C. — Méthode destructive
Tous les moyens de destruction et d'extirpation que nous avons décrits dans notre première partie, en parlant du traitement des tumeurs en général, sont applicables aux tumeurs érectiles ; nous n'aurons donc à présenter ici que de courtes remarques additionnelles.
La cautérisation au fer rouge, pratiquée par Griefc et Dupuytren, a trouvé peu de partisans. Mais on a vanté un grand nombre de caustiques, parmi lesquels je citerai surtout l'acide nitrique, la potasse, la pâte de Vienne et le caustique de Filhos. Lawrence avait choisi l'acide nitrique, parce que ce caustique est coagulant et n'expoj^e pas aux hémorrhagies ; mais les vaisseaux des tumeurs érectiles sont ordinairement très-petits, et d'ailleurs on sait que les caustiques fluidifiants appliqués sur la peau ne donnent lieu^ en général, qu'à un suintement de sang à peu près insignifiant. Âug.
(t) Voy. le mém. de Tarral dans Arcfu gén, de médecine, 1834, 2« sér., t. Vf, p. 198, et celui d'Aaguste Bérard dans Gazette médicafe^ 1841, p. 689. Voy. aussi Tartide Tameare érectiles dans le Compendium de chino^gie de Bérard et Denoovilliert.
Bérard a donc donné la préférence à la pâte de Vienne, qui est facile à manier, qui est peu douloureuse, et qui détruit en huit ou dix minutes toute l'épaisseur de la- peau. Le caustique de Filhos me paraît préférable lorsque la tumeur n'a pas plus de 1 centimètre de large. C'est le môme caustique, rendu solide par la fusion, et la forme sous laquelle il se présente permet de le manier avec une grande facilité ; mais il est nécessaire d'humecter légèrement l'extrémité du bâton caustique avant de l'appliquer sur la peau. Si la tumeur était pulsatile, ou si seulement elle recevait des artères volumineuses, les caustiques fluidifiants devraient être absolument re« jetés, et ce serait la pâte de Ganquoin soit en nappe, soit en flèches, qui devrait recevoir la préférence.
L'extirpation des tumeurs érectiles par la ligature en masse comprend plusieurs procédés. Ces tumeurs sont quelquefois assez nettement pédiculées pour qu'on puisse, à l'exemple de Saviard (i), en étreindre la base avec un lien. Mais, le plus souvent, lorsqu'on veut les lier, on est obligé de leur créer un pédicule artificiel, en passant au-dessous de leur base une ou plusieurs épingles. Ambroise Paré se servait déjà de ce procédé (2) qui a été modifié et perfectionné par Rigal et par M. FayoUe (3).
Depuis que les procédés nombreux des méthodes non sanglantes se sont multipliés, l'extirpation au bistouri a été assez généralement abandonnée en France, où elle est réservée seulement pour certains cas plus ou moins exceptionnels. Mais elle a trouvé en Italie un partisan déclaré dans la personne de M. Porta. Cet habile chirurgien a opéré ainsi un très-grand nombre de tumeurs érectiles. C'est pour lui la méthode générale; mais il reconnaît pourtant qu'il faut y renoncer lorsque la tumeur occupe toute une région, lorsqu'elle est située profondément dans l'orbite, la bouche, la gorge, lorsqu'il faudrait pour l'enlever sacrifier un organe tel que la paupière, la lèvre, la joue, enfin lorsque, étant située sous la peau, elle renferme un grand nombre de veines volumineuses qui doivent faire craindre la phlébite (4). Les exceptions, comme on voit, sont assez nombreuses; et cette élimination une fois faite, on trouve que la plupart des tumeurs opérées par M. Porta devaient être des tumeurs érectiles assez superficielles et d'assez petit volume pour
(t) Saviard, Observations chirurgicales. Par», 170?,in-12, p. 615-616.
(2) Voyext. I, p. 611.
(3) Voy. t. I,p. 621.
(4) Porta, Dell'angectasia, Milano. 18CI, prand in-i». p 4 6-1 s.