‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 29 sur 103 · II · texte numérisé non relu

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et, pour éviter des répétitions^ nous renverrons à ce paragraphe ce que nous avons à dire des kystes fœtaux proprement dits, c'est-àdire des kystes périgènes formés autour d'un produit de conception égaré.

2* Kt/stes périgènes formés autour de corps inertes et solides, l/origine de ces corps est très-variable. La plupart viennent du dehors et pénètrent violemment dans les tissus; tels sont les balles, les éclats de verre, les projectiles de toutes sortes, etc. D'autres ont été introduits dans une plaie par la main du chirurgien et ensevelis sous la cicatrice; exemple : les Ûls d'une suture profonde, ou d'une ligature perdue. D'autres sont des esquilles détachées du squelette par une action traumatique, et séparées de toutes leurs connexions. Enfin, des séquestres de nécrose peuvent s'enkyster an milieu des chairs; j'en ai recueilli deux observations curieuses.

A l'exception des séquestres de nécrose, sur lesquels nous allons revenir, la plupart de ces corps étrangers produisent tout d'abord, dans l'épaisseur des tissus, une solution de continuité, et parcourent avant de s'arrêter un trajet d'une certaine étendue. La réaction traumatique, aggravée par leur présence, a toute chance d'aboutir à la suppuration, et alors ils ne s'enkystent presque jamais, parce que le pus se fraye une issue et les entraîne avec lui. La suppuration toutefois n'est pas un obstacle absolu à l'enkystément. Il peut se faire que le corps étranger, retenu par ses aspérités, ou fixe de toute autre manière (comme un fil à ligature entourant un vaisseau), reste en place pendant toute la durée de la suppuration, et qu'il soit ensuite enseveli sous les bourgeons charnus. Mais l'enkystement ne se produit en général que dans les cas où l'inflammation traumatique ne se termine pas par suppuration. Aussi remarque-t-on que ce sont les corps les moins irritants qui s'enkystent le plus souvent; les corps métalliques et les corps à surface polie, comme le verre, ont plus de chances de s'enkyster que les autres.

Lorsque le corps étranger s'enkyste au milieu des chairs, la membrane qui l'isole est de la nature des cicatrices ordinaires. Mais lorsqu'il s'enkyste dans le foyer d'une fracture, le tissu cicatriciel fait partie du cal et s'ossifie comme lui. On dit alors que le corps étranger est invaginé. Il n'est pas très-rare par exemple, à la suite des fractures comminutives, 4>e trouver de petites esquilles invaginées dans le cal.

L'enkystement des séquestres de nécrose est très-exceptionnel « J'en ai observé deux cas, et je n'en connais pas d'autre. La rareté

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du fait s'explique par cette circonstance que réiiminalion des séquestres est toujours accompagnée de suppuration. Les séquestres dits invaginés ne sont pas enkystés ; ils sont contenus dans des cavités purulentes, dans des abcès, qui ne peuvent être considérés comme des kystes, quoique leur membrane pyogénique soit de même origine et de même nature que celle des kystes péri* gènes. Mais lorsqu'un séquestre, imaginé ou non dans Torigine, s'isole de l'os et se porte au milieu des chairs, lorsqu'il est trop gros ou trop irrégulier pour s'échapper à l'extérieur à travers les trajets fistuleux, il peut arriver que la suppuration tarisse et que la cicatrisation se fasse autour de lui. Une fois enkysté, il peut séjourner dans les tissus un grand nombre d'années sans donner lieu & aucun accident. Dans l'un des deux cas que j'ai observés, un large et mince séquestre du tibia, détaché à la suite d'une brûlure, resta enkysté sous la peau de 1811 à 1854 sans que le malade s'en doutât, puis, au bout de quarante-trois ans^ il donna lieu à la formation d'un ulcère. Dans l'autre cas, un long et gros séquestre du péroné séjourna dans les chairs de 1793 à 1844, et ce fut seulement au bout de cinquante et un ans qu'il manifesta sa présence, en donnant lieu à un ulcère à la suite d'une légère contusion. J'ai recueilli cette dernière observation à l'hôpital du Midi, pendant mon externat dans le service de M. Ricord (1).

On peut rapprocher des kystes précédents, mais sans les confondre avec eux, les kystes qui entourent quelquefois certaines concrétions formées dans les tissus et dues au dépôt d'une matière non organisée (tubercules crétacés, concrétions pierreuses, etc.). Ces concrétions, au surplus, se déposant toujours très-lentement, sont très-souvent privées d'enveloppe kystique, et sont en contact direct, ou même en continuité avec les tissus environnants; de lù était venue l'ancienne idée qu'elles étaient dues à la pétrification de ces tissus.

Les phlébolithes, formées dans la cavité des veines dilatées, sont entourées d'un kyste qui est fourni par la paroi veineuse, et qui par conséquent n'est pas périgène.

Les concrétions qui se déposent dans les appareils excréteurs, et qui sont connues sous le nom de calculs peuvent^ dans des cas fort rares à la vérité, s'enkyster par un mécanisme qui diffère probablement beaucoup de celui que nous étudions. Les calculs en-

(1) J'ai donné ces deux observations, avec quelques détails de plus, dans l'article NecROSis de The Cyclopœdia ofPractical Surgery^ vol. III, p. 261. London, 1861, gnod in-8«.

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kystes des parois de la vessie sont peu connus parce qu'ils sont fort rares; il est probable toutefois que leur kyste n'est pas périgène et que la membrane qui les entoure n'est qu'un diverticulum de la muqueuse urinaire. On pense que ces calculs étaient d'abord contenus dans une cellule vésicale, dont l'orifice, de plus en plus rétréci, a fini par s'oblitérer ; ou bien qu'ils se sont formés dans la partie inférieure de l'uretère, que, toujours coiffas par la muqueuse de ce conduit, ils se sont développés en séparant la tunique muqueuse de la vessie de la tunique musculeuse, et que, ne communiquant plus avec l'uretère que par une ouverture étroite, ils se sont enfin enkystés par suite de l'oblitération de cette ouverture. Dans l'un ou l'autre cas, le kyste est progène, puisqu'il a pour paroi une muqueuse préexistante. On a supposé qu'un calcul pouvait s'échapper hors de l'appareil excréteur, se porter dans les tissus environnants et s'y entourer d'un kyste périgène; mais cela est fort peu probable, au moins pour les calculs urinaires, car l'épanchément d'urine qui est la conséquence de la perforation provoque presque inévitablement une inflammation suppurative qui met obstacle à l'enkystement.

3^ Kystes périgèna formés autour d'un corps plus ou moins liquide. Pour qu'une substance liquide ou presque liquide puisse s'enkyster au milieu des tissus, il faut qu'elle soit peu irritante. Ainsi l'urine, la bile, qui s'extravasent, ne s'enkystent pas. Mais les substances moins irritantes peuvent s'enkyster. Parmi elles nous citerons en première ligne le sang liquide ou coagulé, puis les épanchements traumatiques de sérosité, les tubercules ramollis et plus ou moins purulents, enfin le pus lui-même dans quelques cas très-exceptionnels.

Le sang extravasé, par suite d'une contusion ou de la rupture spontanée d'un vaisseau, en asse2 grande abondance pour constituer un fvyer sanguin^ peut se résorber entièrement, ou donner lieu à une inflammation suppurative (abcès sanguin). Mais il peut aussi s'enkyster, et cela a lieu lorsqu'il provoque seulement une inflaoïmation modérée. Le blastème inflammatoire, se combinant aux tissus qui limitent le foyer, s'organise en une membrane plus ou moins épaisse, d'abord tomenteuseou veloutée, et pouvant plus tard devenir tout à fait lisse. La matière contenue dans la cavité de ce kyste périgène présente de très-grandes variations. C'est quelquefois un caillot noirâtre etfriable, pouvant se ramollir et former unemasse plus ou moins gélatineuse, ou grumeleuse, dont la couleur est trèsvariable, tantôt brune, tantôt d'un jaune orangé, d'un rouge plus ou

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moins clair, etc. D*autres fois c'est une masse grumeleuse et friable, mais plus solide, renfermant peu de matière colorante, et présentant une grossière ressemblance avec la matière tuberculeuse. Celte masse est en grande partie composée de fibrine^ mais ce n'est pas, comme on Ta admis sans réflexion, un caillot sanguin réduit à sa trame flbrineuse ; on n*a pas songé que le sang ne renferme que trois millièmes de fibrine tout au plus, qu*en d'autres termes une concrétion flbrineuse du poids de 3 grammes supposerait un épanchement de plus d'un kilogramme de sang. Les amas de flbrine qu'on trouve dans certains kystes hématiques ne proviennent donc du sang extravasé que pour une très-faible partie. Le reste a été fourni parla sécrétion dont la paroi du kyste estle siège, ou provient de la lymphe plastique qui a été exhalée dans la cavilé du foyer pendant que la paroi s'organisait. — Les phénomènes qui précèdent s'observent lorsque le sang se coagule dans le foyer. Mais, hans qu'on sache pourquoi, il ne se coagule pas toujours; il peut rester liquide pendant plusieurs mois, plusieurs années, en conservant sa couleur, ei quelquefois même sans perdre la propriété de se coaguler dans le vase où on le reçoit après la ponction du kyste. Il est d'ailleurs assez rare que ces collections de sang se maintiennent ainsi sans altération. Le plus souvent, la paroi qui les entoure devient le siège d'un double mouvement d'absorption et d'exhalation. Les globules se fendillent en étoiles, puis se dissolvent ; la matière colorante disparaît peu à peu, le liquide devient ainsi de plus en plus séreux, de plus en plus transparent, et peut enfin devenir tout à fait limpide. Cette transformation au surplus est extrêmement lente. Dans un cas que j*ai communiqué à la Société anatomique, un vaste épanchement sanguin de la cuisse, ponctionné au bout de neuf mois, était encore très-coloré en rouge et renfermait une grande quantité de globules de sang. Le kyste contenait 450 grammes de liquide (i).

On a quelquefois l'occasion d'étudier toutes ces modifications des kystes hématiques chez les individus atteints de tumeurs molles et très-vasculaires, et surtout de tumeurs encéphaloïdes. J'ai parlé, dans la première partie de cet ouvrage, de la propagation des productions accidentelles aux parois des artères qui les traversent, et des extravasations qui en sont la conséquence et qui constituent Vétai hématode (2). La rupture de vaisseaux plus petits donne lieu à des épanchements de sang moins considérables, qui cessent de

(1) BuUeiinsde la Soe. anat,, 2* lérie, t. I, p. 140 (I86C).

(2) Voy. plus buut, t. I, p. 207 .

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communiquer avec les vaisseaux, et qui s'enkystent fréquemment au sein de la substance du pseudoplasme. Certaines tumeurs renferment ainsi un grand nombre de kystes, contenant les uns du sang liquide ou coagulé, les autres des grumeaux fibrineux ou une bouillie chocolat, d'autres un liquide plus ou moins décoloré, d'autres enfin, de la sérosité limpide. Je m'empresse d'ajouter que des kystes d'une tout autre nature peuvent se développer dans les tumeurs cancéreuses ou autres, mais il y a des cas où l'origine hématique est tout à fait évidente.

Le sang épanché dans la cavité des séreuses peut se concentrer en un foyer situé dans une partie déclive de cette cavité, et tend alors à s'entourer d'un kyste périgène dû à l'organisation des pseudo-membranes sécrétées par la séreuse. Ces fausses membranes ne forment pas seulement une cloison de séparation ; elles forment autour du foyer sanguin un sac complet, quelquefois fort épais, qui semble, dans la plus grande partie de son étendue, se confondre avec la séreuse, mais qui lui est simplement accolé, au moins dans l'origine. Plus tard, des vaisseaux de formation nouvelle peuvent traverser la séreuse et se répandre sur les parois du kyste périgène.

Les parois des kystes hémaliques sont rarement parfaitement lisses; elles ne le deviennent que lorsque leur contenu est tout à fait transparent. Le plus souvent elles sont tomeuteuses, recouvertes de petites saillies fibrineuses, de telle sorte que, lorsqu'on évacue le contenu par une ponction, la pression exercée sur la paroi superficielle donne lieu à un frottement qui constitue quelquefois une sorte de crépitation tout à fait caractéristique, et qu'on a appelée le cri de Vétam.

Les épanchements traumaiiques de sérosité^ dont on doit la description à Morel-Lavallée (1), tendent, plus encore que les épanchements sanguins, à entrer en résolution, mais peuvent cependant s'enkyster quelquefois. On sait que ces épanchements se produisent sous la peau, à la suite de froissements ou de chocs obliques, qui, forçant la peau à glisser tout à coup sur le plan ^ubjacent, amènent la déchirure du tissu conjonctif sous-cutané et donnent ainsi naissance à une cavité artificielle, quelquefois énorme, comprise entre

(I) Morel-La vallée, Èpancfiements iraumatique» de sérùsUé^ premier 5]émoire publié dans les Archives générales de méd,y 5« sér, t. I, p. 00! (1853). Le second Uémoire du même auteur a été publié dans le même recueil, 6« série, p. 20, 173 ei 300» sous le titre de : Décollements traumaiiques de la })eau et des couches sut» jucentes.

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