que nous ne comparons ici que des tumeurs de môme espèce, dues à des causes de même nature, semblables par leur élément autogène et ne difl'érant les unes des autres que par leurs éléments adventices. Par exemple, le squirrhe, renfermant beaucoup d'éléments adventices, est l'expression d'une cause moins spécifique et, dans l'espèce, d'une diathèse moins franchement cancéreuse que l'encéphaloïde, où les éléments adventices n'existent qu'en proportion insignifiante, et ce qui confirme cette opinion, c'est que, chez le même sujet, les cancers secondaires, qui se forment à une époque où l'état général est plus gravement troublé, revêtent presque toujours la structure particulière de l'encéphaloïde.
Pour résumer notre exposé sur les éléments autogènes ou adventices, nous dirons qu'en principe, les éléments autogènes sont ceux qui se forment en vertu de la tendance propre du blastème, et qu'en fait, ce sont ceux dont les propriétés prédominent dans la production accidentelle. Mais de môme que dans un pays où deux races d'hommes sont