‹ Traité des tumeursChapitre 123 sur 140 · LA FILE DE GEËNET · texte numérisé non relu

LA FILE DE GEËNET

le caulérc particulier dont on veut se servir; car ces combioaUons varient suivant ïe volume et la longueur de Tarmature de platine* On ne peut exiger, dans Tétai actuel des choses, que tous les chirurgiens étudient à fond les qiieslîoDs toutes spéciales de physique qni se rattachent à ce sujet* Enfin, la pile de Grove, comnie celle de Bunsen, comme toutes les autres piles usitées avant 1857, sont des piles à deus liquides; ces piles, en effet, sont les seules qui donnent des courants constants^ dont on ne peut se passer en galvanocanslie. L'un des liquides est presque toujours Tadde nitrique, qui donne des vapeurs désagréables ou môme nuisibles; il Tant, lofsqu*on monte la pile, ne commettre aucune erreur dans ja répartition de ces liquides. Aussi voyons-nous qu*à l'exception de M, Middeldorpf, la plupart des chirurgiens ont été obligés de s'aider, dans leurs opérations, du concours d'un physicien. Il résulte de ces diverses conditions des complications telles que la méthode galvanocau&tique n'aurait pu se vulgariser sans la découverte de la pile de Grenet»

M. Grcnet, jeune électricien fort distingué, a trouvé le moyen de rendre constantes les piles à uu seul liquide, ou plutôt d'activer le courant à mesure qu'il s'alfaiblil. Sa pile se compose de plaques de zinc et de plaques de charbon, plongées dans le liquide suivant : Eau. six parties, acide sulfuriquet une partie, tenant en dissolution 30 grammes de bichromate de potasse par litre. Le liquide, préparé ii froid» s'échauffe aussitôt jiisqu a une température de 00° h 80*'. Il donne alors des effets beaucoup plus intenses que lorsqu^on le laisse refroidir; mais il ne se refroidit pas sensiblement pendant la durée de la sé;mce, les actions chimiques produisant une quantité de chaleur presque égale à celle qui se perd par rayonnemenL Un tube à insufUatJon, déljouchanl k la partie inférieure du vase, par un grand nombre de pelils trous, permet de faire arriver sans cesse des bulles d'air qui se dégagent en bouillonnanl; Tagitatlon du liquide s*oppose à la dépùianmiion de la pile et à raffaiblissemenl du courant. Suivant qu'on souffle avec plus ou moins de force, on obtient des effets plus ou moins énergiques; circonstance trés-préciense, comme on le verra tout a l'heure, dnns la pratique de la galvanocaustie*

Le prix de revieut de celte pile est Irés-peu élevé, .aucune autre ne dégage auliint d*électricilé sous un si petit volume. Elle est léllcment simple, que Tindividu le plus ignorant peut la monter, la démonter, l'armer et la nettoyer; le liquide, conservé dans des houleilles, peut servir un grand nombre de fois, pounu qu'on ajoute k chaque séance nouvelle un peu d'acide sulfurique et un peu de bi-

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chromate de potasse. Celle pile n'exige pas de vase spécial; on pcul la faire fonctionner dans un seau en bois. Elle ne dégage aucaoe vapeur, elle n*expose à aucune méprise. Enfin )*ai pu, après divers essais, trouver une combinaison qui répond à la fois è toutes les indications, qui permet de chauffer, sans commvfafiony tous les cautères, Tanse coupante aussi bien que le bec-d 'oiseau, la lame du galvanocaulère aussi bien que celle du cautère en coupole, et même des olives de platine creuses, remplaçant le cautère actuel.

M. Grenet avait construit sa pile en vue des applications méduiques de rélectricité. Il ne s'éUiit pas occupé d*en étudier et d'eu utiliser les effets calorifiques. Cette pile, brevetée, n'était encore connue que de lui et de ses associés, lorsque, désireux d'obtenir quelques renseignements sur le moteur électrique, je me mis eu rapport avec lui, en octobre 1857. Les couples à petite surface, qall avait disposés en grande tension, ne donnaient que de très-faibles effets de chaleur; mais, dès que j'eus pris connaissance du procédé qu'il employait pour rendre constantes les piles à un seul liquide, je songeai à tirer parti de celle découverte, pour réaliser enfin une pile chirurgicale d'une application^pratique. M. Grenet voulut bien, àma demande, construire des piles propres à l'usage que j'en voulais faire. Il le fit avec beaucoup de zèle et d'intelligence; et après des lÂtonnements assez nombreux, nous choisîmes enfin une pile à deux éléments, qui nous permit d'obtenir, sur un volume sept à huit fois moindre, des effets plus énergiques môme que ceux de la batterie de M. Middeldorpf, el de remplir toutes les indications présentes de la galvanocaustie.

Pour la disposition des cautères, je n'ai pas cru pouvoir mieux faire que d'adopter le manche à interrupteur de M. Middeldorpf. J'ai trouvé plus simple toutefois de faire articuler les armatures de telle sorte qu'elles puissent toutes s'adapter à un seul manche. L'anse coupante elie-mônie se place sur le manche ordinaire, qui reçoit dans une rainure latérale le serre-nœud destiné à opérer une traction sur le fil.

Ayant renoncé à la commutation qui me paraissait être une cause d'erreurs pour les praticiens, et dès lors ne pouvant plus modifier la combinaison des éléments pour approprier la pile à chaque espèce de cautère, j'ai dû m'occuper de disposer tous les cautères de mi^ nière à les appropriera la même pile. La possibilité d'augmenter ou de diminuer la production de rélectricité, par une insufflation plus ou moins forte, facilite la solution de ce problème. Mais cela ne suffirait pas, si l'on ne s'attachait à uniformiser la résistance élec-

INSTRUMENTS Gè^LVANOCAUSTlQUES,

trique de Tannalure de platine des divers cautères. Pour cela, il faut combiner le volume et la longueur du platine de telle sorte que Tétectricilé ait toujours à peu prés le môme obstacle à surmonter. Ainsi la pile, telle qu'elle est disposée, chaufTe h un degré convenable le gahanocaulère de M. Middcîdorpf. Elle ne chaufferait donc pas suffisamment une olive de platine, dont le volume est plus considérable, et qui par couséquent, offrant une résistance moindre, exigerait l'emploi d'une pile plus intense. Dans mes premiers essais, pourcbautTer celle olive, je me servais d'un commutateur qui, réunissant ces deux éléments en un seul, donnait un couple unique d'une intensité double; mais j*ai pu renoncer à cette complication, en pratiquant sur les deux côtés de Tolive deux petites incisions qui ne laissent entre elles, vers te sommet de l'oUve, qu'une lame large de 4 millimètres. C'est en ce point r^'lrécî que se produit la chaleur, qui se propage aussitôt au reste de Tolive; et pour ctiauffer le platine à ce niveau, il n'est plus nécessaire de fusionner les deux couples. De même, notre pile h de»ix éléments chaufferait beaucoup trop le cautère en bec d'oiseau, dont la pointe, formée d'un fil fin ri court, brusquement recourbé, ne tarderait pas à se fondre. M» Middeldorpf dispose sa pile en conséquence, à Taide de son commutateur; j'atteins le même but, sans conirautaleurj en faisant tailler le bec d'oiseau dans une lame épaisse et efÛ!ée, qu'on fend ensuite dans sa longueur jusqu'à t ou 3 millimètres de la pointe. Notre pile, enfin, n'a pas assez de tension pour cbauffcr un fli fin dans une grande longueur* Mais elle chauffe trèsbîeo 15 cenlîmètres d'un Ûl de un millimètre, ou même un peu plus gros. J'emploie donc, pour l'anse coupanïe» des fîls de un milltmèïre à cinq quarts de millimètre. M. Mlddeldorpf emploie ordinairement à cet effet des fils de trois quarts de millimètre, et, pour cela, il dispose ses éléments en tension; mais il ne peut le faire qu'aux dépens de l'intensité; et cVst pour cela qu'il emploie un fll fin, parce que la surface de chaque couple, étant" réduite au minimum, ne pourrait pas chauffer un fil plus gros. Disposant d'une tension moindre, je ne puis, avec une pile À deux éléments invariables, vaincre la résistance d'un fU long et fin* Il faut donc diminuer la résistance en choisissant un fil plus gros, 1 1 je puis le faire, parce que je dispose d'une intensité plus grande» Au surplus, le volume plus considérable du fil de l'anse coupante e*^t loin d'être un désavantage. H en résulte une section un peu moins prompte, qui diminue les chances de l'hémorrhagie.

Pour ce qui concerne le maniement de l'anse coupante, il y a une difûeulté sérieuse que nous avons résolue, M. Grenet et mol^ au

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moyen d'un instrument trop compliqué, et d*an maniement trop délicat pour trouver place dans la pratique. J'y ai moi-mèmerenoncé. Cette difficulté, que j'ai déjà signalée, vient de ce que le fit, i mesure qu'il se raccourcit, s'échauffe davantage ; alors il coupe trop rapidement les tissus (j'ai eu une fois une hémorrbagîe priaûtin par Tarière linguale trop rapidement coupée; c'était au débat de mes opérations galvanocaustiques). En outre, il est arrivé plus d'oie fois que le fil, chaufié à blanc, s'est fondu avant la section compiéti du pédicule de la tumeur. M. Middeldorpf obvie à cet inconvénient au moyen du commutateur, en diminuant à temps la tension de a pile; toutefois, il n'a pas toujours pu empêcher le fil de se fondre pendant l'opération, accident fâcheux en tous cas et quelquefois noisible.

La pile Grenet permet de remédier de deux manières à HncooTénient que nous signalons. Lorsque l'échelle graduée du serre-nœud indique que le fil est réduit à la moitié, au tiers, an quart, etc., de sa longueur, on diminue l'intensité du courant : 1* soit en fusant diminuer, puis suspendre l'insufflation; 2* soit en faisant soulever quelque peu la pile au-dessus du niveau du liquide où elle plonge. Toute la partie de la pile qui se trouve émergée cesse d'agir, et le résultat est le môme que si l'on avait remplacé la première pile par une pile moins forte. Ce second moyen est plus précis que l'autre, mais il est d'une application un peu moins commode; il faudrait lui donner la préférence si le pédicule de la tumeur renfermait une artère capable de fournir une hémorrhagie inquiétante; alors, en effet, il ne s'agit pas seulement d'éviter de fondre le fil; il faut éviter même de le chauffer à blanc, parce que les artères coupées trop rapidement donnent des hémorrhagies.

Les plaies galvanocaustiques, qu'elles soient le résultat de l'action de l'anse coupante, ou de l'action du galvanocautère (ou couteau galvanocaustique) diffèrent notablement des brûlures ordinaires. Le corps incandescent qui divise les tissus est d'un très-petit volume, et ne recèle, dans un temps donné, qu'une très-petite quantité de calorique. Un corps de môme volume, chauffé parles moyens ordinaires, môme jusqu'à la chaleur blanche, et plongé dans les tissus, s'éteint rapidement, et ne produit qu'une eschare trèsmince. En d'autres termes, l'épaisseur de l'eschare est proportion-, nelle à la masse du corps incandescent. La cautérisation galvanique est donc très-superficielle ; le cautère n'agit pour ainsi dire que sur les tissus qu'il touche ; il ne rayonne pas dans les parties adjacentes^ il ne les irrite pas, il n'y provoque pas cette réaction qui donne tant de

MODK D ACTION SUfl LES TISSUS.

gravité aux brûlures étendues. Les plaies faites sur les animausi par Le fit rougi à A/rinc sont à peine escbariûées; e'est pourquoi elles saignent presque aussi abondammenl que les incisions ordinaires, Li's plaies faites parle fil simplement rouge ne saignent pas; elles sont recouvertes d'une esebare d^un nrijlliraètre d'épaisseur, donl les limites sont parfaitement tranebées , et au-dessous de laquelle les tissus ne sont nullement lésés. Cette coucbe joue le même rôle prolecteuj que la couche de tissus tassés et feutrés qui recouvre les plaies par écrasement linéaire. Elle empêche le contact direct de Fairsurles parties vasculaires; c'est une sorte de pansement par occlusion, qui pendanl les premiers jours soustrait la plate aux influences extérieures, et l'on congoit que cette condition soit peu faTorable au développe* ment des érjsipéles, des phlébites et des infections purulentes, M, Middeldorpf pense que les opérations galvanocaustîques sont tout à fait exemptes de ces accidents. Je considère une assertion Misi exc]usî?e comme un peu hasardée, matsjem*empresse de dire qu'en théorie les plaies galvanocaustîques me paraissent mm ce rnpportf et iouien choses égales d*aiUeurs^ moins graves que les plaies saignantes et non réunies, et qu*cn pratique les faits publiés déposent en faveur de celte appréciation.

Parlons enfin de Faction de la galvanocaustie sur les artères. Avec une pression moyenne, le fil rougi à blanc coupe nettement Tartère, qui reste béante dans la plaie et donne une hémorrhagie immédiate. 8t Texpérience est faile par exemple sur Tartère fémorale d'un cbien , on trouve, en sacrifiant Tanimal immédiatement après, que Ton/ice de l'artère est froncé, racorni, et réduit à la moitié environ du diamètre de Tarte re; on comprend ainsi que ranse coupante chauffée à blanc puisse diviser les petites artères sans hémorrhagie, parce qu*alors le froncement et le racornissement de l'ouverture peuvent aller jusqu'à Toblilérer; el Ton comprend en même temps pourquoi ta section des artères plus grosses s'accompagne toujours d'un écoulement de sang abondant. Mais si Ton répète la même expérience avec un ûl chauffé seulement au rouge, on trouve, en disséquant le membre, que l'artère fémorale est fermée. Ce vaisï>eâu, au premier abord, paraît siiijplement fermé en cul-de-sac; toutefois, si l'on fend Tartère suivant sa longueur, on voit qu'elle a subi une sorte d'invagination récurrente dans une étendue d'environ 3 millimètres. Les trois tuniques sont rentrées dans le calibre du vaisseau par un simple effet de racornissement ; c'est quelque chose de comparable à ce qu'on obtient dans Fopéraiion hémostatique qui porte le nom de refoulement des artères, avec cette diffërenc e

'j48 GALYANOCAUSTIE.

que le refoulement des parois n'est pas régulier. La disposition des ▼eines est semblable à celle des artères, ce qui explique peot-^tre la rareté de la phlébite. Ces résultats, obtenus sur les vaisseaux par les ûls galvanocaustiques chauffés au blanc ou au rouge, sont pa^ laitement conformes à ceux que M. Bouchacourt a obtenus afec les cautères ordinaires appliqués sur les artères béantes des cadavres. Ce chirurgien a constaté que la cautérisation à blanc ne referme qu'incomplètement les vaisseaux, tandis que le fer cbauffé au rouge sombre les referme tout à fait en refoulant leurs tuniques. Il a publié ces remarques dans sa thèse inaugurale (Paris, 1836), et il en a eooclu que la cautérisation hémostatique devait être pratiquée avec on fer chauffé seulement au rouge.

Nous dirons, pour nous résumer, que la mélbode galvanocanstiqœ permet d'extirper les tumeurs de deux manières, par deux procédés bien distincts : 1® au moyen du galvanocautère^ qui se manie comme le bistouri et qui dissèque les tissus couche par couche, à ciel ouvert, sous l'œil du chirurgien; 2* au moyen de l'anse coupante^ qui s'applique, comme la ligature en masse et comme la chaîne de l'écraseur, sur im pédicule naturel ou sur un pédicule artificiel. Ces deux procédés laissent les tissus dans le même état, quoiqu'ils diffèrent essentiellement, sous le rapport du manuel opératoire.

BiMl«srapkle éem prlnd^as Mirrase* paMIé* uwr la «al . «cp«to la pakileattoa eu livre tf • ■. MlMeMarptf.

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