‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 80 sur 103 · MARCHE, SYMPTOMES, PRONOSTIC · texte numérisé non relu

MARCHE, SYMPTOMES, PRONOSTIC

risUque d'un petit craquement, analogue à celui du parchemin sec. Celte sensation de parchemin, décrite par Dupujtren, n'est pas, comme il paraissait le croire, exclusivement propre aux odontômes embryoplastiques (qu'il nommait corps fibreux des mâchoires); elle peut se présenter aussi non-seulement dans plusieurs autres variétés d'odontômes non dentifiés, mais encore dans les kystes, les chon« drômes,et môme les tumeurs des os maxillaires. Il faut tenir compte de cette dernière éventualité dans le diagnostic des odontômes, Ml. En examinant la partie de Tarcade dentaire qui correspond à la tumeur, et en la comparant avec la région molaire du côlé opposé, on constate presque toujours l'absence d'une ou plusieurs dents. Les dents atteintes d'odontômes coronaires circonscrits, ou d'odontômes radiculaires, peuvent faire normalement leur éruption. Mais, dans les autres cas, la dent affectée d'odontôme reste ordinairement incluse dans l'épaisseur de la mâchoire. — On constate donc alors au moins l'absence de cette dent. De plus, ainsi que nous l'avons déjà dit, les dents dont l'éruption devait s'effectuer après celle de la dent malade sont souvent déviées par la tumeur, et ne peuvent pas se faire jour vers l'extérieur. Par exemple, dans le cas où l'odontôme occupe la première molaire, la sc« conde et la troisième molaire n'eff'ectuent pas leur éruption. Enfin, Todontôme peut débuter sur une dent avant que celles qui la précèdent soient sorties de la mâchoire, ou même avant qu'elles soient entièrement formées ; et alors la tumeur peut, soit en les déviant, soit en arrêtant leur développement, les empêcher d'achever leur évolution. L'inspection de Tarcade dentaire permet donc de constater presque toujours l'absence de la dent de l'odontôme et de celles qui la suivent, et, quelquefois aussi, Tabsence d'une et môme de deux de celles qui la précèdent.

Cette règle, au surplus, est loin d'être invariable. Elle n'est applicable qu'aux odontômes. d'un grand volume. Il est clair que, lorsque la tumeur est petite, les dents qui l'avoisinent peuvent échapper à son influence.

Le développement de la tumeur est quelquefois assez rapide, surtout chez les très-jeunes enfants. Mais ordinairement il est assez lent. On a môme vu des odontômes rester à peu près stationnaires pendant un grand nombre d'années, et voilà pourquoi on a pu observer ces tumeurs sur des individus âgés de plus de 30 ans, et même dans un cas chez un homme de 34 ans (1). Peuvent-elIés de-

(t) Les odontômes des foUicales don taire» sarnuméraires peuvent, comme ces follieotet ntaet, ee développer dans râfe adulte.

venir définitivement stationnaires, et persister, sans accidents, jusque ans un âge avancé? Gela s*est vu chez le cheval, mais je n'en connais pas d'exemple chez l'homme.

Quoi qu'il en soit, il y a, dans la marche des odontômes, une première période pendant laquelle ils ne provoquent autour d'eux qu'une réaction nulle ou insignifiante. Ils sont alors indolents à la pression et ne gênent la mastication que par le volume de la tumeur qu'ils produisent. Ils peuvent, il est vrai, doùner lieu à des douleurs névralgiques. Ils peuvent même, en envahissant d'arrière en avant les alvéoles voisins, amener l'ébranlement et la chute d'une ou plusieurs dents. Mais ils ne s'accompagnent d'aucune inflammation appréciable. Cette période, comme on l'a déjà vu, peut durer longtemps.

Dans la seconde période, qui, pour les odontômes dentifiables, coïncide en général avec l'époque où leur dentificalion s'achève, il survient une inflammation plus ou moins intense; la tumeur devient douloureuse ; le kyste suppure, s'ulcère, s'ouvre dans la cavité buccale. Le tissu osseux adjacent devient bientôt le siège d'une ostéite qui peut se propager au loin dans l'os maxillaire, déterminer la chute de plusieurs dents, amener la formation de caries, de nécroses, de périostites, d'abcès ossifluents. Ces abcès s'ouvrent soit dans la bouche, soit à l'extérieur, et fournissent une suppuration fétide, abondante, intarissable, qui, se mêlant à la salive, peut devenir une cause d'infection putride. L'épuisement et la mort ont été plus d'une fois la conséquence de ces accidents. Certains odontômes, au moment où leur dentification s'achève, perdent toutes leurs connexions vasculaires et deviennent de véritables corps étrangers : les accidents que nous venons d'indiquer sont alors tout à fait inévitables.

Le pronostic des odontômes est donc sérieux, mais il tire toute sa gravité des complications qui surgissent autour de la tu* meur et non de la tumeur elle-même. Celle-ci ne présente aucun des caractères, aucune des propriétés dont l'ensemble constitue ce qu'on appelle la malignité. Daus sa période d'accroissement, elle se borne à refouler les parties environnantes, et ne les envahît jamais par propagation ; elle n'a aucune tendance à s'ulcérer; elle n'exerce sur les ganglions aucune action spécifique, ellç ne détermine ni infection générale ni généralisation. Enfin, lorsqu'elle est complètement enlevée, elle ne récidive ni sur place ni à distance.

En un mot, tout nous autorise à ranger les odontômes au nombre

des productions accidentelles qui sont la conséquence d'un trouble dénutrition entièrement local . Et ce qui, dans beaucoup de cas, atténue encore le pronostic, c'est la facilité avec laquelle la tumeur se prête à Ténucléation, disposition qui permet souvent d'en pratiquer l'extirpation à l'aide d'une opération relativement peu grave, et sans détruire la continuité du maxillaire.

Diagnostic, — Il pourra paraître prématuré de traiter ici du diagnostic desodontômes, puisque jamais jusqu'ici la nature de ces tumeurs n'a été exactement déterminée sur le vivant. Mais les caractères qui distinguent certaines variétés ont été plusieurs fois constatés par les chirurgiens. Par exemple, nous pouvons profiter des observations de Dupuytren, qui a connu quelques-uns des traits distinctifs de nos odontômes embrjoplastiques, appelés par \\x\corps fibreux enkystes des mâchoires. Les notions que nous allons exposer ne sont donc pas entièrement théoriques. Elles découlent d'ailleurs d'un certain nombre de faits cliniques qui existent dans la science |

sous des titres divers et que nous pouvons aujourd'hui, d'après la description des pièces, considérer avec certitude comme des cas d'odontômes. Elles n'ont sans doute pas la valeur des règles de diagnostic qui ont reçu fréquemment la sanction de la pratique, mais nous espérons, du moins, qu'elles pourront être utilisées à l'avenir.

Nous avons déjà, à plusieurs reprises, indiqué l'un des principaux éléments de ce diagnostic. Nous voulons parler de l'époque de la vie où débute la tumeur. Une tumeur maxillaire dont la for- ;

mation est évidemment postérieure à la fin de la seconde dentition, |

ou seulement à l'époque où s'achève l'évolution des dents de la région malade, n'a presque aucune chance d'être un odontême. Nous dirions même qu'elle n'en a aucune si nous ne savions que des |

germes surnuméraires peuvent se développer dans les mâchoires j

jusque dans Tâge adulte; «nais cette chance est tellement minime |

qu'elle peut être presque entièrement négligée. L'idée d'un odon- j

Page 1