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CHAPITRE IV

KYSTES PROGÈNES (SUITE). — DES KYSTES PAR RÉTENTION. KYSTES GLANDULAIRES.

Dans le chapitre précédent, en étudiant la formation des kystes progënes, j'ai décrit cinq types principaux, dont le quatrième est caractérisé par une cavité préexistante accidentellement close^ et naturellement douée de la propriété de sécrétion (voy. page 51). Les kystes de ce quatrième type n'ont été indiqués qu'en passant. Comme ils ont donné lieu à beaucoup de controverses, il me parait utile de leur consacrer un chapitre spécial.

Je leur ai donné le nom de kystes par rétention. Ils ont en effet pour point de départ l'obstruction ou l'oblitération d'un conduit ou d'un orifice traversé par un produit de sécrétion. Par suite de cet accident, le produit de sécrétion, ne pouvant plus s'écouler, s'accumule au-dessus de l'obstacle et donne lieu à une dilatation. Tels sont les phénomènes initiaux de la formation des kystes par rétention. Plus tard la nature du contenu peut être modifiée par l'absorption et l'exhalation dont la paroi dilatée devient le siège. J'ai déjà parlé de ces changements et je n'y reviendrai pas (voy. plus haut, pages 28 et suiv.).

Les phénomènes que je viens d'indiquer n'aboutissent pas nécessairement à la formation d'un kyste. Il arrive fréquemment que la rétention des liquides provoque des accidents plus ou moins aigus ; la paroi trop rapidement distendue peut se rompre; l'organe sécréteur dont le produit ne s'écoule plus peut s'engorger, s'enflammer, et des troubles généraux, quelquefois très-graves, peuvent être la conséquence de la réaction inflammatoire, de la suspension d'une sécrétion importante, ou de la résorption du liquide accumulé audessus de l'obstacle. Ces accidents de rétention ont été considérés comme le premier degré de la formation des kystes. C'est une erreur qu'il importe de signaler. Les vrais kystes débutent sans douleur, sans inflammation, sans réaction d'aucune sorte : ce sont des

tumeurs essentiellement chroniques, dont rien n'annonce l'existence jusqu'au jour où elles ont acquis, par leur accroissement lent et graduel, un volume suffisant pour modifier la forme de la région, ou pour exercer une compression sur les organes voisins. Lorsqu'au contraire l'oblitération ou l'obstruction d'un conduit ou d'un orifice est accompagnée d'accidents de rétention, Tafi'ection suit une marche toute différente, et rien ne prouve jusqu'ici qu'elle puisse donner lieu à la formation d'un kyste. On conçoit, il est vrai, que ces accidents puissent s'arrêter, que les canaux, quoique brusquement dilatés, puissent s'accoutumer à la distension, que la compression exercée sur le tissu glandulaire par le liquide accumulé audessus de l'obstacle, puisse en amener l'atrophie ; et qu'enfin, la sécrétion normale étantainsi suspendue, larupturedes conduits dilatés puisse être évitée. Tout cela est admissible en théorie, quoiqu'il soit difficile peut-être d'en trouver des exemples dans la pratique. Ceux que l'on a cités sont relatifs à des cas d'obstruction incomplète ou passagère produite, soit par un rétrécissement, soit par la présence d'un corps étranger. Alors une partie du liquide accumulé peut de temps en temps s'écouler par regorgement; ces petites évacuations suffisent pour empêcher la rupture, et n'empêchent pas cependant la distension de continuer; la dilatation des conduits peut ainsi devenir trèS'Considérable en même temps que la glande finit par s'a* trophier, ce qui met un terme aux accidents de rétention (1). Mais lorsque l'oblitération est complète et permanente, l'issue est toute différente, et je serais embarrassé de citer un seul cas où les accidents de rétention aient définitivement disparu, après s'être manifestés même avec une intensité médiocre.

Supposons toutefois que dans de pareilles conditions le calme

(I) C'est ainsi, par exempte, qae M. Cruveilhier a trouvé le canal de Wirsong extrêmement dilaté et ren^kll d'une sorte de mucus, quoique l'ouverture de ce canal dans le duodénum fût parfaitement perméable; le tissu glandulaire du pancréas avait disparu par atrophie, le canal cholédoque était rempli de calculs, et M. Cruveilhier pensa avec raison que la maladie des voies pancréatiques avait dû être la conséquence du séjour temporaire d'un calcul dans l'ampoule de Water; œ ralcnl, exerçant une compression sur l'ouverture du canal de Wirsung, avait amené d'abord la rétention du liquide pancréatique, puis la distension du canal et l'atrophie de la glande, le tout sans rupture, parce que, sans aucun doute, le calcul ne constituait pas un obstacle absolu, et laissait de temps en temps regorger quelque peu de liquide (Cruveilhier, ilna/. pathologique générale^ U II, p. S34-83S, Paris, rt&2, in-«-). Des phénomènes analogues se passent lorsqu'un calcul salivaire obstrue le canal de Sténon on le canal de Wharton : mais on n'a Jamais vu Jusqu'ici la distension de ces conduits et de leurs raniflcations poussée Jusqu'au point d'amener l'atrophie des glandes correspondantes.

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