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RÉFRIGÉRATION ET CONGÉLATION

entraver l'exhalation et rorganisation du blastëme, retarder le développement de la production accidentelle, et même en faToriserla résolution. L'observation de M. Simon prouve que cette résoiudoD peut être complète, mais un pareil résultat est certainement trèsexceptionnel.

Le procédé de la congélation^ auquel M. Arnott donne résolument la préférence, consiste à faire subir au tissu de la tumeur une réfrigération très-intense et très-passagère, au moyen d'un mélange frigorifique. On ne se propose plus seulement de soutirer le calorique des tissus, mais de modifier la vitalité de ces tissus au pioyen d'une action violente et subite. On sait depuis longtemps que le refroidissement d'un membre, poussé môme jusqu'à la congélation, ne fait qu'y suspendre les fonctions vitales. Cette suspension n'est définitive que lorsque la durée de la réfrigération dépasse une certaine limite, variable du reste, suivant les animaux, suivant les individus, suivant l'étendue et la nature anatomique de la partie congeléef enfin, et surtout, suivant l'intensité du froid. Lorsqu'on reste en deçà de cette limite, on peut impunément congeler les tissus, et les résultats de l'anesthésie locale par réfrigération le prouvent bien manifestement. Dès que le mélange frigorifique est enlevé, la chaleur des parties environnantes rayonne sur les tissus durcis par le frt)id. Le sang solidifié se liquéfie, et la circulation reprend son cours. Dans l'origine, on craignait que cette méthode anesthésique ne provoquât de graves accidents locaux, que le dégel ne produisit sur les Ussus d'innombrables petites ruptures, que le retour subit du sang et de la chaleur ne donnât lieu à une réaction violente, et qu'il ne s'ensuivtt une inflammation phlegmoneuse ou môme gangreneuse. Ces craintes ne se sont pas réalisées. Non-seulement une congélation de quelques minutes n'éteint pas la vie, mais encore elle parait inoffensive. On ne peut méconnaître cependant qu'elle fait subir aux tissus une épreuve d'une certaine gravité, puisque cette épreuve ne pourrait se prolonger sans danger.

M. Arnott a donc espéré que la congélation et le dégel pourraient avoir pour conséquence de porter atteinte à la vitalité des cellules cancéreuses, de leur ôter la propriété de s'accroître et de se reproduire, et de les livrer sans défense aux lois de l'absorption : c'est en vue de ce mode d'action hypothétique qu'il a institué le procédé de la congélation des tumeurs.

Pour faire descendre la température des cellules jusqu'au degré de la congélation, dans toute l'étendue d'une tumeur, il se sert d'un mélange réfrigérant composé de deux parties de glace pilée et

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d*uiie partie de sel marin puivérlsé. On sait qu'un iherniométre placé dans ce mélange descend à IS" et môtne k 18% lorsque les propoi Uons sotit parfaîtemeut exactes et que le$ deux subâUnces ^nt parfaitement mêlées.

Le mélange appliqué directement sur la peau fuserait promptement; il vaut mieux IVntourer d'une gaze, îl s'écoule toujours uq peu de liquide qu'on ahslerge aisément avec une éponge. Pour appliquer le mélange réfrigérant sur le col de Tutérus» M, Arnott se sert d'un spéculum en gutta-percha, substance qui conduit mal le calorique, et qui protège les parois du vagin contre la réfrigération ; le liquide provenant de la fusion de la glace est amené à Texlérieur pur un siphon. Dans ce dernier cas, la surface qui est soumise à la réfrigération étant peu étendue et située profondément dans une région où abondent le sang el ta chaleur, Taction du froid, dans un temps donnée es! beaucoup moins intense que lorsqu'on agît sur une tumeur exténeure. M, Ârnott prolonge donc la séance pendant quinze minutes au moins, et trente minutes au plus. Mais pour les tumeurs accessibles à travers les téguments, il ne maintient l'application du mélange réfrigérant que pendant trois à cinq minutes.

Lorsqu'on eniéve le mélange, la peau est dure et décolorée, et la tumeur subjacente est congelée au moins dans ses couches superficielles. Pour éviter les accidents de réaction qui pourraient être la conséquence d'un dégel trop rapidCv on applique aussitôt sur la tumeur de la glace pilée sans mélange de sel marin, et au bout d'un quart d'heure, on remplace la glace par des compresses imbibées d'eau froide,

f>n n'a vu jusqu'ici sur\'enir aucun accident à la suite de cette courte congélation. Pendant les premières secondes les malades éprouvent une sensation assez pénible, mais bientôt ils ne sentent plus rien.

Dans le procédé de la réfrigération ordinaire, les applications doivent Ûtrc renouvelées tous les jours, ou même deux fois par jour. Dans le procédé de la congélation, au contraire, on laisse écouler environ une semaine avant de recommencer,

fl est certain que la congélation produit dans le tissu des tumeurs des effets assez durables, puisque plusieurs fois on a vu les douleurs les plus vives disparaître pour plusieurs jours. Dans un ^as que J'ai déjà mentionné, et où la séance de congélation n*avait duré que tnHs minutes, les douleurs n'avaient pas encore disparu au bout de quatûi-ze jours. Une action purement anestbésîque, c'est-à-dire limitée aux filets nerveux, ne durerait pas aussi longtemps. Il est donc

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probable que la congélation agit non^sêutement ^sor la donleor, mais encore sur la causé de la dôcdeur, ce qui 8iq»pose qo Wte modifie réellement Tétat du tissu morbide/ On peot admettre eetteidée sans accepter la théorie de M. Arnott sur la vitalité individuelie des cellules cancéreuses, et sur la possi^Hté de toer isolément -ces cellules, sans produire la gangrène. -''^

Mais de ce que l'état de la tumeur est modifié par une congélation trëMïOurte, e» résulté-t-il que cette modification soit poussée jusqu'au point de faire perdre au tisçu accidentel ses propriétés spécifiques? C'est ce qui est plus douteux. On a vu, en effet; que dans aucun des faits cités par M. Arnott la réisolution n'a été complète; le seul cas où la tumeur ait entièrement ou presque entièrement disparu est celui de M. Simon, qui s'est servi du procédé de la simple réfrigération, et non du ^procédé de la congélation.

Je n'en puis dire davantage sur les efi'ets d'une méthode jusqu'ici trop peu étudiée.

D'après les faits qui sont venus à ma connaissance, d'après ceux que j'ai observés, je crois pouvoir affirmer que dans beaucoup de cas, cette méthode est un puissant palliatif de la douleur qui complique les tumeurs, cancéreuses ou autres. C'est une ressource peu usitée en France, mais qui me parait fort précieuse.

J'ajoute, mais avec plus de résehe, que la réfrigération et la congélation peuvent ralentir la marche des tumeurs dites de mauvaise natiiré ; mais ce moyen est trop incertain pour qu'on puisse conseiller de l'appliquer aux tumeurs encore opérables. C'est donc plutôt, dans l'état actuel des choses, une méthode palliative qu'une méthode curative.

M. Follin, qui a consacré un article intéressant à l'analyse des travaux anglais sur la congélation, est arrivé à une conclusion analogue (1); c'est aussi celle de M. Velpeau (2).

La congélation prolongée des tissus étant une cause capable de produire la gangrène, M. Velpeau s'est demandé si l'application d'un mélange réfrigérant maintenu en place pendant un quart d'heure, ne pourrait pas, dans certains cas, remplacer les caustiques, mais il ne me parait nullement démontré que^eette durée fût suffisante. On a pu, par un traitement convenable, ramener à la vie des mem* bres congelés depuis plusieurs heures. D'autres fois, au bout d'un tetnps beaucoup plus court, la mort des tissus a été irrévocable. La résistance des tissus aux effets de la congélation paraît donc variable

(1) Archives générales de médecine, V« série, t. V, p. 740 (1855).

(2) Velpeau, Traité des maladies du sein, Paris, 1854, ln-8, p. 677.

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