‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 59 sur 103 · TRAITEMENT. — VACCINATION · texte numérisé non relu

TRAITEMENT. — VACCINATION

à 20*. Une solution plus concentrée pourrait produire une petite eschare, et laisserait une cicatrice légèrement brunâtre. Cette application est quelquefois très-douloureuse ; c'est un inconvénient assez sérieux ; j'y ai obvié deux fois en soumettant les malades au chloroforme ; mais dans un de ces cas la douleur reparut après le réveil etnes'éteignit qu'au bout de trois heures. Onn'applique aucun pansement. Une croûte brunâtre, mince et lisse, qu'on prend volontiers pour une eschare, se forme rapidement; elle se détache cinq ou six jours après, sans suppuration, et on reconnaît alors que le derme n'a pas été entamé. Lorsque l'opération a réussi, la peau présente une teinte brunâtre, qui disparait ordinairement en quelques semaines, mais qui pourtant n'était pas encore dissipée au bout d'un an chez une de mes malades ; j'ignore si elle a définitivement persisté; cela me paraît assez probable. J'ajoute que la malade était néanmoins très-satisfaite du résultat. Dans un cas où une première application de perchlorure avait seulement atténué la couleur bleue de la tache, j'ai obtenu une guérison complète par une seconde application du même moyen.

Le procédé endermique, étant douloureux et incertaiu, doit être réservé pour les cas où les autres procédés échouent habituellement. Je ne conseillerai donc pas de traiter ainsi les taches ou les tumeurs artérielles, contre lesquelles on dispose d'un grand nombre de moyens. Mais les grandes taches vineuses de la face constituent une difformité si choquante, et sont si rebelles aux autres traitements, qu'il vaut la peine alors de tenter l'application de ce procédé.

Les procédés d'inoculation sont au nombre de deux; je dirais même de trois, si l'on pouvait citer, autrement que pour la blâmer, l'inoculation de la pourriture d'hôpital.

Chez les individus qui n'ont pas encore été vaccinés, Vinoculation du virus vaccinal, pratiquée sur la tumeur, y provoque un travail inflammatoire qui est suivi de l'oblitération d'un grand nombre de vaisseaux, et qui, dans beaucoup de cas, amène une guérison définitive. Les pustules se développent et se comportent comme si l'inoculation avait été faite partout ailleurs, et, lorsque les croûtes tombent, on n'aperçoit plus, à la place de la tumeur, que les cicatrices ordinaires de la vaccine. La guérison est ainsi obtenue â la faveur d'une opération qu'il aurait fallu pratiquer en {ous cas, et qui atteint le double but de préserver de la variole et d'exercer sur la tumeur érectile une action curative. Lorsque le sujet a déjà été vacciné, l'inoculation du vaccin serait souvent sans efiTet; et c'est

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alors que M. Lafargue (de Saint-Émilion], a recours à riaoeulation de Vhuile de croton-tiglium. Chaque piqûre donne lieu à une pustule, qui agit de la même manière que la pustule vaccinale, mais dont les effets sont beaucoup moins réguliers (i).

Le traitement des tumeurs érectiles par l'inoculation du vaccin était déjà employé depuis plusieurs années en Angleterre, et plusieurs chirurgiens, entre autres Ëarle, Downing (2), Hodgson, etc. en avaient obtenu de^bons résultats, lorsque M. Tarral le Ot connaître en France, en 1834 (3). M. Yelpeau ne tarda pas à l'appliquer (4) ; mais il n'y a guère plus de quinze ans qu'il est entré dans la pratique générale. — La réclamation de priorité élevée en 1847 par Carroii du Villards, qui prétend avoir appliqué ce procédé, en 1822, avec un succès complet (5), ne peut vraiment pas être admise, car elle n'est accompagnée d'aucune preuve. Il est même digne de remarque que l'auteur, passant aussitôt à un 'autre procédé a qui est aussi de son invention, » renvoie à un mémoire publié dix ans auparavant, par M. Compérat, « un de ses élèves les plus chers, » et que dans ce travail, oiî se trouve exposée la pratique de Garron du Villards, M. Compérat cite le mémoire de M. Tarral sans dire un seul mot de l'inoculation vaccinale (6).

L'inoculation vaccinale se pratique avec une lancette ou avec une simple aiguille. Elle doit être faite sur la tumeur même et non autour de sa base, comme quelques personnes l'ont conseillé . Les piqûres sont multipliées en raison de l'étendue de la tumeur; lorsqu'il s'agit d'une simple tache, on peut les espacer de 10 à 13 millimètres; on les rapproche davantage lorsque la tumeur est plus épaisse. Ces piqûres saignent presque toujours, parce que l'épiderme est si mince, et la surface du derme si vasculaire, que l'instrument blesse presque inévitablement quelques vaisseaux. On a craint que cette hémorrhagie ne fit échouer l'inoculation; mais l'action du virus vaccin est qualitative et non quantitative, et, dès le moment que la lancette a touché les tissus, il n'y a pas d'hémorrhagie qui puisse empêcher l'inoculation de réussir. J'ai pu m'en assurer dans le cas suivant : Une petite fille de 3 mois avait sur la

(1) Gazette médicale^ 1S44, p. 76.

(3) The iMHcet, 1829, vol. 11, p. 237.

(3) Archives générales, 2* série, U VI, p. 306.

(4) Velpeaii, MécL opératoire^ 2* éd., t. m, p. 39, Paris, 1839, in-8*.

(&} Garron du ViUards, Guide pratique pour t étude et le traitement des maladies desyeux^ Paris, 1847, io-S», t. I. p. 356. (0) buUeiinde thérapeutique, 1837, t. XII, p. G8.

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