TRAITEMENT. — APPRÉCIATION DES PROCÉDÉS
qu'on pût les extirper sans difficullé et sans danger sérieux ; mais par là môme la plupart de ces cas auraient pu se prêter à l'application d'un grand nombre de tnéthodes plus inoffénsives encore, dont plusieurs ont l'avantage de ne laisser aucune cicatrice.
En tout cas, lorsqu'on se décide à faire l'extirpation avec le bistouri, on ne doit pas perdre de vue l'indication posée par J.-L. Petit , et qui consiste à dépasser les limites de la tumeur, afin d'éviter l'hémorrhagie. On ne divise ainsi que des vaisseaux non dilatés et qui saignent peu. Mais il vaut mieux encore, lorsque le siège et la forme de la tumeur ne s'y opposent pas, l'extirper soit avec l'anse coupante galvano-caustique, soit avec l'écraseur li- • néaire. J'ai extirpé avec succès, au moyen de ce dernier instrument, une très-grosse tumeur érectile veineuse sous-muqueuse de la lèvre supérieure chez une petite fille de six ans.
Les tumeurs érectiles des membres nécessitent quelquefois l'amputation ; on ne se résigne à user de cette ressource extrême que lorsque la tumeur est très-étendue, compliquée d'une énorme dilatation des artères et des veines, et qu'elle donne lieu à de graves hémorrhagies. L'expérience a malheureusement prouvé que la liga« ture de l'artère principale du membre est alors presque toujours fanefficace. Mais j'avoue que, si je me trouvais en présence d'un cas de ce genre, avant de me résoudre i l'amputation, j'essayerais de déterminer dans les artères cirsoîdes qui aboutissent i la tumeur, et dans. les veines dilatées et flexueuses qui en émanent, des oblitérations multiples au moyen des injections de perchlorure de fer.
§ s. — Apprédadoii des procédés et diacassion des indicadons.
Les moyens qui ont été imaginés pour traiter les tumeurs érec* tiles sont trop nombreux pour qu'on puisse songer à les soumettre à une appréciation générale. On a l'habitude de répéter que cette immense richesse thérapeutique n'est qu'apparente, qu'elle masque la réelle pauvreté de l'art, et que, si l'on possédait un bon moyen, l'esprit des chirurgiens ne se serait pas ingénié à en inventer d'autres. Cette appréciation n*est nullement exacte. La multiplicité des procédés est ia conséquence nécessaire de la multiplicité des formes sous lesquelles se présentent les tumeurs érectiles, et de la gravité variable de leurs complications. Les procédés au surplus sont beaucoup moins nombreux au'on ne pourrait être au premier abord tenté de le croire; ce qui est en quelque sorte illimité, c'est le nombre des sous-procédés, c'est-à-dire des moyens qui, agissant
de la même manière et remplissant le même but, ne diffèrent les uns des autres que par des détails d'application de peu d'importance.
Si la thérapeutique des tumeurs érectiles s'est compliquée outre mesure, ce n'est point parce que les chirurgiens manquent de procédés suffisamment efficaces, car ils possèdent ici tous les moyens de destruction qu'ils emploient contre les autres tumeurs, et dont l'efficacité ne laisse rien à désirer ; c'est parce qu'ils s'eSbrcent de substituer à ces moyens violents des moyens plus inoflensifs. — Il y a un principe de prudence qui consiste à établir une balance entre la gravité du mal et celle des opérations qu'on lui oppose. Or, s'il •est des tumeurs érectiles qui menacent directement et prochainement la vie, il en est d'autres, bien plus nombreuses, qui sont tout à fait inoffensives, et qui ne mériteraient presque aucune attention si elles étaient cachées sous les vêtements. Il y a donc des cas où la chirurgie ne doit pas reculer devant une grave opération, et d'autres cas où elle doit proscrire tout moyen capable de faire naître quelque danger, où elle doit chercher, non les procédés les plus certains et les plus rapides, mais ceux qui ont le moins de gravité. Enfin, dans beaucoup de cas, le chirui^ien se propose uniquement de faire disparaître une tache qui trouble l'harmonie du visage, et une opération qui laisserait une cicatrice difforme et choquante manquerait entièrement son but. Lorsque les indications sont si variables, il est naturel que les procédés destinés à les remplir soient très-divers.
Nous allons maintenant poser quelques-unes de ces indications, sans avoir la prétention de passer en revue tous les cas particuliers et tous les procédés de détail.
Les procédés sanglants, tels que l'extirpation au bistouri, l'amputation, la ligature des artères afférentes, etc., ne doivent être ap* pliquésque lorsque les autres procédés sont inapplicables, ou qu'ils ont échoué, et lorsque en outre la tumeur fait des progrès inquiétants.
La ligature des troncs artériels ne peut être indiquée que lorsque la tumeur est pulsatile ; l'expérience a prouvé que ce moyen est presque toujours inefficace, excepté dans le cas particulier où la tumeur e^t située dans l'orbite. Ainsi, les tumeurs érectiles artérielles et pulsatiles de la cavité orbitaire seront traitées par la ligature de la carotide ; mais, avant d'en venir là, on devra tenter Tapplication de la galvano-puncture, et celle des injections coagulantes, quoique l'impossibilité d'immobiliser le sang par la compressicm diminue les chances de succès de ces deux procédés opératoires.