BÉNIGNITÉ ET MALIGNITÉ
ganglions lyraphaliques correspondants des engorgements de même nature que la tumeur primitive ; -i° celle de récidiver après une ablation incomplète et môme après une ablation complète; 5° celle de se généraliser, c'est-à-dire de déterminer une infection générale à la suite de laquelle des tumeurs semblables à la première se développent dans divers points de l'économie, et notamment dans les organes internes. En d'autres termes, une tumeur maligne est celle qui devient nuisible autrement que par son volume ou par les troubles fonctionnels qu'elle fait naître dans la région malade.
Cela posé, il y a différents degrés de malignité, car certaines tumeurs possèdent seulement quelques-uns des caractères précédents. Les plus malignes sont celles qui les réunissent tous. La malignité n'est donc pas une chose absolue et invariable, c'est une chose relative et changeante. Telle tumeur qui, comparée au flbrôme, paraît maligne, paraît bénigne au contraire lorsqu'on la compare au cancer. Réunir en un seul groupe comme quelques-uns voudraient encore le faire, toutes les tumeurs qui présentent quelques-uns des caractères de la malignité, c'est donc additionner des unités d'espèces différentes et faire à plaisir des confusions. Mais cette doctrine soulève une objection bien plus grave, car pour beaucoup de tumeurs le caractère de la malignité est éventuel et môme exceptionnel. Par exemple le chondrôme a été décrit par beaucoup d'auteurs comme une tumeur entièrement bénigne. Mais depuis quelques années on a recueilli cinq ou six observations de chondrômes à marche excessivement maligne. 11 en est de môme des fibrômes, dont la bénignité est presque proverbiale, et qui peuvent cependant, par exception, s'ulcérer, récidiver, se généraliser, comme le feraient les cancers les plus graves. Placera-t-on maintenant les chondrômes et les fibrômes dans la classe des tumeurs malignes? Ce serait faire une règle avec des exceptions. Les placera-t-on dans la classe des tumeurs bénignes? Ce serait aller contre des faits incontestables. Il ne reste donc qu'une ressource, c'est de laisser de côté, dans les classifications, un caractère aussi incertain et aussi décevant que celui de la malignité et de grouper les tumeurs en se basant sur les caractères anatomiques, qui, étant l'expression d'un fait, et non d'une théorie, ne peuvent jamais devenir trompeurs.
Est-ce à dire qu'il ne faille tenir aucun compte de la malignité ? Bien loin de là. L'étude de la malignité fournit au contraire des éléments fort précieux pour la comparaison et la distinction des diverses espèces de productions accidentelles. N'est-il pas utile de savoir que les tumeurs d'une certaine espèce sont très-malignes, que d'au-
1res le sont à un moindre degré? Que les unes le sont toujours, d'autres souvent, d'autres seulement dans des cas exceptionnels? Quand on songe que ces difl'érences de malignité coïncident avec des différences de structure, et que grâce à cela il est devenu possible de faire reposer les probabilités du pronostic sur une base scientifique, on est obligé d'avouer que la classification anatomique des tumeurs est non-seulement la plus positive, mais encore la plus pratique.
Nous désignerons donc les productions accidentelles d'après la nature des éléments qu'elles renferment, et notre tâche serait trèsfacile si chaque tumeur ne se composait que d'un seul ordre d'éléments. Mais les tumeurs pures de tout mélange sont beaucoup moins communes que les autres. La plupart des productions accidentelles sont formées par la réunion de plusieurs éléments, soit que ces éléments s'y trouvent en proportions à peu près égales, soit que l'un d'entre eux prédomine beaucoup sur les autres. Par exemple les éléments fibreux, les éléments fibroplastiques se rencontrent ou peuvent se rencontrer dans la plupart des tumeurs. Les dépôts de pigment peuvent colorer tantôt des tumeurs cancéreuses, tantôt des tumeurs d'une nature toute différente. Des kystes peuvent se former accidentellement dans les cancers, dans les adénômes, dans les flbrômes, etc., et dans d'autres cas la présence d'un ou plusieurs kystes constitue toute la tumeur. Or, il est impossible de songer à donner à chaque pseudoplasme un nom exprimant la nature de tous les éléments anatomiques qu'il renferme. Il s'agit donc, dans ces cas complexes, qui sont de beaucoup les plus fréquents, de découvrir, au milieu de plusieurs éléments combinés, l'élément fondamental, ou autogène, qui doit donner son nom à la tumeur et en déterminer l'espèce, les éléments accessoires ou adventices méritant tout au plus de fournir des épithètes pour désigner les variétés.
En général, l'élément autogène est celui qui prédomine sur les autres par sa quantité, et s'il en était toujours ainsi, l'anatomiste ne pourrait hésiter que dans les cas où deux ou plusieurs éléments sont mélangés à parties à peu près égales. Mais l'élément autogène est quelquefois moins abondant que les éléments adventices ; et par exemple, dans certains cancers squirrheux, les noyaux et les cellules, élément autogène, sont beaucoup moins nombreux que les fibres de tissu fibreux, qui ne sont que l'élément adventice. Si l'on ne consultait que Tanatomie, on serait conduit à considérer les fibres comme l'élément autogène, les globules comme l'élément adventice, et â ranger beaucoup de cancers fibreux dans la catégorie des fibrômes.