MALADIE KYSTIQUE DU TESTICULE
sieurs centaines sur une seule coupe, ce qui suppose qu'il y en a plusieurs milliers dans toute la tumeur, et, si Ton songeau petit nombre et à la brièveté des conduits du corps d'Highmore, on trouve qu'il est tout à fait impossible qu'ils fournissent un aussi grand nombre de kystes. Il n'y a qu'une vingtaine de canalicules droits, résultant de la convei^ence des 600 à 900 tubes séminifères des lobules ; ces tubes droits, après un court trajet de 2 à 3 millimètres, s'anastomosent en un petit réseau d'où partent les conduits efférents au nombre d'une douzaine. Maintenant, qu'on place par la pensée, sur ces conduits si courts et si peu nombreux, le plus grand nombre possible d'oblitérations superposées, qu'on les espace seulement, chose à peine admissible, de millimèlre en millimètre, puis, qu'on fasse nattre un kyste dans chaque intervalle, et c'est tout au plus si l'on parviendra à trouver place pour une centaine de kystes dans les conduits du corps d'Highmore. De là à plusieurs milliers, il y a loin, — et notez que nous avons exagéré autant que possible notre évaluation, sans tenir compte des conduits simplement dilatés qui, à eux seuls, sont plus nombreux que les conduits du corps d'Highmore. Les tubes séminifères, au contraire, ont une longueur immense, évaluée en moyenne à plus de 500 mètres pour un seul testicule (Lauth), à plus d'un demi-mètre pour un seul canalicule; ceâ mesures manquent certainement de rigueur, mais on peut les réduire tant qu'on voudra, et il restera toujours plus de place qu'il n'en faut pour loger dans une partie même peu étendue de la glande séminale ies kystes innombrables de la tumeur kystique. Ajoutons que le diamètre des tubes séminifères est au moins deux fois plus petit que celui des canalicules droits du corps d'Highmore, et qu'ils sont enroulés et pelotonnés un grand nombre de fois sur eux-mêmes, double circonstance qui facilite beaucoup la production des oblitérations multiples et superposées à de courts intervalles.
Concluons donc avec A. Cooper que les kystes du testicule ont leur siège dans les tubes séminifères qui sont, dans le testicule, les analogues des acini des glandes en grappe (i).
(t) Tout le moodo s'accorde à reconnaître que la maladie kystique du testicule ftt, dans la grande majorité des cas, parfaitement bénigne ; mais on cite quelques cas o& les malades, après a? oir été heureusement opérés de ces tumeurs, ont succombé à des récidives viscérales, évidemment cancéreuses. Tels sont les cas de Roui, de Cniveilhier, de Curling, de César Hawkins. L'explication de cette apparente contradiction est tonte simple. Les oblitérations des tubes séminifères peuvent être la conséquence d'une affection idiopathique de ces conduits, ou d'une affection développée en dehors d'eux, dans le stroma de la glande. Dans le premier fat, les kystes constituent tonte la maladie, qui est et reste entièrement locale.
Dans cette revue des principaux kystes des glandes excrétoires, j'ai été obligé de soumettre à une longue discussion beaucoup de
comme le sont toutes les espèces de kystes. Mais il n*eii est plus de même dans le second cas. La maladie, modifiée seulement dans ses caractères locaux par la présence des kystes, se comporte, par rapport à l'état général, comme si les kystes n'existaient pas, et si cette maladie est un cancer, le malade est exposé à la récidive et à rinfection cancéreuse. Il ne viendra à l'idée de personne d'interpréter autrement les cas où une partie do la tumeur testiculaire est franchement eocé phalolde, comme cela a lieu sur la pièce u» 3416 du Musée Huntérien (Curling, /oc. et/., p. 418). La difficulté de l'explication ne se présente que lorsque toute la tumeur est, ou plutôt parait, exclusivement kystique. Mais il peut se faire que la substance cancéreuse, réduite à de minces lames aplaties dans les cloisons qui séparent les kystes, ne forme nnllo part une masse assex volumineuse pour pouvoir être caractérisée sans le secours da microscope. Ainsi M. César Hawkins montra à M. Curling deux pièces de testicules kystiques provenant de deux individus qui avaient succombé à des cancers internes deux ans après la castration. Quoique les pièces eussent séjourné longtemps dans un liquide conservateur, M. Curling put, avec le secours du microscope, y trouver encore des éléments cancéreux (p. 416^ SI Tou objectait que l'ancienneté des pièces avait pu jeter quelque incertitude sur les résultats de l'examen microscopique, je pourrais répondre en citant un autre cas où le même observateur trouva des éléments cancéreux caractéristiques sur une tooMur kystique récemment enlevée, et où « Taspect était tellement semblable à celui de la « forme bénigne, qu'il eût été impossible d'établir la différence sans le microscope ■ (p. 417). C'est plus qu'il n'en faut pour expliquer les faits d'infection cancéreuse consécutive à la maladie dite kystique du testicule. Lorsque les kystes sont idiopathiques, ce qui parait être le cas le plus fréquent, la maladie est absolument bénigne ; et lorsqu'elle ne l'est pas, c'est parce que les kystes ne sont qu'âne complication du cancer testiculaire. Il est vraisemblable qu'en examinant ultérieurement les pièces avec cette notion préalable, on découvrira entre les deux espèces de tumeurs kystiques du testicule des caractères distinctifs appréciables à l'œil na.Mais le diagnostic pourra être, en tous cas, établi par l'examen microscopique.
Le cancer n'ost pas la seule affection du testicule qui puisse revêtir la forme kystique, et simuler une tumeur kystique idiopathique. Il est arrivé plusieurs fols que des productions cartilagineuses plus ou moins volumineuses, reconnalssables soit à l'œil nu, soit au microscope, ont été trouvées dans la masse morbide. Les kystes, dans ces cas, ne sont probablement qu'une complication du chondrdme testiculaire.
Les kystes multiples du testicule présentent quelquefois un certain nombre, oa même un nombre très-considérable de petits amas arrondis, fermes ei brillants, d'apparence perlée, consti.uant ce qu'on a appelé la tumeur perlée du testicule. J*ai eu l'occasion d'étudier cette matière perlée sur la pièce qui a été si bien décrite par M. Trélat, dans sou Mémoire déjà cité sur les kystes du testicule. Elle constituait de petits globes bisncs formés de couches concentriques qui se décomposaient ellesmêmes en écailles épitbéliales. D'après cela, je suis porté à considérer les petits amas de matière perlée comme analogues aux globes épidermiques que i*on rencontre dans certaines glandes normales et dans certaines tumeurs épitbéliales.
On trouvera plusieurs observations de testicule kystique dans une bonne thèse d« M. Louis Boutin {De la maladie kystique du testicule^ Paris, 1861, itt*4«).