‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 96 sur 158 · DOULEURS. 40 J · texte numérisé non relu

DOULEURS. 40 J

Lorsqu'il existe un ulcère, on le panse avec du cérat opiacé ou belladoné, avec des linges imbibés d'une solution narcotique quelconque, etc. On me permettra de ne pas insister plus longtemps sur ces divers topiques, que le praticien, suivant les cas particuliers, variera à sa guise.

Mais je dois mentionner particulièrement deux moyens qui, pour être moins classiques que les précédents, n'en sont pas moins dignes d'attention. Ce sont la réfrigération et les douches d'acide carbonique.

M. Arnott a préconisé, il y a une dizaine d'années, le traitement du cancer par l'application des mélanges réfrigérants. J'aurai bientôt à parler de cette méthode qui avait la prétention d'être curative. Je ne crois pas qu'elle ait tenu sa promesse; mais j'ai pu m'assurer plusieurs fois que la réfrigération obtenue par de simples applications de glace peut faire disparaître les douleurs, au moins pour un temps. Dans un cas où la tumeur, très-volumineuse, occupait le pli de l'aine et la fosse iliaque, l'application d'une vessie pleine de glace, pendant deux ou trois heures chaque jour, fit disparaître les douleurs, qui étaient fort vives. M. Arnott applique son mélange réfrigérant jusque sur le col de l'utérus, à travers un spéculum en guttapercha, et il a publié l'observation d'une malade à qui la réfrigération, maintenue environ un quart d'heure, procurait chaque fois plusieurs jours de soulagement.

Les douches d'acide carbonique ne peuvent agir que sur les tumeurs ulcérées. En dirigeant, au moyen d'un tube, un jet d'acide carbonique sur la surface de l'ulcère, on obtient quelquefois un soulagement complet, qui peut persister six heures, douze heures, et môme vingt-quatre heures. Les ulcères internes, et notamment ceux du col de l'utérus, se prêtent mieux que les autres à l'emploi de ce moyen palliatif. On introduit le tube dans le vagin, et on y entretient pendant plusieurs minutes un petit courant d'acide carbonique. J'ai vu une malade qui, chaque matin, se faisait elle-même son injection de gaz, et chez laquelle l'action anesthésique durait vmgt-quatre heures; mais ordinairement il est nécessaire de faire 1 injection soir et matin. J'ajoute que chez quelques malades ce moyen échoue complètement. Cela dépend sans doute de la situation desjilels nerveux qui sont le siège de la douleur. Il est clair en effet, que le gaz injecté dans le vagin n'agit que sur la surface ulcérée, et que son aclion ne peut pas pénétrer bien profondément dans le tissu de la tumeur.

Les douches carboniques on (moins de prise sur les ulcères externes, parce que le gaz inesthésique se mêle aussitôt à l'air environne

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liant. Il faudrail prendre des précautions particulières pour isoler l'ulcère sous une cloche, et pour maintenir la surface malade en contact avec l'acide carbonique, sans mélange d'oxygène. Ce serait une grande complication. Au surplus, les simples douches faites k l'air libre sont loin d'être sans efficacité. En dirigeant successivement le jet de gaz sur les divers points de la surface de l'ulcère, et en revenant à plusieurs reprises sur chaque point, on obtient quelquefois un soulagement très-manifeste.

Les hémorrhagies qui s'effectuent à la surface des tumeurs ulcérées sont fournies, tantôt par des vaisseaux capillaires, tantôt par des artérioles, ou même par des artères d'un certain calibre.

Lorsque l'ulcère est extérieur, il est ordinairement facile d'arrêter le sang. La compression au moyen d'un bandage, l'application de charpie imbibée de perchlorure de fer, suffisent le plus souvent. Toutefois, quand l'hémorrhagie est artérielle, on est quelquefois obligé d'appliquer un bouton de feu. Certains ulcères couverts de végétations fongueuses ont de la tendance à donner des hémorrhagies capillaires, qu'on arrête aisément, mais qui, se reproduisant un grand nombre de fois, finissent par épuiser les malades. Pour éviter le retour de ces hémorrhagies, on peut quelquefois se borner à appliquer un bandage serré; mais la situation de la tumeur ne le permet pas toujours, et alors on ne doit pas hésiter à modifier la surface de l'ulcère, soit en la touchant avec le fer rouge, soit en y appliquant une mince couche de chlorure de zinc, soit même, dans certains cas, en pratiquant sur les parties les plus. fongueuses une cautérisation plus profonde.

Les hémorrhagies internes fournies par les tumeurs ulcérées de l'estomac, de l'intestin, du rein, de la vessie, sont bien autrement graves. Lorsqu'elles sont abondantes, on ne doit pas hésiter à maintenir pendant plusieurs jours, sur la région malade, des applications de glace. On y joint le repos absolu, la diète, et l'usage des médicaments styptiques et astringents : limonade sulfurique, eau de Rabel, potion au tannin, au perchlorure de fer, etc. Ces substances jouissent d'une efficacité incontestable, lorsque l'hémorrhagie se fait dans l'estomac, parce qu'elles agissent directement sur la surface ulcérée. Mais leur action est beaucoup plus douteuse dans les autres cas. Ce n'est pas une raison pour en négliger l'emploi. Il m'a paru en particulier que le perchlorure de fer, administré par l'estomac, n'élail pas sans action sur les hémorrhagies utérines.

Disons enfin quelques mots des hémorrhagies provenant des tumeurs du col de l'utérus et de la cavité buccale. Quoique ces tu-

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meurs soient accessibles à l'œil, au doigt et aux instruments, elles occupent une situation qui donne lieu quelquefois à de grandes difficultés. Les hémorrhagies fournies par les cancers et les épithéliômes du col utérin doivent être traitées, suivant qu'elles sont plus ou moins abondantes, par de simples attouchements avec une solution concentrée de perchlorure de fer, par l'application d'un petit tampon imbibé du môme liquide, par des cautérisations au fer rouge, et enfin par le tamponnement méthodique du vagin. On n'a recours à ce dernier moyen, qui n'est pas sans gravité, que lorsqu'on y est contraint par l'abondance de l'hémorrhagie. J'ai déjà dit que M. Arnott, dans un cas de cancer de l'utérus compliqué de vives douleurs obtint une amélioration notable à l'aide d'un mélange réfrigérant' introduit jusqu'au fond du vagin à travers un spéculum en guttapercha. Ce moyen pourrait être utilisé dans le traitement des hémorrhagies qui nous occupent.

Les cancers de la cavité buccale, et surtout les épithéhômes qui, dans cette région, sont plus fréquents que les cancers, donnent souvent lieu à des hémorrhagies très-graves. Ces hémorrhagies sont ordinairement fournies par les artères ou les artérioles de la langue et du plancher de la bouche. Elles peuvent être assez abondantes assez rapides, pour nécessiter la ligature de l'artère linguale, de la carotide externe, ou même de la carotide primitive, lorsque'la tumeur s'étend jusqu'à la région sus-hyoïdienne, ou lorsqu'elle est compliquée d'engorgements ganglionnaires qui ne permettent pas de lier les artères à la partie supérieure du cou. Mais il ne faut pas oublier que ces ligatures n'offrent qu'une ressource passagère Le cours du sang est prompteraent rétabli par les anastomoses "et il' y a beaucoup de chances pour que l'hémorrhagie se reproduise au bout de quelques jours. Si l'on est quelquefois contraint d'y avoir recours pour arracher les malades à une mort imminente, on ne doit iamaiy négliger d'agir en môme temps sur la surface ulcérée. J'ajoute out la compression digitale de la carotide primitive, sur le tubercule carotidien, permet le plus souvent d'éviter la ligature. Pendant qu'un aide intelligent comprime ce vaisseau, le chirurgien agit dans l'in téneur de la bouche, soit en appliquant sur la source de l'hémorrhagie un petit tampon de perchlorure de fer, maintenu avec le doigt pendant une dizaine de minutes, soit en pratiquant sur le même point une cautérisation au fer rouge, ce qui est bien préférable lors que l'hémorrhagie est fournie par une bouche artérielle visible

La fétidiié de la suppuration n'est pas seulement un tourment con imuel pour les malades et pour ceux qui les soignent; c'est en même

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temps, dans beaucoup de cas, une cause d'infection putride. Les lotions répétées, les injections délersives, tous les soins de propreté, sont quelquefois insuffisants, et il est nécessaire de recourir à l'emploi des désinfectants. Je recommanderai tout particulièrement l'émulsion de coaltar, connue sous le nom de coaltar saponiné. En appliquant sur la surface ulcérée une mince couche de charpie imbibée de ce liquide et recouverte de charpie sèche, on détruit instantanément la mauvaise odeur, et il suffit ordinairement de renouveler ce pansement une fois par jour. Dans le cas de cancer ou d'épithéliôrae du col de l'utérus, on emploie le coaltar saponiné de deux manières, tantôt en laissant à demeure dans le vagin un petit tampon de charpie imbibé de ce liquide, et renouvelé tous les matins, tantôt en pratiquant deux ou trois fois par jour une injection de dix ou vingt parties d'eau pour une partie de coaltar saponiné.

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