LEBERT
hfjiTiŒomorphes il les divisa en espèces correspondaût a la nature des éléments qui les composent. Il admit ainsi des tumetirs graisseuses, flbreuses, fîbroplasliques, mélaniques, épithétiales, cartilagineuses, osseuses, gland ulaires fcyperlrophiqiiesj éreetiles, Hbrineuses et k}^tiqiieâ. Cette cUssIûcatioD laissait quelque chose à désirer: il y avait quelques imperfections de détail et m^me quelques erreurs. Sous ce rapport^ la diiision donnée la même année par M* Vogel était plus régulière, plus complète, plus conforme aux prindpes de ranaiomie générale. Mais ce qui constituait la partie la plus iiouvellG et la plus remarquable de l'œuvre de M* Lebert, c'était l'élude clinique des tumeurs comparée à leur composition anatomique et microscopique. Pour M. Vogel, comme autrefois pour Laennec, les luraeurs homologues étaient hénii^nes, les tumeurs hétérologues étaient malignes. M, Lebert prolesta contre cette division qui attribuaiï un caractère absolu aux phénomènes si importants d'ailleurs de la bénignité et de la malignité, (s Nous verrons, dit-il, dans Tintroduclion de son second volume, que des tumeurs éminemment bénignes peuvent se ramollir et s* ulcérer, que des tumeurs graisseuses, enkystées, mélaniques peuvent être constitutionnelles, et parfois même héréditaires, n Malgré cette profession de foi^ M, Lebert s'est laissé aller plus d*une fois à exagérer la bénignité rebitive des tumeurs homŒomorphes. Il a subi à son insu Finfluence d'une doctrine <ïui exisUiii avant lui^ contre laquelle il avait m^ime réagi, et dont ses adi^erKiires ont pourtant, faute d'y regarder d'assez près, fait peser sur lui la responsabilité. Je ne puis ici analyser toute son iBuvrc, ni exposer toutes les opinions qui, basées alors sur une observation encore Irop restreinte, ont dû depuis subir, au contact de nouveaux faits, des modifications plus ou moins grandes. Si quelque ^osea lieu de nous surprendre, c'est que M. Lebert ne se soit pas ^lus souvent trompé sur une question si confuse avant lui, si vaste et si compliquée. Je me bornerai à signaler, parmi les découvertes de ce savant, celle des tumeurs épitbéhales, qu*il partage avec M* Isaac Mayor, et celle des tumeurs fibro-plastiques. Je mentionne aussi, non comme une découverte clinique, mats comme une découverle microscopique, la démonstration de la nature glandulaire des tumeurs mammaires chmniques d*A. Gooper, sur lesquelles venait de rouler îa discussion si bruyante et si stérile de l'Acadéniie de médecine.
L'apparition de l'ouvrage de M. Lebert fut le signal d'une division plus profonde et plus grave que jamais, entre les chirurgiens exclusifs, et ceux qui accordaient une importance légitime aux
résultats de Tanatomie pathologique, devenue désormais inséparable des études microscopiques. Tant que la micrographie était restée à Tétat de science spéculative, les chirurgiens Tavaient accueillie avec une curiosité bienveillante. Ils avaient même accepté avec satisfaction la théorie unitaire 4^ MuUer, qui parai^it confirmer leurs idées traditionnelles sur le cancer. Mais lorsque les applications, pratiques se dressèrent devant eux, lorsqu'ils virent paraître des espèces nouvelles qu'il devenait nécessaire de distinguer au lit du malade, lorsqu'ils virent leurs diagnostics infirmés chaque jour par le témoignage du microscope; alors la résistance commença.
On voulut d'abord contester l'exactitude des observations microscopiques. On entendit des professeurs éminents (qui, à coup sûr, n'étaient pas des professeurs de physique), prétendre que le micro^ scope était un instrument infidèle, et qu'avec un peu d'imagination on y voyait tout ce qu'on voulait y voir. Je fus même obligé de consacrer une partie de ma thèse inaugurale (1849) à la réfutation de ce singulier non-sens. Bientôt pourtant il fallut changer de langage. On voulut bien reconnaître que les observations microscopiques étaient exactes, mais on ajouta qu'elles étaient inutiles; que les tissus pathologiques étaient caractérisés par leur couleur, leur consistance, leur structure extérieure, en un mot par les caractères que constate l'étude faite à l'œil nu, et non point par les apparences moléculaires des atomes que montre le microscope. L'objection n'était pas entièrement sans videur, car il est certain que la spécificité des formes s'arrête à un certain degré de petitesse, et qu'à côté des éléments anatomiques proprement dits on trouve, dans la plupart des tissus et des blastèmes, des granulations moléculaires beaucoup plus petites qui n'ont aucune fixité et aucune signification. On pouvait donc se demander, jusqu'à un certain point, si les noyaux et les cellules étaient situés en deçà ou au delà de la ligne de démarcation qui sépare l'organisation proprement dite, des ébauches plus inférieures où la matière organique n'a pas encore de formes caractéristiques.
Pour répondre à cette objection spécieuse, l'auteur de cet ouvrage s'attacha à démontrer que des différences anatomiques appréciables à l'œil nu,v coïncident le plus souvent avec les difi'érences élémenr taires que révèle le microscope. Il consigna le résultat de ses recherches dans un long mémoire qui remporta en 4850 le prix d'anar tomie pathologique, à l'Académie de médecine (1).
(1) Mémoires in-l de l'AcaU., t. XVI, p. 423 à 820.
HISTOHIQUE. — CONCLUSIONS. ^ 41
Je dois m*accuser d'avoir plus û\xm foiSi dans ce travail» partagé Eas ilJusîoDS de M, Leberlsurla bénignité de cerlaines tumeurs bomœomorphes, mais il me sera peut-être permis d'ajouter que les caractùres auatomîques distincLifs que j'ai décrits alors ont été démontrés exacts par Tobsen'ation uîtérieure. Il m'est rarement arrivé y^ iroyver, à Texamen microscopique des tumeurs, une slriîcture différente de cette que j^avais cru reconnaître à l'œil nu; et je puis aujourd'hui répéter sans restriction ce que J'ai dit dans mon mémoire de 1850, p, 8i7 : «Le microscope, qui nous a rendu de si grands services dans celte étude, a prestgpÈ^ cessé de nous ôlre nécessaire : il nous a enseigné à nous servïr dfe Vœïi nu. n
Eu faisant rentrer les distinctions microscopiques dans la catégorie des faits de Tanatomie pathologique ordinaire, j*espérais aplanir les difficultés et faire cesser les malentendus. Cette espérance ne se réalisa pas. Les soupçons qui planaient sur le microscope, loin de se dissiper, ne tirent que prendre des proportions plus générales; ne pouvant plus séparer la structure élémentaire de la structure visible h l'ceil nu, on en vint, par une conséquence forcée et i}ue pourliint je n'avais pas prévue, à nier la valeur de Tanatomie pathologique tout entière dans la classification des tumeurs. On ni alors des chirurgiens célèbres, des professeurs éminents déserter le drapeau de Tanatomie pathologique, sous lequel ils avaient combattu loule leur vie» el dans la mémorable discussion du cancer qui, en 1854, remplit entièrement treize séances à TAcadémie de médecine, on entendit plusieurs orateurs nier Texistence d'une relation constante entre \e^ lésions et les symptômes, pendant que M, Velpeau, rejetant au dernier rang une science qui avait jusqu'alors servi de base à sea travaux, déguisait habilement sa défeclion sous cette phrase aphoristique : «Ou ne part pas de Tanatomie pathologique; on y arrive ! «
L*expressioD était heureuse, mais Tidée était entièrement inejcacle. L'anatomie pathologique ne doit être ni un point de départ, ni un but; c'est un des moyens que Ton emploie pour arrivera la coûtiaissance des maladies; il ne doit passer ni avant ni après les autres; il doit marcher de front avec eux. C'est pour avoir méconnu celle vérité que les théoriciens et les praticiens ont mi pendant tant de siècles tous leurs efforts échouer devant la question des tumeurs. Pour réussir dans une élude si vaste et si compliquée, ce n'est pas trop de puiser k la fois h toutes les sources de nos connaissances, d'interroger simultanément les lésions et les symptômes, sans négliger les origines el les terminaisons naturelles ou provoquées par
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Tart. Toutes ces branches, qukin désigne sous les noms d'étiologie, de symptomatologie; d'anatomie pathologique, de pronostic, de thérapeutique, ne sont que les rameaux d'un même tronc, et s'attacher exclusivement à un seul d'entre eux, en dédaignant les autres, c'eM retomber dans l*s erreurs du passé, c'est s'exposer, comme Pénélope, à recommencer sa toile tous les matins. Lorsqu'on veut grotfper les phénomènes si complexes de la nature autour d'une seule idée ou d'un seul ordre d'idées, on fait un système qui s'écroule tôt ou tard. u^.
Si^'ai si longuement î^H^é sur l'histoire des tumeurs, ce n'est pas pour me donner le pl^ir de faire une promenade au milieu des mines. Il m'eût été facile d'exhumer des archives de la science bien des détails piquants, bien des idées singulières, bien des anecdotes curieuses, de les raconter sans commentaires et de rendre ainsi ma narration plus courte, plus complète et plus attrayante. Mais je suis de ceux qui pensent que l'histoire est faite pour instruire et non pour amuser. J'ai* donc préféré suivre une autre voie et concentrer toute mon attention sur l'origine des idées et des systèmes, sur les obstacles qui ont arrêté nos devanciers, sur les erreurs de méthode qui les ont égarés. Le galénisme, le cartésianisme, le broussaisisme nous ont montré l'impuissance des hypothèses et du raisonnement substitué à l'observation ; l'exemple de Laennec et d'Abernethy nous a appris l'insuffisance des recherches anatomiques faites sans le secours du microscope ; celui de Muller et d6 ses élèves nous a fait voir où conduit l'anatomie pathologique pure qui ne s'appuie pas sur l'observation clinique; enfin la stérilité des elTorts des praticiens exclusifs, •— obligés dans tous les temps, pour masquer leur ignorance, de se réfugier dans lliypothèse de la dégénérescence, — nous a donné la mesure de ce que peut faire la clinique pure, quand elle ne s'éclaire pas au flambeau de l'anatomie pathologique. Que toutes ces leçons du passé nous profitent aujourd'hui ! Apprenons à ne jamais séparer l'étude des lésions de celle des symptômes. Évitons ces spécialisations qui ont été si nuisibles au progrès, et, pour suivre la méthode naturelle^ qui classe les choses et les phénomènes non d'après un seul de leurs caractères, mais d'après l'ensemble de tous leurs caractères, faisons concourir vers un but commun tous les moyens d'observation dont nous pouvons disposer, la clinique aussi bien que l'anatomie pathologique, le scalpel aussi bien que le microscope, l'étude des malades aussi bien que l'étude des tumeurs.