‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 28 sur 103 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES KYSTES NÉOGÈNES.

La classe des kystes néogènes comprend tous les kystes qui n'ont pas leur siège dans une cavité préexistante et dont la paroi par conséquent est de formation entièrement nouvelle.

Un kyste né dans une cavité préexistante anormale n'est pas plus néogène qu'un kyste né dans uue cavité normale. Ainsi les kystes bygromateux, ou kystes des bourses muqueuses, sont progènes et non pas néogènes, alors même que les bourses muqueuses où ils se forment sont accidentelles ou pathologiques. Dans ce dernier cas, un premier accident donne lieu à la formation d'une cavité accidentelle, qui est vide, qui reste vide pendant un certain temps, qui le plus souvent même reste vide pendant toute la vie, et qui constitue en quelque sorte un organe nouveau. Un second accident peut transformer cette cavité en kyste, mais celui-ci est progène puisqu'il s'est formé dans une cavité ppéexistante. Ces remarques nous ont paru nécessaires parce que M. Cruveilbier a rangé les kystes bygromateux parmi les kystes formés de toutes pièces^ qui correspondent à nos kystes néogènes.

Les kystes néogènes se divisent en deux catégories bien distinctes : tous ont cela de commun que leur paroi est de formation entièrement nouvelle; mais deux cas essentiellement différents peuvent se présenter, suivant que la formation de la paroi est un pbénomènc primitif, en quelque sorte idiopathique, ou un phénomène consécutif, provoqué par la présence d'un corps étranger à l'organisme.

Je désignerai les kystes néogènes de la première catégorie sous le nom de kystes autogènes, et les autres sous le nom de kystes périgènes. Ces derniers ont été désignés par M. Cruveilbier sous les noms de kystes consécutifs ou de kystes adventifs, noms très^xacts et que j'aurais conservés s'il ne m'avait paru utile de régulariser la nomenclature.

§ 1. Les kystes ptrigènes ne nous anôtcronl pas longtemps, paice ,

KYSTES PÉRIGÊNES. lH

qu'ils sont bien connus, et parce que, malgré leur grande variété, ils peuvent se ramener à un commun mécanisme. Leur contenu préexiste à la paroi; ils peuvent donc être considérés comme le type des kystes qui ont été désignés sous le nom de kystes non-préexistants. (Voy. plus haut, p. 20 et suiv.) Us se forment par suite d'un travail qui porte le nom d'enkysiement. Tout corps étranger à l'organisme et emprisonné dans les tissus peut s'enkyster, et s'enkyste même presque toujours lorsqu'il n'est pas rejeté à l'extérieur (1). L'inflammation qu*il provoque, ou, à défaut d'inflammation véritable, l'action irritante qu'il exerce sur les tissus, a pour conséquence la sécrétion d'une lymphe plastique qui s'infiltre jusqu'à une petite distance au sein des fibres adjacentes, et qui, s'organisant bientôt, constitue autour de lui une membrane isolante. La nature de cette membrane est indépendante de celle du corps étranger. Sa structure est celle des tissus inodulaires. On n'y trouve au microscope quedçs fibres de tissu fibreux ou de tissu conjonctif, plus ou moins mêlées quelquefois d'éléments fibro-plastiques. Par sa face externe, elle est en continuité de tissu avec les parties environnantes, dont on ne peut l'isoler que par la dissection. Sa face interne au contraire est libre d'adhérences. Toutefois lorsque le corps étranger est solide, la membrane du kyste est quelquefois appliquée si exactement à sa surface, et pénètre si bien dans toutes ses anfractuosités, qu'après l'incision du kyste il faut avoir recours, pour extraire ce corps étranger, à des tractions assez fortes et même à une sorte de dissection.

Lorsque le corps étranger qui s'enkyste, au lieu d'être situé dans l'épaisseur même des tissus, est placé dans une cavité naturelle, comme le péritoine, par exemple, le travail de l'enkystement est modifié, sinon dans sa nature, au moins dans sa forme. Des pseudomembranes s'organisent autour du corps étranger, mais ne l'entourent pas toujours complètement ; elles se bornent souvent à l'emprisonner dans un coin de la cavité séreuse, de telle sorte que tout d'abord la paroi du kyste est constituée en partie par la fausse mem-

(l)CoUe ri^Ie souffre trte-peu d'exceptions. Toatefois, certains corps étrangera métalliques peuyent sûjonrner dans les tissas sans être emprisonnés dans un kyste. J*ai trouvé une fois dans l'épaisseur du muscle carré pronateur un petit fragment de plomb irrégulier, large de 0*,00i environ/ et situé au milieu des fibres muscu* |air«B, qui n'en étaient séparées par aucune membrane, qui n'étalent le siège d'au- C1UW induration. Le tissu conjonctif ad|Jacent avait conservé sa transparence. On eût dit que le corps étranger venait d'être introduit dans le muscle; il y séjournait poortaDt depuis vingt ans. Le malade avait reçu au siège d'Anvers un coup de feu d^uis la partie inférieure de Tavant-bras. (Bii//. deiaSoc. nnat,^ ISô ! , t. XXVI, p. 118.)

H 2 KYSTES NÉOGÈNES.

brane, en partie par la séreuse elle-même. Plus tard cetle séreuse devient le' plus souvent le siège d'une exhalation fibrineuse qui complète le sac pseudo-membraneux; mais lorsque la substance enkystée est un liquide peu irritant, comme un épanchemcnt de sang, il peut se faire que la séreuse reste définitivement en contact avec le contenu du kyste.

La substance organisable qui donne lieu à Tenkystement des corps étrangers est sécrétée, je le répète, à la faveur de l'action irritante qu'ils exercent autour d'eux, et est de la nature des blaslèmes traumatiques ou inflammatoires. Elle est la conséquence de ce qu'on appelle la réaction des tissus, mais il faut que cette réaction soit modérée, qu'elle ne dépasse pas la période plastique de rinflammation, car si la suppuration se produit, le corps étranger, au lieu de s'enkyster, est presque nécessairement éliminé. Les corps étrangers ont donc d'autant moins de chance de s'enkyster qu'ils sont plus irritants, et que les parties avec lesquelles ils sont en contact sont dans des conditions plus favorables au développement de l'inflammation.

On comprend d'après cela que les corps étrangers introduits violemment dans les tissus ou formés à la suite d'une action traumatique doivent, toutes choses égales d'ailleurs, s'enkyster plus difficilement que les autres.

Les substances autour desquelles se forment les kystes périgènes sont très-variables. Elles viennent du dedans ou du dehors, elles sont solides ou liquides.

Elles sont le plus souvent privées de vie, mais quelquefois ausM ce sont des êtres vivants, introduits ou développés dans l'organisme, où ils se maintiennent par une nutrition parasitaire, à laquelle les vaisseaux de l'individu malade ne prennent aucune part directe.

Quant aux productions accidentelles organisées et vasculaires qui participent à la vie commune, comme les tumeurs cancéreuses, fibreuses, ou autres, elles peuvent s'entourer d'une membrane fibreuse ou cellulo-fibreuse qui les limite, mais qui ne les isole jamais complètement. On les a désignées pour cela sous le nom de tumeurs enkystées^ et cette dénomination peut être conservée sans inconvénient, pourvu qu'on ne s'en serve pas pour établir une confusion, ou même un simple rapprochement, entre les tumeurs dites enkystées et les corps étrangers enkystés. Dans ce dernier cas la membrane du kyste est de formationnouvelle, elle est closede toutes parts, nelaisse passer aucun vaisseau, et ne présente avec le contenu que des rapports de contiguïté, tandis que le prétendu kyste des tumeurs dites

KYSTES PÉRIGÈNES. 113

enkystées est constitué tantôt par l'enveloppe fibreuse naturelle de Forgane malade, tantôt par la condensation du tissu conjonctif ambiant; il ne forme pas une cavité close, puisqu'il laisse passer les vaisseaux nutritifs de la tumeur; enfin il est en continuité de tissu avec cette dernière, et lui adhère même plus fortement qu'il n'adhère aux parties environnantes. On ne peut donc faire aucun rapprochement entre ce faux kyste et les kystes périgènes que nous étudions ici.

Lies kystes périgènes peuvent se diviser en trois groupes, suivant qu'ils sont formés autour d'un corps organisé et vivant, autour d'un corps solide et inerte, ou autour d'un corps plus ou moins liquide.

!• JiCffstes périgènes formés autour (Tun être vivant. Ce groupe se subdivise en deux catégories bien distinctes : les kystes à ento- 2oaires et les kystes fœtaux.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire les kystes à entozoaires ou kystes hydatiques^ dont Tétude serait tout à fait étrangère à notre sujet. La présence d'animaux vivants, susceptibles de se reproduire, donne à ces kystes un caractère tellement spécial que nous ne pourrions nous en occuper sans sortir du cadre que nous nous sommes tracé. Le kyste qui entoure les entozoaires parenchymateux n'est qu'une lésion tout à fait accessoire. Le point essentiel c'est l'histoire de ces animaux mêmes, de leur origine, de leur migration, de leur reproduction, de leur vie et de leur mort, questions fort importantes sans aucun doute, et sur lesquelles les travaux modernes col jeté une vive lumière, mais qui n'ont aucune connexion avec l'étude des productions accidentelles.

Les kystes fœtaux se rattachent au contraire à notre sujet, parce que d'une part ils sont un produit direct de l'organisme, parce que d'une autre part les êtres qu'ils renferment n'ont qu'une vie de courte durée, et qu'une fois morts ils constituent de véritables corps étrangers.

On a désigné sous ce nom de kystes fœtaux deux espèces de kystes, entièrement distincts par leur nature et surtout par leur origine. Les uns sont consécutifs à une grossesse extra-utérine ; les autres sont désignés généralement sous le nom de ky&tes par inclusion^ en vertu d'une théorie que nous examinerons amplement plus loin. Nous essayerons de démontrer que cette théorie est erronée, que les prétendus kystes par inclusion n'ont rien de commun avec les kystes consécutifs à des grossesses extra-utérines, et que ceux-ci seuls sont de véritables kystes fœtaux. Mais cette discussion trouvera mieux sa place dans le paragraphe des kystes autogènes,

Page 1