ÉLÉMENTS AUTOGÈNES ET ÉLÉMENTS ADVENTICES
€0 présence» la prépondérance politique n'appartient pas toujours à la race la plus nombreuse; de môme, dans uoe tumeur où plusieurs éléments sont mélangés, la prépondérance pbysioIogiqiïefi\ipparljent pas toujours à l*élénient le plus abondant. Des lors, Téluiic analamique d*une tumeur complexe ne suffirait pas pour en découvrir les éléments autogènes, si l'observateur était privé des lumières de rexpérience clinique* C*est en comparant la marche et les symptômes du squirrbe et de rencépbaloïdej qu'on a découvert cliniquement que ces deux tumeurs d'aspect si difTérenl sont deux variétés d'une même espèce morbide. Le microscope, înten^nant h. son tour, a découvert dans ces deux produt lions accidentelles un élément commun, presque pur dans Tencépbaloïde, el mêlé, dans le squirrbe, aune énorme quantité d'éléments fibreux. Ces deux ordres de faits ont permis de reconnailre que les propriétés communes au squirrbe et à rencéphaJoïde sont liées à la présence de l'élénienl qui leur est commun, et c'est ainsi que les éléments globulaires, quoique inférieurs en nombre aux éléments fibreux, ^ont devenus, aux yeux |dcs mîcrographes cliniciens, les éléments autogènes du squirrbe.
On comprend dés lors que les classifications, quoique basées prinkcipalemenl sur l'observation anatomtque, ne peuvent se passer du [contrôle incessant de rexpéricnce clinique. Sans ce contrôle, on serait exposé à méconnaître fréquemment Télément autogêne, à le eonsidérer comme accessoire, à lui attribuer des propriétés qu'il ne j possède pas, ou h lui refuser celles qu'il possède. Il est donc indis- I pensable, lorsqu'on se trouve pour la première fois en présence f d'un tissu accidentel non encore décrit, d'attendre, avaiit de le clas- {ser et de le caractériser, le témoignage de la clinique. Je citerai à kce propos une erreur célèbre, et je le ferai avec d'autant plus d'im- [l^artialité que j'y ai moi-même adhéré pendant quelque temps. Les I éléments fibro>plastiques figurent, comme élément accessoire, quelfjiiefois même en grande abondance, dans des productions acciden- [telles fort diverses, dont plusieurs sont remarquables par leur béni- [gnité. M* Lebert, qui décrivit le premier ces éléments, dans leurs Itapports nombreux avec le développement normal et avec l'organi- [lation des blastèmes palbologiques^ fat porté à croire qu41s n'avaient is de propriétés nuisibles. Plus tard, rencontrant des tumeurs qui nient exclusivement composées, il attribua à ces sarcomes ùhto* |ties une bénignité malheureusement illusoire, car bientôt liot] prouva que les tumeurs fibro-plasliqncs sont au nombre r productions accidentelles les ptus redautalles, soit par leuii* ETet^ locaux, soit par leurs rapports avec lilat général de l'orga-
130 CIASSIFIGATION DES TUMEURS.
nisme. Autant les éléments ûbro-plastiques sont inoffensifs lorsqa^ib sont adventices, autant ils deviennent dangereux lorsquils sont autogènes. Les premiers peuvent se développer dans la plupart des tumeurs; leur présence indique seulement qu'une partie de blastème pathologique a été détournée de sa destination spéciale par une cause locale quelconque, et s*est dirigée vers l'organisation fibreuse^ dont rétat flbro-plastique est alors le premier degré. Les éléments fibro-plastiques autogènes, au contraire, sont l'indice d'une maladie particulière que quelques auteurs ont désignée sous le nom de fibro-plastie^ et la clinique seule pouvait découvrir si cette maladie est grave ou légère.
Il est arrivé pour les tumeurs fibreuses quelque chose d'analogue à ce que nous venons d'indiquer pour les tumeurs fibro-plastiques. Les éléments fibreux adventices qui se forment dans la plupart des productions accidentelles n'ont par eux-mêmes aucune signification spéciale; ils peuvent modifier les caractères et môme la marche de la tumeur, mais ils n'en modifient pas la nature, et les squirrhes les plus fibreux, quoique en général moins rapides dans leur évolution que les encéphaloïdes purs, n'en sont pas moins des cancers. La loi d'analogie de formation fait naître des éléments fibreux dans une foule de blastèmes qui n'en conservant pas moins leur individualité pathologique. Mais cette neutralité des éléments fibreux n'existe plus dans les tumeurs où ils jouent le rôle d'éléments autogènes; et certes l'anatomie^ privée du secours de la pathologie, n'eût jamais permis de prévoir que certains fibromes peuvent revêtir les caractères de la malignité la plus redoutable.
Après ces remarques sur le rôle respectif de nos deux pridciiMmx moyens d'investigation, nous serons autorisé à prendre l'anatomie pathologique, surveillée par la clinique, pour base de notre classi» fication des tumeurs. Nous ferons reposer nos grandes divisions sur les caractères de Thomœomorphisme et de l'hétéromorphismet de i'homologie et de l'hétérologie ; pour établir nos genrea^ét nos es* pèces, nous nous attacherons à l'étude des éléments autogènes, et nous les classerons comme l'histologie normale classe les éléments des tissus normaux. Les éléments adventices, enfin, nous serviront à distinguer les variétés.
Au surplus, quand nous employons ici les expressions de genre, d'espèce et de variété, nous ne leur donnons pas le sens précis qu'on leur accorde en histoire naturelle, attendu que les productions ac* cidentelles n'ont pas le môme degré de fixité que les êtres normaax. Voilà pourquoi nous avons désigné l'élément caractéristique de
PRODUCTIONS FIBBEUSES,
Ichaque tumeur sous le nom d^élémeiit autogène, et non point sous Ile nom d'élément sjdcifque. Cette dernière dénominiition ne con- {vient, parmi les tumeurs solides, qu*aux élénienls hétéromorphes du caocer et du tubercule, parce que» n*ayaiit point d'analogues [dans Torganisme normal, ils forment réellement des espèces dis- ' tinclcs, et que, trailleurs, ils sont la manifestation anatomique de deux dîathèses qu'on ne peut refuser de considérer comme des espèces morbides (I), Oiîoiquc nous nous soyons efforcé d'appliquer à la classîAcation k des productions accidentelles les principes de la méUiode naturelle, lc*esl-à-dire d'éUblir nos principaux {groupes en tenant compte à la fois de plusieurs ordres de caraclùres, on ne doit pas s'attendre à trouver ici une relation constante entre la marche clini€[ue d'une tumeur et la situation qu'elle occupe sur notre tableau, ni une allû* nité rigoureuse entre les espèces qui s\v trouvent rapprochées, ni le une subordination parfaite entre les caractères généraux as- ^gnés à chaque groupe, et les caractères particuliers de toutes les espèces qui y sont réunies* Le nombre des maladies ou des troubles de nutrition qui produisent les tumeurs, étant très-supérieur au nombre des éléments anatomiques homœomorphes ou hétéromorphes qui existent dans la nature, il arrive bien souvent que le même élément se forme dans des conditions fort difTérenles. Une même tendance à l'organisation Hbreuse pure existe dans la lymphe plaslique d^origine inflammatoire ou traumatîquc, et dans le blastème sécrété sous rinfluence de la cause morbide inconnue qui préside k la formation des fibromes proprement dits. Il y a une différeacc considérable entre ces deux ordres de causes qui donnent pourtant « miissance au même élément hîstologique, et cette difTérence se confirme et s'aggrave lorsqu*ûn compare les propriétés des deux ordres de production fibreuse qu'elles enfantent. Les fibromes tendent naturellement à s'accroître; ils peuvent rester stationna ires, mais Ils ne rétrogradent pas, leur tissu n'étant disposé ni à se rétracter ni à se résoudre ; les tissus fibreux inodulaires et intlammaloires sont doués, an contraire, d'une rétractilité remarquable, et, loin de manifester de la tendance à l'accroissement, ils nïanifeslenl piutiU la tendance opposée, par ce double motif tpi'une partie de leurs éléments disparàli rréquemment i^ar résorption, et que les autres se rétractent et
(I) Let ^obulffl cl« pas aui»I sont ti^téromorpbes et fpécLlIqyes, et Iq pua con- ■yiae tilen certainement une eipèce à pari parmi les produits morllden. Mais le put une fi)|j î^tmé est un corps étranger dont r«lude clinique ae doit pas trouver place 4aœ un traite des lumeara*
se resserrent. Voilà donc deux espèces de productions accidentelles, très-voisines quant à leur structure élémentaire, et très-éloignées quant à leurs propriétés. Ce serait une objection grave contre une classification anatomique qui reposerait exclusivement sur la distinc* tion des éléments microscopiques; mais la nôtre est basée à la fois sur rétude des éléments et sur celle des tissus, sur la structure intime et sur la structure visible à l'œil nu. Or, le tissu des fibromes diffère notablement de celui des productions fibreuses d'origine inflammatoire ou inodulaire. Celui-ci ressemble bien plus que l'autre au tissu fibreux normal, et est aussi homologue que puisse l'être un tissa accidentel, tandis que les fibromes, quoique rangés par nous au nombre des tumeurs homologues, sont situés tout près de la limite où l'homologie fait place à Thétérologie ; ils se rattachent môme, par des transitions insensibles, aux tumeurs fibro-prastiques ou fi* broïdes qui sont franchement hétérologucs. La comparaison des deux principales espèces de productions fibreuses accidentelles vient donc à l'appui des principes de notre classification.
On pourra peut-être s'étonner de trouver dans le groupe des tumeurs homologues certaines tumeurs dont le tissu n'offre presque aucune ressemblance extérieure avec les tissus normaux. Il arrive en effet souvent qu'une tumeur, en s'accroissant, subit des modifications de consistance, de couleur, de vascularité> qui lui enlèvent presque entièrement son apparence primitive, et si l'espèce à laquelle elle appartient n'était représentée que par de semblables échantillons, on n'hésiterait pas à la ranger dans le groupe des productions hétérologucs. Pour éviter de se laisser tromper par ces accidents de structure, il faut étudier l'évolution de chaque espèce de tumeur et établir les divisions d'après les caractères que la production accidentelle présente dans les premières périodes de son développement.
Une autre difficulté résulte de la complexité de certaines tumeurs appartenant au groupe des hypertrophies partielles. Nous réunissons sous ce nom un très-grand nombre de productions accidentelles formées par le développement anormal d'une partie seulement des éléments ou des tissus qui composent un organe complexe. Dans l'hypertrophie simple, qu'on appelle encore hypertrophie générale ou hypertrophie régulière, toutes les parties de l'organe se développent d'une manière uniforme ou à peu près uniforme, et la structure anatomique, examinée soit à l'œil nu, soit au microscope, esta peine modifiée. Dans l'hypertrophie partielle, au contraire, une ou plusieurs des parties constituantes se développent, les autres conservant
HTraBTnonnES partielles.
leur voïume normal, ou subissant même un certain degré d'atrophte. Pflr exemple, on sait que k mamelle se compose d'un slroma I celiulolibrùuï et de culs-de-sae glandulaires. Ces deui éléments, enctievËtrés pour ainsi dire les uns au milieu des autres, peuvent &'hypertrophier également et mmultanément, soît d'une manière physiologique, comme dans la gestation, soit d'une manière pathologique, comme dans ralfection décrite par Hey et Fingeruth; raspet't d'une mamelie ainsi développée est franchementglandulaire. Cette hypertrophie générale peut occuper les deu3t mamelles, ou une «cule, ou môme un seul lobe d'une seule mamelle, car Tépithéte de génémte n'indique pas que tout Vorgane e^i hypertrophié; elle veut dire seulement que l'excès de nutrition porte indistinctement sur toui les éléments de la partie hypertrophiée. De môme, le mot hypertrophie parlidle n'implique pas nécessairement Tidée d'une altération limitée à une partie des lobes de la mamelle ; il signifie que, dans les lobes ou les lobules envahis, Thypertrophie a atteint prlncipatemeDl ruu des deux éléments constituants de la glande, soit le tissu Jibreux, soit les culs-de-sac glandulaires. On conçoit que les tumeurs formées par ces deux variétés d*hypertrûphle partielle doivent présenter un aspect bien dilTérent de celui du tissu glandulaire normal. Les hypertrophies de la peau fournissent un exempte plus frappant encore. Dans î 'hypertrophie générale de cet organe, qui accompagne l'éléphanliasis des Arabes, toutes les parties se développent à la fois d'une manière à peu près uniforme^ et la peau examinée soit à sa surface, soit sur des coupes, ressemble beaucoup à une peau normale vue à la loupe. Mais lorsque l'hypertrophie ne porte que sur les glandes sébacées, ou sur les glandes sudoripares, ou sur les papilles du derme, ce gui constitue autant d espèces d'hypertrophie partielle de la peau, la structure de la région malade est bouîe versée au point de devenir quelquefois méconnais* sable. Les verrues brunes, dures et à demi cornées, si communes sur la peau des mains, ne ressemblent guère au tissu normal de la peau, et on serait tenté de les ranger parmi les productions hété* robgues, si l'étude de leur développement et de leur structure ne démontrait qu'elles sont dues à Thypertrophie des papilles du derme cl de leurs gaînes épUbéliales. J'en dirai autant des végétations en chou-fleur de certaines muqueuses pourvues de papilles. Dans les divers exemples que je viens de citer, et que je pourrais multiplier aisément, rhomologîe des tissus pathologiques ne se constaie bien que loi-sque Thypertrophie partielle est rapprochée de soc début. Plus tard, re%ubérancc toujours croissante de Tune des parî'es cotw-
134 CLASSIFICATION DKS TUMEURS.
slituantes de i'oruanc, souvent accompagnée de l'atrophie des autres, et la combinaison de ces diverses parties dans des proportions qui n'existent nulle part à Télat normal, peuvent masquer l'hoinologie primitive et donner au tissu de la tumeur une apparence plus ou moins hélérologue. Au surplus, ce n'est pas impunément que ces productions primitivement homologues subissent de pareilles modiilcations de texture qui les rendent hclérologues. L'hélérologie, mùme consécutive, doit toujours inspirer quelque inquiétude au chirurgien, et on virra, par exemple, dans le chapitre de l'épithéliôme, que les hyperlnphies partielles delà peau, dont nous venons de parler, deviennent fréquemment, par suite de l'altération croissante de leur tissu, le point de di'part d'aflections extrêmement graves.
Nous croyons devoir répondre d'avance à une objection qui ne pourra manquer de naître dans l'esprit de ceux qui jetteront, pour la première fois, les \eux sur notre classification. 11 est clair, en effet» que nous avons séparé les unes des autres, pour les répartir dans des groupes très- difTorents, certaines tu[ncurs fort analogues pourtant par la nature de leurs éléments microscopiques. C'est aiubi que les tumeurs osseuses on ostéùmes sont séparées des hypprostoses ou hypertrophies des os. Les trois espèces de tumeurs épithéliales sont plus éloignées encore. Les tumeurs qui renferment des culs-de-sac glandulaires se présentent à la fois» dans le groupe des hypertrophies simples, dans celui des hypertrophies partielles, et entin dans la classe des tumeurs hélérologues, etc. Ne lierait-il pas plus commode, au point de vue de la description anatomiqiie, et même au point de vue du diagnostic, de réunir toutes ces tumeurs glandulaires en un seul groupe? Ne serait-ce pas le meilleur moyen d'éviter les répétitions et les confusions? Sans aucun duute; et c'est pourquoi, dans les chapitres où nous étudierons les tumeurs en particulier, nous n'hésileron? pas à rapprocher les unes des autres certaines productions accidentelles qui sont fort éloignées sur notre tableau. Nous y trouverons l'avantage de faire ressortir plus aisément leurs analogies et leurs dissemblances. C'est ainsi qu'on trouve commode et utile pour le lecteur de décrire les luxations spontanées et les luxations congéniales immédiatement après les lu.xations traumaliques, quoique ces trois espèces de lésions articulaires constituent des «ffections essentiellement diflerentes, et occupent des situations t^ès-éloignées dans les cadres nosologiqucs. De même, les trois groupes de tumeurs qui renferment des éléments glandulaires pourrontavec avantage être rapprochés dans nos descriptions, quoiqu'on ne puisse les confondre en un seul groupe sans violer les divisions naturelles de Tana-