‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 42 sur 158 · HÉRÉDITÉ DES DIATHÈSES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ DES DIATHÈSES GÉNÉRALES

madame Z, qui ont dépassé l'âge adulte, proportion effrayante qui

j dépasse tout ce qu'on connaissait jusqu'ici.

J'ai cru devoir citer avec quelques détails cette triste série d'observations pour démontrer d'une manière définitive que le cancer peut réellement se transmettre par hérédité. Mais je m'empresse d'ajouter qu'il n'existe dans la science aucune série analogue; il est infiniment rare qu'il y ait dans la môme famille plus, de trois ou quatre cas de cancer en trois générations, et, chose plus rassurante encore, le nombre des cancers qui se développent sous l'influence héréditaire neparaît pas dépasser 1 sur 7. C'est ce qui résulte des relevés de M. Lebert, qui, sur 102 observations complètes, n'a trouvé que d4 fois des antécédents de cancer dans les familles. C'est un peu moins de 1 fois

i sur 7 (1). Cette statistique est trop peu étendue pour être considérée comme décisive; toutefois, elle prouve que la transmission héréditaire est réellement exceptionnelle, et il faut bien que la chose soit rare, puisque des auteurs recommandables ont cru pouvoir la mettre en doute.

I Une chose bien remarquable dans les observations relatives à l'hé-

II rédité du cancer, c'est la santé parfaite dont jouissent pendant de longues années la plupart des personnes qui apportent en naissant le germe de cette maladie. On a vu dans l'histoire de la famille Z, qu'aucun cancer héréditaire ne s'est montré avant l'âge de trente ans.

( ~ Trois fois la vie des individus atteints a dépassé la soixantaine, et dans j . trois autres cas elle s'est étendue entre cinquante et soixante ans ; la ' diathèse transmise par la génération a donc, pour ainsi dire, sommeillé pendant environ un demi-siècle avant de produire ses effets. Ce qui est plus remarquable encore peut-être, c'est que les quatre filles de madame Z., mortes cancéreuses toutes les quatre, étaient 5 nées au moins quinze ans et l'une d'elles trente ans avant l'époque où le cancer enleva leur mère. J'ai été consulté, il y a quelques années, j par une dame de soixante-deux ans, qui mourut quelques mois après d'un cancer de l'utérus; et dont la fille aînée était morte d'un cancer du sein deux ans auparavant. Singulière disposition de l'économie que cet état inconnu qui peut se transmettre par hérédité trente ans et plus avant de s'être révélé par le moindre symptôme !

Malgré cette difficulté, on conçoit que des productions accidentelles, dues, comme le tubercule et le cancer, à des diathèses générales, puissent se transmettre par la voie de la génération. C'est un phénomène impossible à expliquer, sans doute, mais conforme du

(1) Lebert, Traité pratique des maladies cancéreuses. Paris, 1851, in-8, p. 134.

moins à l'ensemble de nos connaissances sur l'hérédilé des maladies en général. Ces dialhèses peuvent être comparées jusqu'il un certain point aux étals que, dans l'ordre des faits physiologiques, on désigne sous les noms de tempéraments, de constitutions, de' crases ou de tel autre nom qu'on voudra. On hérite souvent de ces dispositions de l'économie et, le cas échéant, des aptitudes ou des immunités pathologiques attachées à chacune d'elles. De même, l'homme en qui sont réunies les conditions inconnues qui l'exposent k devenir plus tard cancéreux, peut transmettre à sa postérité cet ensemble de conditions avant môme qu'elles aient donné lieu chez lui à la moindre manifestation. Bien plus, ayant reçu la diathèse d'un de ses ascendants, il peut échapper lui-môme pendant une longue vie aux conséquences de cet état héréditaire, et voir sévir sur ses enfants le mal qui l'a épargné. Les faits de ce genre sont bien connus de tous ceux qui ont quelque peu étudié l'hérédité en général, l'hérédité normale aussi bien que l'hérédité pathologique. Ils constituent ce qu'on appelle Vatavisme {atavi, aïeux), et jouent un rôle important dans l'étude du croisement des races et des espèces animales ou végétaies

L'hérédité des diathèses partielles, en vertu desquelles un certain système anatomique est disposé à devenir le siège d'un grand nombre de productions accidentelles d'une certaine espèce, s'explique ou plutôt s'interprète de la môme manière. La constitution propre d'un individu est la résultante des dispositions particulières de ses tissus et de ses organes, de ses appareils et de ses systèmes anatomiques, de ses solides et de ses liquides. Chacune de ces dispositions peut passer des parents aux enfants. Les ressemblances extérieures, îa couleur de la peau, des yeux et des cheveux, la force muscuhiire, la solidité des ligaments et de la charpente osseuse, toutes ces choses qui dépendent de la constitution primordiale de tel ou tel organe de tel ou tel système, sont ou peuvent être héréditaires. Si on hér e des qualités spéciales d'un certain système anatomique, i est naturel qu'on puisse hériter aussi de ce que ce système présente de

't'est Tinsi, par exemple, qu'on voit se transmettre P^^ la générattn 1 débiUté des parois veineuses qui constitue la prédispo- Ton aux varices. Les verrues multiples, les loupes multiples du

DISPOSITIOr^S LOCALES HÉRÉDITAIRES. 155

sur les deux frères Saulich (1). Dans un cas étudié par M. Paget, un homme de quarante ans, son fils âgé de six ans et quatre cousins germains du père, étaient atteints d'ostéômes épiphysaires multiples et symétriques. Des faits semblables ont été mentionnés par M. Stanley (2). Je ne connais pas d'exemple de lipômes multiples hérédi- : taires, mais si l'on me citait un fait de ce genre, je n'en serais nullement étonné.

Dans les cas que nous venons d'examiner, nous avons pu rattacher l'hérédité des diathèses générales ou des diathèses partielles à des transmissions de certaines dispositions primordiales de l'organisme. Ce qui se perpétue dans les familles, ce n'est pas une maladie ou un état morbide, mais une aptitude, une tendance pathologique de l'é- ; conomie tout entière ou de certains systèmes anatomiques en parii- 1 culier. Mais si notre interprétation est exacte, il en résulte néces- ] sairement que ce qui est possible pour un système d'organes doit ! être possible aussi pour un organe considéré isolément. Les diffé- I rences individuelles ne portent pas seulement sur la forme extérieure du corps, sur l'état des os, des muscles, des veines, des artères, etc.; elles portent tout autant sur l'état de chaque organe en particulier, sur les qualités et les défauts originels qui dépendent de sa structure plus ou moins parfaite. Ainsi on a un bon ou un mauvais estomac, de bonnes ou de mauvaises dents, un cerveau excellent, passable ou défectueux, etc. Ces dispositions organiques se reflètent en quelque [i sorte sur toute la vie d'un homme, sur ses fonctions aussi bien que sur ses maladies, et il n'est pas douteux qu'elles sont souvent héréditaires. Je connais de près une famille nombreuse où chaque année, ' et quelquefois plusieurs fois par an, tous les enfants sont atteints d'amygdalite; c'est leur seule maladie, et sous tous les autres rapports, leur constitution est irréprochable. Les faits de ce genre ne sont pas rares. L'hérédité de la cataracte est comparable à la précédente ; au moment de la naissance, le cristallin est parfaitement transparent et parfaitement normal ; seulement cet organe est disposé à devenir le siège du trouble de nutrition qui lui fait perdre sa transparence, et ce n'est quelquefois qu'au bout de soixante ans et plus que cette disposition héréditaire se manifeste. L'hérédité de la folie, de l'épilepsie, de l'apoplexie et d'un grand nombre d'autres organopalhies qui surviennent à un âge plus ou moins avancé, s'explique

(1) Lebert, Rapport sur le névrôme, dans Mém. de la Soc. de chirurgie, t. III, p. 285, Paris, 1853, in-4.

(2) Paget, Lect. on Tumours, Lond., 1853, in-S, p. 244. — Stanley, Treatise on . Diseases of Dones, Lond. , 1849, in-S», p. 152.

156 ÉTIOLOGIE DES TRODUCTIONS ACCIDENTELLES.

de la môme manière. Il serait superflu de multiplier les exemples pour montrer que les aptitudes, les tendances pathologiques des organes peuvent se transmettre par voie d'hérédité. On conçoit dès lors que certaines tumeurs dues à un trouble de nutrition spontané, mais entièrement local, puissent se développer dans le même organe, chez plusieurs personnes de la môme famille, h la faveur d'une disposition innée et héréditaire de cet organe. Les adénômes de la mamelle sont dans ce cas : c'est ce que prouve le fait suivant, que je cite à cause de sa rareté.

J'ai été consulté en 1854, à Sainte-Foy, par une dame de cinquantecinq ans, atteinte, depuis l'âge de vingt-six ans, d'adénôme de la mamelle gauche. La tumeur existait donc depuis vingt-neuf ans ; pendant ce long laps de temps, elle avait fait des progrès lents, mais continus, et avait fini par acquérir le volume d'une tôte d'adulte, sans que la santé générale eût subijaucune atteinte. Elle était pédiculée et on eût pu sans le moindre danger en faire l'extirpation; mais la malade, aveuglée par une religion mal entendue, et voulant respecter, disait-elle, la volonté de Dieu, refusa de se soumettre à l'opération, qui était cependant urgente, car la peau, dans la partie la plus déclive de la tumeur, commençait à s'ulcérer, et il était évident qu'une suppuration très-abondante ne tarderait pas à s'établir. 11 n'y ami, d'ailleurs, aucun engorgement ganglionnaire, aucun trouble de .'économie, l'affection était évidemment entièrement locale, et il était certain qu'il s'agissait simplement d'une hypertrophie partielle de la mamelle. Mon père, qui exerce la médecine dans cette localité depuis plus de quarante ans, me raconta alors qu'il y avait eu deja, à sa connaissance, dans la même famille, trois autres cas analogues. La sœur aînée de cette dame l'a consulté plusieurs fois pour une tumeur tout à fait indolente et inolfensive qui lui est survenue à 1 âge de vingt-cinq ans et qui, après avoir atteint en peu de mois le volume d'une grosse noix, est restée depuis lors complètement stationnaire. La sœur cadette, qui n'a pas été mariée, a eu aussi, il y a une vingtaine d'années, une tumeur du sein qui n'a jamais été douloureuse et nui après avoir persisté pendant deux ou trois ans, est peu à peu entrée en résolution, ne laissant aujourd'hui aucune trace. Enfin. mTdame X., la mère de ces trois dames, morte il y a une quinzaine ? Tes dans un âge avancé, a gardé depuis sa premi - gros^^^^^ iusau'â sa mort une tumeur du sein qui n'a jamais dépassé le Nolumc d un œuf d^ poule, qui n'a jamais déterminé aucun accident et qu. st oTours restée'parfaitement locale. Il est bon noter que^^^^^ dame X. n'avait eu que trois enfants, trois filles, qm, toutes les trois.

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