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CHAPITRE H

TmînfNE ET FORMATION DES PRODUCTIONS ACCI DETELLES

§ I , — Théorie cellulaire.

Avant de classer %t de décrire les produclions accidentelles, il est nécessaire d'étudier les lois qui président k leur formalion el à leur évolution. Kous ne pouvons le fiiire sans renconlrer à chaque pas la théorie ceilulaire^ qui a exercé une si grande influence sur la direction des travaux modernes, et qui a laissé dans les idées et dans le langage une empreinte si profonde. Nous serons donc obligé d'exposer calte théorie et d*en discuter la valeur. Nous aurons ensuite k nous occuper de la théorie dite du développemmt continu^ k laquelle M, Vircinjw a attaché son nom, et qui n'est, du reste, autre chose que la théorie cellulaire revue, corrigée et augmentée,

n existe un certain nombre de productions accidentelles qui ne possèdent aucune organisation appréciable et qui ne paraissent pas obéir aux lois de la Yie. Ce sont de simples dépôts d'une substance plus ou moins solide, dont les matériaux se séparent du sang par suite d'une sécrétion pathologique. Nous n'avons pas h. nous occuper de rorigiue de ces productions amorphes, dont Télude appartient à la chimie plutôt qu'à Tanatomie et qui doivent &tre considérées dans l'économie comme de vérit^ibles corps étrangers.

Les produclions accidentelles organisées commencent, comme les précédentes, par la sécrétion d'une substance amorphe provenant du sang et exhalée à travers les parois des vaisseaux. Mais cet état amorphe n'est que transitoire et fait bientôt place, en vertu d'un travail vital, à des éléments organisés divers de forme et de nalurc, possédante un degré plus ou moins élevé quelques-uns des attributs de la vitalité et le plus souvent mû me participant directement àja vie commune,

La sobstatice amorphe qui précède l'organisation porte le nom de blmîème (du mot grec ^Xa«à;^ bourgeon), parce que c'est en quelque

FORiMATlON DES PRODUCTIONS ACCIDENTELLES.

sorte le sol sur lequel les éléments organisés doivent germer. Les k partisans de la théorie cellulaire la désignent sous le nom de ci^stù- Ma$tème{ée xtxrrtî, vessie ou cellule, et pXstdm), parce qulls supposent que la première organisation du blastème revêt toujours la , forme de cellules.

Ce ne sont pas seulement les productions accidentelles qui se forment aux dépens d'un blastème préexistant. Toutes les productions normales, végétales on animales, chez l'embryon comme chei l l'adulte, dans l'accroissement comme dans la nutrition, passent par [rétat amorphe avant de subir le premier travail d'organisation»

Le bîasléme est quelquefois une substance suffisamment solide, kufïlsamment abondante et sur&samment opaque, pour qu'on puisse |la voir, soit à Tœil nu, soit au microscope ; mais souvent la matière \éM blastème est liquide, transparente, invisible» intangible, et on ne rradmet que par une pure conception de Tesprît, Toutefois, rien ne I venant de rien, et toute organisation devant avoir un commencement^ on est obligé d'accepter cetle proposition générale, que taute [prùduciwn organisée se forme aux dépens d'un blastème.

Ici, au surplus, il n'y a rien de nouveau que le nom. Ce qu'on

.appelle aujourd'hui le blastème ou les blastèmes n'est autre chose

f que ce qu*on appelait auparavant le suc ou les sucs mitritifs. C'est

[la matière première sans laquelle on ne peut concevoir ni racerois-

sèment ni la nutrition.

► Cette proposition, insignifianle à force d'être générale, n'a guère plus de portée que le vieil axiome ex nihilo nikil^ et il a fallu une foi bien robuste ou une imagination bien puissante pour en faire sortir 'la théorie de Vunité de Vorgamsatiùn, Ce blastème inconnu, tantôt I solide et tantôt liquide, tantôt visible et tantôt invisible, tantôt nor- » Bial et tantôt pathologique, on a supposé qu*U était toujours et par- [ tout le même, et que les transformations innombrables de cet insaisissable Protée étaient sous la dépendance d'une force unique, la force métabolique ; comme si une seule force, appliquée à une seule ^ substance, pouvait en tirer Tétonnante diversité des éléments, des tissus et des organes. C'était agir comme ces physiologistes qui prétendent expliquer tous les actes fonctionnels au moyen d'une seule force, la force vitale. Simplicilé séduisante, mais illusoire, carTunité n'existe pas dans la nalure; la variété est partout, dans les effets comme dans les causes, et elle est grande surtout dans les phénomènes où interviennent les lois complexes de la vie. C'a été une profonde aberration de croire qu^avec ce grand mot creux, la force métabolique, ou allait du premier coup pénétrer tous les mystères

THÉORIE CELLULArRE,

de rorgaaisation. Mais continuons Feiposé de la théorie cellulaire et des hypothèses contradictoires qui l'accompagnent.

L*état amorphe fait place à l'état globulaire ; des eeilules d noyaux se forment daas le blastème. C'est le premier degré de toute organisation.

La ctliule à noyau est un corps microscopique dont la formei susceptible de varier plus lard, est dans Torigine assez régulièrement arrondie {fig. 1). C*cst une petite sphère creuse composée : P d'une meojbraiie transparente, amorphe, mince, soluble dans Tacide acétiipie, ^'on appelle la paroi de la ceiluk{a) \ 2" d'uu liquide plus ou moins transparent, quelquefois légèrement grenu, qu'on nomme le mnimu de la cdiule {f)); 3" d*un corps moins transparent, d'apparence gfâtuuleusef désigné sous le nom de noyau^ flottant^ suivant les uns, dans la cavité de la cellule, contenu, suivant les autres, dans l'épaisseur de la paroi, où il occupe une situation fixe (c) ; la composition

Fig. t.

Fig. 2,

lique du noyau diffère de celle du reste de la celîule; il est inso- We dans Tacide acétique ; il devient même plus opaque et plus apparent sous l'actton de ce réactif; 4'' sur ce noyau enfin existe une tache centrale nommée nucléùle (rf), et ici encore les théoriciens ne sont pas d'accord ; les uns, considérant le noyau comme une masse solide, pensent que îe nucléole est la partie centrale autour de laquelle le reste de la substance du noyau s'est accumulé; les autres, croyant le noyau vésîculeux, c'est-à-dire composé d*une paroi et d'un contenu liquide, pensent que le nucléole est dans le noyau ce que le noyau lui-même est dans la cellule.

La diversité de ces points de départ a fait naître dans l'école unitaire deux principales sectes, dont Tune proclame la prées^istence des cellules, etraulre la préexiUencê desnmjaux.

La première secte suppose que la cellule est formée la première, sous forme de vésicule creuse ; qu'elle s'accroît sans cesse par endosmose en absorbant la partie liquide du bluslcrae ambiant, qu'un dépôt de granules s*effectue dans son intérieur, comme une sorte de

48 FOR&fATION DES PRODUGTIOlti ACCIDENTELLES.

précipité, pour constituer le noyau, et que lés^nucléoles sont ou des lacunes ou de simples taches du noyau.

La seconde secte, qui est la première par ordre d'ancienneté, puisque Schleiden lui-même en est le fondateur (1), admet que le noyau parait avant la cellule {fig. 2, e) ; qu'une mince couche albumineuse se dépose à sa surface; que cette couche, destinée à former la paroi de la cellule, est une membrane capable d'absorber par endosmose le liquide du blastème environnant; qu^elle adhère au noyau, mais paiJAin côté seulement ; que le liquide, introduit paj endosmose, la soulève partiellement, en donnant lieu à un relief comparable à celui d'un verre de montre (/); que, l'absorption continuant, la cavité s'emplit, s'accroît de plus en plus (^, A, t), et qu'enfin le noyau, dont le volume n'a pas changé, ne semble plus qu'un petit corps arrondi contenu dans l'épaisseur de la paroi cellulaire. De là le nom de cystoblaste qu'on a donné au noyau et qui signifie germe de cellule.

Le noyau est donc l'élément générateur de la cellule ; mais ce noyau lui-môme d'où vient-il, et comment s'est-il formé? D'une manière bien simple : avant lui existait dans le blastème un corpuscule plus petit autour duquel le noyau s'est développé, comme la cellule à son tour s'est développée autour du noyau. Ce corpuscule, c'est le nucléole qu'on a dès lors nommé noyau de noyau ou corpuscule de noyau.

Enfin, — jusqu'où ne va pas l'esprit de système? — on a supposé que ce nucléole infime, ce corpuscule si petit qu'on l'aperçoit difficilement sous des grossissements de 250 diamètres, n'était à son tour qu'une vésicule close, développée probablement autour de

(I) La découverte da noyau appartient à Rob. Broiwn, qui Ta oliservé en 1833, d'abord sur les cellules de répiderme des plantes de la famille des orchidées, pois dans le pollen, l'ovule et les stigmates des orchidées et de plusieurs autres plantes mono ou dicotylédonées. (Rob. Brown, Organs and Mode of Fecundation of Orchid deœ and Àsclepiadeœ dans Liwî, Transactions, 1833.) Cet auteur a appelé le noyau Areola, ou Nucletts, M. Schleiden Ta appelé Cytoblaste et en a fait le point de départ de la formation de la cellule. M. Valentin a revendiqué la découverte du rôle du noyau dans le développement de la cellule, et il a cité à l'appui do sa réclamation plusieurs passages de son Repertorium fur Anat. und Physiologie, années 1836 et 1837, et de son Handbuchder Entwickefungsgeschichte des Menschen^BeiMn^ 1835, in-8. Le seul passage qui m'ait paru explicite est celui qui est relatif à la formation des cellules pigmentaires, et qui se trouve à la page i94 de ce dernier ouvrage. 11 en résulte manifestement pour moi que M. Valentin a indiqué la formation des cellules pigmentaires autour du noyau par un dépôt de granulations périphériques. Mais il est certain que M. Schleiden a expliqué beaucoup plus nettement ce phénomène, et qu'il l'a le premier généralisé.

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