‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 55 sur 158 · CAUSES ET PHÉNOMÈNES DE LA PROPAGATION · texte numérisé non relu

CAUSES ET PHÉNOMÈNES DE LA PROPAGATION

suffit de l'inspection k l'œil nu, pour reconnaître que la propagation des productions accidentelles, môme des plus malignes, s'effectue au moyen d'une substance plastique, d'un blastème qui s'insinue purement et simplement dans les lacunes des tissus, et qui, après avoir emprisonne les éléments de* ces tissus, les comprime, les étouffe et les détruit.

L'inspection microscopique permet de suivre ce travail de destruction et de substitution, d'assister à la désorganisation progressive des tissus envahis, et à l'organisation simultanée du blastème épanché dans leurs interstices. M. Hugues Bennet a figuré dans son ouvrage l'altération des fibres musculaires emprisonnées dans une tumeur cancéreuse. Leur structure primitive a disparu; leur continuité est interrompue; mais les tronçons qui en résultent ne ressemblent en rien aux éléments propres du cancer (1). J'ai répété plusieurs fois la même observation. J'ajoute que ce n'est pas le seul mode de destruction des muscles; c'est môme le moins commun; ordinairement les fibres de ces organes, au lieu d'être coupées en tronçons, s'atrophient purement et simplement; mais, dans l'un et l'autre cas, on peut acquérir la certitude qu'elles disparaissent entièrement, et que les éléments qui les remplacent sont la cause et non l'effet de leur destruction.

Ces éléments nouveaux se développent au sein du blastème infiltré, et sont de môme nature que ceux de la tumeur. Ce blastème, d'ailleurs, n'est autre chose que le blastème môme de la production accidentelle. Sécrété en excès par les couches superficielles de la tumeur, il déborde en quelque sorte sur les parties environnantes, se logeant partout oîi il trouve de la place, et s'infiltrant dans toutes les lacunes, dans tous les interstices qu'il rencontre. Les éléments qui y naissent ne peuvent se développer qu'en comprimant et atrophiant les éléments normaux de l'organe envahi; puis, la sécrétion du blastème continuant à s'effectuer autour de ces nouveaux éléments, d'autres éléments de même nature continuent à s'y développer, de telle sorte que les éléments primitifs, de plus en plus comprimés, finissent souvent par disparaître entièrement. Quelquefois une partie du tissu envahi persiste encore longtemps au milieu de la tumeur. Le tissu fibreux en offre quelques exemples; des plaques osseuses, provenant d'un os détruit par le cancer, peuvent également se retrouver au sein de la masse morbide. Mais ces faits, d'ailleurs

(1) Bennet. On Cancerous and Cancrdid Growlhs, Édimbourg, 18i9 in-8, p. 105, lii!. 121.

beaucoup moins fréquents que les autres, n'infirment pas cette proposition générale, que les tumeurs détruisent les tissus auxquels elles se propagent, et que le travail de propagation est un travail de substitution.

Toutes les tumeurs, comme nous l'avons déjà dit, ne tendent pas à se propager. La première condition de la propagation est que le blastème soit sécrété en excès, c'est-à-dire que la production accidentelle soit en voie d'accroissement. Mais cette condition ne suffit pas; toutes les tumeurs qui s'accroissent ne se propagent pas; l'accroissement peut môme être considérable et rapide, sans qu'il y ait propagation. Pour que celle-ci s'effectue, il faut que le tissu accidentel soit en continuité avec les tissus environnants; en d'autres termes, il faut que la tumeur soit actuellement diffuse, au moins dans une partie de sa surface.

Les tumeurs qui sont diffuses dès leur origine, n'ont aucune résistance à vaincre pour se propager aux parties adjacentes, avec lesquelles leur propre tissu se continue sans interruption. Il n'en résulte pas que ces tumeurs doivent toujours et inévitablement se propager, mais c'est du moins leur tendance la plus générale. Quant à celles qui commencent par être circomcrites, elles se bornent d'abord, pendant un certain temps, à refouler les organes voisins; elles ne peuvent commencer à s'y propager qu'après avoir contracté avec eux des adhérences, et détruit l'enveloppe fibreuse ou fîbro-celluleuse qui les en sépare. Cette enveloppe est constituée, tantôt, en tout ou en partie, par une membrane naturelle plus ou moins distendue et épaissie, tantôt par une membrane accidentelle, due à la condensation et à l'bypertrophie du tissu conjonctif ambiant, auquel se joignent souvent les produits d'une inflammation cbronique, provoquée par la présence de la tumeur. C'est elle qui oppose le premier obstacle à la propagation; obstacle proportionnel à l'épaisseur et à la densité de la couche isolante, et suffisant pour s'opposer à la progression d'un grand nombre de productions accidentelles. Lorsqu'elle présente une épaisseur notable , on dit, par une locution vicieuse, que la tumeur est enkystée. Entre les tumeurs qui sont ainsi enkystées, et celles qui sont simplement circonscrites, il n'y a qu'une différence du plus au moins, et toujours, en dernière analyse, la propagation aux parties environnantes, lorsqu'elle a lieu, s'effectue de la môme manière.

La destruction de la membrane enveloppante se fait par un mécanisme qui tient à la fois de l'amincissement par distension mécanique, et de l'atrophie par compression; mais cela ne suffirait pas

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