HISTORIQUE. — L ACADÉMIE DE CHIRURGIE
avait déjà, quatre ans auparavant, émis en deux lignes une opinion analogue et même plus générale (i), mais il n'avait pas précisé le siège et la nalure des glandes qui peuvent devenir le point de départ des kystes. Toute la famille des loupes fut ainsi retirée de la classe des tumeurs produites par la lymphe, et quoique les mots de tumeurs homologues^ de tumeurs homœomorphes n'eussent pas encore été inventés, on reconnaissait définitivement que certaines tumeurs jusqu'alors réputées contre nature étaient de même nature que certains tissus normaux. La conséquence de cette découverte fut qu'on retira peu à peu les loupes de la catégorie des tumeurs capables de dégénérer, puisque la dégénérescence était un des attributs de la lymphe, et que les loupes avaient cessé d'être lymphatiques. On n'osa pas, il est vrai, arriver du premier coup à cette conclusion pratique. Louis annonça encore, en passant, que les loupes pouvaient dégénérer; mais Girard, sans repousser entièrement cette opinion, déclara que cela était rare, et Ravaton, Tannée suivante (1776), ne parla plus du tout de la dégénérescence des loupes (2).
C'était un grand pas ; on en fit un autre. Les tumeurs scrofuleuses, plus connues sous le nom d'écrouelles, furent à leur tour relevées de l'accusation de dégénérescence. La chose était assez difficile, car ces tumeurs, situées dans les ganglions lymphatiques, étaient attribuées à l'accumulation et au durcissement de la lymphe. Louis, toutefois, sut trouver un biais pour concilier l'observation qui repoussait la dégénérescence des écrouelles, avec la théorie qui rendait cette dégénérescence inévitable. 11 se souvint qu'une vingtaine d'années auparavant, Dufouart, en faisant bouillir une tumeur, avait obtenu de la gelée. D'autres tumeurs, au contraire, avaient fourni de l'écume ; et cela voulait dire qu'il y avait une lymphe gélatineuse et une lymphe albumineuse. Louis, utilisant cette chimie, affirma que les écrouelles étaient formées de lymphe gélatineuse, tandis que les squirrhes et autres tumeurs dégénérantes étaient formées de lymphe al|)umineuse. La phrase mérite d'être citée : « Les écrouelles, dit-il, sont
« formées parla lymphe gélatineuse Elles ne dégénèrenl*pas en
« cancer, ce qui prouve bien que leur matière est d'une autre nature « que celle qui forme les squirrhes. Les tumeurs de ce dernier genre « sont produites par la lymphe albumineuse, qui est susceptible « d'un mouvement spontané (fermentation) par lequel elle devient
(1) Sue le JeoDe, Dictionnaire de santé^ t. Ul, p. 442, art. Loupe. Paris, 177 f« iii-12.
(2) RavatoD, Pratique moderne de la chirurgie (en 4 vol.). Paris, 1776, In-lî, t I,p. 74.
« alcaline et très-corrosive (i). » Louis était le représentant le plus élevé de TAcadémie de chirurgie : Ab uno disce omnes I
Quoi qu'il en soit, les écrouelles, comme les loupes, comme les lipomes, se trouvèrent séparées des tumeurs capables de dégénérer. Après cette triple élimination, les partisans de la doctrine classique se trouvèrent plus h leur aise. Toutes les autres tumeurs, réunies en un seul groupe, sous le nom de tumeurs charnues, se plièrent sans difficulté aux exigences de la théorie de la lymphe. La lymphe simplement extravasée et durcie donnait le squirrhe ; lorsqu'elle venait à s'altérer et à fermenter, le squirrhe se changeait en cancer. Certaines tumeurs restaient squîrrheuses,[c'est-à-dire bénignes; d'autres devenaient ^lalignes et se transformaient en cancers; d'autres étaient malignes et cancéreuses dès le moment de leur apparition. Tout cela dépendait des caprices de la lymphe. Jamais doctrine ne fut plus commode pour le chirurgien. Point d'erreur de diagnostic possible; point d'hésitation dans le traitement. Étant donnée une tumeur, il ne s'agissait que de l'enlever. Si elle était cancéreuse, c'était bien fait ; si elle ne l'était pas, c'était mieux encore, parce qu'elle aurait pu le devenir. Quant à l'anatomie pathologique, il n'en était pas question. A quoi bon s'inquiéter de classer des tumeurs semblables par leur origine aussi bien que par leur destination? Mais que devenait la science? un chaos. Rien de précis, rien de certain : partout la confusion et la contradiction. Stork croyait guérir les cancers par les préparations de ciguô; Triller déclarait le cancer incurable, môme» par l'opération. James Hill, de Dumfries (qu'il ne faut pas confondre avec John Hill), affirmait que sur quatre-vingt-huit opérations de cancer, il n'avait eu que dix récidives, quoiqu'il eût suivi ses malades pendant plus de vingt ans ; Ah Monro, au contraire, avouait que sur une soixantaine d'opérés, il n'avait vu que quatre fois la seconde année s'écouler sans récidive (2). U était permis de se demander si Stork et Hill avaient traité la môme maladie que Triller et Monro.
(1) Lgi^is, Dici. de chirurgie, article Écrouelles. Paris» 1773, in-8, t. I, p. 350.
(2) Slork (Ant.), Libellus quo demonstratur cicutam esse remedium valde utile in tnultis morbis qui hucusque curatu imposnhiles dicebantur. Vienne, 17 60, in-8, lib. Il, 1761, et Supplementum, 1761. — Triller (Dan.), Opuscula medica. Francfort, 1760, ln-4®, vol. I, p. 46 : Dissert, de cancrt exstirpatione. — Alex. Monro, His^ tories of Collections of Bloody Lymph in Cancerous Breasts dans Essays and Observations of Edinburgh^\o\, V, art. 31, p. 421, 1742, in-8. — La statistique opUmiste de James Hill a été publiée dans Benj. Bell, On the Theory and Management of Ulcers. Edlnburgh, 1779, ln-8, part. II, sect. VIII, p. 281. Elle est extraite de l'ouvrage de Hill, que je n*ai pu me procurer : Cases in Surgery. Edinburgh, 1772, in-S.
HISTORIQUE. JOHN UUiNTER. 9
Qu'élait-cc donc que b cancer? L'Académie de Lyon mit lu queslion au concours, et le célèbre Peyrilhe, qui remporta Je prix (1773), ne trouva que f^ette réponse découragoaule ; Xe cancer esi aussi difficile à définir qu à guérir (i). Naïf aveu d'impuissance, plus humiliant encore pom* la pathologie que pour la Ihérapeutique, car cela voulait dire, d'une part, que le caûcer était incurable, d'autre part, que te cancer était inconnu.
Tel était l^état de la question des tumeurs vers la fin du dernier siècle. Le moment était venu où cette question devait changer de face. Le génie de Jobn Hunier venait de secouer le joug du curtésiatiisnie, et de ranger la chirurgie sous le drapeau de Bacon, L'observation, substituée au raisonnement pur, ût justice des théories de l'Acadcmiede chirurgie. L'engorgement des vaisseaux par la lymphe épaissie, rextravasation de ce liquide, son prétendu mouvement spontané, son croupissement, sa fermentation, tout cela disparut pour jamais. On reconnut enfin que tous les tissus de l'ormatioji nouvelle commencent par la sécrétion d'une substance plastique, qui Iranssude à l'élat liquide à travers les parois des vaisseaux sanguins, qui s'épanche dans les interstices organiques, se solidifie et devient aussitôt le siège d'un travail d^organisation. Cette substance qui joue, dans les productions accidentelles, le mOme rôle que le suc nutritif dans la nutrition normale, John Hunier lui donna le nom de ^^w/)/rg twf^fJrt^/c; mais malgré la ressemblance des mots, il y avait un *iblme entre la doctrine huntérienne el celle des cartésiens. Pour ceux-K^i la lymphe qui produisait les tumeurs était le liquide naturel contenu dans les vaisseaux lymphatiques ; elle s'accumulait parobslruction ou par extravasation et non par sécrétion. C'était une substance inerte, un corps étranger, sans vie, obéissant aux lois de la pliysiquc et de la chimie pures, Liï lymphe coagulable de Hun ter, au contraire, provenait des élé- 'âjpjents du sang; elle était sécrétée par raclîon vitale des vaisseaux, elle s'organisait en obéissant aux lois de la vie. Pour étudier les productions accidentelles, il ne s agissait plus de les faire bouillir, d'y chercher de la gélatine ou de Talbumine, iles alcalis, des acides ou des sels, procédés applicables aux corps inorganisés; il s'agissait d'en étudier les caractères anatomiques, el de les classer d'après leur structure, comme on étudia et comme on ckisse les tissus normaux.
jt] Pcjrtihc, Dissert. academica de cana-o, Parîi, 1774, iil-12, p. S, § 5. * tït can^
11 n*est donné à personne de trouver du premier coup la vérité tout entière. Hunter mêla donc à sa doctrine une hypothèse qu'on lui a reprochée peut-être avec trop de sévérité. II supposa que le sang épanché dans les tissus, à la suite d'une contusion, par exemple, était capable de s'organiser comme la lymphe coagulable, et ce fut à cette cause qu'il rattacha l'origine de certaines productions accidentelles ; mais cette erreur, fort explicable du reste, ne portait que sur un point accessoire. Le point important et capital était d'avoir découvert que les tumeurs sont formées de tissus comparables aux tissus sains, sinon par leur structure, du moins par leur vitalité, qu'elles naissent par un travail d'organisation, 'qu'elles vivent et s'accroissent par un travail de nutrition, qu'elles sont en quelque sorte des organes nouveaux surajoutés à l'économie, et que leur composition anatomique est susceptible de varier comme celle des parties naturelles. Hunter ne se contenta pas de jeter les bases d'une doctrine qui devait conduire ses successeurs à appliquer l'anatomie pathologique à l'étude et à la classification des tumeurs. Sans faire de cette dernière question l'objet d'une étude particulière, il reconnut et annonça la diversité des affections confondues jusqu'alors sous le nom de cancer. « Les maladies qui sont commute nément rangées sous cette dénomination, disait-il en i786, dans « ses Leçons de chirurgie^ sont très-différentes par leur aspect, et « le sont aussi très-probablement sous le rapport de leur nature. « On ne devrait pas les désigner sous le môme nom (4). » • Après une pareille profession de foi, il semble que l'infatigable Hunter aurait dû se mettre à l'œuvre et chercher les caractères distinctifs de ces tumeurs dont il annonçait la diversité. Il ne le fit pas cependant, et, de son vivant, ses élèves ne le firent pas non plus. C'est qu'en effet ce travail n'Aait pas encore possible : avant de classer les tissus pathologiques, d'en étudier la structure et les propriétés, il fallait, pour avoir un point de comparaison, connaître préalablement la structure et les propriétés des tissus sains; avant de créer l'anatomie pathologique générale, il fallait connaître l'anatomie normale générale. Or, cette dernière science n'existait pas encore, mais le jour de sa naissance était proche.
L'Angleterre pleurait encore sur la tombe du grand Hunter, lorsqu'on vit surgir en France un de ces hommes extraordinaires qui portent, en quelque sorte, un monde dans leur cer\'eau et à qui il est donné de lancer subitement l'esprit humain dans de nouvelles
(I) Hunter, Œuvres compté f es, Uaçl. franc. Paris, 1843, ln-8, 1. 1, p. 68C.
HISTORIQUE. — BiCHAT ET LAENNEC. Il
carrières. La destinée de Bichat est peut-être sans analogue dans ITiistoire. A Tâge de vingt-huit ans, étant à peine connu pour quelques opuscules de pratique chirurgicale qui sortaient à peine de la ligne commune, il renonça à ses premiers travaux, et entreprit tout à coup de régénérer toutes les sciences médicales. Deux ans et demi lui suffirent pour accomplir cette œuvre immense. Le Traité des membranes et les Recherhes physiologiques parurent en 1 800. Les quatre volumes de VAnatomie générale furent conçus, rédigés et publiés en 1801 ; le Traité d'anatomie pathologique^ basé sur les principes de Tanatomie générale, devait paraître en 1802; les matériaux en étaient prêts, et Bichat les avait déjà fait connaître à ses élèves dans son cours d'anatomie pathologique, professé pendant Thiver de 1802; mais le grand homme mourut le 22 juillet suivant, âgé de 30 ans et quelques mois, sans avoir eu le temps de formuler par écrit les principes qui devaient présider à l'étude et à la classification des lésions.
Ces principes heureusement avaient trouvé de Técho dans la jeune génération qui venait de recueillir Théritage de Bichat. Bayle,Dupuytren etLaénnec se mirent à Toeuvre avec ardeur pour compléter. Tœuvre du maître. Les deux premiers , travaillant en commun, publièrent plusieurs mémoires sur les productions fibreuses et sur les productions tuberculeuses (i), et au mois de décembre 1804 Laénnec lut à la Société de la Faculté de médecine, sous le titre modeste de Note sur Vanatomie pathologique y un travail qui restera dans Thistoire comme le premier pas d'une science alors entièrement nouvelle, Tanatomie pathologique générale. Les lésions morbides et les productions accidentelles en particulier se trouvaient pour la première fois divisées et classées suivant leur nature anatomique, abstraction faite de leur siège; les tissus de formation nouvelle étaient comparés aux tissus normaux, etdistingués comme eux d'après les principes deTanatomie générale. Bichat n'était pas mort tout entier; on le sentait vivre encore dans le premier essai de son jeune disciple, qui bientôt devait s'immortaliser à son tour par la découverte de l'auscultation.
Dupuytren, déjà dominé par cette personnalité inquiète et jalouse qui est restée jusqu'au dernier jour le côté le plus saillant de son caractère, réclama amèrement pour lui la priorité de quel-
(1) Bayle, Remarques sur les tubercules dans le Journal de Boyer, Corvisart et Lcrooi. t. VI, p. 1 (IKOI). t. IX, p. 427 (I80i»), et t. X, p. 32 (1806. — Remarques sur l'induration blanche des organes, dans le même Joarnal, t. IX, p. 28& (180S).— Articles CAifCcn et Coeps fibreux du Dictionnaire des sdencet médicales.
qucs-iincs des idées exposées par Lafinnec (i). Mais celui-ci, plus juste que son rival, avait répondu d'avance, en déclarant qu'il s'était inspiré de la pensée de Bichat. C'était dire que Dupuytren avait puisé à la même source que lui. Il y avait toutefois, dans la classification de Laennec plusieurs vues nouvelles, qui ne venaient pas de Bichat, et que Dupujrtren ne réclama pas non plus. Ces vues se rattachaient précisément à la question des productions accidentelles.
Laennec divisait les tissus accidentels en deux grandes catégories : loceux qui ont des analogues parmi les tissus naturels de l'économie animale; 2* ceux qui n'ont pas d'analogues parmi les tissus normaux. Pour abréger le langage, on a depuis lors désigné ces deux grandes classes de tumeurs sous les noms de tumeurs analogues ou homologues et de tumeurs hétérolog^ies,
Laônnec admettait, pour ainsi dire, autant d'espèces de tumeurs homologues qu'il y a de tissus normaux. Il les divisait en productions osseuses, fibreuses, fibro^artilagineuses, cartilagineuses, cellulaires ou adipeuses et cornées. Il y ajoutait les poils accidentels qui se produisaient dans certains kystes, les séreuses accidentelles découvertes par Bichat, et donnant naissance à certaines tumeurs enkystées, les muqueuses accidentelles découvertes par Hunter dans les trajets fisluleux, Vémail accidentel qui se forme sur les surfaces articulaires dans certaines maladies, et les synoviales accidentelles qui se forment dans les pseudarthroses. Privé des lumières du microscope et obligé de s'en rapporter aux apparences grossières, Laônnec était excusable de prendre pour une séreuse la membrane lisse qui tapisse certains kystes, pour une muqueuse, la membrane tomenteuse qui revêt les trajets fistuleux, pour de l'émail la couche osseuse éburnée et polie qui remplace quelquefois les cartilages détruits, et pour une synoviale le tissu cellulaire condensé et brillant qui se produit autour des fausses articulations. Il était excusable aussi de confondre sous le nom commun à' ossifications les productions osseuses proprement dites et les dépôts de matière minérale qui s'effectuent dans les parois des artères ou dans l'épaisseur de cer-
(l)Laênnec, Essai sur Vanatomie pathologique, lu à l'École de médecine, le 6 nivôse nn XIII, dans le Journal de Boyer, Corvisart et Leroux, an XI II, t. IX, p. 360; reproduit par l'auteur dans l'article Anatomie pathologicdc du Dictionnaire des sciences médicales. Voir encore les articles Cartilages accidentels, Dégénération et EncfIphaloïde, du même Dictionnaire. Pour la polémique entre Dupuytren et Laênnec, voyez la Bibliothèque médicale, 2« année (1804-5), t. VIII, p. 97, p. 100 et p. 197.
inSTORIQUE. LAEKNEC.
taiDCS tumeurs fibreuses. Ces erreurs el plusieurs autres ont été icomgéos par les niicrographes ; mais ce ne sont que des détails Iparliculiors, et le microscope a, du reste, confirmé rensenible de (la doctrine deLiênaecsur les produclions aci:idenleUes lioniolo* Mues. On sait aujourd'hui qu'un travail pathologique peut faire déve^ llopper accideutellement non-seulement des tissus élémenlairesi mais Sneore des parties formées par l'agencement de plusieurs tissus [et semblables à certains organes plus ou moins complexes (vaislujc, nerfs, papilles de k peau, villosités des muqueuses, poils, ides, etc.). l^aéunec avait prévu ce résultat, qu'il avait annoncé ^dans la phrase suivante : u On peut dire que tous les tissus qui, « dans rétal saln^ composent le corps humain, si l'on en excepte ce- . u pendant le parenchyme de quelques viscères, peuvent ôtre produits « par suite d'un étalmnrbifique. *> La seconde classe des tissus accidentels, renfermant les producttioDs hétérologucsjse divisait, pont LaCnnec, en quatre espèces, saiToir : les tuèerailes, ]ei> sqnirrfws^ V^ncéphaioide et la méiarwse. Le tu- Eltercule vaguement indiqué pai" tous les auteurs depuis Ilippocrate^ [formait depuis les travaux récents de Bayle (i802-180i), une es- "pèce morbide dont les caracléres distinclifs étaient netlement déterminés. D n*en était pas de même des trois autres productions hétérologues admises par Laënuer. La mélanose n'avait pas encore I été décrite, et l'auteur, qui en parlait pour la première fois, n'en [avait lui-même qu'une connaissance très-imparfaite. Quant aux deux Merniers tissus, le squirrhe et rencéphaloïde, c'était tout ce qui rcs- Itaît de Tancienne famille des cancers, qui, débarrassée enfin d'une [foule de tumeurs homoeomorphes que l^iiïnnec en avait détachées, [formait désormais un groupe naturel. Le mot encéphalùïde 6Uûi nou- [Teau et désignait les tumeurs cancéreuses mulles qui, à leur période j d'état, présentent un aspect analogue à celui de la substance cérébrale. ilfais ce qui était nouveau surtout, c'ét^iit la séparation radicale éta* jblie par Laénnee entre cette forme et la formesquirrheuse, Jusqn'a- [lors on avait cru que c'étaient deux élats successifs de révolution [d'une même tumeur, que le squirrhe était fie«*n jusqu'au jour où [il dégénérait eu cancer maiin^ et que les cancers mous n'étaient que ^ Sfiuirrhes plus dégénérés que les autres, Lîiénnec annonça, au atraire, que ces deux types restaient distincts depuis le premier [jusqu'au dernier jour, qu'ils étaient caractérisés par des tissus dif- Ijérents, et qulls ne se transformaient jamais t'un dans Tautre. U y [ivait là k la fois une erreur et un progrès.
Le progrès, c'était la négation de la doctrine classique dû la dé-
générescence; Lafinnec se servait encore du mot de dégénéraiion, mais il l'employait dans un sens plus restreint pour désigner le travail morbide à la suite duquel un tissu accidentel prend la place d'un tissu naturel. Il suffit môme de lire son article Dégénération publié quelques années plus tard dans le grand Dictionnaire des sciences médicales pour reconnaître que Laônnec n'avait conservé ce mot que par complaisance de langage, puisque pour lui la dégénéraiion était la substitution d'un tissu pathologique à un tissu normal, et non une transformation de celui-ci en celui-là. Tel était le progrès accompli par Lafinnec ; il était considérable, et cependant il resta longtemps sans écho; aujourd'hui môme il n'a pas encore pénétré dans tous les esprits.
Mais j'ai dit qu'à côté de ce progrès il y avait une erreur : c'était la distinction absolue établie, au nom de Tanatomie pathologique, entre le squirrhe et l'encéphaloïde, devenus pour Laônnec deux maladies différentes. Or, l'observation clinique et l'anatomie pathologique elle-môme protestaient contre cette classification. D'une part, on trouvait fréquemment, sur le môme cadavre, plusieurs tumeurs appartenant les unes au type du squirrhe, les autres au type de l'encéphaloïde, et de plus on rencontrait sans cesse des tumeurs indécises qui établissaient des nuances infinies entre ces deux types extrêmes. D'une autre part, la clinique constatait que le squirrhe et l'encéphaloïde, abstraction faite des caractères physiques de la tumeur qu'ils produisent, ont des symptômes analogues, ont la môme tendance à la récidive, à la généralisation, amènent la môme cachexie et aboutissent à la môme terminaison.
Pour atténuer ces contradictions, on imagina de fusionner la doctrine deLaênnec avec la doctrine classique; on admit de nouveau l'unité de raffection cancéreuse, mais on ajouta que cette affection était caractérisée tantôt par le tissu squirrheux, tantôt par le tissu encéphaloïde. Puis la mélanose à son tour réclama sa place dans le môme groupe, de telle sorte qu'on vit une maladie unique correspondant à trois lésions de nature différente : nouvelle contradiction plus grave encore que les précédentes, puisqu'elle aboutissait nécessairement à nier toute relation entre la lésion et les symptômes. Sous peine de donner le coup de mort à l'anatomie pathologique, il fallait donc trouver un trait d'union entre les types si dissemblables du squirrhe, de l'encéphaloïde et de la mélanose. Mais la nature avait relégué ce caractère commun dans les éléments imperceptibles que le microscope seul pouvait révéler, et cet instrument n'avait pas encore été appliqué à l'étude des produc-