THÉORIE CELLULAIRE
quelque granule problématique. De ïk h rinclusion îDimilée, àl'emljoUemi?nt indéfini des cellules, il n'y a qu'un pas, el ce pas^ quelquesuns IVmi osé franchir.
Faisons ici une courte halt^ pour dire que tout réchafaudagc de la théorie cellulaire repose sur celte idée que toutes les cellules primitives ont une stracture uniforme, qu*elles sont creuses, qu'elles renferment un seul noyau, et celui- ci un seul nucléole. Or, cette base est entièrement hypothétique ou plutôt entièrement fausse. On a généralisé avec une légèreté inconcevable les obser\ationâ faites par Schleiden sur certains tissus végétaux; mais ce qui est h. la rigueur aeccplable pour les bolanistes n*est qu'une immense Ulupour ceux qui étudient les tissus plus compliqués du règne aniet surtout pour ceux qui examinent les productions accidentelles!, Beaucoup de noyaux possèdent plusiieurs nucléoles ; donc on ne peut pas dire que le nojau soit toujours une masse développée autour d*un nucléole central. Il y a d*aulre& noyaux où l*on ne découvre aucune apparence de nucléole. — En second lieu, on trouve souvent plusieurs noyaux dans une seule cellule : ainsi s'écroule la tbéorie du la préexistence des noyaux, renversée d'ailleurs par cet aulre fait qu1l y a des cellules entièrement privées de noyaux ; mais ces dernières cellules sont beaucoup moins communes que les autres. En outre, on trouve presque conslamment, en dehors des cellules à noyatLX, des noyaux iitm disséminés dans le blasléme ; certaines ^duclions accidentelles sont même exclusivement composées de Hïoyaux libres. La théorie générale de la préexislencc des cellules [flflt donc aussi fausse que les autres. Enfin, s'il est démontré, par le mouvement brownien des granulations moléculaires înlérieures, que eertaîmes cellules sont creuses^ il est impossible, dans la plupart des autres, de distinguer nue paroi et un contenu, et quelquefois même on acquiert la certitude, par suite de Faction des réactifs chimiques» qu il n'existe dans les cellules aucune cavité. En présence de ces effets si opposés, de ces phénomènes si contradictoires, on est bien obligé de reconnaitre que les éléments globulaires désignés sous le nom de cellules sont divers par leur nature aussi bien que par leur origine et par leur destination : ce sont taniùl des cellules à noyaux, tantôt des cellules sans noyaux ou des noyaux sans cellules; ici, des cellules à noy:mx multiples; là, des noyaux à nucléoles multiples; puis nous trouvons des nucléoles plus grands que certains noyaux, des noyaux plus grands que certaines cellules; nous voyons un même élément, le noyau, par exemple, parvenu à son entier accroissement, varier depusi finJu^Q^^ -h d^ millimètre de diamètrei
c'est-à-dire depuis i jusqu'à 5 ; ce qui établit entre les wlumesj qui sont proportionnels aux cubes des diamètres^ des différences com* prises entre i et 125. Les variations de volume des cellules sont tout aussi énormes; mais on peut, à la rigueur, dans certains cas, les considérer comme résultant de l'accroissement plus ou moins grand de la cellule, tandis que le noyau une fois formé ne s'accroît plus d'une manière notable, de telle sorte que les différences de volume qu'il présente sont réellement originelles. Mais quelque étendues que soient les limites de ces variations des éléments globulaires, elles ne donnent qu'une idée incomplète de la multiplicité des formes primitives de l'organisation, car, ainsi que je lé prouverai tout à l'heure, certains tissus, normaux ou pathologiques, prennent directement naissance dans les blastèmes sans passer par l'état globulaire. Quel désenchantement ! La théorie cellulaire nous avait promis de ramener toute organisation à l'unité chimérique qu'ont rêvée de tout temps de prétendus philosophes. La monade organique était enfin trouvée : c'était la cellule à noyau. Eh bieni le premier coup d'œil que nous jetons sur cette cellule nous la montre multiple dans ses formes, dans sa structure et dans ses origines. La monade fuit devant le microscope, et ceux qui la poursuivent encore sont obligés d'aller la chercher dans le blastème, c'est-à-dire dans la matière amorphe et inconnue qui précède les premières ébauches organiques !
Nous venons de saper la théorie cellulaire dans sa base, en démontrant que les cellules primitives ne peuvent pas être ramenées à l'unité. En voilà bien assez sur l'origine des cellules, parlons maintenant de leur destination.
Dans certains tissus, normaux ou pathologiques, l'état globulaire est permanent et définitif; les cellules subissent diverses modifications, mais elles conservent leur individualité, leur existence distincte. Dans d'autres tissus, au contraire, l'état cellulaire n'est que transitoire et fait place à une organisation toute différente. Par quel mécanisme s'opère ce dernier changement? Les cellules primitives se transforment-elles par métamorphose, ou sont-elles simplement détruites et remplacées par des éléments nouveaux? Nous répondrons tout à l'heure à ces questions; mais voici d'abord la réponse de la théorie cellulaire :
Toutes les parties organisées sont le résultat des transformations des cellules primitives.
Celles-ci, en s'allongeant, en se rétrécissant, en se plaçant bout à bout et en se soudant d'une manière régulière, donnent naissance i toutes les fibres.normdes ou pathologiques. Il y a des fibres deeel-^
THÉORIE CELLULAJaE.
iuUs, lûrmées par révolution de la celluie proprernent dite, et des fibres de no^aux^ formées exclusivement aux dépens des noyaux, la paroi cellulaire ayant préalaLlenienl reçu nne autre desUnatioiK
D'autre§fuig les cellules, s'assernblant d 'une façon plus singulièrcj confandent leurs parais deux à deux dans le^ poinb où elles se Joncbenl, puis elles se nieltent en eomniunicatîoa réciprï^que par M déliisi ênce de leurs parois contiguûSj et ainsi se forment les cavités inlerjeures du corps, les vaisseaux, les conduits excréteurs, etc.
Ou bien les cellules s'aplatissent jusqu'à ce que, par la rencontre de leurs parois opposées, eliacune d'elles soit pour ainsi dire changée en écaille, puis elles se soudent bord à bord et produisent des meni- -branes hyalines, comme la capsule du crist;dlin, la mciubrane de Demours^ etc.
En se laissant distendre rnitro me sure par des matières grasses, elles 5e changent en vésicules adipeuses.
En se laissant iJBprégner de sels calcaires, elles deviennent des eorpuscules osseux.
fm eufin en conservant plus ou moins leurs caractères de cellules iislînctcs, elles constituent répiderme, l'épithélium des muqueuses, les séreuses, des vaisseaux, les corpuscules des cartilages, les cou*
les globulaires des membranes de l'œil» elc*
En lin mot tous les éléments, tous les tissus, tous les organes sont lus à ragenccment ou aux transformations diverses des cellules pnîilivei.
U^raplus: dans le travail de raeeroissemcnt, et dans le travail le recomposilion organique qui caractérise le dernier temps de la ^utiiticm^ les éléments nouveaux qui se forment incessamment, sont |6 résultat de rorganisation d'un blastème interstitiel, exhalé par ES vaisseaux, et cette organisation, comme celle du blastème em*brjonnaire, est consliluée par la production et l'évolution des cel«
les à noyaux. Il y a donc, dans l'économie, à toutes les épocjucs le la vie, fomiatiou continuelle d'éléments ccllulaii es. Les produci accidentelles et les h}^erlrophies sont dues à rexagératlon ou à
déviation de ce travail naturel Elles ont par conséquent une origine commune, puisqu'elles dépendent des excès ou des écarts de
force métabolique. Les cellules pathologiques ne sont que des dlules norniales détournées de leur destination ; tant*3t elles subis- ^nlunË évolution qui les transforme en tissu conjonctif, en tissu
Lïreux, en tissu adipeux, cartilagineux, osseux, etc. D'autres fois» )mme dans le cancer, elles restent h Télat de cellules, et forment i:9 masses qui ne présenteot soit à l'œil nu, soit au microscopat
aucune ressemblance avec les tissus normaux proprement dits; mais elles n'en sont pas moins homœomorphes pour cela; elles ont leurs analogues dans les périodes embryonnaires, et dans Tétat transitoire des tissus qui s'accroissent ou qui se nourrissent. C'est une forme passagère devenue permanente. Dans Tensemble, c'est un excès de formation ; dans les détails, c'est un arrêt de développement Telle est la théorie cellulaire. Je passe à dessein sous silence les hypothèses contradictoires dont on l'a surchargée, et les tiraillements intestins qui se sont produits parmi les unitaires. Bien peu l'admettent aujourd'hui dans toute sa pureté ; presque tous ont fait des concessions sur les points les plus excentriques, et ont admis des exceptions, celui-ci pour le tissu conjonctif, celui-là pour les membranes amorphes de l'œil, un autre pour la formation des vaisseaux et des cavités, un quatrième pour les phénomènes de la nutrition et de l'accroissement, — sans s'apercevoir qu'il suffit d'une seule exception pour anéantir un système basé sur l'unité. Je pourrais donc me dispenser de réfuter une doctrine dont les propres partisans ont abjuré le principe fondamental. Mais à côté de la théorie, il y a les faits, et le moment est venu de les examiner, en laissant de côté le développement des végétaux qui n'a aucun rapport avec notre sujet.
Il est parfaitement vrai que, dans la période initiale du développement de l'œuf, dans la période que j'appellerai préembryonnaire, parce qu'elle précède l'apparition de l'embryon, la matière du blastoderme est presque entièrement composée de cellules à noyaux, remarquables par leur uniformité et leur régularité {voy. fig. 3). Il est parfaitement vrai encore que l'embryon se dessine promptement au centre de ce blastoderme, et que tous ses jeunes organes, tous ses tissus naissants se forment dans un lieu exclusivement occupé naguère par les cellules Fig. 3. - Cellules blastodcmîques Wastodermiques. Mais les éléments préeoibryonDaires de l'œuf de poule, de l'embryon résultent-ils des transaprès 18 heures d'Incubation. (180 formations morphologiques de ces
cellules préexistantes dont l'umformité n'est pas contestable? Les unitaires l'ont cru, et c'est une de leurs plus graves erreurs.
L'embryon le plus jeune qu'on puisse examiner est effectivement formé d'un amas de cellules; mais celles-ci sont beaucoup plus
EXAMEM DE LA THÉORIE CELLUL-VIRE.
petites et déjà beaucoup moins uniformes que les cellules blaslodermiques, et elles contrastent d*ane manière frappante avec ces dernières, qu'on retrouve encore en pleine prospérité dans le reste du blastoderme. Or, nous savons qu'une cellule peut s'accroître, et qu^ellc peut se déformer, mais il n'est pas admissible qu*en quelques heures — car il ne faut pour cela que quelques heures dans Tœuf de la poule, — il n*est pas admissible, dis-je, qu*cn quelques heures tout un champ de cellules subisse dans toutes ses parties une contraction universelle, ajant pour résultât de diminuer chaque cellule dans toutes ses dimensions^ en faisant subir une diminution proportionnelle aux noyaux et aux micléoles; une semblable transformation sérail d'ailleurs contraire aux lois de la théorie cellulaire. Puis, lorsqu'on étudie des œufs plus avancés de quelques jours, on voitqne la plupart des cellules blastodermiques préembryonnaires s^effacent et disparaissent par une sorte de dissolution, à mesure que les feuillets se séparent et que les membranes se développent. De tout cela il est permis de conclure que les cellules embryonnaires soDt de formation nouvelle; qu'elles succèdent aux cellules préembryonnaires, qu'elles les remplacent, mais qu'elles n'en proviennent pas. Les cellules préembryonnaires ne prennent aucune part directe et persomielle h la formation des cellules embrji^nnaires. Elles disparaissent sans laisser de traces, comme on voit plus tard disparaître le jaune. Quel est leur rôle dans le développement de Tœuf? Celte question n'est qu'accessoire pour nous. Il est probable qu'elles font iubîr à la matière organique une élaboration préparatoire comparable à celle que la digestion fait subir aux matières alimentaires destinées à la nutrition. C'est dans la substance arnorpbe qui résulte de leur dissolution, que naissent les éléments de l'embryon proprement dit; mais on ne peut pas dire qu'elles aient jamais fait partie de l'organisme de l'animal; elles ont fait seulement partie de l'œuf comme le vitellns, Talbumen, les chalazes, le disque prolîgère, la vésicule germinative, elc.^ etc. Si j'insiste sur celle particularité, c'est
I parce que certaines productions accidentelles cancéreuses renferment de^ cellules dont on na pu trouver les analogues dans révolution embryonnaire, et qu'on a cependant considérées comme homœo* morphes parce qu'on les a comparées aux grandes cellules blasto- «îenuiques. Je ne pense pas que ce rapprochement soit exact, mais
» quand même II léserait, cela n'empêcherait pas les cellules cancéreuses d'être hétéromorphes, c'est-à-dire d'être différentes de celles
} qui prennent part à ta formation des tissus naturels.
Arrivons maintenant aux cellules embryomiaires qui sont beau-
coup plus petites, et nous allons voir, à Tuniformité précédente, succéder une diversité qui se prononcera de plus en plus, à mesure que la structure de l'embryon se compliquera par l'addition successive de nouveaux tissus et de nouveaux organes. La substance de l'embryop le plus jeune n'est jamais homogène; les éléments microsco* piques, examinés dans les diverses régions, diffèrent de forme^ de volume et souvent même de nature, et, pour certains d'entre eux, le» différences sont tellement tranchées qu'on peut, à l'aspect de cespremières ébauches, deviner les tissus qui en seraient sortis plus^ tard si le développement eût continué à s'effectuer. Je ne pourrais» démontrer cette proposition sans écrire tout un traité d'histogénie et d'embryogénie. Mais je ne puis me dispenser d'indiquer quelques particularités qui se rattachent directement à notre sujet. Or, s'il est vrai que beaucoup d'éléments embryonnaires primitifs revêtent la forme de cellules à noyaux j il est également vrai que d'autres tissus se développent sans le concours de cellules, au moyen de noyaux libres qui n'ont jamais passé et qui ne passeront jamais par l'état cellulaire. Quand même il n'y aurait que cette seule différence, cela sufQrait pour détruire tout ce qu'on a pu dire sur l'unité d'organisation. Mais, chose bien autrement grave, car elle donne le coup de mort à la théorie cellulaire, il y a des tissus qui se forment sans jamais passer ni par l'état cellulaire, ni par l'état nucléaire. De ce nombre sont les membranes anhistes de l'œil et la gangue solide au sein de laquelle sont logés les corpuscules de l'os et ceux des cartilages. Ces parties sont dues à la condensation de la matière amorphe du blastème; elles sont parfaitement vivantes, puisqu'elles peuvent devenir le siège d'altérations pathologiques (1). Toutefois, comme elles ne sont composées ni de cellules, ni de noyaux, ni de fibres, èl qu'on n'y découvre sous le microscope aucun élément anatomî^é^ on a pu être tenté de leur contester le nom de parties organisées.
Mais la même objection n'est pas applicable à certains tissus par* faitement caractérisés où l'on voit des fibres se produire directement et primitivement, sans avoir passé par l'état globulaire. Une partie du tissu conjonctt'f {2) de l'embryon se forme de la manière
(1) Pour les altéraUons patiiologiques de la gangue des cartilages, voyex le mémoire de M. P. Redfem, On Anormal Nutrition in Articuler Cartilages, dans Monthly Journal of Médical Science, Edinburgh, 1849, in-8. Mes recherches sur le même sujet dans le BulL de la Soc. anat, 1851, t. XXVÎ, p. 163-176 et 180-187. Voyex aussi le compte-rendu de M. Leudet, p. 438-452 du même volume. Pour les altérations de la capsule du cristallin, voyez mon Mémoire sur la cataracte capsuluire, dans le Bull, de la Soc, anat., t. XXVIII, 1853, p. 423.
(2) J'adopte Texpression moderne de tissu conjonctif, de préférence à celle de
EXÂUEN DE h\ THÉORIE CELLULAIBE.
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coDjonciir dana H lubfttaiite mlergLQbuiaLre*
suivante : c'est d'abûrd une masse de consistance assez molle, dans laquelle on distiiigue deux parties: 1* des globules^ qui sont de nature nucléaire; 2** une substance intergiobulairef sorte de gangue solide, trans^parente et grenue, au sdn de laquelle les noyaux sont dispersés {fig^ 4). Dans cette subslance mterglobulaire on voit, en certains points, paraître de petites lignes extrêmement Unes; ce sont des fibrCs de tissu conjonctif qui se forment ainsi indépendamment ûi5& noyaTLx, soilparune simple fissuration de lu substance intergloïmiaire, comme l'admetlenl M. Virchow et plusieurs autres auteurs allemands, soit par organisation directe du blaslème en fibres, comme cela me parait plus probable; ce détail, au surplus,
est de peu d ^importance. Les tissus ^'«^ ^* - FcfJriaUoii du tissu fibreux accidentels qui se forment à rélat pathologique dans Tépaisseur des eartikiges articulaires, et dont j'ai donné la description en i8n! dans les Bulletins de la Société anûtomiqne^ se développent par ce mécanisme, et je suis parfaitement convaincu que beaucoup de productions fibreuses ou fibrillaires, soit dans les tumeurs, soit dans les cicatrices, soit dans les fausses membranes et les adhérences des séreuses, arrivent directement de Tétat amorphe à l'état fibriU laire, sans passer par l'état globulaire. Gela est de la dernière évidence pour quiconque se donne la peine d'étudier Torganisation des fausses membranes de la plèvre et du péritoine. Pour rattacher à la question des tumeurs les détails relatifs l\ ce premier mode de développement du lisau conjonclif, j'ajouterai que certaines tumeurs, voisines de celles que M. Hughes Bennett désigne sous le nom de fibrù-nueléaireSj revêtent dans toute leur étendue, comme état pathologique définitif, une structure tout h fait semblable à l'état normal transitoire qiu est représenté sur la figure 4, J'en ai vu plusieurs exemples.
Mais le tissu conjonctif ou fibreux, normal ou pathologique, se forme encore par un aulre mécanisme, dont la connaissance est d'une haute importance pour les chirurgiens. Des globules particu-
tittu cêlîulatre qnt est «nlérieure à U découverte dea cellules microscepique^, et qui ne pûurrail éUe Cî»nâ«rvée dans 1b langue actuelle smii dun^ér Iku h ùtB cuaruiiom lnce»aaDlei.
liers se développent dans le blastème, puis ils s'allongent, se soudent bout à bout, et se transforment en fibres.
Ces éléments transitoires, intermédiaires entre Tétat amorphe et Tétat de fibres parfaites, ont été désignés par M. Lebert sous le nom d'éléments fibro-plastiques. Le premier degré est Tétat nucléaire, caractérisé par des noyaux plutôt elliptiques que sphériques, avec un seul nucléole punctiforme {voy. fig. 5, a). Ces noyaux s'allongent
bientôt {b) et enfin, terminés en pointe, comme des fuseaux, ils passent à Tétat de corps fusiformes (c). Ceux-ci continuent à s'allonger et à se rétrécir, s'efQlent à leurs extrémités, et revêtent la forme qu'on désigne sous le nom de fibres fibro-plastiques {d). Leur disposition régulière et serrée, leur parallélisme parfait, donnent déjà à l'ensemble de ces éléments une apparence presque fibreuse. Placés bout à bout, ils ne tardent pas à se souder par les points qui se correspondent et donnent ainsi un tissu fibroîde dans lequel toutefois on reconnaît encore çà et là quelques fibres fibroplastiques distinctes. Enfin celles-ci s'effacent à leur tour et le tissu fibreux ou conjonctif est définitivement formé. Les diverses phases de l'évolution de ce tissu peuvent quelquefois ^'observer sur le môme embryon, dans les différentes parties du mônxe oi^ane. On peut les rencontrer aussi dans les productions accidentelles qui renferment du tissu conjonctif ou du tissu fibreux. Enfin, les éléments transitoires que nous venons de décrire deviennent définitifs dans certaines tumeurs qui en sont exclusivement composées, et que M. Lebert a désignées pour ce motif sous le nom de tumeurs fibro-plastiques.
On s'étonne peutrétre de voir que le tissu conjonctif et le tissu fibreux (qui ne sont qu'un même tissu plus ou moins condensé) puissent l'un et l'autre se développer suivant deux mécanismes entièrement différents : le premier, dans lequel le blastème s'organise immédiatement en fibres; le second, dans lequel la fibre ne se montre que comme le dernier résultat d'une évolution compliquée. Gela est en désaccord non-seulement avec la théorie des unitaires, mais encore avec l'idée instinctive qu'on se fait de la simplicité des lois de la
Fig. 5. — Formation du tissa conjonctif, par évoluUon des élétnents ûbro-plastiques.
EXAMEN DE IJi THÉORIE CEÎXUI^IRE. 57
^iDâtiôre. Comment comprendre en cJTet que le même résultat puisse gtre produit par des causes et des mécanismes différents ? Je re- >nnâis qu*iiu pareil phénomène est difOcile à concevoir, mais il l'esl pas sans exemple dans la naUire* Ne savons- nous pas que certains végétaux se reproduisent à la Fois par des germes et par des boutures, et que certains animaux iuféricui^ peuvent se multiplier par ovulation^ ou par germination? Je pourrais opposer également ^au phénomène de la gemmation par des parents, ceïui de la générallion spontanée; mais ce phénomène est nié par beaucoup d'observa- [teurs éminents; il n*en est pas moins VTai que le premier être de chaque espèce, quoique semblable à ses descendants, est né auirelenl qu'eux^ et n'a pas traversé les mêmes phases embryonnaires. nature nous enseigne, par conséquent, que lld entité des résultats f organiques olmplique pas Tidentité du travail d'organisation.
Ge nVst pas un fait à expliquer; c'est un fait à admettre, parce |qu'il est évident. Qui osera dire» après cela, que ce qui est possible ïurun organisme tout entier, ne soit pas possible pour les parties ni le composent? Cessons donc de nous étonner que les fibres du tonjonctif ou du tissu ttbreux puissent se former de deux maûîères différentes. L'histoire du travail d*ossiEcaLion aurait dû déjà jlious habituer à cette idée, car le tiss^u osseux peut se former de Iqualre manières très-distinctes : l* Par ûssification directe du tissu conjonctif sans aucune inten^ention d'éléments cartilagineux. S* Par riulervenlion à' élémmti cartilagineux très-passagers, qui ne revêtent pas la forme de tissu cartilagineux. C*esl rossification par cnva/nsse- ^merit, T Par Tossiflcation d'une masse préeittstante de tissu cartiïapneux. C*est russification par sub&tituîion. 4" Par une sorte de régétation de la masse cartilagineuse épiphysaire, qui passe succeslivcmeutde l*étal de tissu cartilagineux à Tctat de tissu chondroïde, ^uis à l'état de tissu spongoïde, avant d'arriver à l*élât osseux* C'est ce que j'ai décrit sous le nom û*ossi/icfition par évolution. Qu'on ralène, si fon veut, à l'unité les trois derniers modes d'ossiQcation où ^des éléments cartilagineux précèdent directement ou indirectement es éléments osseux^ et il restera encore deux espèces bien différentes rossification, caractérisées respectivement par l'intenention uu par oon-interveution des éléments transitoires du cartilage. Enfm, dans le phénomène de la nutrition des tissus adultes, la plupart des parties du corps se reforment molécule à molécule, sans Iu*on puisse, soit à l'œil nu, soit au microscope^ saisir dans cet incessant travail d'organisation les périodes transitoires qu'on observe lans le dé?eloppement embryonnaire* Les noyaux et les cellules
sont étrangers à la nutrition et à raceroissement du tissu élastique, du tissu des cordons nerveux, du tissu fibreux, du tissu musculaire, et même à l'hypertrophie si fréquente de ces deux derniers tissus. Si Ton a dit le contraire, ce n'est pas pour l'avoir observé, mais parée qu'il fallait l'admettre sous peine de renoncer au dogme de l'unilé et à la théorie cellulaire.
Nous avons dû repousser énergiquement cette théorie trompeuse, mais nous ne méconnaîtrons pas les services qu'elle a rendus à la science, en provoquant d'immenses recherches et en soutenant le courage des micrographes dans l'étude fatigante, minutieuse et in* terminable, qu'ils avaient entreprise. Elle a été comme le mirage qui rend l'espérance au voyageur égaré dans les sables, et de même que les alchimistes, en poursuivant le grand œuvre, ont créé la chimie, de même les micrographes, en cherchant l'unité, ont créé l'histologie. Ne soyons donc pas trop sévères envers la théorie cellulaire, sans elle peut-être l'histologie ne serait pas encore devenue une science. Aujourd'hui, le rêve s'est évanoui, mais il reste une riche moisson de faits.
2 2. — Théorie da développement conUna (théorie de M. Virchow.)
Après les quelques années d'enivrement qui avaient suivi la promulgation de la théorie histogénique de Schleiden, Schwann et MuUer, on commençait à ou\Tir les yeux, et, en présence des obser^ valions sans nombre qui établissaient nbn-seulement au point de vue de l'histologie, mais encore au point de vue de l'histogénie pure, la diversité primordiale des éléments organiques, la théorie cellulaire s'écroulait de toutes parts, lorsque M. Virchow entreprit de restaurer la doctrine unitaire en fusionnant une idée de M. Remak avec une idée de M. Reichert.
M. Virchow a beaucoup de talent. Il manie avec habileté une langue qu'il sait à volonté rendre claire ou obscure, suivant les exigences de ridée qu'il expose. Travailleur passionné, doué d'une imagination pleine de ressources, il excelle à trouver des rapports nouveaux, à forcer les rapprochements entrevus par ses prédécesseurs, à remanier, par d'ingénieuses interprétations, les faits qu'on pourrait lui opposer, à éclairer l'inconnu par l'inconnu, et à simplifier toutes choses par des généralisations transcendantes. Puis il a la foi, qui décuple les forces d'un homme, et qui rayonne autour de lui, sur tous ceux qui l'approchent. Il croit à l'unité d'organisation, à l'unité absolue; c'est pour lui un dogme, un principe d'ordre
TIÎÉOBIE DU DÉ^^ELOPPEMENT CONTINU.
supérieur qui renferme la solulion de tous les problêmc^s, at c'est meneille de voir avec quelle fécondité d*invention il découvre entre les choses les plus dissemblables des points de sîmilitudts avec quelle force dlnduclion il en conclut que ces choses sont analogues, avec quelle puissance d'abstraction il transfonne cette analogie en identité.
Il senut injuste de lui opposer aujourd'hui les opinions contra^ dicloires qu'il a pu émettre à Tépoque oii sa théorie était encore en voie d*enfaulenieut. II n'est donné à personne d'arriver subitement à la conception d*un idéal, de se soustraire tout à coup à rinlluence du milieu ambiant; le novateur le plus iulrépide a des ressouvenirs imoltmlaircs qui, pendant quelque temps du moins, viennent s*jmposer k son esprit et rompre l*harmonie de ses méditations. Mais cette période d'hésitation es! passée maintenant [jour M* Yirchow. Sa théorie est complète ; son momniient est arlievé,
l*ai eu plusieurs fois roccasion, dans mes publications précédentes, de mentionner et même de discuter le point fondamental de sa doctrine: mais je n*avais pas cru devoir exposer méthodiquement cette doctrine, dont les éléments, épars dans divers écrits de I*auleur, n'avaient pas encore été coordonnés par lui avec une précision suffisante. Il y avait d'ailleurs des idées qui me paraissaient st.* hardies, que je craignais d'avoir mal compris le sens de certains passages. Aujourd'hui, ayant sous les yeux la traduction fmnçaise de là Pathùlùgk celluiairt de H.yiVQhQW^deux fois revue par VauteuT{i)^ i*ai dû me rendre à résidence et me réconcilier avec mon maître d*aîlemand. Ce qui me seuÉbluît obscur n*est pas devenu plus clair, et ce qui mY'tonnait continue à m 'étonner encore, mais je suis rassuré du moins sur l'exactitude de rinterprétation littérale, et, s'il arrivait que je n'eusse pas totjjonrs parfaitement compris la pensée de M, Virchovv, ce serait de ma part une erreur tout à fait involontaire*
M. Bemak, en 1852» étudiant le mode de formation des cellules par génération endogène, avait cm reconnaître que toute cellule naissait dans une cellule mère, que les cellules blastodermiques ellesmûmes, dites cellules primaires, résultaient de la segmentation du vitetius, que cette segmentation était due à la division de rovule en cellules, et que Tovule enfin n'était qu'une cellule mère développée
(I) ftudolf ViTt\m^'CelIuhr Pothofogie in ihrti' Begrùndung anf phtfswhgi^che und puthologuchê Gt^ebe/êhte. BertiJi, 1850, lii-S, trad. franc, par Paaî ï*ic«rd, Pari*, iSfil, iD*8 {ia Pafhoh^îe ceilulaire busët sur Véîude i^hynôîogiqtic etpaUiû- ÎOQtqtc dtt tissus]^
dans une cellule ovarique. M. Remak ajoutait, en terminant son mémoire, que, selon toute probabilité, la loi du développement endogène, aux dépens de cellules préexistantes, régissait aussi la formation des néoplasmes. « Je hasarde, disait-il, la conjeclure que les tissus pathologiques ne se forment pas plus que les tissus normaux dans un blastème extracellulaire, mais qu'ils sont les descendants ou les produits {Abkômmlinge oder Erzeugnissé) des tissus normaux (i). » Cette doctrine de M. Remak pouvait se résumer en une formule ainsi conçue : Omnis cellula in cellulâ,
M. Virchow adopta la théorie précédente; toutefois, admettant, outre la génération endogène, la génération scisstpare, bien connue avant lui, et la génération par bourgeonnement (génération surculaire de Henle), il modifia la formule en disant : Omnis cellula è cellulâ.
Normale ou pathologique, la cellule se comporte comme un individu. Elle naît d'une cellule préexistante, comme un animal naît de ses parents. De môme que tout être descend en droite ligne d'un être primordial perpétué par la génération, de môme toute cellule descend de mère en fille, par une généalogie ininterrompue, de Tune de celles qui existaient déjà au sixième jour de la création. « 11 n'y a pas de création nouvelle; elle n'existe pas plus pour les organismes complets que pour les éléments particuliers (2). » M. Virchow avait déjà dit ailleurs : «De môme que la physiologie, l'histogénie pathologique doit combattre la théorie de la génération spontanée; il n'y a pas de principes divers pour le développement des tissus normaux et morbides (3). »
Je ne suis ici que simple narrateur. Je n'ai pas à examiner le problème des générations spontanées. Il y a encore des esprits difficiles qui, mettant de côté la question de sentiment, attendent, avant de se prononcer, qu'on ait trouvé le germe d'un grand nombre d'ôtres dont l'origine est jusqu'ici tout à fait inconnue. Il y en a d'autres qui, se reportant aux époques successives où d'innombrables espèces animales ou végétales naissaient ou disparaissaient au gré des conditions changeantes de la planète, se demandent par quel veto de la destinée la matière organique aurait été privée depuis hier des pro-
(1) R. Remak, Ueber extracellulam Entstehung thierischer Zellen^ und ûber Ver^ mehrung derselbendurch Theilung^ dans lfâ//er'j iircAiv^ Berlin, I852,in*8,p. 47-57.
(2) Pathol, cellulaire, p. 23.
(3) Lettre au rédacteur de la Gazette hebdomadaire, dans le numéro de ce journal du 16 février 1855, t. II, p. 125. M. Virchow n'a pas la primeur de ce raisonnement par analogie; M. RemalL avait dit, à la page 49 de son mémoire sua-mentionné : M Le développement extracellulaire des cellules animales me parait tout aussi invraisemblable que la généraUon équivoque des organismes. »
THÉORIE OU DÉVELOPPEMENT CO>TINiJ, 61
priétés plastiques dont elle a joui pendant des millions d'années; pour ceux-là la génération spontanée, loin d'être, comme quelqu'un l'a dit, un scandale pîivsiologique, est en harmonie parfaite avec les lois qui ont, depuis rorig:ine des êtres, présidé au développement de la vie sur le globe; certaine dans le passé, elle est probable dans le pré&ent, et elle le sera Jusqu'à ce que tom les phénomènes qu'on lui attribue aient été rattachés par des preuvis directes et sans réplique h un mode de génération qui lui a é\idemment succédé, et qui ne fait que conserver ce qu'elle a produit»
Quoi qu'il en soit» cette question est encore en litige^ et Thistoire de la physiologie dans ces dernières années montre sunisamnient qu'elle n'est pas de celles qu'où peut trancher par une simple affirmation. Miiis admettons que M- Virchow ait eu pour se prononcer des raisons décisives. Admettons que son raisonnement par analogie, au heu de reposer sur une base encore douteuse, repose sur un principe ttmt à fiait certain. Il n'y a pas de génération spontanée poar les individus. Qu'est-ce à dire? Une cellule est-elle un individu? M. Virchow le pense, u Chaque animal, dit-il, représenté une somme d'unités vitales qui portent chacune les camctéres complets de la rie. Ce n'est pas dans uu point limité d'une organisation supérieure, dans le cerveau de rhomme, par exemple, que Ton peut trouver le caractère de Tunité de la vie; on le trouve bien plutôt dans Tarrangement régulier, constant, de l'élément distinct {êîc), On voit donc que* rurganisme élevé, que l'individu, résulte tt»ujoui's d'une espèce d*organisatiou sociale, de la réunion de plusieurs éléments mis en commun : c'est une masse d'exhtenct^ indwidueiles dépendatites les unes des autres, mais celte dépendance est d'une nature telle que chaque élément a son activité propre, et même lorsque d'autres parties impriment k réiément une impulsion, une excitation quelconque, la fonction n'en émane pas moins de l'élément lui-même, et ne liai en esipai moins personnelic (J). n
Ailleurs, étudiant le rôle respectif de la cellule et du noyau, il s'exprime ainsi : « Le noyau (î) sert peu à la fonction, à Taction spécifique de réiément; il contribue beaucoup plus au maintien etii la multiplication des éléments vivants (3). La fonction spécifique, qu*on pourrait, en se plaçant à un point de vue plus restreint, désigner sous le nom de fmcti&n animale^ se manifeste d'une manière irès-
(J) Pathoio^ie cellulaire^ p» lî, fî) Paihoh^ie atlulaû^t p* B.
t3) M. Virctiuw fte plaint lou tarots, p. S, qu'on a « c ^^géré l'acUoû du noyau dint ii déftloppemept de rélém:i}l cd'ttilaire. •
62 FORMATION DES PRODUCTIONS AGGIDENTBAfiBS.
nette dans les cellules musculaire, nerveuse, glandulaire; leurs prOf priété»de contraction, de sensation, de sécrétion, semblent n'avoir aucun rapport direct avec le noyau; mais ce dernier maintient Texisr tence d'un élément qui reste intact au milieu delà fonction (i), qui ne se détruit pas et conserve son autonomie. » . j
En lisant ces passages, je me suis souvenu, malgré moi, de là vieille doctrine du macrocosme et du microcosme, si hardiment émise par Hohenheim, dit Paracelse, et si ingénieusement développée par ses successeurs. Le macrocosme, c'était Tunivers ; les astres étaient des êtres raisonnables, avec leurs amours et leurs baines, leurs vices et leurs vertus. Le microcosme, c'était Tensemble des êtres partiels qui composaient un être macrocosmique. L'homme, type du microcosme, était limage fidèle, la représentation en petit de Torganisation du macrocosme. Le globe terrestre avait, comme le corps humain, ses solides et ses liquides, son cœur qui était TocéftB, i»es pulsations qui étaient les marées, sa circulation par les fleuves et les courants marins, son squelette de rochers, ses chairs déterre^ -se chevelure de forêts, et sa veine cave, qui était le grand tunnel central, percé de l'un à l'autre pôle par l'imagination de Kircher (2); il avait même ses maladies, car l'éclair était un éblouissement, et le tremblement de terre une attaque d'ëpilepsie; et les êtres du microcosme étaient les unités vitales de la terre, comm^ la terre et les astres étaient les unités vitales du macrocosme ; et Paracelse en concluait que tout était vivant dans l'univers, qu'il n'y avait'pàs de matière morte, qu'il ne pouvait pas y avoir de génération spontanée et que toute chose provenait d'une semence préexistante (3). On voit que rhonune était dans le macrocosme, ce qu'est aujourd'hui dans le microcosme la cellule élémentaire, et si les disciples de Paracelse avaient connu les éléments histologiques,OQ les aurait vus passer de la cellule à l'animal, comme ils passaient de l'animal à la planète, de la planète à l'univers. Merveilleuse conception métaphysique oà toute chose a son paradigme (i) dans une chose plus grande, et son
(1) Nous avons relaté ce membre de phrase en consultant Verraia de rédiUcn française, p. 29.
(2) Voyez surtout Sachs de Lewenheimb, Oceanus macro^microcosmicus^ 9eu dtss^tatfo epistolica de analogo motu aquarum ex et ad oceanafn^ sanguinis ex et aé cor. Breslau, I6G4, in-8.
(3) En fait, Paracelse croyait, et croyait plus que de raison, à la génération spontanée ; mais en théorie, il admettait que les êtres nés ainsi avaient pour mère la matière organique et pour père le soleil ou la lune.
(4) Le paradigme de Paracelse est le modèle, l'idéal, d'après lequel toutes choses ont été créées; c'est Tarchétype de l'unité universelle.
THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT C0KTI>U
image dansutte chose plus petite, où un seul principe» une seule loi régit tout ce qui existe, depuis ratome impalpable jusqu'à TinsondabJe nébuleuse î Mais la science n'est pas la niétaphysigiie. Elle demande autre chase que des imprL*si>iûûâ ou des aspirations; il lui faut des preuves, el les choses indémonlrables ne rentrent pas dans son domaine. Une imagination poétique peut trouver quelque analogie entre le mode d'existence d'un être vivant et celui d'une planète, comme lui formée de matière* offrant comme lui une structure déterminée, ayant comme lui ses évolutions et ses âges. Une autre rêverie peut révéler d'autres analogies entre le mode d'existence de cet être et celui des éléments analouiiques qui le composent, et qui, comme lui, ont leur croissance et leur déclin. Mais il u*cn résulte pas qu*uue planète soit un être, ni qu'une cellule soit un être. 11 n'ea résulte pasqne le mode d'existence d'un astre, ou celui d'un élément bislologique, soit pareil à celui d'un individu, que ces trois modes d'existence, ou seulement deux d'entre eux, soient régis par les mêmes principes, et lorsque M. Virchow, partant de ce principe qu'il n'y a pas*le génération spontanée pour les individus, en conclut qu'il n*y en a pas davantage pour les cellules, il me rappelle Paracelse qui, par lUie inducti<>n semblable, allait chercher dans rélude des astres une preuve transcendante contre cette tnême génération spontanée.
Beprenons maintenant l'exposé de la théorie de M. Wirchovt' et voyous eoniment cet auteur s'y est pris pour concilier avec les faits pathologiques le principe de M. Hemak que toute cellule vient d'une cellule.
Tout en reconnaissant que les cellules peuvent se multiplier par iifération (le mot est de M. Virchow, mais la chose avait été indi- '^ée et décrite par ses prédécesseurs), les partisans de la théorie cellulaire admettaient «lue la plupart des cellules se fonnaient par rorganisafion d'un blastéme. Ce blastéme n'avait de nouveau que le nom; c'était le suc nourricier des anciens, c'était la lymphe plastique, la Imphe coagulabte, admise par tout le monde depuis Hunier ; c'était toute substance organisable apportée par les vaisseaux et déposée par exsudation dans les tissus ou à leur surface. Schwann et Muller, en s'elTor^jant de démontrer que tout blastéme qui s'organise ï^assc d'abord par l'état cellulaire, avaient cru ramener à l'unité tons les phénomèues de plasticité normale ou pathologique, Il restait, ioutefois, aux anti-unitaires la ressource de dire que les cellules qui naissent dans le blastéme présentent, suivant les tissus et suivant les maladies, des formes et des dimensions très-variables, que les
64 FORMATION DES PRODUCTIONS ACGipENTELLES .
résultats de leur évolution ultérieure sont plus variables encore, que ces différences, manifestées dès Torigine, aggravées plus tard, dépendent de la différence des conditions au milieu desquelles se forment les cellules, qu'en d'autres termes la diversité des propriétés des cellules prouve la diversité des propriétés du blastème, c'est-à-dire la multiplicité des blastèmes. Cette objection capitale contre le système des unitaires sera amplement développée plus loin. Elle est pressante; mais M. Virchow a tranché la diflGiculté en niant l'existence môme des blastèmes.
Ce n'est évidemment qu'un jeu de mots, car il n'a jamais commis l'absurdité, que quelques lecteurs superficiels lui prêtent aujourd'hui, de prétendre que l'accroissement normal, la nutrition, l'hypertrophie, l'organisation et le développement des productions accidentelles puissent s'effectuer aux dépens des tissus préexistants, sans l'arrivée et le concours d'une substance nouvelle. Un os pèse aujourd'hui 100 grammes; plus tard il pèsera 500 grammes; il aura donc gagné 400 grammes de matière pondérable qui, n'ayant pu s'engendrer de rien, aura nécessairement été apportée par la circulation. Ce que M. Virchow a nié, ce n'est donc pas l'existence de la matière du blastème, mais la théorie de révolution du blastème^ à laquelle il a substitué la théorie de la prolifération des éléments organisés. Suivant lui, les éléments nouveaux ne naissent jamais de toutes pièces dans une substance amorphe ; ils sont engendrés, prolifères par des cellules normales préexistantes. Il conteste à la substance du blastème les propriétés actives qu'on lui accorde généralement; il transporte cette activité- dans les cellules déjà formées, qui sont autant « d'unités vitales portant chacune en elle-même les caractères complets de la vie, » mais la matière môme du blastème est aussi indispensable à cette théorie qu'à celle qu'elle a la prétention de remplacer, et quoique l'auteur combatte sans cesse (par un autre jeu de mots) ce qu'il appelle la théorie de Vexsudalhn^ il n'en est pas moins évident que la substance organisable ou, si l'on veut, assi* milable, à l'aide de laquelle ses cellules se nourrissent et se multiplient, est apportée par le sang, qu'elle ne peut se fixer quelque part qu'en sortant des vaisseaux, qu'elle ne peut en sortir que par exsudation.
Il faut avouer aussi que c'est un peu la faute de M. Virchow si on lui a prêté, relativement au blastème et à l'exsudation, des opinions contraires au plus simple bon sens. Nulle part il n'a donné les explications qu'on vient de lire. D n'a écrit le mot blastème, le mot exsudation que pour réfuter ce qu'en ont dit ses prédécesseurs ; il ne s'en
THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT CONTINU
est pas servi dans Texposé de ses propres idées; il ne s'est pas préoe- €upé de h matière première, de la substance amorphe qui sert d*alî* menl à ses eellules et sans laquelle elles ne pourraient nî croître ni se reproduire» Ne parlant pas du blastème, ne le désignant môme pas par une périphrase, il a pu croire qu'il en avait fini avec des difficultés qu'il n'avait seulement pas abordées. Il s'agît pourtant de se prononcer sur la gneslion de savoir si des tumeurs dont la composition ebimique est très-différente, un lipome^ un chondrôme, un ostéômej peuvent se former aux dépens des mûmes sels, des mômes principes immédiats ? Poser ainsi la question, n'est-ce pas la résoudre ? Il y a tel point de réconomie qui ne renferme à Tétat normal ni graisse, ni cartilage, ni os, et où peuvent pourtant naître et croître, suivant les cas, des productions accidentelles de tissu adipeux, de tissu car* lilagineux, de tissu osseux. Les matériaux respectifs aux dépens desquels ces tissus pathologiques se forment et se nourrissent, on, si Ton veut éviter celte longue périphrase, leurs blastèmes doivent renfermer Tun des substances grasses, l'autre de la chondrine, le Iroisiènie des sels calcaires, Bs sont donc différents les uns des autres, eomme ils le sont du blastème normal du tissu où la production accidentelle a pris naissance. On voit qu*cn dernière analyse la théorie de M, Virchow n'échappe pas à t*objection qui saperait dans sa base le système unitaire de Schwann et de Muller, quand môme toulee que ces auteurs ont dit de l'évolution ultérieure des cellules et de leur rôle universel dans le développement de toute chose organisée serait parfaitement démontré. Toutefois, il faut reconnaître qu'en éliminant les blastèmes, M. Virchow a rendu cette objection moins directe, moins saisissante, qu'il s'est placé dans une position ou elle ne peut Tatteindre que par ricochet
Mais il reste exposé à toutes les autres objections auxquelles la théorie cellulaire donne prise, car il n*y a en réalité qu*un seul point de différence entre sa théorie et celle de M. Sch\^'ann. Celui-ci peufait que le noyau se formait autour du nucléole, la cellule autour du noyau ; M, Virchow fait naître autrement la cellule ; mais à partir du moment où la cellule existe, les deux théories ne diffèrent plus que par des détails accessoires^ Par exemple, M, Schwann avait démontré d'une certaine manière l idenlité de la cellule animale et de la cellule végétale, M. Virchow, trouvant cette démonstration défectueuse, en a donné une autre qu'il croit meilleure, bien qu'elle soit subtile d?ms I le fond et obscure dans la forme. Mais ce qui n'est pas obscur, c'est I b conclusion. « C'est eu partant de ce principe» dil-il (1), c'est en
(I) Loc. fi7,j p. 7.
dépouillant la cellule de tout ce qui lui est ajouté par un développement ultérieur que Ton obtient un élément simple, partout confonae, toujours analogue, qui se retrouve dans les organismes vivants avec une constance remarquable. Cette constance nous permet précisément d'afQrmer de la manière la plus positive que la cellule est bîm cet élément caractérisant tout ce qui a vie, sans la préexistence duquel aucune forme vivante ne peut exister et auquel sont liées la marche et la conservation de la vie. C'est seulement depuis que l'idée de la cellule a été aussi nettement limitée (et malgré les reproches d'obstination et de pédantisme qui m'ont été faits (1), je me flatte d'avoir toujours défendu cette opinion), c'est depuis lors, dis-je, que l'on est arrivé à une forme simple, que nous retrouvons partout, et qui, malgré quelques différences de volume et de forme extérieure, est toujours la même dans ses composants essentiels. »
La théorie de M. Virchow, dite du développement continu^ n'es! donc en fait que la théorie cellulaire, avec ceci de plus qu'elle ne laisse pas même la ressource d'invoquer la multiplicité des blastèmes et qu'elle affirme, par conséquent, d'une manière encore plus absolue le dogme de l'unité. Dès lors, toute notre argumentation contre la théorie cellulaire s'applique à plus forte raison à la théorie du développement continu (voyez plus haut pages 52 à 58). Je me bor* nerai à rappeler ici qu'il y a des éléments ana^omiques qui se forment directement dans le blastème, aux dépens de ce blastème, sans avoir jamais passé par l'état de cellules, et que ce phénomène, facile à constater dans beaucoup de cas très-divers, est tout particulièrement évident lorsqu'il se forme du tissu conjonctif ou fibreux, soU dans les fausses membranes des séreuses, soit dans la gangue des cartilages. M. RôUiker n'a pas été peu embarrassé lorsqu'il a vouki interpréter ces faits : « Si l'on doit regarder comme un fait cerUin, dit-il, que le tissu conjonctif physiologique se fait par des cellule», il n'est pas dit pour cela qu'une substance tout â fait analogue au iisnt conjonctif sous le rapport chimique et morphologique, ne puisse être produite aussi d'une manière différente. Nous savons que la substance
(1 ) C'est uniquement pour ne pas tronquer la citation que J'ai reproduit eette ptrentiièse, car J'ignore où, quand et comment If. Virchow a été en butte aux raproches dont il parle. Il m'est au contraire resté de mes lectures cette impreasion que M. Virchow est un chef d'école heureux s'il en fut jamais, en ce sens qu'il a été bien plus souvent encensé que critiqué; il faut bien qu'il en ait été ainsi, et que l'opinion publique exprimée par la presse lui ait toujours paru favorable pour qu'il se soit cru autorisé à dire, p. 67 : « Jusqu'à présent, et ceci vient victorieusement à mon aide, fat toujours eu raison dans toutes les discussions sur la bénigulté on la malignité des tumeurs. »
THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT CONTINU.'
fondameôtale des cartilages, lorsqu'elle se convertit en fibres, devieni Irès-semblable au tisâu conjonctîf; que les exsudations fîhniieuses peuvent se Iransfonner en une substance Obnlialre qu'il est diUQcîla, peut-être impossible de distinguer du véritable tissu conjonctif (1), » Le tour de phrase est heureux, 11 se forme souvent, saos Hnlervention des cellules, des éléments fîbrillaires qui composent un tissu qu'on ne peut pas distinguer du tissu conjonctif; mais qui sait? 11 y a peut*ôtre quelque différence entre ce tissu conjonctif, né sans cellules, et le tissu conjonctif qui a obéi à la théorie cellulaire? Eh bien, soit, réalisons d'un trait de plume l'espérance de M, KoUiker; accordons que ta chimie et la microscopic nous trompent ; faisons deux tissus différents de ces tissus identiques; admettons que le second soit seul légitime, qu*il ait seul droit au nom de tissu conjonctif. Enrésultera-t-il que Tautre, le faux tissu conjonctif, ne soit pas uu tissu? On peut lui ôtcr son nom, il lui reste toujours ses Ûbres, el celles-ci, nées dans une substance amorphe, sans cellules, sans noyaux, sans nucléoles, sans germes d'aucune sorte, prouvent à la fois qu'il y a une génération spontanée pour les éléments anatomiques et que la cellule n'est pas rélément générateur de tous les tissus.
Le seul unitaire qui ait compris toute la gravité de cet argument est M. fleichert,Les gi^nds dangers inspirent les grands sacrifices, et pour sauver un principe on peut bien déshériter un tissu, surtout quand ce tissu s*appelle le itsm conjùnctif^ et quand, d'ailleurs, on a soi-même sur la substance conjonctive des idées particulières (qui seitrnt exposées plus loin), M. Reichert a donc tout simplement déclaré qu*il n'y avait ni fibres ni fibrilles dans le tissu conjonctif. Voilà un homme logique, qui comprend les nécessités d'une situation el qui ne craint pas de les attaquer en face en prenant le taureau par les cornes. Si M* Virchow, qui a incorporé dans son système la tliéorie de la substance conjonctive de M. Reicherl, avait osé aller jusqu'au bout et nier, lui aussi, les fibres et les fibrilles du tissu conjonctif, U eût été presque impossible d'entrer dans une citadelle si bien dé* fendue. Mais sa foi en l'unité, ~~ toute chose a ses limites, — n'a pu aller jusqu'à lui faire méconnaître resistencc de ces éléments, leur nature flbrillairc, leur origine non cellulaire, U a donc^ de ses propres mains, introduit dans la place le cheval de bois si fatal à Dion.
Déjà, en J851, dans ses deux mémoires sur Vldcntité des corpuseûtes des of , des cartilages et du tissu cmjonciif^ et sur la Structure
(I) K&lUker. Éléments d'histologie Humaine , trtduGtioii fmn<^i£e par ÏIM. Bddirdet âée« deiu foig r^vue par Tauteur. Pdris, iSSfî» %tm\à lit -s, p, SS.
du tissu de substance ecnjmctive (1), M. Virchow avait établi que les fibres du tissu conjonctif proviennent de la division fibrillaire de la substance intercellulaire d'abord muqueuse et gélatineuse ; il a reproduit cette opinion dans sa lettre du 7 février 1855, adressée au rédacteur de la Gazette hebdomadaire (2). Enfin il Ta maintenue dans sa Pathologie cellulaire^ et on doit lui en savoir gré, car il eût pu aisément la passer sous silence. Il est vrai qull a évité de la mettre en évidence, mais il n'était pas obligé de le faire, nul n'étant tenu de se suicider. Voici les deux passages qui s'y rapportent. L'auteur vient d'examiner les opinions contradictoires de MM. Schwann, Uenle et Reichert sur la formation du tissu conjonctif. a Contre Schwann, dit-il, j'ai fait voir que la division des cellules en fibrilles ne s'effectue pas; ce que nous représente le tissu conjonctif répond à Vandenne substance intermédiaire uniforme (3). » Et un peu plus loin : « Dans la plupart des cas, la substance intercellulaire forme la plus grande partie du tissu conjonctif (4). » Or, Idi substance intermédiaire uniforme^ la substance intercellulaire ^ c'est la matière non encore organisée qui, à la fois, unit et sépare les cellules embryonnaires. C'est sous un autre nom ce qu'on appelle le blastème. Blastéme ou non, cette matière amorphe forme des fibres qui ne procèdent pas de cellules et qui naissent par un mécanisme tout spécial représenté plus haut sur notre figure 4 (voyez page 55). Ce fait d'observation est supérieur à tous les raisonnements, à toutes les hj'pothèses histogéniques. J'ignore si M. Virchow a trouvé le moyen de le concilier avec son système, mais cette conciliation me parait bien difficile.
Au surplus, il ne faut désespérer de rien, car M. Virchow a fait une chose non moins difficile en appliquant à la pathologie sa théorie du développement continu* Il s'agissait de prouver que toute cellule cancéreuse, fibro-plastique, tuberculeuse, purulente ou autre, procède directement, ou par une série non interrompue de générations, de l'une des cellules normales de l'organisme.
Pour que toutes les productions accidentelles puissent être rapportées à l'évolution et à la multiplication de germes cellulaires préexistants, il faut de toute nécessité que ces germes existent normalement partout où peuvent naître des éléments pathologiques. Or, si
(1) Verhandlungen der Physikaiitch-Medicinischen Geselischaft in Wûrtzburg, Ld. 11,8. i&O, 814. Erlangen, 185?, in-8 (séances des 15 mare et l«r novembre 1851).
(2) Gazette hebdomadaire^ 10 février 1855, t. II, p. 125.
(3) Pathologie cellulaire^ p. 38.
(4) Idem, p. 38-30.
THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT CONTINU
l'on excepte les poils, les ongles et quelques orgatiules de fort mlnînie importafice, toutes les parties du corps, tous les tissus, tous Jca organes, peuvent devenir le siège de productions anormales organisées, n faut donc supposer en premier lieu qu'il y a partout des cellules ou des germes de cellules non-seulement chez Tembryon, mais encore chez Tadulte. Il faut supposer» en outre, qu*il y a un élément cellulaire commun à tous les tissus où peut se former une méma espèce de production accidentelle.
Si l'on ne faisait pas cette dernière supposition, il serait tout à fait impossible d'expliquer par la théorie du développement continu la formation de certaines tumeurs qui naissent dans les organes les plus divers et qui présentent, quel que soit leur siège, une structure identique. On conçoit que sous Tinfluence d*un trouble de nutrition, une cellule a puisse proliférer des cellules pathologiques construites sur un type tout à fait ditTérent de celui de leur mère. Mais ce qu'on conçoit diiTicîlement, c'est qu'une cellule è, entièrement différente de la cellule «, engendrant comme elle une lignée monstrueuse, puisse procréer des celhiles pathologiques construites identiquement mr le même type que les cellules pathologiques nées de la cellule a.
Il y a certainement moins de diflérence morphologique entre un singe et un homme qu'entre une cellule hépatique et un corpuscule osseux. Si Ton apprenait qu'une femme et une femelle de singe ont donné le jour à deux petits monslres qui ne présentent aucun des caractères de leurs espèces respectives^ on serait déjà surpris ; mats si Ton apprenait que ces deus petits monstres sont absolument semblables entre eu3i, comme deux frères jumeaux, on serait bien plus surpris encore. LUdentité des deux espèces de cellules pathologiques issues des cellules û et A sous Finfluence d'une maladie serait tout aussi embarrassante que celle des deux monstres en question.
Il faut donc supposer, je le répète, qu'il y a un élément cellulaire comninn à tous les tissus où peuvent se former des éléments pathologiques de même espèce.
Et comme tous les tissus vasculaîres peuvent donner naissance à des cellules de pus, à des cellules cancéreuses, à des cellules fîbroplastiques, etc., il faut qu'il y ait dans l'économie un élément gerniinatif à peu près universel, répandu dans les muscles, dans les viscères, d'jns les os, dans la peau, dans les nerfs^ etc.
M* Virchow a parfaitement compris celle nécessité, et c'est alors qu1l a ingénieusement combiné l'idée du développement continu empruntée à M. Eemak, avec Thypothèse de M. Reichert sur la substance conjonctive.
On voudra bien m'ezcuser d'exposer en abrégé cette hypothèse. EUe joue un si grand rôle dans la doctrine des tumeurs qui fleurit aujourd'hui en Allemagne, que je ne puis me dispenser d'en parler, et elle est si peu connue en France, que je suis obligé, pour être compris, d'en donner au moins une esquisse.
Certains tissus, comme l'épiderme, se composent exclusivement de cellules simplement juxtaposées. D'autres tissus, comme le cartilage, renferment, outre les cellules qui les caractérisent, une sub^ êtance intercellulaire qui à la fois sépare et unit les cellules, qui les cimente, et qui, dans le cas particulier du cartilage, porte le nom de gangue ou de substance fondamentale du cartilage.
La substance intercellulaire, qui, dans le cartilage et dans plusieurs autres tissus, a pour fonction de relier entre eux les éléments cellulaires ou d'origine cellulaire, est désignée aujourd'hui en Allemagne sous le nom de substance conjonctive {Bindesubstanz)^ et d'après cela les tissus qui renferment cette substance s'appellent les tissus de substance conjonctive {Gewebe der Bindesubstanz),
n ne faut pas confondre les mots tissu conjonctifei tissu de sub* stance conjonctive. Le tissu conjonctif proprement dit, l'ancien tissa cellulaire de Bichat, n'est qu'un des tissus très-^divers qui forment le groupe des tissus de substance conjonctive. Le tissu cartilagineux, le tissu osseux, le tissu élastique, le tissu muqueux ou gélatineux de l'embryon, le tissu du corps vitré, sont rangés aussi parmi les tissus de substance conjonctive. On voit que la substance conjonctive présente tous les degrés de consistance, depuis la gelée presque liquide du corps vitré, jusqu'à la dure gangue des os.
Le caractère général de cette substance est d'être une sorte de ciment amorphe, une substance de soutien^ sans organisation véritable, sans cellules bien entendu, mais aussi sans fibres; de telle sorte que le tissu conjonctif proprement dit, dans lequel on n'aperçoit que des fibres et des éléments cellulaires ou d'origine cdlalaire dont nous parlerons tout à l'heure, ne peut trouver place dans le groupe auquel il a donné son nom qu'à la faveur d'une interprétation tout à fait transcendante.
M. Schwann avait dit que toutes les fibres du tissu conjonctif résultaient uniformément de la fissuration des cellules du blastème, préalablement allongées et amincies; chaque cellule se résolvait ainsi d'abord en un pinceau, puis en un faisceau de fibrilles. Mais M. Henle découvrit que le tissu conjonctif renferme deux espèces de fibres : les unes, incomparablement plus nombreuses, sont solubles dans l'acide acétique; les autres résistent à l'action de cet acide.
THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT CONTINU
€l offrent d'ailleurs une disposition particulière, M. Henle, donoâtil à celles-ïà le nom de fbre$ de ceiiules^ donna à celles-ci le nom de fiàrtë de noyaux. D pensait que, tandis que la substance même des cellulei du blastème se résolvait en fibres solubles dans Tacide acétl<ïuc, les noyaux subissaient une évolution particulière et toute différente, s'allongeaient et se soudaient bout à bout pour donner les fiâtes de noyaux. 11 y avait donc deux éléments dans le tissu conjonctif, abrillaires Tun et l'autre, et provenant tous deux des noyaux ou cellules du blaslètne. Jusqu*alors on n^y connaissait pas autre chose*
M* Reicherl, qui en 1845 constitua pour la première fois le groupe des tissus de substance conjonctive, se trouva donc tout d'abord en présence d'une exception des plus embarrassantes. Il était clair, en effet, que le tissu conjonctif devait être le protot}T)e des tissus de substance conjonctive; et il se trouvait par malheur que la substance interccllulaîre de ce tissu conjonctiff sa substance fondamentale, qu*il fallait assimiler à la gangue du cartilage, qu'il fallait ranger parmi les substances amorphes, se composait exclusivement de fibres parfaitement caractérisées, innombrables, formant des faisceaux, des écheveaui, des lacis enire-croisés que tout le monde suit reconnaître après une seule leçon de microscopie.
M, Reichert ne recula pas pour si peu ; et j*ai dit plus haut qu*il nia résolument,.* l'existence des fibres du tissu conjonctif. Ces fibres qu'on croyait voir n'étaient que des apparences; c*étaîent des stries de hasard, produites pendant la préparation par le plissement de la substance conjonctive amorphe et homogène. M. Kôlliker (t) a cru devoir réfuter cette opinion, qui a fait quelques ravages en Allemagne. Quant à moi, je ne réfute pas, j'expose.
L'unité, ou si Ton veut, la fraternité du tissu conjonctif (cellulaire de Bichat) et des autres tissus de substance conjonctive une fuis établie par Tanalogîe transcendante qu'on vient de voir, il ne restait plus qu'uue petite difficulté : en privant le tissu conjonctif de ses fibres propres par une opération mentale, on avait bien réussi à y trouver une substance conjonctive amorphe qu'on pouvait dès lors comparer à la gangue amorphe des autres tissus de substance conjonctive; mais la substance conjonctive amorphe n'est que la moitié d'un tissu de substance conjonctive ; l'autre moitié, ce sont les cellules ou les éléments d'origine ctllulaire que cimente et conjoint la substance conjonctive, n ne suffisait donc pas d'avoir trouvé dans le
{1} EùULk^r, Élément i d*hiitQiogit humaim^ Uad. franc, pir Bédëiâ et Sée, Paris, is:c, «r. ta-»,p. g2*
tissu conjonctif Véguivalent de la gangue du cartilage; il fallait y trouver maintenant Véquiv€tlent des cellules du cartilage.
II y avait bien les fibres de noyau^ déjà nommées, décrites par M. Henle ; mais d'une part ces fibres n'étaient pas constantes, elles ne se trouvaient que dans certaines régions; il y avait des masses de tissu conjonctif où l'on n'en voyait aucune trace; puis ces fibres, suivant M. Henle, venaient de noyaux, non de cellules. C'était des cellules qu'il fallait. L'édifice de M. Reichert était donc sans équilibre. Mais il fut consolidé, en 1851, par MM. Yirchow ^ Donders. Ces deux habiles micrographes annoncèrent presque en môme temps que les fibres dites de noyau du tissu conjonctif provenaient de cellules embryonnaires complètes, et non de simples noyaux; qu'en outre on trouvait souvent dans le tissu conjonctif de l'adulte des cellules fusiformes ou étoilées, c'est-à-dire présentant deux ou plusieurs prolongement filiformes. Ces corpuscules du tinu conjonctif {Bindgewebekorperchen)y existant pendant toute la vie, furent considérés comme les équivalents des cellules du cartilage, des corpuscules osseux, et généralement des éléments cellulaires de tous les tissus de substance conjonctive. M. Virchow put donc intituler son mémoire : De l'identité des corpuscules de l'os, du cartilage et du tissu conjonctif, etc. (i). U y avait bien quelques légers points de dissidence entre M. Reichert et lui, mais c'étaient des détails accessoires, et en réalité M. Yirchow ne faisait que se ranger sous la bannière de M. Reichert. Il l'a d'ailleurs reconnu depuis lors, dans sa dernière publication, a Actuellement, dit-il, nous partageons l'idée émise par Reichert, et nous considérons le corps humain comme composé d'une masse plus ou moins continue de tissus appartenant à la substance conjonctive, au milieu desquels on trouve en certains points des tissus différents comme les muscles et les nerfs. D'après mes recherches, c'est au sein de cette charpente plus ou moins continue que se développe la néoplasie, d'après les lois qui régissent le développement de l'embryon (2). »
Cette substance conjonctive se retrouve partout, soit sous la forme de tissu conjonctif, soit sous la forme d'un de ses équivalents. Les éléments corpusculaires qu'elle renferme existent donc dans tous les organes où des productions accidentelles peuvent se développer. Ces éléments s'appellent tantôt corpuscules de tissu conjonctif, tantôt
(1) virchow. Die Identitût von Knochen^ Knorpel- und Bindgewebekôrperchm, sowie ûber Schleimgewebe , dans i^erhandL der physic. medicin. Gesellschaft in Wûrzburg^ 1SS2, bd. U, s. ISO.
(2) Pathologie cellulaire, p. 336.
THÉORIE DU DÉYELOrPEMENT CONTIÎ^U.
corpuscules de carlilage, lantôt corpuscules osseux; il faut même avouer qu'ils ne s^ ressemblcat ^ére; toutefois ils sont déclarés identiques par M, Virchow. Et c'est à cet élément presque universel, unique sous ses diverses formes, que M. Virchow attribue la
, formation des productions accidentelles (I).
C'est ainsi que cet auteur ingénieux a complété son système du développement continu. Il n'a pu réussir toutefois à ramener à une origine unique touîes les néôplasîeB (c*est le nom qu'il donne aux néoplasmes); car le tissu conjonctif, malgré son ubiquité, n'existe que dans l'épaisseur des tissas; les surfaces tégumentaires sont \ d'une couche de cellules épitbéliales qui n'ont aucune anaïmec les corpuscules du tissu conjonctif, et la nature épi théliale des cellules qui constituent les cors, les durillons, les cornes, la galae des verrues et des végétations et les épithéliômes, est tellement évidente, qu'il est absolument nécessaire de considérer ces cellules comme des dérivés de répitbélium, et absolument impossible de les considérer c^mrae des dérivés du tissu conjonctir M* Virchow a donc été conduit àallribuer une double origine aux productions accidentelles : celles qui naissent dans l'épaisseur des tissus procèdent des cellules du tissu conjonctif qui est le tissu germinatif par excellence du corps humain; celles qui naissent sur les surfaces tégumentaires procèdent des cellules de l'épi thélium (2). Voici donc que, par la force même des choses, Tunité cherchée aboutit k une dualité inattendue.
A part ce léger détail, le système se maintient assez bien en équilibre lorsqu*on ne considère que les tumeurs solides comme les cancers» les lipomes, les chondrômes, etc«, d'une part, et d'une autre part les productions déjà nommées des membranes tégumentaires* Car ces dernièrca productions renferment des éléments épi thél taux entièrement différents de ceux qu'on trouve dans les tumeurs plus
, profondes. Différence d'origine, différence de nature, cela est tout simple.
Mais il y a un élément pathologique organisé qui est parfaitement
I semblable à Ini-méme, et qui peut naître indistinctement soit à la
I surface du derme, soit dans l'épaisseur des organes ; c'est le pus.
[Les globules purulents d'une phlycténe, d'une pustule reposant sur un derme non ulcéré, sont exactement semblables à ceux d'un abcès
. profond. Les premiers pourtant sont fils des cellules épithéLiales,
^tandis que les autres sont lils des cellules du tissu conjonctif. M, Vir- (i) Vi^yn siirffjur p. 311,
chow, obligé d'assigner une double origine à un môme produit^ a décrit successivement ce qu'il appelle les deux modes de formation du pus (p, 374-381), et comme il fallait pourliint trouver entre ces deux choses identiques au moins un caractère commun, il a exprimé comme il suit la nature du pus : aUpm n'est pas un liquide dissolvanif c*esi une substance dissoute, c'est-à-dire un tissu transformé (i). Une partie devient molle, elle se dissout en suppurant; mais ce nVst pas le pus qui cause ce ramollissement : au contraire» le pus en est le résultat, il est produit par la prolifération du tissu » (p, 375)* Lldée que le pus n'est pas un liquide dissolvant ne figura pas seulement dans ce passage à titre d'antitlièse, car Tauteur y revient à plusieurs reprises, ce qui n'était vraiment pas nécessaire, la question étant jugée depuis longtemps. Pourtant, page 374, parlant de la suppuration des os, il dit : « Le pus est pour nous un tissu jeune, qui, par suite du développement rapide de ses cellules, finit peu à peu par dissoudre la suàsiance interceilulaire la plus solide {!). û Si celle rédaction paraît en contradiction avec la précédente, re n'est qu'un détail tout à fait secondaire; il suffira que rauteur» dans une prochaine édition, ajoute ou retranche quelques mots pour rétablir rharraonie* Mais la contradiction de fait qui existe entre la double origine des globules purulents et leur uniformité me semble difficile à concilier avec les idées unitaires (â).
(1) Ce passage est en iUllciiie dans le texte, __
(3) k propos de pua et de contra dïction^ M, Virehow nous permeUrn de répondre â un reproche tout gratuit qu'il a adressé aui microcroplies de l'Ouest, Le point de noire horizon où le soleil se lève éUtnt dirigé vers t 'Allemagne, les observaleurs de racole de Parii doivent se croire compris dans eeUe désignation, si même ce n'est pas exclusivement A eui qu'elle s'adre&se. M, Vtrchow^ ayant bien voulu reconnaître p. &1 que » les défenseurs de la doctrine des éléments spéciflqueâ vivent encore. * ne s'étonnera pas qu'avant de mouiLr ils aient lu la page S2 de son dernier ouTnge. 11 D*a fallu rien moins que î'inlleiiible témol^age de la géographie pour que lei Dilcrographes occldenlaui se soient reconnue dans cette page, où on tes met m contradiction avec eux-mêmes en leur pré l an t une opinion qu'ils ont toujours corn- Mttue, savoir qtie le tubercule csi «tin produit brut o et que le pus n>it paa * un prtrtiuit spécifiquet • M. Virchow trouve qu'ils n'ont pas été • lofHques avec enimémes, attendu qu'il n'y a pas plus de raison pour admettro la ipécitlclté du cancer que pour accorder la spéctQcité du pus* * Eu premier lieu Je ne vois pas ce que vient faire ici la logique. Le pu », le tubercule et le cancer sont trois choses dilTë* rentes. Ceux qui trouvent que le cancer est hétéfomorpbe(ou spécifique), c'esi-Mlre que ses cellules sont iui^enerù, ne sont nullement tenus de trouver que le pus et le tubercule soient hétéromorphes aussL 11 n'y a entre ces trois produits aucune solidarUéi à moins qu'on n'admette comme certains histosophes orientaux que le omcer soit du pus progrès? tf et le tubercule du pus régressif. En second lieu, je me demande comment M< Virchoi*- a pu s'imaginer que cous avioni commis cette prétendue in-
THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT CONTINU
£n résumé :
1* Toute production organique normale ou pathologique procède àe cellules;
2* Toute cellule provient d'une autre cellule par voie de prolifératioû, aucune substance amorphe n'ayant la propriété de s'organiser : omnii celiula è eeihlé;
3* Chez Tadulte comme chez l'embryon^ il y a dans tous les tissus des cellules ou des germes de cellules qui à Tétat normal président à l'aceroissemenl et à la nutrition des tissus, et qui à Tétat pathologique engendrent par prolifération les éléments de toutes les productions accidentelles;
4* Le tissu conjonctif (ou ses équivalents), étant répandu dans toutes les parties du corps, est l'élément germinatif par excellence. Le tissu conjonctif proprement dît, en quelque point qu'on le considère, renferme toujours un certain nombre de corpuscules, dernier vestige des cellules embryonnaires, et ces corpuscules sont Télément générateur de la plupart des productions accîdenielles;
5' Toutefois certaines pmductions accidentelles proviennent de la prolifération des cellules épithéliales;
^6» ïl n'y a pas d'éléments hétéromorphes, puisque tous les éléments pathologiques descendent en droite ligne des cellules normales. Quelque dissemblables qu'ils puissent être, quelque hétéromorphes qu'ils puissent paraître, ils ne sont jamais spécifiques, étant tous issus des cellules embryonnaires, et étant par conséquent tous ie même espèce.
Telle est la doctrine de M* Virchow; j'y ai insisté trop longtemps ^euL-ôtre, mais les idées sur lesquelles elle repose sont si différentes le celles qui ont cours en France, que quelques mots d'exposition l'eussent pas suffi pour les rendre intelligibles, et j'ai cm devoir répondre au vœu de plusieurs personnes qui, ayant lu sans succès la \Pathologiê cellttlaire^ m'ont prié de leur faire comprendre l'enchalneaent des opinions de l'auteur. J'ai essayé de le faire pour ce qui (jnceme l'origine des productions accidentelles ; j'ai dû passer sous silence la plupart des applications d'un système qui embrasse la pa- Uiologie tout entière; mais si je ne me suis pas trompé moi-môme {je n'ose pas en répondre), j'en ai dit assez pour que ceuï qui m'au-
[«oniécpieDCCi ei ecmiDiul un homme auu] savant que lui peut Ignorer go e M. Lebert l^t toute récole de Paris admettent la, spéâûf:\U ôvs %\ohulùs, de pus. Celle des eorpuS" nies de tut^etrakE a (té mise en cloute clepuU quelques années par quelques per* Iconues, nmli la grande majur Hé continue, h tort ou à raïson, à coniidérer cet corpus- I cilles comme de» éîéraenu organise» et béléromarpîiej, c*cst-à*dire sréciÛques.
-=* -•-•-=-r:-' -jrc i.r^-; -.^iih i "n -cn:e produit,
' ^ ^ ^ * ^^^ • ''^^' ;• «r-.!!: ::•: "Ter entre ces
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ront lu puissent ensuite saisir sans difficulté la pensée de M. Virchow en relisant son ouvrage.
Quoique je n'aie pu me dispenser de faire en passant quelques réflexions critiques, je me suis bien gardé et je me garderai bien d'entreprendre la réfutation d'un système aussi vaste et aussi compliqué. Je laisserai donc en repos la théorie des tissus de substance conjonctive; je ne chercherai pas si le tissu osseux, le tissu cartilagineux et le tissu conjonctif peuvent être ramenés à l'identité; je ne m'arrêterai pas davantage à prouver que les corpuscules du tissu conjonctif ne font pas partie essentielle de ce tissu, où on en trouve tantôt beaucoup, tantôt peu, tantôt pas du tout (1). De tout cela, le lecteur jugera à sa guise, et je me contenterai, pour ma part, de faire deux remarques :
En premier lieu, toutes les théories et toutes les hypothèses histologiques, si habilement rassemblées par M. Virchow, ont pour but de montrer qu'il n'y a pas contradiction entre le principe omnis cellula è cellulâ et la formation des éléments pathologiques. Cette contradiction serait absolue et flagrante, s'il n'y avait pas partout des cellules ou des germes de cellules. M. Virchow croit avoir établi l'ubiquité de ces germes. Supposons qu'il y ait réussi : qu'en résulterait-il? Une seule chose, savoir : que l'origine qu'il assigne sans exception à toutes les productions accidentelles ne serait pas amUO' miguement impossible. Mais pour prouver qu'une chose existe, il ne suffit pas de démontrer qu'elle n'est pas impossible. Celui qui affirmerait, a dit Nicole, que les grains de sable de la mer sont en nombre impair dirait une chose possible, il aurait même une chance sur deux d'avoir raison, mais il ne trouverait personne pour le croire. Certes, le fait annoncé par M. Virchow est loin d'être aussi indémontrable que celui dont parle Nicole, mais si M. Virchow croit l'avoir démontré en disant qu'il n'est pas impossible et en ajoutant par hypothèse que toute cellule doit venir d'une cellule, il reste en dehors de la science positive.
(i) M. Kdliiker, dont la bienveillance poar M. Virchow est bien connue, oonridère comme rare Ja persistance des noyaux des cellules formatrices dans le tissu coi^oiietif adulte. En parlant du développement de ce tissu, il décrit d'abord la formation des fibrilles qui proviennent, suivant lui, des transformations des cellules formatrices, et il i^oute : « Dans cette métamorphose, les noyaux des cellules disparaUsen^ généralement ou du moins ne se transforment Jamais en fibres de noyaux dans les cas rares où ils persistent, comme cela se voit quelquefois, dans le tissu coi^ooetif aréolaire. > (Kôlliker, Éléments d'histologie humaine, traduction fr. Paris, ISM» in-8, p. 84.) Ainsi l'existence des corpuscules du tissu conjoncur, loin d'être eon* stante, est un fait rare; elle ne s'observe que dans le tissu conjonctif aréolaire^ et seulement quelquefois.
THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT CONTINU
En second lieu^ je ferai remarquer que la théorie de M. Virchow est loin, bien loin, d'a%oir en pathologie la portée qu*il lui attribue* C'est une théorie étrangère à nos classifications et à nos études nosologiques, comme la théorie cellulaire est étrangère à la classification des tissus adulles, comme les théories de Laraarck et deDar%vin sur Torigine, le développement et la transinutâtion des espèces sont étrangères à la classiQcaLion des animaux. L'homme cesserait-il d'être distinct du singe, le singe du chien, le mammirère du reptîlet jle vertébré de riovertébré, si Ton démontrait par impossible que ans ces êtres ont en au commencement des temps une commune origine? El le muscle cesserait-il d'être distinct de Fos, du nerf, de la glande» du tissu conjonctif, etc., si Tunîté primordiale de tous ces (tissus normaux ét^t prouvée sans réplique? M. Virchow peut donc Idissertertoutà son aise sur les germes des éléments pathologiques^ le cancer n'en sera pas moins dijférent du pus, le fibrome du chon- Idrdme, !*épilliéH6me du tubercule, etc. Et si toutes ces productions accidenteHcs, dont les éléments sont parfaitement distincts les uns [des autres, sont dues à la prolifération pathologique d*uQ même élé- [ment celhdaîre, il faut de toute nécessité que cet élément normal aît [été le siège de maladies différentes, pour que sa postérité morbide l&iteu des destinées si diverses. Autre est la maladie qui, d'un corpuscule d|i tissu conjonctif fait naître des cellules de cartilage, autre j celle qui en fait naître des cellules de pus ou des cellules de cancer, IH. Virchow n'y a pas songé lorsqu'il s'est imaginé que sa théorie histogénique était de nature à effacer ou seulement à atténuer les distinctions établies par Tanatomie pathologique; elle les aggrave, au contraire, car elle ne laisse même pas la ressource de supposer que certaines tumeurs diverses par leur structure, comme les épi- [ tliéliômes, les ûbroïdes et les cancers, puissent i tre sous la dépendance d'une môme maladie, c'est-à-dire d'une même cause, dont [ les effets varieraient suivant la nature des tissus ou des organes af- 1 fcctés.
C'est donc un phénomène bien remarquable que Tempressement pavée lequel les adversaires des classifications modernes sont allés emprunter des arguments au système unitaire de M, Virchow. Lors- I gu on leur dit que l'antique classe des cancers renferme des tumeurs Irès-dlverses, caractérisées par des éléments microscopiques parlat- » lement distincts, ils répondent que cette distinction est illusoire, at- I tendu que M, Virchow, grand maître en micrographie, a démontré, ) tu contraire, de par le microscope, 1 identité de toutes ces tumeurs. [Ehl il a démontré bien autre chose. S ne s*est pas borné à proclamer
78 FORMATION DBS PRODUCTIONS AGdDENnMfÇi.
Tunité du cancer, de Tépithéliôme et du fibroïdii; II a de la i manière, ni plus ni moins, en vertu des mômes théotiès, au nom dn même principe, établi la môme pairenté entre toutes les producticms accidentelles, depuis le lipome jusqu'au tubercule, depuis le pus jusqu'au cancer! Faute de connaître sa doctrine, faute de savoir où gtt l'unité qu'il proclame, faute de savoir que cette unité est purement hiitogénique et nullement hUtolagique, que c'est une unité transcendante comme celle de l'os, du muscle et du nerf, on lui à fait dire qu'il n'y avait pas de différence de forme entre les éléments cancéreux, les éléments épithéliaux et les éléments fibro-plastiques, et on a invoqué son autorité dans une question particulière d'aoatomie pathologique et de chirurgie, sans regarder au delà de cette question, sans étudier le chemin où l'on s'engageait, sans voir qu'il aboutissait à un abîme de confusion universelle. C'est pour mettre les chirurgiens en garde contre ce paradoxe, que j'ai cru devoir expliquer ici le sens et la portée du système de M. Yirchow, laissant à chacun le soin de l'apprécier à sa guise, et rappelant seulement que le point essentiel de l'étude des éléments pathologiques n'est pas de savoir d'où ils viennent, mais ce qu'ils sont.
§ 3. — Ëiéments pathologiques homœomorphes et hétéromorpiMB.
Les lois qui régissent l'organisation de la matière sont générales; toute substance organisable, quelle qu'en soit l'origine, leur obéit, et ce qui varie ce ne sont pas ces lois, mais les conditions au milieu desquelles elles agissent. Nous pouvons donc nous attendre à retrouver, dans les productions anormales, des phénomènes analogues à ceux qui se passent dans le développement considéré à l'état physiologique.
On a vu que les conditions du développement normal sont déjà trop complexes, chez les animaux supérieurs, pour qu'on puisse rattacher l'évolution et la nutrition de tous les tissus à une loi uni* que, régissant un élément primordial, unique aussi. Or, les conditions du développement pathologique sont bien plus complexes encore. Aux lois générales et multiples de l'organisation viennent se joindre ici des influences particulières, plus multiples encore, qui varient suivant la nature des tissus malades, suivant celle des causes morbifiques, locales ou générales, et suivant Tidiosyncrasie de l'individu.
Tandis que, d'une part, l'action des lois normales tend à donner à la matière plastique une organisation semblable à celle que cette
ÉLÉMENTS HOMŒOMORPHES ET HÊTÈROMORPHES. 79
nialiëre devrait revôtir à l'étal normal dans le môme lieu, d'une autre pnrU les îoiluences pathologiques tendent avec plus ou moins d'énergie à donner une antre direction à Toi^ganisation des éléments nouveau3C*
C'est de Taclion de cette double série d'influences que découle, MDime une sorte de résultante, la constitution des productions accitelles. Suivant que l'une ou Tau tre remporte, les éléments qui s'organisent se rapprochent plus ou moins, s'écartent plus ou moins de la forme des éléments normaux.
Dans Tordre décroissant de leur similitude avec les formations régulières, les éléments des productions accidentelles peuvent se diviser en plusieurs groupes ;
H en est qui sont tout à fait identiques avec l'un des éléments normaux, et qui, développés en un point où cet élément eatisle légitimement, sont dus à une simple exagération de la nutrition locale» sans déviation proprement dite. <
Il en est d'autres qui sont encore identiques avec Tun des éléments normaux, ou qui du moins n'en dilTèrenl par aucun caractère appréciable, mais qui» développés en un point où cet élément ne de* vrait pas exister, révèlent Texistence d'un trouble nuUitifplus grave que le préfédcnl.
D'autres fois la déviation est plus profonde; Télément pathologique n*esl absolument identique avec aucun des éléments normaux, màh il est semblaMek Vnn d'eux; il s'en rapproche par des caractères trop évidents pour qu'on puisse les méconnaître.
D*autres fois euEn, et c'est ici, au point de vue morphologique, le plus grave de tous les écarts, les éléments pathologiques de la pro ductioQ accidentelle ne ressemblent à aucun élément normal en particulier.
Dans les trois premiers cas, les éléments pathologiques sont dits hùmmùmorphes^ ce qui veut dire forme semblable^ semblable à celle d un élément normah
Dans le dernier cas, ces éléments, possédant des formes, des caractères anatomîques qu*on ne retrouve ni dans les tissus sains de Tadullp, ni dans ceux de l'embryon, sont dits hétérûmarpheSf ce qui * eut dire forrne diffét^enie.
Les productions homœomorphes sont désignées anatomiquement
d'après k nom de l'élément auquel leurs éléments ressemblent. Les
éléments hétéromorpbes ne pouvant donner lieu à de pareils rappro-
fbements,sont désignés d'après les noms respectifs que portaient déjà
i avaot k microscope les productions accidente Ues qui ks renferment.
Dans le premier cas, la tumeur emprunte son nom à son élément fondamental. Dans le second cas, c'est au contraire l'élément qui emprunte son nom à la production accidentelle.
Ainsi les cellules du cancer ont reçu le nom de cellulei cancfreuses; celles du pus, le nom de globules purulents, elles élémeni& des tuliercules ont été nommés corpuscules tuberculeux. U y a sans doute dans quelques tumeurs spéciales d'autres éléments pathologiques, dont les formes s'écartent assez des formes normales pour qu'on puisse les considérer comme hétéromôrphes. De ce nombre sont probablement les corps ovi formes qui se rencontrent dans certaines tumeurs pseudadéniques. Mais le cancer, le tubercule et le pus sont les seules productions accidentelles générales dont l'élément fondamental soit manifestement hétéromorphe. Les productions homœomorphes sont beaucoup plus nombreuses, car la plupart des éléments normaux ont leurs analogues dans le tissu des néoplasmes.
n est impossible de ne pas être frappé tout d'abord de l'importance d'une distinction qui parait établir deux groupes aussi tranchés dans la nombreuse classe des productions accidentelles. A^ant de connaître l'existence des éléments microscopiques, on avait accepté une autre distinction analogue, mais non pareille, entre les tumeurs homologues dont le tissu ressemble à un tissu normal, et les tumeurs hétérologuesy dont le tissu est sans analogue dans l'économie. Ce n'est pas ici le lieu de chercher en quoi ces deux bases de classification se ressemblent, en quoi elles diffèrent; j'y reviendrai dans le chapitre suivant. Mais je crois devoir rappeler que Laënnec et ceux qui, après lui, ont classé les tumeurs d'après leur homologie ou leur hétérologie, ont admis, comme une chose toute naturelle, que la production d'un tissu homologue était l'indice d'un trouble moins grave que celle d'un tissu hétérologue, qu'elle supposait une perturbation moins profonde des phénomènes nutritifs, qu'elle dépendait d'une cause moins fâcheuse.
Appliquant aux éléments anatomiques cette idée déjà classique, M. Lebert a établi entre l'homœomorphisme et Thétéromorphisme un parallèle semblable à celui que Laônnec avait établi entre l'homologie et rhétérologie. Ce n'est donc pas lui, mais ses prédécesseurs qu'il faut louer ou blâmer d'avoir émis un principe dont il n'a pas été le promoteur.
Ce principe est vrai d'une manière générale, soit qu'on l'applique aux tissus, comme l'a fait Laônnec, soit qu'on l'applique aux éléments, comme l'a fait M. Lebert ; la suite de cet ouvrage le démontrera, je l'espère. Mais ce principe n'est pas absolu, parce que là
ÉLÉMENTS H05IŒ0M0RPHES ET HÉTÉROMORPHES. 81
I Structure d*une production accidentelle n'esl pas rexpression pure et iiînple d*une action nniqufîj comme le serait* par exemple, la pio-
I priété spéciGque d'un blastème particulier, parce qu'elle résulte de
I la combinaison de plusieurs influences locales ou générales, normales ou pathologiques.
On peut néanmoins le formuler en disant que, toutes choses égaies
- d'ailleurs, Vinlemilé du trouble nutritif qui donne lieu à une production accidentelle est d'autant pins grande et révèle un étatd'autAnt plus fâcheux, que la structure de cette production accidentelle s'écarte dayaotage de celle des parties qui composent un organisme
Nous ne parlons ici qu'au point de vue anatomique. Au point de vue clinique, que nous examinerons ultérieurement, d'autres conditions très-diverses viennent compliquer Tétude du pronostic. Néanmoins, telle est rimportance du fait énoncé dans la formule précédente, qu'on trouve encore une relation assez générale entre la gravité des tnmeurs et la situation qu'on peut leur assigner dans la série anatomique.
Le mot série suppose Te^tistcnce d'une succession ininterrompue de formes Irès-rapprochées les unes des autres, conduisant, par des gradations ou des dégradations insensibles, du type le plus voisin de Tétat normal au type qui en est le plus éloigné. Mais il senjble que la série soit interrompue là où rbomœomorphisme fait place à l'hétéromorphisme, l! était naturel de Je croire. M- Lebert l'a pensé et je l*ai longtemps admis moi-môme* Or, tandis que Thislologie pathologique paraissait creuser une sorte d'abîme entre les tumeurs homœomorphes et les tumeurs hétéromorphes,robscrvation clinique, au contraire, montrait que cet abime n'existe pas ou plutôt qu'entre les productions boraœomorpbes et les productions hétéromorphes, la dilTérence pathologique est beaucoup moindre que la différence anatomique.
On a donc été conduit à se demander si colle-ci était aussi grande que paraissaient l'indiquer les mots hotnfpo et hétéromorpbe. On a cherché h rétablir dans Tordre anatomique la gradation qu'indique la pathologie, et comme les deux mots en question expriment deux idées tout h fait opposées, qui semblent inconciliables, on s'est eiïotcé de démontrer que les éléments dits hétéromorphes sont réellement homœomorphest ce qui re\icntà nier rexistence m£me de rhétéromorpbisme*
Je ne parle passeulement ici des sectateurs de la Ihcoric cellulaire^ qui bien évidemment n'ont jamais pu songer u admettre rexistence
82 FOAIUTION DES PRODUCTIONS ACaDENTKLLES.
d'un seul élément héiéromorphe, je parle aussi de plusieurs obser^ valeurs qui ne subissent pas la pression de cette théorie et dont le témoignage, par conséquent, ne saurait être suspect de partialité.
Désirant, si c'était possible, rattacher à des formations homœo» uiorphes les éléments des tumeurs réputées hétéromorphes , ces observateurs se sont proposé de découvrir dans l'organisme normal, soit avant, soit après la naissance, les éléments, transitoires oo définitifs, qui ressemblent le plus ou, si Ton veut, qui différait le moins de tel ou, tel élément hétéromorphe. C'est ainsi, par exemple, que. Tun a cru trouver le type des cellules cancéreuses dans les méduUocelles ou cellules de la moelle des os, l'autre dans les cellules épitfaéliales presque globuleuses de certaines glandes ou de la muqueuse de l'uretère et du bassinet, un troisième dans les cellules du cartilage embryonnaire, un quatrième dans les cellules blastodermiquss des premières heures, celles que j'ai appelées les cellules pré-embryônnaires (voyez plus haut, page 32). J'ai déjà exposé l'opinion particulière de M. Yirchow, qui fait naître presque toutes les cellules pathologiques, cancéreuses ou autres, des corpuscules du tissu conjonctif. Or, il suffit d'énumérer ces hypothèses contradictoires et (l'ajouter qu'elles émanent, les unes et les autres, de micrographes très-habiles, pour faire comprendre toute l'incertitude de ce genre de recherches, et toute la différence qui existe entre cet homosomorphisme par interprétation et l'homceomorphisme pàT observation qui frappe l'œil le moins exercé. Est-ce que les cellules de l'épithéliôme, du chondrOme, est-ce que les fibres du fibrome, est-ce que les culs* de-sac glandulaires] de l'adénome ont donné lieu à de pareilles divergences? Ici, l'analogie est évidente, incontestable, elle s'impose 4k tous les esprits parce qu'elle s'impose d'abord à tous les yeux. Làv au contraire, elle est problématique, elle passe par l'esprit avant' d'arriver à l'œil. r.
Si maintenant nous nous plaçons au point de vue des adversaires de l'hétéromorphisme, nous serons autorisé à diviser les éléments des productions accidentelles en deux catégories : ceux qui soal très-homœomorphes, c'est-à-dire ti*ès-semblables à des éléments • normaux, et ceux qui sont beaucoup moins. homoBomorphes, qui n'ont avec les éléments normaux qu'une ressemblance éloignée et incertaine. La question réduite à ces termes n'est plus qu'une dis* cussion de mots. Si l'on renonce à l'opposition des adjectifs homœomorphe et hétéromorphe, il faudra les remplacer par d'autres adjectifs exprimant des degrés inégaux de similitude, comme le seraient, par exemple, les mots homousios et homoiousios^ de théologique
ÉLÉMENTS HOMŒOMORPHES ET HÉTÉROMORPIIES. 83
mémoire. Mais à quoi bon ces subtilités? Le mot hétéromorphe est Texpresainn ï^xacte d'un fait parfaitemenl simple; il a pu servir de point de départ à une tliéorie coalestable saas <5tre inséparable de celte théorie. U Tcutdire forme différËntej rien de plus. Il ne signifie pas difîérence essentielle, nature opposée, contradicl ion absolue; il n'implique pas l'idée d'un monde à part, soustrait aux lois ordinaires» Il ne désigne que la forme et non Tessence; il laisse m&me toute liberté à celui qui cherche à saisir quelque analogie entre cette forme et d'autres formes plus régtilières, car une différence, une dissemblance n'exclut pas l'existence de certains caractères communs.
Je continuonû donc à me senirde Tépithète é'hêtéromorphe sans préjuger en rien de Torigine des éléments que désigne ce mot ; si j'y renonçais, si je disais, par exempte, que les éléments du cancer sont homcEomorphes, je semis tenu de dire catégoriquement h quels été* ments normaux iJ^ ressemblent ou ils sont censés ressembler» je serais obligé d'opter entre l'une des cinq ou six hypothèses qui ont été faites jusqu'ici, à moins de faire à mon tour une nouvelle hypothèse, et je ne me sens aucun goût pour ce choix hasardé.
Je dois expliquer maintenant quelle est à mes yeux la portée de la distinction des éléments homœomorphes et des éléments hétéromorphes, Qu^on veuille bien se souvenir de ce que j*ai dit plus haut pvriaU vement à la dégradation sériai re des éléments pathologiques il k la gravité croissante de l'écart de mitrition qui leur donne naissance. Un blastème anormal ou, si Ton veut, une substance organiable est exhalée en un point de Téconomie sous l'influence d'une cause morbide plus ou moins énergique. Des éléments nouveaux vont se former dans ce blastème; ils différeront d'autant plus de ceux
|i se forment ordinairemi-nt dans le môme lieu, que la nutrition plus gravement troublée, et cette différence croissante rendra de moins en moins évidente la ressemblance de ces éléments avec les éléments normaux. En étudiant dans une série de cas cette dégradation morphologique, on parcourt d^abord toute l'échelle des éléments homiBomorphes, depuis ceux ijui sont identiques avec les éléments normaux jusqu'à ceux qui ne leur ressemblent plus que comme une caricature ressemble à un portrait photographique* Puis il arrive un degré où la déformation est plus grave, où ranomalie devient une monstniosité, où l'élément est tellement défiguré qu'on ne sait plus quel nom lui donner et qu'il faut faire des inductions, des hypothèses pour le rattacher à quoi que ce soit. C'est là que commence rbétéromorphismei et la succession sérîaire est tellement peu interrompue à ce niveau, qu'on pourrait comprendre à la rigueur, au point
de vue de l'histogénie pure, que tous les termes de la série fussent sous la dépendance d'une même cause morbide agissant avec des degrés croissants d'intensité. Je m'empresse, d'ailleurs, d'ajouter qae je repousse cette interprétation, qui obtiendrait sans doute le sotfrage des unitaires, mais qui me semble démentie à la fois par Taiiatomie pathologique et par la pathologie.
§ 4. — De la rétUté des blastèmes.
Les éléments normaux ou pathologiques se forment au sein et aux dépens d'une substance amorphe qui porte le nom de blastème. Cette substance émane du sang, dont elle se sépare en traversant, par exsudation^ les parois des dernières ramifications vasculaires. Elle commence donc par être liquide, mais plus tard elle passe à l'état solide. Ce changement d'état peut s'effectuer de deux manières: tantôt il est le résultat d'une coagulation pure et simple qui précède le moment de l'organisation proprement dite, et tantôt il marche de front avec l'organisation elle-même.
Pendant la période, courte ou longue, qui précède cette solidification, la substance du blastème s'infiltre par imbibition dans les espaces intervasculaires; si le lieu où elle a été séparée du sang est très-rapproché de la face libre d'une membrane, elle peut transsuder à travers cette membrane et se répandre en couche à sa surbce; si elle est sécrétée au contact d'un tissu privé de vaisseaux, elle peut s'imbiber dans l'épaisseur de ce tissu. C'est par ce dernier mécanisme que les organes non vasculaires reçoivent le blastème normal indispensable à leur accroissement et à leur nutrition ; et les éléments pathologiques qui se forment quelquefois dans ces organes prouvent que les blastèmes anormaux peuvent y pénétrer aussi par la même voie.
Avant de disserter sur les blastèmes, il est bon d'en démontrer l'existence, et cela est devenu nécessaire depuis que M. Yirchow a nié la doctrine de l'exsudation. A priori, comme on l'a vu pins haut (pages 46 et 64), aucune théorie ne peut se passer de Tinter^ vention d'une substance additionnelle, fournie par le sang, et aussi indispensable à la prolifération des éléments qu'à tout autre mode de développement, car rien ne peut venir de rien. Mais à cette preuve par l'absurde on peut, dans beaucoup de cas, joindre une démonstration directe et évidente.
Ce sont surtout les blastèmes coagulables qui se prêtent à l'observation, parce que, devenant solides et perdant ordinairement leur