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CHAPITRE IV

COMPRESSION

C'est un fait vulgaire, et depuis longtemps connu, que la compression prolongée fait atrophier et résorber la plupart des tissus, même le lissu osseux. Elle exerce sur les tissus pathologiques une action relativement plus rapide, surtout lorsqu'ils sont de formation récente. On sait, par exemple, combien une compression méthodique favorise, la résolution des produits organisés de l'inflammation.

Les Arabes se servaient de la compression pour arrêter les progrès de l'éléphantiasis. Le traitement des anévrysmes du coude par la compression directe date de la même époque. Au dix-huitième siècle, pendant que Guattani appliquait cette méthode au traitement des anévrysmes du membre inférieur, Theden s'en servait pour combattre les inflammations phlegmoneuses. Enfin Baynton, à la fin du môme siècle, eut recours à la compression pour guérir les ulcères des membres inférieurs, et surtout les ulcères compliqués de callosités.

Ces diverses applications de la méthode compressive devaient conduire tôt ou tard à l'idée de traiter les tumeurs par la compression. 11 est môme permis de s'étonner que Theden, si hardi dans le traitement des tumeurs phlegmoneuses, n'ait pas songé à employer un moyen analogue pour faire atrophier les tumeurs chroniques.

C'est dans notre siècle seulement que le traitement des tumeurs par la compression a été érigé en méthode régulière ; mais il n'est pas douteux qu'avant cette époque on avait dû plus d'une fois en faire l'essai. Ainsi John Hunter, dans ses Leçons sur les principes de la chirurgie, recueillies par Rumsey, en 1785-1 786, parle sommairement des tumeurs solides, constituées par un tissu de formation nouvelle, et ajoute : « La compression empêche souvent leur développement,' et <( quelquefois môme produit leur destruction par absorption ; mais ce

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« moyen n'est pas toujours efficace, et alors l'extirpation est le seul « nfioyen de guérison (1). » Ce jugement, qui est parfaitement exact, reposait certainement sur l'expérience; et quoique Flunter n'ait pas cité d'observation particulière, il est clair que, par lui-môme ou par d'autres, il connaissait les effets du traitement des tumeurs par la compression.

Vers la môme époque, Desault se servait de la compression pour faire affaisser et disparaître « les squirrhosités » du rectum. Le but qu'il se proposait en introduisant dans cet intestin des mèches d'un calibre croissant n'était pas seulement d'obtenir la dilatation et de rétablir le cours des matières. Il avait parfaitement posé l'indication de faire résorber les tissus accidentels au moyen de la compression. Je crois devoir transcrire ici un passage où Bichat a exprimé nettement les idées de son illustre maître (2) :

« Pour atteindre le second but de ce traitement, c'est-à-dire pour « procurer l'affaissement et la disparition des callosités, ce moyen « n'est pas moins avantageux. Ici, les auteurs ont multiplié les appli- « cations topiques, les fondants, les résolutifs, etc. ; mais il n'est pas « de meilleur fondant qu'une compression méthodiquement exercée sur « ces tumeurs squirrheuses ; r analogie des autres tumeurs nous ledémon- « trerait, quoique (lisez quand môme) ici l'observation ne nous en « assurerait pas. C'est par leur présence seule, par leur contact sur « les parties engorgées du rectum, que les mèches en procurent le « dégorgement, et non parles médicaments dont on les charge; De- « sault ne les graissait que de cérat, pour faciliter leur introduction. « Il semble qu'environné de toute part de tissu cellulaire, l'intestin a ne doit que difficilement se prêter à cette compression, et qu'en le « dilatant, on doit seulement enfoncer dans ce tissu les squirrhosités; « l'expérience, toujours invariable arbitre, répond ici le contraire, « en nous montrant, dans une foule de cas, ces tumeurs disparues (( complètement au bout de quelque temps de l'emploi de ce moyen. »

L'invariable arbitre dont Bichat invoque ici le témoignage a malheureusement prouvé que les guérisons radicales, qu'il croyait si fréquentes, sont au contraire extrêmement rares. Mais il ressort clairement de ce passage que Desault connaissait parfaitement les effets de la compression sur les tumeurs de l'extrémité inférieure du rectum. On remarquera que l'auteur fait allusion à l'efficacité de cette méthode dans le traitement des tumeurs extérieures, comme on parle d'un fait déjà vulgaire.

(I) Œuvres complètes de iohn llunter, édition française. Paris, 1843, in-8, t. I,p. (^31. (2; Biciial. Œuvres chirurgicales de Desault, t. II, p. 431. Paris, 1801, in-S.

Cela suffit pour montrer que, depuis longtemps déjà, le traitement des tumeurs par la compression avait élé mis en pratique, lorsque Samuel Young, en 1809, y eut recours deux fois avec succès. Mais il est juste de reconnaître que cet auteur a eu le mérite d'appliquer ce moyen avec persévérance dans un grand nombre de cas, de l'ériger en méthode régulière, et d'en démontrer l'efficacité par une série de faits authentiques et détaillés.

Ces faits ne furent publiés qu'en 1815; mais Samuel Whitbread les avait déjà fait connaître aux gouverneurs de Middlesex-Hospital, dans une lettre qui fut reproduite en tête de l'ouvrage de Young (I). Le London Médical and Physical Journal, le plus répandu des journaux de médecine de l'Angleterre, publia aussitôt un long extrait de cet ouvrage (2). Dans le même numéro, le vénérable Thomas Denman, beau-père de Baillie, en donna une appréciation des plus favorables, en ajoutant qu'il avait lui-même vu plusieurs malades traités par Young, et que plusieurs autres médecins avaient appliqué cette méthode avec le môme succès (3).

Le Hvre d'Young, rapidement épuisé, eut une seconde édition en 1816; deux ans plus tard, l'auteur y ajouta ^une seconde partie,

(1) Samuel Young, Minutes of Cases of Cancer and Cancerous Tendency sucessfully treated. Lond., 1815, in-8 de 150 pages. C'est par erreur que les rédacteurs du Jo'irml général de médecine (suite du journal de Sédillot^ 1827, t. XGIX, p. 421), en jetant un regard rétrospectif sur l'origine de la méthode compressive, récemment introduite en France par Récamier, ont fait remonter à l'année 1805 la publication de l'ouvrage de Young, sur le traitement du cancer par cette méthode. L'ouvrage publié en 1805 par Young était intitulé : An Inquiry into the Nature and Action of Cancer. L'auteur n'avait pas encore tenté l'application de la compression. Il n'y eut recours qu'en 1809, ainsi qu'il le déclare lui-même dans son livre de 1815. La seconde partie de ce dernier onvrage parut en 1818. Le Journal général de médecine, dans l'article précité, commet une autre erreur relativement à l'édition de 1815, qui, suivant lui, n'aurait été publiée qu'en 1816 par Samuel Whitbread. Or, le journal de Fothergili, dans le numéro de mars 1815, avait donné une analyse du livre de Young, en désignant déjà sous le nom de feu Samuel Whitbread l'auteur de la lettre annexée à cet ouvrage. {The London Médical and Physical Journal conducted by Fothergili, vol. XXXIV, p. 410. Lond., 1815, in-8.) Ces détails permettent de supposer que les rédacteurs du Journal général de médecine n'avaient étudié que trèssuperQciellement la question, qu'ils n'avaient pas eu les pièces sous les yeux, et qu'ils avaient montré plus de patriotisme que de justice, en déclarant que la méthode de la compression « était réellement devenue pour M. Récamier une sorte de propriété » [loc. cit., p. 420). Ç'a été le point de départ de tout ce qui s'est dit en France sur l'invention de cette méthode; et pour ma part, je me reproche d'avoir plusieurs fois, dans mes écrits antérieurs, attribué à Récamier un honneur qui revient à Samuel Yonng.

(2) The Lond. Med. and Phyf. Journal, nov. 1815. vol. XXXIV, p. 410-420.

(3) Loc. cit., p. .38 i.

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avec dix observations nouvelles, el avec des renseignements ultérieurs sur les malades Irai lés avant 1813 (I).

La méthode de la compression était donc parfaitement régularisée en Angleterre; elle était sulfisamment répandue pour qu'il n'y eût pas lieu de l'inventer de nouveau; et déjà même un article de M. Roche, publié en février 1817, l'avait fait connaître en France (2), lorsque, au mois d'août de la même année (3), sur l'avis de Biett, qui revenait de Londres, Récamier y eut recours pour une énorme tumeur du sein chez une dame de quarante-huit ans. La tumeur diminua d'un tiers environ; mais il fallut en venir à l'extirpation, qui fut faite avec succès par Richerand. Quelque temps après, une autre tumeur du sein, traitée de la même manière, diminua également; mais « Dupuytren abrégea le traitement en extirpant les restes de la tumeur. » Il faut croire que Récamier ne trouva pas ces résultats bien encourageants, puisqu'il attendit jusqu'à 1823 pour faire de nouvelles tentatives. Mais cette année-là, après un troisième essai tout à fait infructueux (4), il réussit enfin à faire disparaître complètement, en trois ou quatre mois, une tumeur désignée par lui sous le nom d'engorgement aigu de la mamelle, et contre laquelle, pendant les quatre mois précédents. Roux avait essayé sans résultat les antiphlogistiques, les émollients, la ciguë et l'iode.

Ce succès eut un prompt retentissement, et un grand nombre de malades, atteintes pour la plupart de tumeurs du sein, furent adressées à Récamier, qui eut ainsi de fréquentes occasions d'étudier les effets de la méthode compressive. En janvier 1827, époque où il publia pour la première fois, dans la Revue médicale, les résultats de sa pratique, il avait déjà mis vingt-une malades en traitement. Sur ce nombre, six étaient guéries; plusieurs autres avaient obtenu une

(1) Minutes of Cases of Cancer, etc., part II, being further Report of Cancerous Cases successfully treated hy the New Method of Pressure. Lond., in-R, 1818.

(2) Bibliothèque médicale, (év. 1817, t. LV, p. 27G. P;iris. 1817, in-8.

(3) Le mois d'août n'est pas indiqué dans le premier article de Récamier ; mais il est écrit en toutes lettres dans son livre. {Recherches sur le traitement du cancer, t. I, p. IV de 1 Introduction. Paris, 1829, in-8.)

(4) Récamier, en parlant de son troisième essai, dans son Mémoire de 1827, s'est laissé aller à dire que « ces nouvelles tentatives n'eurent qu'un résultat éphémère, « mais surpre,nant, eu égard à la situation affreuse de la malade. » [Revue médicale, 1827, t. I, p. 99.) Mais deux ans après, à la page xin de l'Introduction de ses Recherches sur le traitement du cancer, 11 dit, en parlant de cette même malade : « Je voulus enQn commencer la compression, maisje n'avais pas encore eu l'idée de lagaric ; je ne pus la faire supporter, et cette infortunée personne succomba dans les douleurs les plus horribles à la fln de 1825. » Cette dernière version est évidemment la bonne ; je laisse au lecteur le soin de qualifier la première.

HISTORIQUE. — PvÉCAMIER.

grande amélioralion, et Rccamier, convaincu que le cancer pouvait disparaître sans opération, commençait môme à appliquer la compression au traitement des cancers de l'utérus (1).

A celte époque, la classification des tumeurs ne reposait que sur des données tout à fait insuffisantes; le groupe des cancers n'avait pas encore été débrouillé et épuré; on y confondait pôle-mêle les affections les plus diverses; le diagnostic était moins avancé encore que l'anatomie pathologique, et il était bien rare qu'une tumeur du sein ne fût pas considérée comme cancéreuse. Récamier put donc dire de bonne foi qu'il avait guéri par la compression de véritables cancers; et l'ouvrage qu'il ne tarda pas à publier, sur le traitement du cancer, fut accueilli avec faveur (2). Quoique l'école physiologique fût déjà sur son déclin, les partisans de Broussais étaient encore nombreux, et beaucoup de chirurgiens, môme parmi ceux qui repoussaient sa doctrine, admettaient avec lui que le cancer était une affection purement locale. On ne pouvait méconnaître, en effet, qu'une foule de tumeurs, alors réputées cancéreuses, pouvaient guérir radicalement par l'opération. D'un autre côté, il est vrai, la fréquence des récidives et les exemples d'hérédité tendaient h faire admetire que le cancer était une affection constitutionnelle; mais on cherchait à éluder la difficulté en disant que le cancer était tantôt primitivement local, tantôt primitivement général; et si, dans ce dernier cas, la compression paraissait devoir être aussi impuissante que l'opération même à modifier l'ensemble de l'organisme, on espérait du moins qu'elle pourrait guérir les cancers locaux.

On admit donc sans critique et sans contrôle les faits publiés par Récamier; on partagea ses illusions, on crut que la compression guérissait fréquemment les cancers, et cette méthode eut en France un moment de vogue, comme on l'avait vu en Angleterre, en 1815, après la publication de l'ouvrage de Young. Mais en France, comme en Angleterre, un prompt désenchantement succéda à cette confiance exagérée; Young et Récamier, avec cette bienveillance qu'on accorde naturellement aux choses dont on est le promoteur, avaient été plus frappés de leurs succès que de leurs insuccès; ceux qui imitèrent leur pratique n'avaient pas les mômes motifs d'indulgence; les faits défavorables se multipliaient; puis les doctrines marchaient; l'idée que le cancer est un mal local perdait chaque jour du terrain, et la guérison du cancer par la compression paraissait de plus en plus en contradiction avec la théorie. On passa donc (i) lievue médicale, janv. 1827, t. I, p. 9G.

'2) Récamier, Recherches sur le traitement du cancer. Paris, 1829, 2 vol. in-8.

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d'un extrême à l'autre : on ne se demanda pas si l'efficacité de la compression n'était pas subordonnée à la nature des tumeurs, et on abandonna cette importante méthode qui, bientôt môme, fut considérée comme nuisible, par ce double motif qu'elle faisait perdre un temps précieux en retardant l'opération, et qu'elle paraissait de nature à favoriser la propagation des tumeurs vers les parties profondes. L'abandon fut si complet que de 1841 à 1851, pendant les dix premières années de mon séjour à Paris, je n'ai vu aucun chirurgien recourir au traitement des tumeurs par la méthode de la compression, ni dans les hôpitaux où j'ai rempli les fonctions d'interne, ni dans les services de chirurgie que j'ai fréquentés, soit avant, soit après mon internat. A cette époque, les deux éminents disciples de Bretonneau, MM. Trousseau etVelpeau, démontraient l'efficacité de cette méthode dans le traitement des ivfiammations aiguSs ou chroniques de la mamelle; beaucoup de praticiens suivaient leur exemple; mais personne, à ma connaissance, n'essayait de revenir à l'emploi de la compression dans le traitement des tumeurs proprement dites, et si l'on en parlait quelquefois dans les cours et dans les cliniques, c'était seulement pour mettre les auditeurs en garde contre les illusions de M. Récamier.

Les motifs de l'abandon de cette méthode devaient persister jusqu'au jour où les progrès de l'analomie pathologique permettraient d'établir, dans le groupe des tumeurs dites cancéreuses, des catégories bien précises, de distinguer ensuite sur le vivant les tumeurs qui, comme les vrais cancers, sont sous la dépendance d'une cause diathésique, de celles qui, comme les hypertrophies glandulaires, dépendent d'un trouble de nutrition purement local, et de déterminer enfin les cas où la compression peut avoir la prétention d'obtenir des guérisons radicales. •

Parmi les tumeurs non cancéreuses qui paraissaient de nature à se résoudre sous l'action d'une pression mécanique, celles qui devaient se présenter tout d'abord à l'esprit, étaient les tumeurs hypertrophiques, et spécialement les adénôraes. Le tissu glandulaire normal est un de ceux qui s'atrophient le plus aisément sous l'influence de la compression. Il suffisait donc de savoir que les adénômes de la mamelle sont constitués, en tout ou en partie, par des éléments glandulaires, pour concevoir l'espérance de les faire atrophier par la compression. Il devenait dès lors probable que les observations de guérison radicale publiées par Récamier étaient relatives, pour la plupart, à des tumeurs de ce genre. Pour m'en assurer, je dépouillai avec M. Lebert, en 1849, les observations de cet auteur, et nous

crûmes reconnaître, d'après l'analyse des symplônaes, que quelquesunes des tumeurs radicalement guéries étaient des engorgements inflammatoires, et que presque toutes les autres étaient, selon toutes probabilités, de nature glandulaire (I).

Je résolus dès lors de tenter, au moyen de la compression méthodique, la guérison des adénomes; mais n'ayant encore ni hôpilal, ni clientèle, je dus attendre jusqu'au mois de septembre 1851 pour mettre ce plan à exécution. Mon premier essai fut suivi d'un succès rapide; la guérison fut radicale (2). J'ai lieu de croire que jusqu'alors personne n'avait employé sciemment la compression dans le traitement des adénômes de la mamelle. Ceux qui, dans les cas de ce genre, avaient obtenu des succès, avaient cru guérir des cancers. En 1843, M. Rufz avait publié deux casoii la compression avait, pour un temps, fait disparaître les douleurs de la mamelle irritable (3); mais on ne connaissait pas encore la nature de cette affection, et je crois d'ailleurs avoir démontré qu'on a confondu sous ce nom des tumeurs extrêmement diverses, semblables seulement par le symptôme commun de la névralgie (4).

Depuis 1851, j'ai adopté la compression comme méthode générale dans le traitement des adénômes. Ce n'est pas ici le lieu de faire connaître les résultats de ma pratique. Je les exposerai dans la seconde partie de cet ouvrage. J'indiquerai en môme temps les indications et les contre-indications de la méthode, suivant le volume de la tumeur, suivant ses complications, et suivant la proportion relative des éléments fibreux et des éléments glandulaires qui la composent.

Je ne me suis occupé jusqu'ici que des tumeurs qui étaient réputées cancéreuses à l'époque où la compression fut érigée en méthode; je leur ai accordé une attention spéciale, parce que c'est à leur occasion que cette méthode a donné lieu à des appréciations contradictoires.

Mais ce ne sont pas seulement les tumeurs comprises dans l'ancien groupe des cancers qu'on peut traiter par la compression; sans parler des inflammations aiguës, qui ne rentrent pas dans mon sujet,

(1) M. Lebert a publié, en 1861, dans son Traité des maladies cancéreuses, -p. 191- 196, une analyse critique des observations de Récamier, et montré combien était douteux le diagnostic porté par cet auteur dans les cas où il croyait avoir guéri des tumeurs cancéreuses.

(2) La malade a survécu dix ans et est morte sans récidive.

(3i \\\ih, A/fection douloureuse des glandes mammaii-es, àana Archives générales de médecine, i843, sér. iv, t. III, p. 75 et 82. (4) Bulletin de thérapeutique, IBG?, t. I XII, p. 109-207.

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on a souvent eu recours avec succès h l'emploi de celle méthode contre des engorgements chroniques d'origine innammatoire, La compression fait résoudre les callosités, et réprime les fongosilés des ulcères de la jambe; elle peut, dans certains cas, amener l'atrophie des fongosilés des synoviales; elle favorise ou détermine la résolution des engorgements inflammatoires chroniques de l'appareil testiculaire. La dilatation employée dans le traitement des rétrécissements des conduits muqueux et des orifices n'est autre chose qu'une compression exercée de dedans en dehors; elle agit en faisant résorber en tout ou en partie le tissu inodulaire dont la rétraction a produit le rétrécissement, et les résultats qu'elle fournit sont d'autant plus durables que la résorption de ce tissu a été poussée plus loin.

C'est surtout dans les engorgements durs qui succèdent aux abcès du sein que la compression offre une ressource précieuse. J'ai traité par ce moyen, à l'hôpital des cliniques, une jeune femme qui était malade depuis dix-sept mois. A la suite d'une couche, plusieurs abcès s'étaient formés dans sa mamelle gauche. Il était resté trois petites fistules qui donnaient à peine de temps en temps quelques gouttes de pus, et qui pénétraient dans l'intérieur d'une tumeur globuleuse, tout à fait indolente, et presque aussi grosse que le poing. On avait fait dans les trajets toutes sortes d'injections, et sur la peau toutes sortes de frictions. Depuis près d'un an, la tumeur était restée à peu près stationnaire, et la malade, eff'rayée par un médecin qui lui avait fait craindre une dégénérescence squirrheuse, était entrée à l'hôpital pour se faire opérer. J'eus recours à la compression méthodique, au moyen de bandes et de rondelles d'agaric. Le bandage fut renouvelé d'abord tous les deux jours, puis plus rarement, et en vingt-cinq jours, la guérison fut complète et radicale. Les fistules s'étaient refermées l'une après l'autre, du huitième au quinzième jour.

J'ai obtenu tout récemment (mars 1863), à la Salpêtrière, un résultat bien plus rapide encore sur une femme qui, par suite de tumeurs gommeuses de la mamelle, avait gardé deux fistules et une induration mammaire volumineuse. Une compression méthodique assez forte, exercée pendant 48 heures, fit d'abord refermer les fistules et réduisit l'engorgement de plus de moitié. Après trois autres jours de compression la guérison était complète.

Les engorgements chroniques des ganglions lymphatiques (je ne parle pas de ceux qui sont de nature tuberculeuse) cèdent assez bien, même chez les scrofuleux, à l'action de la compression, et à plus

forte raison chez les individus dont la conslilulion n'est pas entachée de la diathèse scrofuleuse. Toutefois, ce moyen ne peut être employé que dans des cas spéciaux, parce que le siège de l'engorgement ne se prête pas ordinairement à l'action des pelotes ou des bandages. J'ai traité avec succès, au moyen d'une grosse pelote de charpie, une tumeur ganglionnaire de l'aisselle; j'ai échoué dans deux autres cas, et on n'en sera pas surpris, si l'on songe avec quelle facilité les glandes de cette région fuient devant les bandages. On ne peut songer à comprimer d'une manière permanente les tumeurs ganglionnaires du cou; mais celles de la région inguinale, et notamment celles qui ont été décrites sous le nom, quelquefois inexact, de bubons strumeux, ne peuvent être traitées mieux que par la compression. On sait qu'il est assez commun de voir chez les sujets de vingt à trente ans, notamment chez les hommes, les ganglions inférieurs de la fosse iliaque, situés immédiatement au-dessus de l'arcade de Fallope , s'engorger d'une manière chronique , soit tout à fait spontanément, soit à la suite d'un exercice violent des membres inférieurs (frotteurs). Ces tumeurs, qui peuvent se développer chez les sujets les mieux constitués, durent quelquefois plus d'une année, surtout lorsqu'elles n'ont aucune tendance à la suppuration, comme cela est assez fréquent. On réussit souvent à les faire résoudre en quelques semaines, ou du moins à les réduire à un volume beaucoup moindre, au moyen d'une large pelote, soutenue par un spica, ou par un simple brayer, qui permet aux malades de marcher et de reprendre leurs occupations.

Quelques observations permettent de considérer la compression comme très -avantageuse dans le traitement de l'éléphantiasis des Arabes.

On a encore appliqué la compression au traitement des tumeurs érectiles; mais les cas oîi l'on a réussi sont assez exceptionnels. Tout le monde connaît cependant le succès publié par Boyer. Une tumeur érectile assez volumineuse de la lèvre supérieure, chez une petite fille, fut guérie à la longue par la compression. La mère de l'enfant faisait elle-même cette compression avec les doigts pendant plusieurs heures chaque jour, et quelquefois pendant sept heures consécutives (1). On a dit de cette observation qu'elle prouvait la puissance de l'amour maternel, bien plus que l'efficacité de la compression. Avec non moins de persévérance et autant de bonheur, Roux réussit à guérir sa propre fille d'une tu-

(I) Boyer, Maladies chirurgicales, t. Il, p. 269. Paris, 1814, in-8.

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meur éreclile du front. Il se servit d'un appareil mécanique. La guérison ne fut complète qu'an bout de trois ans (1). M. Tarral, qui rapporte ce fait intéressant, ajoute que Pellelan, Dupuylren, Averill et Abernelhy ont également réussi à guérir des tumeurs érectiles par la compression. Mais ce moyen, dont l'application est souvent très-difficile, échoue le plus souvent; il exige d'ailleurs des soins continuels et une longue persévérance, et dans la pratique il est rare que les conditions propres à en assurer le succès soient réunies.

On ne s'étonnera pas que la compression ait pu guérir des tumeurs très-diverses, si l'on songe que le mode d'action de cette méthode n'est pas spécial, mais général. Elle diminue l'abord du sang, entrave l'exhalation et l'organisation des blastèmes, oppose par conséquent à la nutrition un obstacle puissant, et l'on conçoit très-bien que beaucoup de tissus accidentels puissent par ce moyen subir un travail d'absorption plus ou moins considérable.

Il est clair toutefois que tous les tissus ne doivent pas se prêter avec la même facilité à cette action résolutive. Aucun n'y est absolument et constamment réfractaire, mais, en déterminant les indications de la méthode compressive, il faut distinguer les cas où le succès est très-incertain, de ceux oii une expérience suffisamment étendue a prouvé que la compression, à défaut de certitude, offre du moins des chances très-sérieuses.

Nous dirons d'après cela qu'il est indiqué de recourir à la méthode compressive dans les hypertrophies, et spécialement dans les hypertrophies glandulaires, dans les adénites chroniques, dans les engorgements inflammatoires chroniques. Elle peut, dans ces divers cas, amener la résolution totale des tumeurs, ou les faire rétrograder et les rendre stationnaires sous un petit volume. Elle offre une ressource précieuse dans le traitement des tumeurs compliquées de névralgie, car, alors môme qu'elle ne fait pas résoudre ces tumeurs, elle réussit fréquemment à dissiper ou à atténuer la douleur.

On pourrait essayer de traiter les lipômes par la compression; mais la tentative, que je sache, n'en a pas encore été faite. Les fibrômes et les chondrômes, à cause de la dureté de leur tissu, paraissent devoir être réfractaires à cette méthode; mais, ici encore, l'expérience n'a pas prononcé.

Quant aux tumeurs réputées malignes, qui doivent leur mauvaise renommée à leur tendance à la propagation, à l'ulcération et à la récidive, je ne conseillerai pas, tant qu'elles seront opérables, de les

(1) Tarral, Du traitement des tumeurs érectiles, etc., dans Archives générales de méd., 2" série, t. VI, p. Il (1834).

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