‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 30 sur 158 · REMARQUES SPÉCIALES · texte numérisé non relu

REMARQUES SPÉCIALES

tomie pathologique bien entendue, divisions qui sont aussi celles de la clinique. Si l'on a pu méconnaîlre ce parallélisme, si l'on a pu croire qu'il n'y avait point de corrélation entre la nature des lésions qui caractérisent les productions accidentelles et la nature des maladies dont ces lésions sont l'expression matérielle, c'est parce que jusqu'ici, dans la classification des tumeurs, on a pris pour base mi seul ordre de caractères. 11 est bien certain que les caractères appréciables à l'œil nu sont insuffisants, et on a vu dans notre chapitre historique combien ont été impuissants les efforts de ceux qui ont été privés du secours des lentilles grossissantes; mais les caractères appréciables au microscope sont tout aussi trompeurs lorsqu'on leur accgrde une préférence exclusive, car ils conduiraient à réunir dans la môme espèce tontes les productions accidentelles qui se composent des mômes éléments, comme les cors, les cornes et les épilhéliômes, — les hypertrophies glandulaires, les adénômes et les pseudadénômes, — les hypérostoses, les ostéômes et les ossifications réparatrices, — les productions fibreuses, traumatiques ou inflammatoires, et les fibromes proprement dits, etc., etc. Je le répète, le nombre des espèces de productions accidentelles homœomorphes est bien supérieur au nombre des espèces d'éléments anatomiques qui existent dans l'économie; cela seul suffirait déjà pour faire rejeter toute classification basée uniquement sur la considération des éléments ; mais, de plus, l'expérience a démontré qu'il y a souvent, au point de vue nosologique, tout un abîme entre deux productions accidentelles, semblables d'ailleurs parla nature de leurs éléments. Si l'examen à l'œil nu et l'examen microscopique sont incapables, séparément, de fournir les bases d'une classification légitime, faut-il donc renoncer à faire intervenir l'anatomie pathologique dans la classification des tumeurs? Ce serait oublier la fable de l'aveugle et du paralytique. Convaincu pour ma part que tous les moyens d'étude doivent marcher de front, que l'anatomie pathologique n'est trompeuse que lorsqu'elle est systématique, que deux maladies différentes par leur nature doivent l'être aussi par leurs lésions, j'ai examiné à l'œil nu les tumeurs que rapprochait l'examen microscopique, au microscope les tumeurs que rapprochait l'examen à l'œil nu, et, tenant compte à la fois des deux ordres de caractères, de Vélément et du tissu, je n'ai pas tardé à reconnaître qu'on pouvait toujours établir une distinction anatomique entre deux tumeurs d'espèces réellement différentes. Dès lors, ne craignant pas de substituer une complexité qui existe dans la nature à la simplicité factice des classifications de mes devanciers, j'ai sans hésitation dispersé dans des groupes distincts, quelquefois môme dans des groupes éloignés, des

productions accidentelles qu'on avait réunies jusqu'ici par un rapprochement forcé. Je crois avoir ainsi rapproché, plus qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, des groupes naturels, et si le lecteur veut bien jeter un coup d'œil d'ensemble sur le tableau qui va suivre, il reconnaîtra, je l'espère, qu'il y a une arfmité pathologique assez satisfaisante entre les espèces groupées dans chacune des grandes divisions anatomiques (Voy. p. UO).

Je ne me flatle pas que cette classification soit appelée à survivre définitivement ; j'en abandonne volontiers les détails secondaires, et môme j'en signalerai bientôt les imperfections. Mais j'ose espérer que les principes sur lesquels elle repose seront reconnus exacts, et qu'il sera possible plus tard de les appliquer avec plus de rigueur que je ne l'ai fait moi-même. Désirant, autant que possible, ne pas trop multiplier les divisions et les subdivisions, dans l'intérêt môme de la clarté, j'ai volontiers respecté l'unité de certaines espôces évidemment multiples ; mais je ne l'ai fait que pour celles dont l'histoire est étrangère aux grandes questions de doctrine. C'est amsi que les kystes, dont je n'ai fait, suivant l'usage reçu, qu'une seule espèce, constituent certainement dans la nature deux espèces bien distinctes. Il y a d'abord les kystes de formation entièrement nouvelle, dus à un travail morbide qui paraît produire de toutes pièces une membrane circonscrivant une cavité close ; il y a ensuite les kystes qui résultent de la dilatation d'une cavité naturelle préexistante, et dont les parois peuvent être considérées comme formées ^^YVhypertrophie d'une membrane naturelle. Il aurait donc fallu, à la rigueur, ranger ceux-ci dans la classe des hypertrophies partielles, et ceux-là dans la catégorie des productions homœomorphes de formation nouvelle. Mais ces deux espèces de kystes, quoique différentes par leur nature et par leur origine, sont tellement semblables, sous le point de vue de la pratique, qu'il y aurait inconvénient à les séparer, et d'ailleurs il y a encore beaucoup de kystes dont l'étiologie est'incertaine ; de telle sorte que le moment où il serait possible d'effectuer rigoureusement cette séparation, si on le jugeait nécessaire n'est pas encore venu. Môme remarque pour les tumeurs érectiles ' puisque les unes sont dues à la dilatation des vaisseaux normaux et les autres à la formation de vaisseaux nouveaux et de cavités nouvelles en communication avec ces vaisseaux. Môme remarque encore pour les hystérômes ou tumeurs constituées par un tissu analogue à celui de l'utérus, c'est-à-dire par des libres de tissu fibreux, môlées aux cellules-fibres de Rôlliker, qui forment l'élément contractile de l'utérus et des muscles involontaires. Ccriains hysleromes sont en continuité directe avec le tissu propre de la matrice, et peu

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