CHAPITRE X
§ 1. — Définition.
Différences des odont&mes et des tumeurs des dents. — - Je désigne sous le nom d'odontômes les tumeurs constituées par l'hypergénèse des tissus dentaires transitoires ou déflnitifs.
Les odontômes sont essentiellement la conséquence d'un trouble de nutrition survenu pendant l'évolution des bulbes dentaires : c'est ce que désigne le mot hypergénèse dont je me sers pour les définir. On l'emploie quelquefois, par extension, pour indiquer la formation des éléments en excès, dans un tissu quidevient le siège d'une hypertrophie ou d'une production homœomorphe similaire (1). Ainsi, par exemple, on dit que, dans les hypertrophies des glandes et dans les adénomes, il y a hypergénèse des culs-de-sac glandulaires et de leurs épithéliums; à ce compte, l'hypergénèse jouerait un rôle dans la formation de la plupart des tumeurs. Mais la signification primitive de ce mot était beaucoup plus restreinte et plus précise. Brcschet, à qui il est dû, s'en servait pour désigner l'excès de développement congénital des organes, et le définissait : c une déviation organique tenant à une augmentation de la force formatrice . » Je ne donnerai pas cette définition comme un modèle; mais elle prouve du moins que dans l'origine le mot hypergénèse s'appliquait à des troubles de formation ou de genèse, et non aux troubles qui peuvent survenir dans les organes parvenus au terme de leur développement.
C'est dans ce sens, parfaitement conforme à l'étymologie, que je fais figurer l'hypergénèse dans la définition des odontômes.
Les hypergénèses proprement dites sont ordinairement congénitales^ parce que la plupart des organes achèvent leur évolution pendant la vie intra-utérine ou très-peu de temps après la nais-
;t, Voy. t. f, p. lOlet Buiv.
sance. Mais quelques organes, au nombre desquels les dents doivent être citées en première ligne, continuent à parcourir les phases de leur formation pendant la vie extra-utérine, à tel point que les dents de sagesse ne terminent leur évolution qu'à l'approche de l'âge adulte. La définition que j'ai donnée des odontômes ne doit donc pas faire naître l'idée que ces tumeurs soient congénitales. Elles peuvent l'être, selon toutes probabilités, mais je n'en connais pas encore d'exemple.
Les odontômes peuvent se former partout où existe une dent en voie de développement. Les germes dentaires anormaux, qui se ren* contrent quelquefois soit dans les mâchoires, soit en dehors des mâchoires, peuvent donc devenir le siège de ces tumeurs; ils y sont même beaucoup plus exposés que les germes normaux, et on le concevra sans peine, si l'on songe qu'ils sont déjà eux-mêmes le résultat d'un excès de formation.
Lorsqu'une dent humaine est complètement développée, elle ne se prête plus à la formation d'un odontôme. Le phénomène de la dentification, il est vrai, n'est pas encore parvenu à son terme. Quoique la dent ne change plus de volume, la couche d'ivoire continue à s'accroître, jusque dans un âge avancé, aux dépens de la cavité dentaire. Mais cette dentification profonde s'effectue au sein d'une cavité à parois inextensibles, et, si quelquefois la dentine en excès, au lieu de former des couches concentriques, s'accumule sur un point de la paroi de manière à constituer une tumeur intradentaire, celle-ci, toujours extrêmement petite, détermine l'atrophie de la pulpe, mais ne peut faire à l'extérieur la moindre saillie.
D'autres tumeurs, non moins difTérentes des odontômes, peuvent également se former chez l'homme sur des dents adultes. Ainsi, l'irritation produite par une carie de la couronne peut provoquer dans le périoste dentaire un travail pathologique, par suite duquel des couches plus ou moins épaisses de cément se déposent sur la racine ; ce même périoste dentaire peut en outre devenir le siège de diverses productions accidentelles hypertrophiques ou néoplastiques ; et la pulpe enfin peut, lorsque la cavité dentaire est largement ouverte par suite d'une carie ou d'une fracture, s'hypertrophier et constituer des tumeurs assez curieuses.
Toutes ces tumeurs des dents, qu'elles soient internes ou externes, qu'elles proviennent de la pulpe ou du périoste dentaire, doivent être entièrement séparées des odontômes. Elles s'en distinguent tout à fait par leurs caractères cliniques, mais, ce qui est plus décisif encore, elles en diffèrent essentiellement par leur origine et par