‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 73 sur 103 · LES ODONTOMES ET LES TUMEURS DES DENTS · texte numérisé non relu

LES ODONTOMES ET LES TUMEURS DES DENTS

lenr évolution. L'odontôme est le résultat d'une maladie de Tappareil odonlogène et non de la dent elle-même ; cette maladie con- Mste en un excès de formation des tissus odontogéniques ou des tissus dentaires, en un travail d'ampliation ou d'expansion, tantôt général et tantôt partiel, qui a le plus souvent pour conséquence une augmentation très-considérable du volume du bulbe, et qui, dans les cas les plus légers, amène au moins une déformation notable de cet organe. Et lorsque les lésions de structure qui accompagnent ce travail d'bypergénèse ne sont pas assez profondes pour porter atteinte aux propriétés des tissus générateurs de la dent, lorsque ceux-ci deviennent le siège d'une dentification plus ou moins régulière, la masse dentaire qui leur succède offre presque toujours un très-grand volume et une forme qui n'a rien de commun avec celle d'une dent ; quelquefois, il est vrai, la maladie du bulbe n'étant que partielle, la dent se forme dans toutes ses parties et peut ne pas excéder beaucoup son volume normal ; mais elle est toujours rendue plus ou moins difforme par la présence d'une tubérosité irrégulière, qui correspond au point où le bulbe a été malade. L'odontôme le plus simple, le plus circonscrit, entraîne donc toujours l'existence d'une difformité, ou plutôt d'une malformation de la dent ; tandis que les tumeurs des dents, quels qu'en soient le siège et la nature, laissent toujours subsister la conformation normale de la couronne et des racines.

Il résulte, de ce qui précède, que l'odontôme est essentiellement constitué par un trouble du développement de la dent, et ne peut naître que pendant les périodes de formation. Chez l'homme, chez beaucoup d'autres mammifères, la dent une fois formée, une fois sortie de son alvéole, n'est plus exposée à cette affection. Mais dans certaines espèces animales la période de formation des dents se prolonge bien au delà de l'époque de leur éruption. Les incisives des rongeurs, n'ayant jamais de véritables racines, croissent pendant toute la vie ; les molaires du cheval, sans posséder au même degré cette propriété de croissance continue, s'allongent d'une manière notable, malgré l'usure de leur couronne, pendant un temps qui n*a pas été rigoureusement déterminé, mais qui est certainement de plus d'une année après leur éruption (1). Il serait facile de citer d'autres exemples. Si donc, au lieu de considérer seulement les dents humaines, nous Considérons les dents en général, l'époque de

(1 On ne confondra pas cet accroîasement réel ayec raccroissement apparent qni lénlte de rissne progresaiTe de la dent hon de ion alTéolc.

l'éruption d'une dent ne pourra plus être indiquée comme la dernière limite de la période pendant laquelle elle pourra devenir le siège d'un odontôme, et nous dirons dès lors que cette limite est, pour chaque dent, l'époque où la pulpe, emprisonnée dans une racine, ne peut plus se développer ni en longueur ni en largeur.

La nature des odontômes a été méconnue jusqu'à une époque toute récente. Cela tient sans doute en partie au peu de fréquence de ces tumeurs, et à la grande diversité des formes qu'elles peuvent revêtir; mais ce qui a surtout empêché les chirurgiens de les reconnaître, c'est l'incertitude des notions qu'ils possédaient sur les phénomènes intimes de l'évolution des bulbes dentaires. Aujourd'hui encore, quoique les recherches des micrographes aient répandu le plus grand jour sur ces questions délicates, les connaissances qu'ils ont acquises sont loin d'être vulgarisées. Je pourrais donc craindre de n'être pas compris de la majorité de mes lecteurs, si je ne faisais précéder l'histoire des odontômes d'une étude détaillée de l'anatomie et de la physiologie des bulbes dentaires.

§ 2. — Anatomic et physiologie dos bulbes dentaires.

Les follicules dentaires de l'homme se composent d'une paroi membraneuse en forme de poche, et d'un contenu solide qui con-

^ jjr siste en deux petits corps, savoir:

^^^""^^^^^"^ {""lebulbe ou organe de l'ivoire ; 2® Vor-

I gane de l'émail^ ou gervie de l'émail^

p* .^^^^F appelé aussi Yorgane adamantin.

^^^^^^ La paroi folliculaire (fig. 5, /, f)

flSPBnr^ ne forme pas un sac complet; c'est

JbK^Ii^' ^^1 ""® espèce débourse dont le fond

HHflHi ' I \ / correspond à la muqueuse gingivale,

Ç* \\\'v. 1 V // et dont le goulot ou co/, c, c, situé à

c ^^•■''"'^fX^^^t -" Topposite, au fond de l'alvéole ou de

Fig. s. la gouttière alvéolaire, s'insère circu-

cojpe schématique d*ua follicule den- laircmcnt sur la bose du bulbe. Celui-

taire chez r«inbryoa humaio. MM, « n a z '«jt c j

rouqueuie gingivale. FF, p-roi du C» OCCUpC dOUC 1 CXtrémité profOUdC

follicule, ce, col du foilicoie, em- du folUculc: par sabasc, oui est dans

braisant la baie du bulbe. B, le bulbe, ,, . . . , . ,

doDt la base se coatinue avec les l OriginC Sa partie la plUS large, il SC

'^tàtum^u "*'^*""**- ^'^" continue, à travers le col du follicule,

avec les tissus vasculaires subjacents.

Le reste de sa surface, libre d'adhérence, fait saillie dans l'intérieur du follicule, et tout l'intervalle qui est compris entre cette

surface intra-folliculaire et la paroi du bulbe, est rempli, chez rhomme, par l'organe de Témail a, Gbez les herbivores pachydermes, tels que les ruminants, les solipèdes, etc., un troisième corps, appelé Yorgane du cément, s'interpose entre la paroi du follicule et l'organe de l'émail, qu'il enveloppe comme celui-ci enveloppe le bulbe.

* Je diviserai le développement des dents en quatre périodes. Cette division, qui rendra madescription plus facile, aura en outre Tavanlage de servir de base à la classification des odontômes.

Je désignerai ces quatre périodes sous les noms suivants : V période embryoplastique ; T" période odontoplastique ; '6"" période coronaire; 4** période rarficw/aire.

!• Période embr y oplastique. Le bulbe fait saillie dans la cavité du follicule comme une sorte de papille, dont la forme annonce déjà celle de la future couronne dentaire, et dont le sommet est surmonté d'un nombre de mamelons égal à celui des cuspides de cette couronne. A cette époque le bulbe ne renferme ni vaisseaux ni fibres. Il se compose d'une gangue amorphe légèrement grenue, où sont dispersés des noyaux ovoïdes, longs de 0"",007 à O^'.OOS, un peu moins larges, grisâtres et semblables aux noyaux fibro-plastiques du tissu conjonctif en voie de formation (V. fig. S, c).La plupart de ces noyaux toutefois n'ont pas de nucléoles, mais vers la base du bulbe le nombre des noyaux nucléoles devient plus considérable, cl ils ont déjà de la tendance à s'allonger en corps flbroplastiques fusiformes ou étoiles, tendance qui se manifestera surtout dans la période suivante.

L'organe de Témail, beaucoup plus mouquele bulbe, se compose comme lui d'une gangue amorphe, renfermant des éléments iibroplastiques. Privé de fibres et de vaisseaux, ne devant sa continuité qu'à une matière amorphe gélatineuse, l'organe de l'émail se dissociepromptement après la mort, et devient tout à fait liquide. C'est ce qui a fait croire qu'il y avait dans les follicules dentaires une couche de liquide interposée entre le bulbe et la paroi ; mais ce n'est qu'un effet cadavérique. On conçoit toutefois qu'un organe aussi mou, aussi fragile, qui n'a ni vaisseaux ni fibres, soit exposé à se ramollir et à se fondre sous l'influence des maladies du bulbe ou du follicule, et que, résorbé plus tard paiw les vaisseaux du follicule, il laisse à sa place une cavité close, susceptible de se développer en kyste. Telle est l'origine des kystes dentaires dont il a été question plus haut (p. 35).

Les éléments fibro-plastiques derorganedc l'émail consistent

en des corps fusiformes ou étoiles dont les angles se terminent en prolongements filiformes (voy. fig, 7, a). En outre, la face superficielle de cet organe est recouverte d'une couche unique de cel* Iules épithéliales pavimenteuses^ qui tapisse la face interne de la membrane du follicule, et qui se retrouve constamment sur les parois des kystes dentaires.

Dans la période que je viens de décrire, les tissus odonto^niques possèdent déjà, sans aucun doute, des caractères qui permettent de les reconnaître aisément sous le microscope. Mais leurs éléments n'offrent pas encore de types spéciaux. Ils ne diffèrent pas d'une manière absolue de ceux que Ton rencontre dans beaucoup d'autres organes embryonnaires, et ils peuvent être considérés comme n'étant que des variétés des éléments fibro-plastiques ou embryoplastiques ordinaires. Voilà pourquoi j'ai cru pouvoir désigner cette première période sous le nom de période embryoplastique.

Les éléments spéciaux qui feront les frais de la dentification n'étant pas encore formés, une maladie survenant à cette époque peut faire perdreaux tissus odontogéniques la propriété d'évolution qui leur est normalement dévolue. Aussi les odontômes dont le début remonte à la période embryoplastique n'ont-ils aucune tendance à la dentification. Leur tissu ne subit que l'évolution com* mune des tissus embryoplastiques ordinaires. Il peut rester à Tétai fibro-plastique ou passer à l'état fibreux; et telle est l'origine de la première variété d'odontômes, à laquelle je rattache les tumeurs des mâchoires décrites par Dupuytren sous les noms de corps fibreux et de tumeurs fibro-celluleuses des mâchoires. Je les décrirai sous le nom à,* odontômes embryoplastiques,

2° Période odontoplastique. Elle est caractérisée par la naissance des deux éléments spéciaux qui précèdent et amènent la formation des tissus définitifs de la dent. C'est alors, en effet, que Ton voit apparaître, en deux rangées distinctes, les cellules dentinaires et les cellules de l'émail.

Les cellules dentinaires j dites encore cellules de la dentine onde Fivoirey constituent dans la couche superficielle du bulbe une rangée unique, continue, et parfaitement régulière. Ce sont des cellules allongées, cylindriques ou prismatiques, longues de 0,""02à 0^",04, largesdeO" "",007 àO"'",01,etpourvues d'un noyaupeuapparent qu'on rend visible par l'action de la glycérine. Ce noyau ovoïde ouspbérique est presque aussi large que les cellules. Les cellules dentinaires, parallèles entre elles et dirigées perpendiculairement à la surface du bulbe, affectent une disposition qui rappelle celle des bâtonnets de

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