ACTION DE LA PATE UE VIENNE
mée sur des succèt obtenus dans quelques cas où la cautérisation
est vraiment iinmlageus^, déclare à son tour ay bistouri une guerre sjslématîque. Il s'agit donc de préciser les cas où ia méthode de la Cautérisation doit être employée de préférence à rinslrument tranchant.
Si l'on veut bien se souvenir du parallèle rapide que nous avons fait tout à rheure, ou reconnaîli'a que les inconvénients de la caulérisatioji sont d'autant plus grands qu'on est obligé de pénélrei- k une profondeur plus conddérable. Four les tumeurs qui n*onl que quelques millimélres d'épaisseur, la cautérisation est irôs-bonne ; elb dc\îcnt bien préférable an bistouri lorsque ces tumeurs minces ont une grande étendue en surface et sont situées dans une région où l'on ne craint pas la rétraction des cicatrices. Ces tumeurs, limitées à l'épaisseur de la peau, atteignant tout au plus le tissu coujonctif souscutané, peuvent être détruites en utie seule fois pnr la plupart des caustiques. J'ai vu Blandin cautériser ainsi avec la pAte de Vienne un large épilliéliôme ulcéré qui occupait près de la moitié de la surface de Tos frontal : la cicatrisation s'effectua lentement mais complètement.
Il est impossible de dire exactement jusqu*à quelle profondeur pénétrera une couche épaisse de caustique appliquée sur une surface et laissée en place jusqu'à ce que son action soit épuisée. Mais oa sait du moins ce qui se passe pendant les premières minutes. Ainsi, une couche de pâte de Vienne en excès^ c*est-à-dire d'une épaisseur supérieure à celle qui est susceptible de pénétrer dans les tissus en une seule cautérisation* détermine au bout de trente minutes une eschare de cinq millimètres d'épaîsscor ; au bout de quinze minutes resehare a déjà trois millimètres ; elle en a déjà deux au bout de cinq minutes. Si la surface est ulcérée, l'action est plus rapide, et au bout de dix minutes resehare a déjà trois millimétrés d'épaisseur. Pour obtenir ce résultat, il nPtel pas nécessaire que le caustique soit étalé en couche épaissej û suffit d'une couche de deux à trois millimètres d'épaisseur; une couche plus épaisse ne produiraitrien de plus pendant les dix premières minutes. On peut donc calculer Irês-cxaclement raction de ce caustique jusqu'à une profondeur de trois mitlîmétres. C'est ce qui le rend plus maniable que tous les autres, et pour ma part je lui donne toujours la préférence dans le traitement des cancroïdes superficiels que je juge opportun d'attaquer par la cautérisation. Ce caustique, il est vrai, est Ituidifîant; il donne toujours un peu d'écoulement de sang noir et visqueux qu'il faut absterger pour éviter les fusées. Mais comme on ne veut pas
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pénétrer jusqu'aux cdttçl&e» qui renferment des vaisseaux de quelque importance, on n'a à cxatadre aucune hémorrhagie sérieuse, soit immédiate, soit consécutive. Enfin, le caustique de Vienne est un des moins douloureux que l'on connaisse; la potasse seule peut soutenir le parallèle avec lui (on sait que le caustique de Vienne se compose de potasse et de chaux), mais son action est beaucoup plus leote; il faut trois ou quatre heures pour obtenir avec la potasse l'eschare qu'on obtient en dix ou quinze minutes avec la pâte de Vienne. Celle-ci est donc h la fois rapide dans ses effets, très-peu douloureuse, facile à manier, sûre dans ses résultats«lorsqu'on ne lui demande que des eschares minces; on voit qu'elle peut très-bien supporter le parallèle avec le bistouri dans le traitement des tumeurs superficielles.
Elle a d'ailleurs l'avantage de ne pas effrayer les malades, de ne provoquer aucune réaction, et, quoiqu'elle ne mette pas entièrement à l'abri de l'érysipèle, elle y expose moins que l'instrument tranchant.
La cautérisation par la pâte de Vienne est, à mes yeux, le meilleur traitement des noU me tangere de la face qui sont encore superficiels et peu étendus en largeur. Mais lorsrque le mal est moins circonscrit, lorsqu'il dépasse l'épaisseur de la peau^ l'instrument tranchant est préférable. On doit se préoccuper en outre des difformités qui pourraient résulter de la rétraction des cicatrices de la cautérisation. Ainsi, une cautérisation de quelque étendue, pratiquée sur la joue, au voisinage de la paupière inférieure, pourrait être suivie de la formation d'un ectropion plus ou moins prononcé. L'opération sanglante permet de refermer la plaie par première intention, avec ou sansautoplastie, et d'éviter cet inconvénient.
M. Manec, depuis une quinzaine d'années, a remis en honneur les caustiques arsenicaux, prônés autrefois par Rousselot et par frère Côme. Il les emploie très-généralement dans le traitement des cancroïdes du visage, même de ceux qui pénètrent h une certaine profondeur. Il pense que ce caustique est en quelque sorte intelligent, qu'il distingue les tissus sains des tissus morbides, qu'il a la propriété de pénétrer exactement, ni plus ni moins, en largeur comme en profondeur, jusqu'aux limites de la tumeur. C'est une illusion que je ne saurais partager. La chimie est aveugle, et les caustiques agissent sur les tissus sains comme sur les tissus morbides. Les succès intéressants obtenus par M. Manec viennent de l'habileté qu'il a acquise par une longue habitude, dans le maniement de son dangereux caustique. Les caustiques arsenicaux ont été proscrits déjà plusieurs
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fois à cause des empoisonnements martelé qu'ils ont fréquemment déterminés. L'arsenic, absorbé dans la plaie, produit les mômes effets que si on l'introduisait dans l'estomac. M. Manec a reconnu qu'on évitait sûrement l'empoisonnement, en n'appliquant qu'une quantité déterminée de caustique, sur une surface déterminée qu'il a exprimée en millimètres carrés. Lorsque la tumeur dépasse ces limites, il la détruit en plusieurs fois, et il a souvent réussi là où beaucoup d'autres auraient échoué. Je ne crois pas devoir indiquer les mesures millimétriques données par ce chirurgien; car il me parait inutile de vulgariser l'emploi d'un caustique qui peut devenir mortel au premier écart, et qui peut être si aisément remplacé par plusieurs autres caustiques tout à fait inoffensifs.
J'ajoute que le caustique arsenical provoque une réaction violente dans les tissus. L'élimination est précédée d'une vive inflammation et accompagnée de souffrances assez fortes.