‹ Traité des tumeursChapitre 103 sur 140 · RÉFRIGÉRATION ET CONGÉLATION · texte numérisé non relu

RÉFRIGÉRATION ET CONGÉLATION

été beaucoup moins satisfaisant; les douleurs aTaieal disparu, mais la tumeur n*aYail pas sensiblement diminué (1). L'auteur ajoutait, il est vrai, qu'il possédait des observations plus décisives; qu'il ne les publiait pas pour ne pas exciter l'incrédulité <^). Toutefois, il me parait bien certain que s'il eût obtenu des guérisoDS radicale^ il n'en aurait pas fait mystère, et d'ailleurs, il ajoutait : «Dans presque « tous les cas où j'ai appliqué le traitement par la congélation, j'ai c vu persister un certain degré de gonflement et de dureté après la « disparition des autres symplômes (3). »

Il est donc permis de croire que jusques^là M. Amott ne counai»sait aucun cas de résolution complète. Mais quelques mois après (septembre 1854), la Société pathologique de Londres publia enfin, dans le cinquième volume de ses Transactiontj un fait des plus reIDa^ quables et des plus instructifs, qui lui avait été communiqué le 30 décembre 4853 par M. Simon. Une tumeur squirrheuse et non ulcérée de la mamelle, grosse comme une orange, et datant de dix-huit mois environ, fut soumise, au commencement de décembre 485i, à l'application quotidienne de la glace pilée. La durée des séances de réfrigération fut d'abord d'une demi-heure, et plus tard de deux heures et plus. Au bout de quinze jours il y avait déjà une diminution notable ; les jours suivants, la résolution marcha avec une rapidité étonnante, et le 8 janvier 4853, après trente-quatre jours detraitement, la tumeur avait à peu près disparu. A l'œil, la mamelle paraissait revenue à l'état normal; au toucher, on sentait seulement une légère induration comme fibreuse, et la malade, se croyant guérie, sortit de l'hôpital.

On pouvait se demander si une tumeur qui avait si promptement cédé à de simples applications de glace, sans mélange de sel marin, était réellement un squirrhe. Mais l'événement prouva que le diagnostic de M. Simon n'était que trop exact. Au mois d'octobre 4K(3, la malade rentra à l'hôpital ; lapeau de la mamelle était le siège de petits tubercules cancéreux ; la glande subjacente était endurcie et squirrheuse; des ganglions engorgés existaient dans l'aisselle et jusqu'au-dessus de la clavicule; enfin, on sentait à l'épigastre une tumeur volumineuse. La mort survint le i*' décembre. — Al'aqtopsie, on trouva dans le foie d'énormes masses encéphaloïdes; un très-grand nombre de petits cancers existaient dans les poumons, les plèvres, le péricarde pariétal, enfin, et surtout, dans le péri-

(1) Loc. cit., p. 489.

(2) Loc. cit., p. 416.

(3) Luc. cit., p. 489.

PROCÉDÉ DE LA RÊFRIGÉRATlOîf OBBIKAIRE. 453

toine, qui en étaîl couvert dans presque loute son étendue (1).

Cette observalion, que je crois unique jusqirici, prouve la possibilité de faire résoudre par la réfrigération les tumeurs cancéreuses; mais elle prouve en îoéme temps que c^tte méthode, comme toutes les autres méthodes chirurgicak's, n'a aucune prise sur la dialhhe cancéreuse.

La méthode de M. Arnolt ne peut donc avoir la prétention de faire plus que les autres, 11 est certain, toulefois, quVlie serait bien préférable à l'opération, si elle était douée d'une efficacité constante ou presque constante. Mais il est permis de croire que les cas où elle produit, au moins pour un temps, des efTets curalifs, sont très-excep* tionnels. car les praticiens anglais Tont à peu près abandonnée au« jourd'bui.

On s*en est peu occupé en France. Après la publication du premier mémoire de M. Arnolt, M* Velpeau fît à la Charité quelques essais éont le résultat fut k peu près nul ; mais il n'y mit pas beaucoup de persévérance, le ne puis dire m d'autres chirurgiens de Paris ont éiudié cette méthode. J'y ai eu recours deux fois avec succès comme palliatif de tu douleur^ dans un cas de cancer de l'estomac, et dans un cas de cancer d«s ganglions inguino-iliaques. Une vessie de glace, appliquée deux ou trois heures par jour sur les tumeurs, fil disparaître presque entièrement les douleurs, non-seulement pendant la durée de la réfrigération^ mais encore pendant les intenalles des applications. L'emploi de ce moyen fut continué dans les deux cas une quiniaîne de joui's. Les tumeurs ne présentèrent aucune modiûcalion appréciable; mais je n'ai pas persévéré assez longtemps pour savoir si la réfrigéra tron aurait ralenti la marche du maL

M, Arnolt attache beaucoup d'importance à la distinction de deux procédés, dont les effets, d'après ses observations, sont essentiellement différents : Tun est celui de la réfrigération ordinaire^ l'autre est celui de la eongéitiiion.

Le premierprocédé consiste à appliquer simplement sur la tumeur une vessie pleine de glace, qu'on laisse en place quelques heures par jomPj Ou an besoin pendant toute la journée. Tout le monde connaît le mode d'action de ce procédé, qui fait contracter les vaisseaux et diminue TafBux du sang. Il produit en outre un effet anesthésique sur les filets nerveux superGcieis, mais il ne congèle pas leslissus^ il ne leur fait subir qu'un froid modéré; il n'exerce sur leur outrilion qu'une influence légère* On conçoit, toutefoi^T qti'il puisse

(!) Trmfacfmm of the Pafhotogicat Sodfiu of Lontim, vol V. Lond,, I8S4, kn4, p. 311.

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