‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 58 sur 103 · TRAITEMENT. — PROCÉDÉS IRRITANTS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT. — PROCÉDÉS IRRITANTS

Citons enfin l'injection d'i^cide nitrique étendji, pratiquée dès 1828 par Lloyd, chirurgien de Thôpital Saint-Barlbélemy de Londres (I). Ce procédé est défectueux, mais il mérite cependant une mention particulière, parce que c'est, je pense, le plus ancien procédé de la méthode des injections coagulantes.

Les injections coagulantes et la galvano-puncture sont désignées avec raison sous le nom de procédés coagulants, parce que leur premier effet est incontestablement la coagulation du sang. Mais elles ne se bornent pasà produire des caillots ; elles agissent encore en irritant les tissus, et Tinflammation qu'elles provoquent peut amener consécutivement l'oblitération des vaisseaux qui étaient restés perméablts après l'opération. Elles ont donc quelque chose de commun, dans leur mode d'action, avec les procédés dont nous allons maintenant nous occuper.

2® Les procédés irritants sont extrêmement nombreux, et nous n'avons même pas la prétention de les énumérer tous. On peut les diviser en deux groupes : les uns, en effet, attaquent les tumeurs érectiles par leur surface, les autres portent directement leur action jusque dans la profondeur du tissu pathologique.

Dans le premier groupe, nous rangerons les moyens qui agissent à travers l'épiderme, ceux qui agissent par la méthode endermique, et nous y joindrons les procédés d'inoculation.

Nous avons déjà parlé des badigeonnages d'iode, à l'occasion des astringents, et nous avons dit quererficacité,assez minime d'ailleurs, de ce moyen était peutrêtre due à son action irritante. Les frictions de pommade stibiée, employées par Young et par Cumming (2), produisent une éruption pustuleuse, et une inflammation qui peut se propager dans toute l'épaisseur du derme, à un degré suffisant pour faire oblitérer les nsevi superficiels. Les frictions d'huile de croton-tiglium rempliraient le même but, ainsi que les vésicatoires volants, ou les vésicatoires dont la suppuration est entretenue pendant quelque temps. M. Laboulbène parle de ce dernier moyen, mais ne paraît pas s'en être servi (3). M. Mangenot a cité six faits tendant à établir que des frictions exercées sur des tumeurs érectiles avec le nitrate de potasse finement pulvérisé produisent une éruption de phlyctènes, suivie de l'oblitération des vaisseaux subjacents. M. Tillieux a appliqué trois fois ce procédé et aobtenu dcuxsuccès (4).

(1) Cité daD8leMém.deTaml, Arch.gén.de m^efee.,1834,S«8érie, t.Vl, p. 200» {7f Gazette des Hôp., 1854, p. &39.

(3) Laboulbène, Thèaetde Paris, 18&4. n« 38, p. C7.

(4) Buiietin de thérapeutique^ I8&7, t. LU, p. 37 ; — ot t. LVU, p. 141.

Les procédés qui n'agissent que sur Tépiderme sont peu efficaces. On peut toutefois les essayer lorsque la tumeur érectile se réduit à une simple tache.

Je cite seulement pour mémoire l'observation d'une tumeur érectile de la langue qui fut guérie accidentellement par une salivation mercurielle (1). L'inflammation ulcéreuse de la muqueuse se propagea à la tumeur et en détermina l'oblitération.

L'application du perchlorure de fer par la méthode endermique m'a fourni quelques succès. On sait que Thierry traitait ainsi les yarices ; i] supposait que le perchlorure absorbé pénétrait dans les veines sous-cutanées et y faisait directement coaguler le sang. J'ai pu m'assurer plusieurs fois que ce moyen produit effectivei{ient l'oblitération des varices superficielles (3); mais les caillots Q'ont ni la dureté ni la permanence des caillots du perchlorure; ils disparaissent au bout de peu de mois, comme les caillots inflammatoires des veines ; je pense qu'ils sont dus, non à l'action chimique du sel ferreux, mais à son action irritante, et ce qui le prouve c'est que la coagulation, au lieu d'être immédiate, ne se manifeste qu'au bout de quelques jours. Ce moyen, appliqué au traitement des varices, est donc défectueux, et j'y ai renoncé ; mais les tumeurs érectiles diffèrent des varices en ceci, que l'oblitération inflammatoire les guérit presque toujours d'une manière définitive, et l'expérience m'a effectivement prouvé que ces tumeurs peuvent être traitées avec succès par le procédé que j'ai emprunté à Thierry. J'ai fait disparaître ainsi plusieurs taches vineuses congénitales de la peau ; et on sait que cette variété de tumeurs érectiles est en général fort rebelle. Mais, lorsque la tache vineuse s'accompagne d'une saillie, même médiocre, l'action trop superficielle du perchlorure produit i peine un peu de décoloration. En 1856, époque où j'ai publié mes premiers résultats, je n'avais encore traité par la méthode endermique que des taches tout à fait superficielles (3). Depuis lors, ayant voulu traiter de la même manière des taches plus ou moins saillantes, j'ai échoué deux fois, et n'ai plus recommencé.

Ce procédé s'applique de la manière suivante. On soulève Tépi* derme avec une compresse imbibée d'ammoniaque, et on promène sur le derme dénudé un pinceau imbibé de perchlorure de fer

(1) John Brown, Remooaiofan Anevrismal Tumour of the Tangue by Jfereviy, dans The Lancet, Marchth 30, 1833, ?o]. II, p. 9.

(2) Broca, Des anévrysmes et de leur traitement. Parts, 18&6, in-S», p. 230*

(3) Voy. mon article Peechloride op Irom, dans The Cyciopedia of Practicai Smt^ ger y f\ol, lU, p. GIO.

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