COMPLICATIONS. — DILATATIONS VARIQUEUSES
du réseau capillaire. Il est certain, par conséquent^ que quelquesuns au moins des gros vaisseaux de la tumeur du doigt provenaient des capilljiires primitifs, dilatés et hypertrophiés au point de s'être transformés en artères ou en veines.
Ainsi, les vaisseaux non capillaires des tumeurs érectiles peuvent provenir soit des capillaires hypertrophiés, soit des artères ou des veines des tissus envahis par le mal ; mais il est souvent difûcile, quelquefois impossible, de les rapporter à Tune de ces deux origines plutôt qu'à l'autre.
La dilatation des vaisseaux artériels ou veineux des tumeurs érectiles peut, à la longue, devenir très-considérable. Le plus souvent les parois de ces vaisseaux sont assez minces eu égard à leur calibre, ce qui facilite les progrès ultérieurs de la dilatation ; en outre elles^ peuvent présenter un grand nombre d'orifices arrondis, inégaux, très -rapprochés les uns des autres, et rappelant Taspect d'un crible irrégulier. Cet état cribleux peut exister sur les artères ou sur les veines. De là les noms de veino-criblure et ù'artério-crihlure employés par Gerdy pour désigner les tumeurs qui ont subi cette altération. L'état cribleux s'observe rarement ; je n'ai pas eu l'occasion de l'étudier en grand, mais les cinq ou six petites perforations qui existaient sur la paroi d'une yeine dilatée, dans la tumeur de la langue dont j'ai déjà parlé (voy. plus haut, p. 185), constituaient certainement le premier degré de l'état cribleux des veines, et je n'ai dès lors aucun motif pour élever des doutes sur l'exactitude des observations où il est dit que la criblure existait sur des vaisseaux artériels ou veineux d'un calibre plus considérable.
J'ai parlé jusqu'ici de la dilatation des vaisseaux contenus dans répaisseur même de la tumeur. Je dois étudier maintenant celle qui se manifeste, en dehors de la tumeur, sur les veines qui en partent, ou sur les artères qui s'y rendent.
La dilatation des veines émergentes n'est pas fort rare ; mais il est rare qu'elle s'étende jusqu'à une grande distance. Elle se présente en général sous la forme de varices plus ou moins tortueuses, d'où partent des veines encore diiatées, mais rectilignes, dont le calibre diminue graduellement et qui vont se rendre dans l'une des veines normales de la région. Quelquefois môme les veines variqueuses dont nous parlons reprennent brusquement, à très-peu de distance de la tumeur, un calibre très-petit, et alors aucun vaisseau dilaté d'une manière appréciable ne fait suite au paquet variqueux qui entoure la tumeur. Aipsi, dans l'observation déjà citée de M. Robin (voy. plus haut, p. 185), la tumeur érectile, grosse seule-
ment comme une cerise, était située dans l'épaisseur du muscle vaste interne, a Elle adhérait à un grand nombre de petites veines (( dont les plus grosses avaient le volume d'une plume de corbeau, et (( qui toutes avaient Taspect variqueux. Elles se perdaient dans l'éa paisseur du muscle auquel elles appartenaient (I). »
Ces veines étaient donc primitivement des veinules extrêmement petites, qui s'étaient dilatées ensuite de proche en proche jusqu'à une petite distance de la tumeur.
La dilatation consécutive et l'état variqueux des veines émergentes s'expliquent aisément par la distension qui résulte de l'arrivée d'une trop grande quantité de sang. Il est clair, en effet, qu'au niveau de la tumeur les vaisseaux capillaires dilatés établissent entre les artères et les veines une communication plus large qu'à l'état normal. Le passage du sang est donc facilité, et il est môme très-probable d'après cela que l'ampliation des veines émer> gentes doit être un phénomène constant; mais ce phénomène n'est pas toujours apparent ; il ne le devient que lorsqu'il est assez prononcé pour donner un calibre notable à des veinules presque invisibles. Les différences très-grandes qui existent sous ce rapport entre les diverses tumeurs érectiles dépendent sans doute en grande partie de la constitution individuelle du système veineux, comme cela a lieu pour la production des varices ordinaires mais elles dépendent probablement encore de l'état particulier des vaisseaux de la tumeur érectile, du nombre et de la largeur des tubes vasculaires qui font communiquer les artères avec les veines.
La dilatation des veines émergentes ne s'observe ordinairement que dans le cas de tumeurs érectiles veineuses. On a vu cependant quelquefois des tumeurs artérielles donner lieu à cette complication, mais toujours alors la dilatation des artères précède celle des veines et en est la cause déterminante. Sur la pièce^déjà mentionnée de M. Denucé, les veines du doigt médius, de la main et de la partie inférieure de l'avant-bras étaient énormément dilatées; mais elles communiquaient à plein canal avec les artères^ et l'ampliation dont elles étaient le siège était comparable à celle qui accompagne l'anévrysme artério-veineux.
L'existence de varicosités ou de varices véritables autour des tumeurs érectiles ne constitue en général qu'une complication de peu de gravité. Les veines dilatées reprennent promptemenl leur calibre normal lorsque la tumeur est traitée par des méthodes obli-
(1) Mém, de la Soc, de biologie, 1'* série, t. V, p. 183, année 1853.
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térantes, et ne donnent lieu à aucune hémorrhagie lorsqu'on a recours à l'extirpation .
La dilatation consécutive des artères afférentes est au contraire une complication fort sérieuse, qui, d'une part, modifie les symptômes et aggrave la marche du mal, qui, d'autre part, rend le traitement plus difficile, et peut même rendre très-dangereuse l'application de la plupart des méthodes opératoires.
La dilatation desarlères afférentes s'effectue de proche en proche ; elle peut s'étendre jusqu'à une très-grande distance, et acquérir des proportions effrayantes. Tandis que la complication précédente est l'apanage presque exclusif des tumeurs érectiles veineuses, celle-ci, au contraire, appartient presque exclusivement aux tumeurs érectiles artérielles. Il est extrêmement rare qu'une tumeur érectile bleue, quelque progrès qu'elle fasse, donne lieu à une dilatation notable des artères afférentes. Je n'en connais que deux exemples. L'un, rapporté très-sommairement par M. Porta, est relatif à un homme de quarante ans, qui avait au menton une tache vineuse congénitale. L'action irritante du rasoir modifia cette tumeur érectile « qui se transforma en un anévrysme par anastomose, accompagné d'un frémissement manifeste i (I). Or, les taches de vin sont des tumeurs érectiles veineuses, et le frémissement appréciable à la main est un phénomène dû à la dilatation des artères. Le second fait, beaucoup plus important, a été présenté à la Société de chirurgie par M. Demarquay. Une jeune fille était venue au monde avec une tache lie-de-vin, manifestement veineuse, qui occupait la partie moyenne du front. Vers l'âge de douze à treize ans, cette affection, qui était restée jusqu'alors stationnai re, commença à faire des progrès, se propagea à la paupière supérieure, et donna lieu à une UMneuT pulsati^y qui en peu d'années atteignit un volume considérable (8 centimètres sur 5). Lorsque la malade, âgée de vingtun ans, fut présentée à la Société, la tumeur était le siège de battements évidents, d'un frémissement appréciable au toucher, d'un bruit de souffle très-marqué, et M. Lebert fit remarquer que les artères du voisinage, dilatées et flexueuses, commençaient à devenir cirsoîdes. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que la peau conservait encore la couleur violacée qui caractérise les tumeurs érectiles veineuses (2). Il s'agissait donc d'une tumeur veineuse compliquée de dilatation artérielle. Mais ce fait est tout à fait exceptionnel.
(I) L -Porta, Df/r angeciasio, Milano, 1861, in-4«, p. 6.
(î) Bulletins de la Société de chirurgie, !« série, t. III, p. 10-21 (U juillet 1852).
La dilatation artérielle, à proprement parler, existe probablement dans tous les cas de tumeurs érectiles ; car la présence de la tumeur ouvre au sang un passage plus libre qu'à l'état normal^ et il est difficile que les artérioles afférentes ne finissent pas par s'élargir un peu ; mais cette dilatation ne devient appréciable, et ne mérite d'être prise en considération que lorsqu'elle est assez prononcée pour modifier plus ou moins la marche et les symptômes de la tumeur.
Le premier phénomène caractéristique est la production d'une pulsation plus ou moins obscure, plus ou moins manifeste. On a voulu faire une classe à part des tumeurs qui présentent ce symptôme ; quelques auteurs ont réservé pour elles le nom d^anévrysme par anastomose^ et de là est venue l'opinion que les véritables tumeurs érectiles ne présentent jamais de pulsations. Il ne s'agit que de s'entendre sur les mots ; il est bien clair que si l'on refuse le nom d'érectiles à toutes les tumeurs pulsatiles, par cela seul qu'elles sont pulsatiles, il ne restera plus dans le groupe des tumeurs érectiles proprement dites, que des tumeurs sans pulsations. Mais cette distinction est tout à fait arbitraire. Toutes les fois que les prétendus anévrysmes par anastomose occupent une situation assez superficielle pour qu'on puisse en étudier les débuts, on reconnaît qu'avant la période des pulsations, il y a eu une première période, souvent très-longue, où la tumeur ne présentait point de battements. Ceux-ci sont survenus ultérieurement, par suite d'une complication éventuelle, qui a aggravé la marche du mal, mais qui n'en a point changé la nature.
Les pulsations étant produites par l'arrivée du sang artériel, il est tout naturel qu'elles se manifestent lorsque les petites artérioles sur lesquelles se brise ordinairement la force saccadée de la colonne sanguine viennent à se dilater, et qu'elle; s'accroissent d'autant plus que la dilatation remonte plus haut sur le trajet des artères.
Signalons aussi comme possible la production d'un bruit de souffle, mais hâtons-nous d'ajouter que ce symptôme est beaucoup plus rare que la pulsation .
A un degré plus avancé, la dilatation des artères afférentes ne se borne plus à modifier les symptômes et la marche de la tumeur. Elle devient par elle-même la source de symptômes et d'accidents spéciaux. Les artères ne se dilatent pas seulement dans le sens transversal ; elles s'allongent en formant des ficxuosités, des tire-bouchons, des anneaux, et même de véritables tumeurs distinctes de
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la tumeur primitive et comparables, quant à la disposition, aux paquets variqueux ; cette ressemblance a donné lieu aux noms de varices artérielles, à'anévrysmes cirsoîdes, sous lesquels on désigne les vaisseaux artériels ainsi développés.
L*état cirsoïde des artères peut remonter bien au delà des limites de la tumeur érectile ; et cette complication est tellement grave, qu'elle fait en quelque sorte oublier la lésion qui en a été le point de départ. Je suis loin de nier l'existence des varices artérielles comme lésion idiopathique et primitive. Mais il est certain que cette affection est souvent, je crois môme pouvoir dire le plus souvent, consécutive à la présence d*une tumeur érectile artérielle. Cela résulte déjà des observations relatives aux varices artérielles des membres, de la face et du front. Cette étiologie parait faire défaut, il est vrai, dans beaucoup de cas de varices artérielles du cuir cbevelu, mais une tumeur érectile cachée sous les cheveux peut échapper à l'attention des malades, jusqu'au jour où surviennent les battements, et où l'affection revêt la marche des anévrysmes cirsoîdes.
Au surplus, je ne dois pas m'occuper ici de la fréquence relative des varices artérielles primitives, et de celles qui sont consécutives à la présence d'une tumeur érectile. 11 me suffit de constater que les tumeurs érectiles artérielles peuvent donner lieu à des anévrysmes cirsoîdes qui, d'abord limités aux artérioles les plus voi- Mnes, peuvent ensuite, de proche en proche, remonter jusque sur les troncs, et se propager à toutes les artères d'une région.
Un des points les plus remarquables de l'histoire des anévrysmes cirsoides du cuir chevelu, c'est la ressemblance considérable et quelquefois tout à fait trompeuse, qui existe entre ces tumeurs et les anévrysmes artério-veineux. Dans les deux cas, les artères sont dilatées de la même manière, elles peuvent l'être au même degré, dans toute l'étendue des téguments du crâne, et donner lieu à des symptômes presque identiques. En outre, dans les deux cas, les veines de la région peuvent devenir variqueuses et pulsaliles. Le diagnostic de ces deux affections repose aujourd'hui sur des caractères assez précis, mais pendant longtemps on les a confondue» l'une avec l'autre, et on ne sait comment il faut interpréter certaines observations publiées il y a seulement une vingtaine d'années (t). Rien ne semble plus différent au premier abord que la
(I) Vojez le Mémoire d'Alpboose Robert, intitulé : Considérations pratiques sur /^t vm^kes artériellet du cuir chevelu, Paris, 1851, broch. in-8«.
cause traumatique de ranévrysme artério-veineux, et le pelitoievus congénital ou accidentel, qui est souvent le point de départ des varices artérielles. Il faut cependant qu'il y ait quelque chose de commun entre ces deux causes, au point de vue de leur mode d'action sur les vaisseaux environnants, et ceci va nous permettre sinon d'expliquer le mécanisme de la dilatation cirsolde des artères qui aboutissent aux tumeurs érectiles, du moins de fournir Tun des éléments de cette explication.
Tout le monde sait que les individus atteints depuis plusieurs années d'anévrysme artério-veineux du pli du coude, ont ordinairement l'artère humérale dilatée et plus ou moins flexueuse. Cette dilatation, qui s'accompagne d'un amincissement considérable, peut remonter jusque sur l'artère axillaire, jusque sur la sous-clavière, et j'ai même présenté à la Société de chirurgie un cas où elle s'étendait jusqu'au tronc brachio-céphalique. Dans ce dernier cas, Tartère humérale, le long du bras, était beaucoup plus grosse que le corps de l'humérus, et n'avait pas moins de 86 millimètres de circonférence (I), mais elle reprenaitson calibre normal immédiatement au-dessous de la phlébartérie (ou orifice artério-veineux). La dilatation affecte toujours exclusivement les parties du système artériel qui sont situées entre le cœur et la phlébartérie ; elle se produit sur le trajet du sang que le cœur lance directement dans les veines à travers cette ouverture accidentelle, et il est impossible de l'attribuera une distension purement mécanique, puisque la colonne sanguine, trouvant un libre passage dans les veines, exerce sur les parois artérielles une pression moindre qu'à l'état normal. Cen'est donc pas parce que la pression est augmentée, que les artères se dilatent, mais parce que la résistance de leurs parois est diminuée ; et il n'est pas nécessaire d'expliquer ce fait, pour constater que la nutrition régulière des parois artérielles exige une certaine pression, au-dessous de laquelle elles deviennent le siège d'une sorte d'atrophie. Ayant ainsi perdu une partie de leur résistance, elles se laissent distendre et amincir par la pression de la colonne sanguine. Il y a, il est vrai, une circonstance qui atténue les conséquences de cette altération des parois artérielles : c'est qu'elles sont soumises à une tension moins forte qu'à l'état normal. Mais ces deux phénomènes, la diminution de la tension, et la diminution de la résistance des parois, quoique liés l'un à l'autre par une
(1) Bull, de la Soc. de chirurgie, 2« série, t. IV, p. 8U2-402, sept. 186 ?. Voyei I» flgmv. P- 397 .
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relation de causalité, ne sont pas nécessairement en proportion Ton de l'autre. Le premier est la cause du second, mais une cause déterminée ne produit pas des effets identiques chez tous les individus. Voilà pourquoi la dilatation de l'artère au-dessus d'une phlébartérie présente de si grandes variétés. Cette dilatation est quelquefois presque insignifiante, même au bout d'un grand nombre d'années. D'autres fois elle est très-considérable, et l'exemple que j'ai cité plus haut prouve qu'elle peut aller jusqu'à donner à l'artère humérale un calibre bien supérieur à celui de l'aorte descendante. Tantôt, elle n'occupe sur la longueur du vaisseau qu'une étendue de quelques centimètres ; tantôt, au contraire, elle remonte de proche en proche jusqu'au voisinage du cœur. Ces variations dépendent sans doute en partie de la largeur deroriflce phlébartérique ; mais elles dépendent surtout de la constitution individuelle du système artériel.
On a cherché à expliquer autrement l'amincissement et la dilatation des artères au-dessus desanévrysmesartério-veineux. Breschet supposait que le sang veineux refluait dans l'artère au moment de la diastole du cœur, que le contact de ce sang veineux avait la propriété de donner aux parois artérielles une structure analogue à celle des parois veineuses, et que l'amincissement et la dilatation des artères étaient la conséquence de cette transformation. C'est un contre-sens de physiologie et même de physique^ ainsi que je l'ai démontré ailleurs (I). J'ai admis dans mon Traité des anévrysmes une autre explication à laquelle je me vois obligé de renoncer aujourd'hui. On sait que le calibre des vaisseaux, toutes choses égales d'ailleurs, tend à se mettre en harmonie avec la quantité de sang qui les traverse. C'est ainsi que se développent les artères d'un utérus gravide ou d'une tumeur qui s'accroît. Or, l'existence d'une phlébartérie facilite l'écoulement du sang artériel et augmente la quantité de sang qui dans un temps donné traverse l'artère blessée ; j'avais donc supposé que cela pouvait expliquer la dilatation de ce vaisseau (2), mais le fait récent que j'ai observé m'a démontré l'insuffisance de cette explication. Les artères dilatées par le passage du sang conservent la structure des vaisseaux normaux. Elles ne s'amincissent pas ; bien au contraire leurs parois s'épaississent en proportion de l'accroissement de leur calibre. Or, dans la phlébartérie ces parois deviennent plus minces qu'elles ne
(1) Broca, Oef amévrytmes et de leur traiiement^ Paris, 1856, in-8*, p. 70. (3) Loc. cit., p. 78.
relaient avant la dilatation; elles sont le siège d'une altération de nutrition, d'une atrophie q^i contraste avec Thypertrophie constatée dans les cas précédents. Cette altération de nutrition était d'ailleurs rendue évidente, chez mon malade, par la production d'un anévrysme fusiforme gros comme un œuf de poule, qui s'était développé sur le tiers supérieur de l'artère humérale, longtemps après la saignée malheureuse qui avait donné lieu à la formation de ranévrysmc. artério-veineux du pli du bras. Si maintenant ron se demande comment la présence d'une phlébartérie peut troubler la nutrition des parois du tronc artériel correspondant, si Ton cherche en quoi les conditions normales s'y trouvent perverties, on trouve que ces conditions n'ont subi qu'un seul changement, résultant de la diminution de la tension du vaisseau. Il ne serait pas impossible de montrer que la diminution de la tension artérielle, c'est-à-dire de l'amplitude des oscillations qui correspondent à la diastole et à la systole, est un trouble fonctionnel, équivalent à celui qui fait atrophier les organes dont les fonctions sont diminuées. Mais ces rapprochements ne sont pas nécessaires, il nous suffit de constater que les artères sont appelées à vaincre par leur contractilité plus encore que par leur élasticité la résistance des capillaires, que lorsque le sang qui les traverse trouve un écoulement anormal qui équivaut à la diminution de cette résistance, leur contractilité n'est plus sollicitée à un degré suffisant, et que dès lors leur tunique contractile ou musculaire subit une atrophie plus ou moins considérable.
Maintenant, personne n'ignore que les artères les plus petites senties plus contractiles ; plus le calibre de ces vaisseaux décroit, et plus s'accroît l'épaisseur relative de leur couche musculaire. — Et s'il est vrai que la production de l'état cirsoïde au-dessus d'une phlébartérie, soit la conséquence de la diminution de la contractilité artérielle, on doit s'attendre à voir cet état cirsoïde prendre des proportions relatives d'autant plus grandes que l!artère lésée est moins volumineuse. On sait en effet que les anévrysmes variqueux des petites artères du cuir chevelu donnent lieu à des dilatations artérielles énormes, qui, d'anastomose en anastomose, peuvent s'étendre à tout le réseau des artères de la voûte du cr&ne.
Ceci va nous conduire à l'explication de l'état cirsoide qui se manifeste quelquefois sur les artères nourricières des tumeursérectiles, et qui. de branche en branche, peut remonter jusqu'à une grande dislance. L'examen anatomique nous a montré que le réseau capillaire est considérablement dilaté au niveau de ces tu-
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meurs. La communication des artères avec les veines se trouve ainsi rendue plus facile, et nous trouvons ici, en petit, des conditions comparables à celles qui résultent de l'existence d'une phlébartérie. Il n'est donc pas surprenant que les artères afférentes se dilatent et s'allongent par un mécanisme analogue, et si quelque* chose a lieu de nous étonner, c'est que ce phénomène ne soit pas constant. Mais nous rappellerons d'abord que, dans l'anévrysme variqueux, la même cause ne produit pas constamment les mêmes eCTcts ; que le degré de dilatation des artères est extrêmement variable, et que ces variations dépendent principalement de la constitution individuelle du système artériel. Nous devons donc nous attendre déjà à trouver, dans le cas de tumeurs érectiles, des variations analogues. En outre, l'état particulier des vaisseaux de la tumeur, la largeur des capillaires dilatés, la situation et l'étendue du réseau vasculaire anormal, constituent des conditions extrêmement variables. Il y a des tumeurs érectiles rouges, il y en a de bleues. Cela veut dire que le sang traverse les premières plus rapidement que les secondes, puisque dans les tumeurs rouges il parcourt tout le réseau capillaire, sans avoir le temps de s'y désoxygéner, tandis qu'il a déjà perdu le caractère du sang artériel lorsqu'il arrive dans les tumeurs bleues ; et ces différences, relatives au plus ou moins de rapidité du passage, dépendent évidemment de l'inégale résistance que le liquide rencontre sur son chemin. Or, la diminution de la tension des artères afférentes est proportionnelle à la diminution de la résistance que le réseau capiU lairc oppose à l'écoulement du sang. La tension artérielle est donc diminuée d'une manière plus notable aux abords des tumeurs «'^rectiles rouges, qu'aux abords des tumeurs érectiles bleues, et si notre théorie est fondée, la dilatation des artères afférentes doit se produire bien plus aisément dans les premières que dans les dernières. C'est ce que l'expérience a effectivement démontré. Cette dilatation ne s'observe que très-exeeptionnellement dans les tumeurs érectiles veineuses, tandis qu'elle est malheureusement assez fréquente dans les tumeurs artérielles.
Le cas le plus favorable à la dilatation des artères est celui où la circulation artérielle et la circulation veineuse communiquent le pins largement et le plus directement au niveau de la tumeur. Dans l'observation déjà citée de MM. Michon et Denucé, l'ampliation du réseau capillaire du doigt était devenue telle que les artères et les veines de ce doigt communiquaient à plein canal par des troncs presque aussi gros qu'une plume à écrire ; les artères de l'avant-
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bras et de la main se trouvaient donc placées, sous le rapport de la tension, dans des conditions tout à fait comparables à celles que produit un anévrysme artério-veineux ; et ces artères avaient effectivement subi une dilatation énorme, qui, d'abord limitée à la région du doigt, avait de proche en proche, à mesure que les vaisseaux communiquants du doigt s'élargissaient, gagné les artères de la main, du poignet, et de Tavant-bras. Les parois de ces vaisseaux étaient atrophiées et amincies, il s'était môme formé sur le trajet de la cubitale un anévrysme artériel fusiforme, du volume d'une noix. C'est un nouveau point de ressemblance entre les dilatations artérielles qui compliquent les tumeurs érectiles, et celles qui se produisent au-dessus des anévrysmes artério-veineux, car on n'a pas oublié qu'un anévrysme fusiforme, gros comme un œuf de poule, s'était formé sur le tiers supérieur de l'artère humérale dans le cas de phlébartérie du pli du coude, que j'ai déjà mentionné (voir plus haut, page 494). J'ajoute que, sur la pièce injectée par M. Denucé, les veines du doigt, de la main et de l'avant-bras, étaient devenues énormes, comme cela a lieu du reste toutes les fois que le sang artériel fait directement irruption dans le système veineux.
Le parallèle que je viens d'établir entre les anévrysmes variqueux, les anévrysmes cîrsoîdes et les tumeurs érectiles compliquées d'artériectasie, mesemble jeter un jour nouveau sur les causes, jusqu^ici fort obscures, qui président à la dilatation passive des artères. On me pardonnera peut-être la longueur de cet exposé, si l'on songe que la dilatation artérielle est la complication la plus grave des tumeurs érectiles, et qu.e beaucoup d'auteurs ont même, d'après cela, cherché à faire une espèce à part, sous le nom d'anévrysmes par ancatomose, des tumeurs érectiles qui présentent cette complication. Il m'a paru utile d'établir que l'anévrysme par anastomose n'est ni une espèce particulière, ni même une variété primitive de l'espèce des tumeurs érectiles, qu'il n'est qu'une tumeur érectile altérée, que cette altération survient non pas nécessairement mais naturellement^ par suite de l'exagération de conditions communes, sans doute, à toutes les tumeurs érectiles, mais développées surtout dans les tumeurs érectiles artérielles, et que celles-ci, par conséquent, pouvant toujours passer à l'état d'anévrysmes par anastomose, ne doivent pas être abandonnées à elles-mêmes.
Reprenons maintenant l'étude anatomo-physîologique des tumeurs érectiles. Nous avons décrit la structure et la formation de ces tumeurs ; nous avons parlé des complications qui peuvent survenir, pendant leur évolution, soit dans leurs vaisseaux propres.